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Le Horla

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Le Horla
Image illustrative de l’article Le Horla
Couverture de l'édition 1908, illustrée par William Julian-Damazy.
Publication
Auteur Guy de Maupassant
Langue Français
Parution Drapeau : France 1886 (1re version)
Drapeau : France 1887 (2e version)
Recueil
Intrigue
Genre Nouvelle fantastique
Nouvelle précédente/suivante

Le Horla est une nouvelle fantastique de Guy de Maupassant parue en 1886 et dans une version étendue définitive en 1887.

Historique

Le Horla trouve son origine dans une courte nouvelle de Maupassant, Lettre d'un fou, publiée sous le pseudonyme de Maufrigneuse, en 1885 dans le quotidien Gil Blas, qui développe déjà la même histoire, sans que le nom de « Horla » n'y soit mentionné.

Maupassant reprend ensuite les principaux éléments de Lettre d'un fou pour écrire deux autres versions de l'histoire sous le titre Le Horla. La première version du Horla est publiée en 1886 dans Gil Blas. La seconde version, plus connue et plus longue, paraît en 1887 dans un recueil de nouvelles homonyme[1].

Les trois versions de l'histoire se présentent sous trois formes littéraires différentes : Lettre d'un fou, comme son titre l'indique, est un courrier fictif, la première version du Horla est un récit-cadre et la deuxième version prend la forme d’un journal intime inachevé qui laisse craindre que son propriétaire n’ait sombré dans la folie ou ne se soit suicidé.

La rédaction du Horla coïncide avec les prémices de la folie de Maupassant, de plus en plus victime d'hallucinations et de dédoublement de la personnalité à cause de la syphilis qu'il a contractée. Il tentera lui aussi de se suicider en 1892.

Éditions

  • Guy de Maupassant, Le Horla, texte intégral des trois versions, dossier de Christine Bénévent, lecture d'image par Valérie Lagier, Paris, Gallimard, 2003, 143 p., (ISBN 2-07-030245-8).
  • Guy de Maupassant, Le Horla, présenté par Joël Malrieu, Paris, Gallimard, coll. « Foliothèque », n° 51, 1996, 193 p., (ISBN 2-07-039437-9), présentation en ligne.

Première version

  • 1886. Le Horla, dans Gil Blas du 26 octobre 1886.
  • 1886. Le Horla, dans La Vie populaire du 9 décembre 1886.
  • 1907-1910. Le Horla, dans Œuvres complètes de Guy de Maupassant, Paris, Louis Conard.
  • 1979. Le Horla, dans Maupassant, Contes et nouvelles, tome II, texte établi et annoté par Louis Forestier, (p. 1590-1592) Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard.

Seconde version

Résumé

Première version

Le Horla, gravure sur bois de Gorges Lemoine d'après un dessin de William Julian-Damazy.

Un aliéniste invite quelques confrères pour écouter le témoignage d'un de ses patients. Celui-ci raconte divers évènements qui lui sont arrivés et pour lequel il ne trouve qu'une explication : un être nouveau, qu'il a lui-même baptisé « le Horla », est arrivé et il a les moyens de contrôler l'Homme.

Seconde version

Dans un journal intime, le narrateur rapporte ses angoisses et divers troubles . Il sent progressivement, autour de lui, la présence d’un être invisible qu’il nomme le Horla. Il sombre peu à peu dans une forme de folie en cherchant à se délivrer de cet être surnaturel. Le Horla, un être surhumain, le terrasse chaque nuit et boit sa vie. Cette folie le conduira à de nombreuses actions, toutes plus insensées les unes que les autres. Il en viendra même à mettre le feu à sa maison et laissera brûler vif ses domestiques. Dans les dernières lignes de la nouvelle, face à la persistance de cette présence, il entrevoit le suicide comme ultime délivrance.

Analyse

Inspirations de Maupassant

L'aspect fantastique du récit vient du doute créé chez les lecteurs quant à la démence du narrateur ou à la réalité des faits qu'il rapporte. Maupassant souffrait lui-même de troubles[réf. nécessaire] : il avait l'impression de se voir à l'extérieur de lui ou qu'il était étranger à la personne qu'il voyait dans le miroir. La conclusion, qui évoque le suicide comme solution, peut être vue comme le reflet du sentiment de l'auteur de ne plus voir d'issue. Le Horla est l'aboutissement d'une série de contes qui font référence à un sentiment de double puis à un être monstrueux ou surnaturel.

Maupassant a renouvelé le thème du double, présent dans la littérature fantastique depuis Hoffmann, en se servant des dernières réflexions scientifiques et médicales à la mode, notamment l’hypnose et les travaux sur l’hystérie de Charcot à la Salpêtrière[2]. Toutefois, l'impact de Charcot dans l'œuvre de Maupassant ne doit pas être exagéré ; en outre, les relations entre l'écrivain et le médecin demeurent floues[3].

Maupassant, dans la deuxième version du Horla, cite à deux reprises le nom de Mesmer, ainsi que l'école de Nancy, pionnière à l'époque en matière d'hypnose, en concurrence avec les travaux de Charcot[4]. Certains auteurs affirment que Maupassant pourrait avoir fréquenté l'École de Nancy[5].

Il décrit une séance d'hypnose effectuée sur la cousine du protagoniste : celle-ci reçoit la suggestion post-hypnotique d'aller demander le lendemain qui suit la séance d'hypnose 5 000 francs à son cousin. Le récit décrit également quelques hallucinations.

Maupassant, en revanche, passe sous silence dans la nouvelle le nom de Charcot.

Caractéristiques de la créature

Illustration de William Julian-Damazy, proposant une mise en scène du passage dans lequel le Horla prend une rose et l'élève dans les airs devant le regard du narrateur qui ne voit pas la créature.

Le Horla est un être invisible à l’œil nu, ce qui lui confère sa supériorité. C’est ainsi qu’il réussit à garder son emprise sur le narrateur. Cependant, son corps ne paraît pas totalement immatériel car le Horla peut déplacer des objets (comme une rose ou une page de livre), boire de l'eau et du lait, ou encore s'interposer entre le narrateur et le reflet de ce dernier dans le miroir, lequel n'est alors plus correctement réfléchi. Il a donc une consistance probablement matérielle mais sans qu'on puisse déterminer sa forme. Il semble aussi capable de parler aux humains puisque, dans la seconde version, le narrateur dit entendre la créature lui dire qu'il se nomme le Horla (alors que dans la première version, le personnage dit l'avoir lui-même baptisé ainsi).

Dans la seconde version, le narrateur comprend, à partir d'un article scientifique, que la créature est d'abord apparue au Brésil, où il est considéré comme un « vampire spectral », avant d'embarquer sur un navire pour arriver en France. Le Horla se nourrit pendant le sommeil de sa proie à la manière d'un succube et ronge sa santé mentale en provoquant des cauchemars. Le narrateur le considère comme le prédateur ultime de l'Homme, capable d'exister entre le tangible et l'invisible. Par attaques répétées, il devient capable de prendre le contrôle de sa proie par influence, notamment pour la dissuader de fuir. Il semble aussi réticent à sortir de la maison, traduisant un comportement de parasite plutôt que de prédateur mais n'hésite pas à pourchasser sa proie s'il sent qu'elle ne revient pas. Le fait qu'il transforme l'esprit sans effacer la conscience accroît le doute sur son existence réelle car le rêveur se sent conscient, observé et terrifié par sa présence, mais se révèle incapable d'en parler même hors de son influence. En effet, la folie et d'autres troubles psychiques peuvent discréditer l'existence de la créature en apportant des explications rationnelles aux différents phénomènes vécus ou observés par le narrateur : troubles de paralysie du sommeil, paranoïa, hallucinations...

Si le Horla existe, le narrateur tente de le saisir à plusieurs reprises, mais aussi de le tuer ou de l'enfermer dans une pièce, sans succès. S'il n'existe pas, alors le narrateur chasse une image de lui-même, symbole en lequel son esprit psychotique a placé toute sa folie naissante et désire sa suppression. La peur de devenir fou disparaît dès lors qu'il quitte son manoir et rencontre des relations ; il se sent alors normal.

Malgré l'absence d'information sur l'apparence physique possible du Horla dans les nouvelles de Maupassant, les artistes ayant illustré des publications du Horla, tels que William Julian-Damazy, ont parfois proposé des visions à la fois fantomatiques et anthropomorphiques de cette créature.

L'existence du monstre est finalement une pure hypothèse dans la tête d'un seul personnage. Reniant la folie apparue en lui, il lui donne une forme, une raison et une identité pour avoir quelque chose à viser et attaquer, plutôt que capituler et sombrer. Cependant, il y a un indice que la simple folie n'explique pas : lorsque l'homme s'absente sans raison, le Horla se montre méfiant et peut aller s'assurer qu'il rentrera bien au nid mais il peut aussi être patient quand il sait qu'il reviendra et attaque donc les domestiques. Si ceux-là n'ont pas seulement cauchemardé, alors le Horla existe bel et bien.

Origine du nom Horla

Le terme « Horla » est un néologisme créé par Maupassant. Plusieurs hypothèses ont été évoquées pour en expliquer l'origine. Il pourrait être composé à la fois de l'expression « hors la loi » et du mot normand « horsain » qui signifie « l’étranger »[6]. Mais il pourrait aussi être la juxtaposition des mots « hors » et « là »[7], ce qui crée un oxymore destiné à faire apparaître à la fois l'anormalité de cette créature et sa présence.

Postérité

Influences

Adaptations

Livres audio en français

Cinéma et télévision

Opéra

Théâtre

  • 2010 : Le Horla, Compagnie des Dramaticules, adaptation et mise en scène Jérémie Le Louët, création en juillet 2010 au Théâtre du Petit Chien à Avignon (Festival Off)[10].
  • 2011 : Le Horla, interprété par Florent Aumaître, mis en scène par Slimane Kacioui, Théâtre du Petit Hébertot, Funambule-Montmartre (Paris) et Festival Off d'Avignon 2012, 2013, 2014 et 2016[11].
  • 2017 : "Horla", mis en scène par Aline Dubromel, interprété par Yann Szpak, scénographie et vidéos par Nathalie Chartier, création de la Cie Idées Mobiles en novembre 2017 au Palace des Salopettes, Férolles.[12].
  • 2018 : Le Horla, mis en scène et interprété par Samuel Chariéras et Paul Chariéras, création en Janvier 2018 au Théâtre National de Nice.

Bande dessinée

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Notes et références

  1. Maupassant, Contes et nouvelles, II, notice de Louis Forestier, Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, 1979 (ISBN 978 2 07 010805 3)
  2. Marie-Neige Cordonnier dans « De l'hystérie à la rationalité » (Les génies de la science. Charcot à la conquête du cerveau, janvier 2008, p.1) affirme que Maupassant, tout comme Zola et d'autres auteurs, a assisté à des démonstrations du professeur Charcot.
  3. Bertrand Marquer, Les Romans de la Salpêtrière. Réception d'une scénographie clinique : Jean-Martin Charcot dans l'imaginaire fin-de-siècle, Genève, Droz, coll. « Histoire des idées et critique littéraire » (n° 438), 2008, p. 323, présentation en ligne.
  4. Le paragraphe Polémiques avec l'École de la Salpêtrière dans l'article École de Nancy (psychologie) mentionne en références utiles Joseph Delbœuf, Une visite à la Salpêtrière, Hippolyte Bernheim, De la Suggestion dans l'État Hypnotique et dans l'État de Veille et Mikkel Borch-Jacobsen, Folies à plusieurs. De l'hystérie à la dépression.
  5. Le Horla, suivi de Lettre d'un fou, Guy de Maupassant, Nora Nadifi, Bertrand Louët, chez Hatier, 22 août 2012, page 25 : « L'école de Nancy est une école fondée en 1866 dont les savants étudiaient l'hypnose et que Maupassant aurait fréquentée ».
  6. Associatin CLPAV, « Le Horla », sur .clpav.fr (consulté le 6 décembre 2014).
  7. Selon Sanda Radian, cité par Georgescu Anca, « Le Horla – “a faithful picture of his own tragic future” », sur academia.edu (consulté le 6 décembre 2014).
  8. S. T. Joshi and David E. Schultz, "Call of Cthulhu, The", An H. P. Lovecraft Encyclopedia, p. 28.
  9. (de) « Uraufführung von Patrice Oliva », sur weber-musik-edition.de (consulté le 22 novembre 2018).
  10. Cédric Enjalbert, « « le Horla », de Maupassant, Off d’Avignon 2010, le Petit Chien à Avignon », sur lestroiscoups.fr, .
  11. http://www.lehorla.com
  12. http://www.cieideesmobiles.com/horla

Bibliographie

  • Marie-Claire Bancquart, Maupassant conteur fantastique, Paris, Lettres modernes, coll. « Archives des lettres modernes » (no 163), , 110 p. (ISBN 2-256-90355-9).
  • Philippe Bonnefis, Comme Maupassant, Lille, Presses universitaires de Lille, coll. « Objet » (no 23), , 3e éd., 149 p. (ISBN 2-85939-444-3).
  • Roger Bozzetto, « Le Horla : histoire d’alien ou récit d’aliéné ? Une double approche de l’altérité », dans Le double, l'Ombre, le Reflet. Cahiers de littérature Générale, Nantes, Éditions Opéra, p. 43-62, lire en ligne.
  • (en) Martin Calder, « Something in the water : Self as other in Guy de Maupassant's Le Horla : a Barthesian reading », French Studies, vol. LII, no 1,‎ , p. 42-57 (DOI 10.1093/fs/LII.1.42).
  • Pierre-Georges Castex, Le conte fantastique en France : de Nodier à Maupassant, Paris, José Corti, (1re éd. 1951), 468 p. (ISBN 2-7143-0222-X).
  • Ross Chambers, « La lecture comme hantise : Spirite et Le Horla », Revue des sciences humaines, Lille, Presses universitaires de Lille, vol. XLIX, no 177,‎ , p. 105-117.
  • Michel Dentan, « Le Horla ou le vertige de l'absence », Études des Lettres, Lausanne, série III, t. 9, no 2,‎ , p. 45-54.
  • (en) Brewster E. Fitz, « The Use of Mirrors and Mirror Analogues in Maupassant's Le Horla », The French Review, vol. 45, no 5,‎ , p. 954-963 (JSTOR 388640).
  • (en) Sima Godfrey, « Lending a Hand : Nerval, Gautier, Maupassant and the Fantastic », The Romanic review, vol. LXXVIII,‎ , p. 74-83.
  • Philippe Hamon, « Le Horla de Guy de Maupassant : essai de description structurale », Littérature, Larousse, no 4,‎ , p. 31-43 (lire en ligne).
  • Johann Jung, « Du paradoxe identitaire au double transitionnel : Le Horla de Guy de Maupassant », Revue française de psychanalyse, vol. 74,‎ , p. 507-519 (lire en ligne).
  • Pascale Krumm, « La peur de l'autre dans « Le Horla » de Maupassant et Dracula de Stoker », Neophilologus, vol. 79, no 4,‎ , p. 541–554 (DOI 10.1007/BF01126887).
  • Philippe Met, La Lettre tue : spectre(s) de l'écrit fantastique, Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Objet » (no 66), , 267 p. (ISBN 978-2-7574-0079-1).
  • Jacques Neefs, « La représentation fantastique dans « Le Horla » de Maupassant », Cahiers de l'Association internationale des études françaises, Paris, Les Belles Lettres, no 32,‎ , p. 231-245 (lire en ligne).
  • Beatrice Ness, « Les Deux Versions du Horla : un parcours méthodologique pour l'analyse des textes en français langue étrangère », The French Review, vol. 62, no 5,‎ , p. 815-830 (JSTOR 395037).
  • Liran Razinsky, « « Rien qu'un spectateur » : image de soi, corporalité et sentiment d’existence dans Le Horla », Studi Francesi, no 180 (an IX, fascicule III),‎ , p. 435-446 (DOI 10.4000/studifrancesi.5207).
  • Marie-Claire Ropars-Wuilleumier, « La Lettre brûlée (écriture et folie dans Le Horla) », dans Le Naturalisme, Colloque de Cerisy, 10/18, 1978.
  • Andrea Schincariol, « « Le Horla » et l’imaginaire du portrait composite », Études françaises, vol. 49, no 3 « La physiognomonie au XIXe siècle : transpositions esthétiques et médiatiques »,‎ , p. 87–102 (lire en ligne).
  • (en) Nathan Snaza, « « The Reign of Man is Over » : the Vampire, the Animal and the Human in Maupassant's « Le Horla » », symplokē, vol. 22, nos 1-2 « Austerity »,‎ , p. 215-233 (DOI 10.5250/symploke.22.1-2.0215).
  • Radu Turcanu, « « Le Horla » et « l'effet de réel » », Nineteenth-Century French Studies, vol. 26, nos 3/4,‎ printemps-été 1998, p. 387-397 (JSTOR 23537598).
  • Katherine D. Wickhorst Kiernan, « L'Entre-moi : Le Horla de Maupassant, ou un monde sans frontières », Littérature, Larousse, no 139,‎ , p. 44-61 (lire en ligne).

Liens externes