Aller au contenu

Le Triomphe de l'amour

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Le Triomphe de l'amour
Édition chez Antoine van Dole.
Format
Langue
Auteur
Genre
Date de parution
Date de première
Lieu de première
Pays

Le Triomphe de l’amour est une comédie en trois actes et en prose de Marivaux représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens le au théâtre de l’Hôtel de Bourgogne.

Le Triomphe de l'amour illustre la victoire du sentiment sur la raison et les préjugés, grâce au travestissement[1]. Le travestissement constitue le stratagème central d’une intrigue romanesque et compliquée, qui permet à l'héroïne d'atteindre ses buts politiques et amoureux[2].

Inspiration

[modifier | modifier le code]

En dépit de ce que pourrait donner à penser l’homonymie, le sujet du Triomphe de l’Amour n’a aucune analogie avec le ballet écrit par Philippe Quinault en collaboration avec Isaac de Benserade, musique de Jean-Baptiste Lully, créé par la cour à Saint-Germain, le , pour célébrer la paix revenue dans le royaume grâce au roi. Cette pièce rappelle les premières comédies de Corneille, dans lesquelles celui-ci accumulait comme à plaisir les invraisemblances et les coups de théâtre. Il rappelle également la Clélie et le Grand Cyrus de Madeleine de Scudéry, où tous les personnages sont empruntés à l’ancienne Sparte, quoique qu’il n’y ait, dans la pièce, aucune trace de couleur antique[3].

Personnages

[modifier | modifier le code]
  • Léonide, princesse de Sparte, sous le nom de Phocion.
  • Corine, suivante de Léonide, sous le nom d’Hermidas.
  • Hermocrate, philosophe.
  • Léontine, sœur d’Hermocrate.
  • Agis, fils de Cléomène.
  • Dimas, jardinier d’Hermocrate.
  • Arlequin, valet d’Hermocrate.

Léonide, princesse de Sparte, règne sur un trône usurpé par son oncle. Apprenant que l’héritier légitime de son trône, Agis, qu’elle croyait disparu, est vivant, elle tombe amoureuse de lui après l’avoir aperçu. Or, le philosophe Hermocrate et sa sœur Léontine ont élevé, à l’écart du monde, dans la haine de Léonide et le mépris de l’amour.

Léonide décide de conquérir son cœur et de lui rendre le trône. Pour contourner les obstacles, Léonide recourt au travestissement pour aborder l’homme qui la hait. Accompagnée de sa suivante Corine déguisée en Hermidas, elle se fait passer pour un homme sous le nom de Phocion, afin de s’introduire dans le domaine isolé d’Hermocrate sous le prétexte de solliciter les conseils du philosophe.

Après avoir soudoyé les valets, Arlequin et le jardinier Dimas, pour leur permettre d'entrer et de séjourner chez Hermocrate, Léonide, une fois introduite, entrprend de neutraliser de Léontine, sœur du philosophe, femme austère qui n’a jamais connu l’amour, en lui déclarant une passion feinte sous les traits de Phocion. Léontine est rapidement séduite, mais son frère Hermocrate ayant rapidement percé le secret du travestissement de Léonide, celle-ci tombe partiellement le masque, pour le neutraliser, de le séduire à son tour, sous le nom d’Aspasie. Bien que méfiant, Hermocrate, tombe également sous le charme de cette prétendue Aspasie, qui semble lutter contre sa propre passion.

Parallèlement, Léonide profite de son accès à Agis, pour se lier d’amitié avec lui. Sensible à la vertu apparente du faux Phocion, l’amitié d’Agis pour celui-ci se transforme en amour. Hermocrate et Léontine découvrent l’identité réelle de Léonide lorsqu’ils s’apprêtent à épouser, le premier Aspasie, la seconde Phocion. Léonide révèle alors sa véritable identité à Agis, dont l’amour a triomphé de la haine inculquée par ses tuteurs. Bien qu’humiliés, Hermocrate et Léontine sont contraints de reconnaitre la puissance d’un sentiment amoureux qu’ils ont également éprouvé. Dès lors, rien ne fait plus obstacle au mariage d’Agis et Léonide.

Cette pièce reposant, comme beaucoup d’autres de Marivaux, sur le travestissement et la séduction, a néanmoins connu un échec relatif lors de sa création[4]. Le public de l’époque a été choqué de voir une princesse de Sparte se déguiser pour courir après un jeune homme sans assurance d’être aimée en retour, et tromper un philosophe par une ruse digne de Scapin[5]. Pour les spectateurs du XVIIIe siècle, il était inconcevable qu’une princesse de ce rang, qu’ils assimilaient à une fille de roi de France, se lance dans de telles aventures[6].

malgré le mauvais accueil de première représentation, la pièce a toutefois été applaudie les jours suivants, une fois le public habitué à cette invraisemblance historique, mais sans véritable enthousiasme[3]:259. Le ton presque constamment sérieux du dialogue, à l’exception du rôle comique d’un jardinier et d’un valet, mais qui ne font que passer, a également été reprochée au Triomphe de l'amour[4].

La pièce jouit, à l’époque moderne, à la faveur d’une réévaluation, d’un regain d’intérêt pour sa capacité à explorer les troubles de l'identité et du genre à travers le travestissement, des thèmes en phase avec certaines orientations idéologiques actuelles.

  1. Éric Avocat, « Marivaux ou la traversée des genres : le double jeu du travestissement dans La Fausse Suivante et Le Triomphe de l’amour », Lumières, Paris, no 47, , p. 203-20 (ISSN 1275-5923, lire en ligne).
  2. (en) Guillaume Ansart, « Le Triomphe de l’amour : cross-dressing and self-discovery in Marivaux », Modern Language Notes, vol. 117, no 4, , p. 908-18 (ISSN 0149-6611, lire en ligne).
  3. 1 2 Gustave Larroumet, Marivaux, sa vie et ses œuvres, d’après de nouveaux documents, Paris, Hachette et Cie, , xi-640 p., portr. et fac-sim. ; in-8º (lire en ligne sur Gallica), p. 282.
  4. 1 2 Jean Fleury, Marivaux et le marivaudage : suivi d’une comédie de la suite de Marianne par Mme. Riccoboni et de divers morceaux dramatiques qui n'ont jamais paru dans les œuvres de Marivaux, Paris, Plon, , 8, 416, in-8º (OCLC 2101868, lire en ligne), p. 75-7.
  5. Desboulmiers, Histoire anecdotique et raisonnée du Théâtre italien, depuis son rétablissement en France jusqu’à l’année 1769, t. 3, Paris, Lacombe, , 540 p., 7 vol. ; in-12º (OCLC 10297123, lire en ligne), p. 468.
  6. Carole Giudicelli, « Travestissement féminin et scènes de séduction : Miroitements d’identité de l’amour », Double jeu, Paris, no 4, , p. 49-60 (ISSN 1762-0597, lire en ligne).

Adaptations

[modifier | modifier le code]

Bibliographie

[modifier | modifier le code]
  • (en) Guillaume Ansart, « Le Triomphe de l’amour : cross-dressing and self-discovery in Marivaux », Modern Language Notes, vol. 117, no 4, , p. 908-18 (ISSN 0149-6611, lire en ligne).
  • Éric Avocat, « Marivaux ou la traversée des genres : le double jeu du travestissement dans La Fausse Suivante et Le Triomphe de l’amour », Lumières, Paris, no 47, , p. 203-20 (ISSN 1275-5923, lire en ligne).
  • Carole Giudicelli, « Travestissement féminin et scènes de séduction : Miroitements d’identité de l’amour », Double jeu, Paris, no 4, , p. 49-60 (ISSN 1762-0597, lire en ligne).
  • Nathalie Ravonneaux, « La Tyrannie dans Le Triomphe de l'amour de Marivaux », Revue d'histoire littéraire de la France, vol. 108, no 1, , p. 51-60 (ISSN 2105-2689, lire en ligne).

Liens externes

[modifier | modifier le code]