Le Triomphe de la chasteté

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Le Triomphe de la chasteté
Piero della Francesca 044.jpg
Recto du diptyque.
Artiste
Date
Vers entre et Voir et modifier les données sur Wikidata
Commanditaire
Type
Matériau
Dimensions (H × L)
47 × 33 cmVoir et modifier les données sur Wikidata
Mouvements
Collection
Musée des Offices (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
N° d’inventaire
1615, 3342Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Verso du diptyque.

Le Triomphe de la chasteté ou Double Portrait des ducs d'Urbino est un diptyque à double face de Piero della Francesca, réalisé entre 1460[a] et 1472[b]. Il s'agit d’une tempera sur bois[c], aujourd'hui conservée au musée des Offices de Florence.

Au recto, le diptyque représente face à face, Frédéric III de Montefeltro, duc d'Urbino, et sa deuxième épouse, la duchesse Battista Sforza.

Au verso, les deux panneaux représentent leur arrivée dans la ville accompagnée d'anges, dans deux chars triomphaux qui s'avancent l'un vers l'autre. Ces chars sont tirés par des chevaux blancs pour le duc, et par des licornes, symboles de chasteté, pour la duchesse. Le tiers inférieur comporte un texte en latin qui souligne l'aspect commémoratif de l'œuvre, à la gloire de ces ducs.

Le diptyque fut commandé par Frédéric III, l'année de son mariage, à des fins supposées commémoratives ou glorifiantes. Il fut livré l’année des 26 ans de la duchesse, année de sa mort et de la naissance de son seul fils et septième enfant.

Composition[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'un diptyque, à deux panneaux mobiles, donc à double face, recto et verso, comportant :

Au recto[modifier | modifier le code]

Le portrait du duc d'Urbino Frédéric III de Montefeltro et celui de sa femme Battista Sforza sont ici placés face l'un à l'autre, dans toute leur gloire car ressortant devant leurs terres lointaines. 

Le paysage résulte d'une grande étude de perspective et d'influences flamandes qui donne à la composition une ouverture par l'infini du paysage. De plus, bien que le cadre sépare les deux portraits, le paysage garde une continuité dans sa représentation. Il apparaît ainsi comme le premier lien entre ces deux figures. 

Un autre lien pourrait être leur puissance, qui est ici traduite par l'utilisation de profils. Ils sont alors mis au niveau de figures représentées sur les pièces et médaillons antiques. Ces profils permettent aussi de respecter les règles de bienséance et d'esthétisme, en cachant notamment l'œil meurtri du duc. L'esthétisme passe également par l'ornement de Battista. En effet, elle répond aux critères de beauté de l'époque : front dégagé, absence de pilosité, bijoux ornés de pierres précieuses, teint cotonneux. La puissance qui les unit passe également par l'habit de Frédéric, une tunique sobre mais rouge, couleur symbolisant la noblesse et la puissance. 

Finalement, un dernier lien unissant les personnages passe par les oppositions, une opposition principalement articulée autour de la vie et de la mort. En cela ce tableau apparaît comme commémoratif : il est l'éloge d'un homme aimant profondément sa femme. Battista symboliserait la mort en ce qu'elle se fond au paysage et au ciel et que son teint pâle la rapproche d'un masque de cire mortuaire. Tandis que Frédéric voit son portrait dessiné par des contours sombres le faisant ressortir du paysage, ainsi que son visage marqué par l'usure du temps et de la vie. L'opposition se prolonge dans le paysage : celui de Battista représente une nature pouvant être estimée aride alors que celui de Frédéric comporte un plan d’eau sur lequel sont présents des navires, probablement les symboles des voyages et des campagnes militaires du duc.

Au verso[modifier | modifier le code]

Les deux panneaux, dont le tiers inférieur comporte un texte en latin, représentent l’arrivée des deux époux dans la ville accompagnée d'anges, de chevaux blancs (pour le duc) et de licornes (pour la duchesse), symboles de chasteté, dans deux chars triomphaux qui s'avancent l'un vers l'autre. Le texte en latin souligne l'aspect commémoratif de l'œuvre, en ce qu'il est rédigé au passé, tout en soulignant la gloire de ces ducs.

Une gloire amplifiée par les Vertus qui les accompagnent (cardinales pour Frédéric et théologales pour Battista) et placent ces deux figures comme des modèles à suivre. 

Le paysage reste important dans le verso en ce qu'il unit les deux panneaux par sa continuité, de la même manière qu'au recto. En effet, les paysages attribués à chacun des personnages sont les mêmes que sur l'autre face, mais disposés symétriquement : on retrouve le même plan d’eau pour le duc.

Postérité[modifier | modifier le code]

Le diptyque fait partie des « cent cinq œuvres décisives de la peinture occidentale » constituant le musée imaginaire de Michel Butor[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Année du mariage du duc et de la duchesse d'Urbino. Le duc est alors âgé d’environ 38 ans et la duchesse d’environ 14 ans.
  2. Année de la mort de la duchesse d'Urbino, Battista Sforza, à l'âge de 25 ans environ.
  3. Précoce chez Piero della Francesca.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Butor, Le Musée imaginaire de Michel Butor : 105 œuvres décisives de la peinture occidentale, Paris, Flammarion, (ISBN 9782081450752), p. 38-41.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Pietro Allegretti, Piero della Francesca, collana « I classici dell'arte », Milan, Rizzoli/Skira, 2003, p.  148-155.
  • (de) Carlo Bertelli (de), Piero della Francesca. Leben und Werk des Meisters der Frührenaissance [« Piero della Francesca. Vie et mort du maître de la Renaissance précoce »], Köln, (ISBN 3-7701-3058-8).
  • (it) Silvia Blasio (a cura di), Marche e Toscana, terre di grandi maestri tra Quattro e Seicento, Pacini Editore pour Banca Toscana, Florence, 2007.
  • (it) Birgit Laskowski, Piero della Francesca, collana « Maestri dell'arte italiana », Gribaudo, Milan, 2007. (ISBN 978-3-8331-3757-0)
  • (it) AA.VV., Galleria degli Uffizi, collana « I Grandi Musei del Mondo », Scala Group, Rome, 2003.
  • (de) Bernd Roeck (de) et Andreas Tönnesmann (de), Die Nase Italiens. Federico da Montefeltro, Herzog von Urbino [« Le Nez de l'Italie. Federico da Montefeltro, duc d’Urbino »], Berlin, (ISBN 978-3-8031-2558-3).
  • Lionello Venturi, Piero della Francesca, collection Le Goût de notre temps, Skira (1954), p. 97-101

Liens externes[modifier | modifier le code]

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