Le Témoin (film hongrois, 1969)

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Le Témoin (titre original hongrois : A tanú[1]) est un film hongrois réalisé en 1969 par Péter Bacsó. Bloqué à sa sortie par les autorités hongroises de l'époque, le film n'a été distribué en salles qu'en 1979.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Début des années 1950. Les aventures malencontreuses de Pelikán, un obscur fonctionnaire hongrois, ancien résistant, bon communiste pourtant, mais dont l'imprudence et la maladresse lui valent de fréquents séjours en prison. Constamment secouru par un ancien camarade de combat, devenu hiérarque du Parti, Pélikàn doit pourtant, un jour, témoigner contre lui dans un procès qui a les allures d'une mascarade. Il s'y refuse absolument... et se trouve alors condamné à mort à son tour.

Résumé[modifier | modifier le code]

József Pelikán est gardien d'une digue sur le Danube et, pour subvenir aux besoins de sa famille, élève un cochon dans sa cave. Il sauve de la noyade un ancien compagnon d'armes communiste devenu un « gros bonnet » et qui, comme lui, a mené la guerre des partisans. Le cochon clandestin ayant été dénoncé, deux policiers surviennent et, dans une envolée lyrique, son ami vante les mérites de son sauveur et ouvre la trappe de la cave où se trouve l'animal débité en saucisses et jambons. Pelikán se retrouve aussitôt en prison mais est sauvé par son ami. Il devient familier du chef de la police et reçoit la direction de la piscine. Un jour, il s'étonne de voir une centaine de personnes attendre afin de pouvoir y pénétrer, alors qu'une seule personne est en train de nager. Il fait entrer tout le monde et se retrouve en prison. Le nageur est en effet un hiérarque pour lequel la piscine était réservée. Il en sort bien vite et a comme nouvelle mission le soin d'adapter un parc de jeux en « Parc de la Joie socialiste ». Lors de l'inauguration, le Chef suprême de l'État (sosie parfait de Brejnev) attrape un infarctus en parcourant le « château des fantômes » à bord du « petit train socialiste » où surgissent de l'obscurité des symboles ainsi que son propre portrait, gigantesque. Retour en prison, suivie d'une nouvelle libération et nouvelle mission attribuée, la direction d'un institut de recherche sur les oranges hongroises. Après des mois d'effort, l'immense orangeraie produit... une seule et unique orange. Pour marquer la défaite de la domination impérialiste, une grandiose cérémonie folklorique est organisée. Alors que le grand chef attend sur une estrade de savourer l'orange, celle-ci est mangée par un enfant et un policier impose à un citron de devenir une orange[2]. Le chef déguste l' « orange » en grimaçant et Pelikán récolte honneurs et récompenses.

Une nuit, sa maison prend feu et est complètement détruite, les pompiers ayant pris tout leur temps pour vérifier qu'il ne s'agissait pas d'une fausse alerte. Un groupe de stakhanovistes la reconstruit et, le jour où une imposante cérémonie est organisée pour son inauguration, on s'aperçoit que portes et fenêtres ont été oubliées[3]. Maintenant, il est chargé d'être témoin à charge à l'encontre de son ex-camarade. Un psychiatre entraîne sa mémoire, un metteur en scène améliore sa diction, il apprend par cœur son discours écrit et réécrit par un artiste du régime. Le jour du procès, obnubilé par sa tâche, il ne remarque même pas que le Danube est sorti de son lit. Au moment de témoigner, il oublie ce qui lui a été endoctriné et discourt contre les abus et la servilité. Emprisonné à nouveau, il est condamné à mort, monte sur l'échafaud, mais le bourreau est introuvable. Celui-ci arrive avec une liste de condamnés réhabilités et il est libéré.

Des années plus tard, József Pelikán rencontre l'ancien chef de police et commissaire politique qui lui annonce son futur retour au pouvoir et son espoir de pouvoir l'utiliser pour ses manœuvres...

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Commentaires[modifier | modifier le code]

Longtemps interdit au grand public hongrois, inaccessible aux spectateurs étrangers, Le Témoin aborde la dure période stalinienne des années cinquante avec « un humour dévastateur. (...) Filmé richement, dans un format (...) qui accentue le ridicule des cérémonies, nourri de gags (...), conduit avec finesse par Ferenc Kállai qui fait de Pelikán un faux ahuri qu'on a comparé à Chvéïk, le film de Bacsó est à la fois une grande comédie et un grand film politique », selon Jean-Pierre Jeancolas[4].

Le film porte en exergue une devise de József Attila : « Nul n'a besoin d'être un héros, si ce n'est pas possible », et poursuit : « Par exemple, le gardien de digue Jószef Pelikán ne voulait pas être un héros. »[5] « Au départ, être gardien de digue lui suffit amplement. Il sait que son éducation est lacunaire et comprend mal les événements auxquels il est confronté : Je suis un parfait idiot, répète-t-il sans cesse à son camarade Virág. »[6]

Petér Bacsó formule de son côté ce jugement : « Le peuple ne devient adulte que lorsqu'il ose rire de lui-même. Quand on a ri de ses bêtises, on a moins de chances de les refaire. »

Suite[modifier | modifier le code]

Une suite, (titre hongrois : Megint tanú), scénarisée et réalisée également par Péter Bacsó est sortie le 2 février 1995. Sándor Fábry en est coscénariste et Ferenc Kállai y reprend son rôle de József Pelikán.

Le roman[modifier | modifier le code]

À la suite du succès du film, Péter Bacsó en tire en 1980 un roman dont le tirage de 50 000 exemplaires est épuisé en quelques jours.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Le titre hongrois s'écrit sans accent sur le -u final dans le générique du film, alors que l'orthographe hongroise correcte est depuis 1954 tanú avec un accent.
  2. - Qu'est ce que c'est ?
    - Une orange
    - Une ... orange ?
    - Oui, l'orange nouvelle hongroise, un peu plus jaune, un peu plus acide, mais c'est la nôtre.
  3. Cette scène anticipe celle de L'Homme de marbre d'Andrzej Wajda, film de 1977
  4. in: Cinéma hongrois 1963-1988, Éditions du CNRS.
  5. Juliana Brandt : La filiation picaresque dans "Le Témoin" de Péter Bacsó in : Théorème, Cinéma hongrois, temps et histoire, Presses Sorbonne Nouvelle, Paris, 2003.
  6. J. Brandt : op. cité.

Lien externe[modifier | modifier le code]