Le Schpountz (film, 1938)

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le film de Marcel Pagnol. Pour le film de Gérard Oury, voir Le Schpountz.
Le Schpountz
Réalisation Marcel Pagnol
Scénario Marcel Pagnol
Acteurs principaux
Sociétés de production Films Marcel Pagnol
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Comédie
Durée 122 minutes
Sortie 1938

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le Schpountz est un film français réalisé par Marcel Pagnol, sorti en 1938.

Le scénario, bien que totalement original, tourné en 1937, en parallèle avec un autre film de Pagnol, Regain, se base sur une anecdote réelle survenue lors du tournage d'un troisième film, Angèle, tourné en 1934.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le cinéma est l'obsession d'Irénée
Sur cette photo, l'Éden Cinéma de Cosne, construit en 1913

Depuis la mort de ses parents, Irénée Fabre[Note 1] est hébergé avec son frère Casimir chez sa tante et son oncle qui tiennent une petite épicerie dans le sud de la France, rêve d'être une vedette du grand écran. En attendant ce grand jour, il aide, à sa façon, sa famille à gérer la modeste boutique.

De passage dans son village pour tourner un film, une troupe de cinéma, essentiellement composée de techniciens, lui fait signer un contrat mirobolant après l'avoir écouté évoquer son obsession de cinéphile avec notamment son évocation théâtralisée sur la peine de mort. Il s'agit en réalité d'une farce, une plaisanterie entièrement montée par cette équipe pour le tourner en ridicule. Le contrat d'acteur professionnel que les techniciens lui font signer est constitué de clauses complètement loufoques qui n'éveillent chez lui aucun soupçon.

Son oncle se rend compte de sa naïveté et lui reproche un « ramollissement de sa cervelle ». Celui-ci tente de le dissuader de monter à Paris pour exécuter son contrat. Pourtant Irénée, piqué au vif et aveuglé par sa vanité, continue cependant de mordre à l'hameçon et cela malgré les avertissements de Françoise, la monteuse de l'équipe, qui tente, elle aussi, de le faire changer d'avis, en lui expliquant qu'il est victime d'une mauvaise plaisanterie. Emporté et décidé, Irénée se rend malgré tout à Paris pour tourner ce qu'il croit être son premier film.

Arrivé dans les studios de cinéma à Paris, il finira par découvrir qu'on s'est joué de lui et qu'il n'est en fait qu'un « schpountz », c'est-à-dire un idiot, un naïf, terme que l'équipe avait déjà utilisé quand il les avait rencontrés la première fois. Celui-ci était pourtant parvenu à s'introduire dans les studios jusque dans le bureau du directeur, Monsieur Meyerboom, qui fait mine de le connaître pour se débarrasser d'une actrice importune venue faire du scandale. Une fois la femme chassée, Monsieur Meyerboom essaye de comprendre ce que veut ce jeune homme avant de se rendre compte de son exaltation et prévient son service de sécurité qui l'expulse manu militari du bureau et des studios.

Françoise, qui assiste à la scène, prévient alors ses collègues techniciens qu'Irénée est là et qu'il a réussi à rencontrer le directeur. Le chef opérateur Astruc vient le retrouver sur le trottoir et tente de lui ouvrir les yeux, mais la folie et l'entêtement d'Irénée l'empêchent d'aller plus loin. Irénée, avec l'aide de ce même Astruc, parvient de nouveau à rentrer dans les studios. L'équipe de techniciens le pousse à prendre le costume d'un général d'Empire et l'introduit en plein tournage sur le plateau d'un film historique consacré à Napoléon. L'irruption d'Irénée sème la panique, interrompt le tournage et déclenche la colère du cinéaste.

Irénée, poursuivi, caché et humilié, mais enfin retombé sur terre, essaye de faire croire qu'il n'était pas dupe et pense s'en tirer de la façon la plus élégante possible. L'équipe lui propose alors de lui payer son retour à Marseille, mais Irénée tente de nouveau jouer la fierté. Monsieur Meyerboom est prévenu par Galubert, l'acteur principal de la scène durant laquelle Irénée s'est introduit, et décide de convoquer l'équipe pour lui dire sa colère dans discours épique où se mélange humour, dépit où il se révèle être un homme seul : un « vieux », un « juif »...

Irénée qui s'est rendu compte de sa naïveté, mais aussi de sa folie des grandeurs, avoue sa honte à Françoise et lui confesse qu'il n'est bon à rien (et même "mauvais à tout"). Dés lors, Françoise décide d'intervenir et fait embaucher Irénée comme aide accessoiriste. Monsieur Meyerboom accepte et Françoise essaye encore de le convaincre de lui donner un petit rôle pour révéler son côté comique.

Françoise demande à Irénée d'accepter un petit rôle et celui-ci finit par accepter de jouer avec cet acteur un peu hautain et cabot de Galubert qui finira, ensuite, par se retirer face au succès d'Irénée. Le film est diffusé et le talent d'Irénée est reconnu comme une révélation comique.

Irénée semble déçu par cette révélation et donne à Françoise un commentaire très dévalorisante du statut des comiques : "celui qui fait rire les autres est inférieur aux autres", mais Françoise lui rappelle que les meilleurs acteurs comiques ne sont pas des êtres inférieurs et lui évoque Charlie Chaplin, Molière sans omettre de lui rappeler que « le rire est le propre de l'homme ».

Monsieur Meyerboom, face au succès de ce nouvel acteur, lui propose un contrat qui semble mirifique et qui éblouit le jeune acteur, mais Françoise, méfiante, demande à Irénée de réfléchir. Meyerboom s'éclipse un instant et ils se retrouvent tous les deux. Irénée se rend compte que Françoise est une femme seule, habitant chez sa mère, donc sans mari, sans amant et qui, en fait, s'intéresse beaucoup à lui. Irénée accepte donc de signer le contrat à condition qu'elle devienne son manager et "par la force du raisonnement" qu'elle entre dans "une association conjugale", car il a besoin d'elle. Meyerboom fait signer le contrat sous la condition fixée par Françoise, qu'il donne sa voiture, la condition essentielle pour un voyage de noces.

Plus tard, Françoise et Irénée, enfin mariés, se rendent avec leur belle voiture chez son oncle et sa tante et l'acteur décide de jouer une petite "comédie" à son oncle. Il fait mine d'avoir raté sa vocation afin de retrouver sa famille comme il l'a connue. L'oncle, qui le croit sans un sou, l'accueille avec bienveillance et tendresse. Il accepte même, sans sourciller la présence de Françoise et espère même agrandir son épicerie pour qu'ils puissent tous travailler ensemble tous les cinq (l'oncle, la tante, le frère d'Irénée, Françoise et Irénée lui-même). Face à tant de générosité, Irénée avoue à son oncle qu'il est un acteur reconnu et toute la famille se félicite. La scène finale présente la fameuse tirade des « coups de pied au cul » durant laquelle Irénée menace les enfants du village qui veulent jouer avec le klaxon de la belle automobile garée devant l'épicerie familiale.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Marcel Pagnol, producteur, réalisateur et scénariste du film
Chanson : Je n'ai jamais compris l'amour ou l'amour incompris, paroles de Jean Manse[1]
  • Photographe de plateau : Roger Corbeau
  • Production : Marcel Pagnol
  • Société de production : Société Nouvelle des Films Marcel Pagnol
  • Directeur de production : Charles Pons ; assistant Léon Bourrely
  • Régie : Henri Garcia
  • Pays : Drapeau de la France France
  • Format : Noir et blanc - 35 mm - 1,37:1
  • Genre : Comédie
  • Durée : 122 min
  • Distribution : Gaumont
  • Date de sortie : France, (Cinéma : Olympia)[2]

Production[modifier | modifier le code]

Genèse[modifier | modifier le code]

L’idée du Schpountz est née au cours du tournage du film Angèle, effectué par le même réalisateur, quelques années auparavant. Lors des prises de vues extérieures, des curieux, venus des villages alentour, venaient assister au tournage. Parmi ces visiteurs réguliers, un jeune homme à la présentation modeste tentait de se faire passer pour une personne importante. Dés lors, le chef opérateur, qui avait compris son manège, le surnomma « le Schpountz ». Ce technicien et son équipe lui firent miroiter une grande carrière d’acteur, allant même jusqu'à lui faire signer un contrat bidon. Informé de ce fait, Pagnol part de cette anecdote de tournage et écrit un scénario en pensant à Fernandel, acteur idéal pour jouer une situation comique tout en sachant rester émouvant[3].

Le mot qui compose le titre du film a très certainement été créé par Willy Faktorovitch, directeur de la photographie de nombreux films de Marcel Pagnol (mais aussi d'autres réalisateurs tels que Jacques Houssin, Julien Duvivier ou Christian-Jaque). Ce technicien, d'origine ukrainienne, connaissait la langue allemande et s'est inspiré du mot Spund, tiré de cette langue et signifiant « bouchon » et par extension, « enfant » ou « homme simplet », facile à duper ou à manipuler.

Distribution[modifier | modifier le code]

Tournage[modifier | modifier le code]

La Peugeot 601 "Eclipse Pourtout" qui apparaît dans le film
  • Le film a été tourné de mars à septembre 1937 à Marseille et dans ses environs, durant la même période que Regain Les deux films, réalisés par Pagnol, partagent une grande partie des acteurs, des figurants et des techniciens pour des raisons techniques et budgétaires[5].
  • La voiture que le producteur offre au « schpountz », alias Irénée, lors de la signature de son premier contrat, et avec laquelle il fera son retour triomphal dans sa famille, est la Peugeot 601 personnelle de Marcel Pagnol. Achetée en 1935, elle possède une carrosserie spéciale créée par le carrossier Marcel Pourtout sur un châssis de 601 « Éclipse », un modèle équipé d'un toit amovible en acier qui se range dans la pointe arrière du véhicule, dispositif élaboré par le designer Georges Paulin.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Tout condamné à mort aura la tête tranchée ». Cette phrase, véritable alexandrin et faisant référence à la Loi du 6 octobre 1791, prononcée sur tous les tons possibles par le personnage d'Irénée comme une simple preuve de sa capacité à jouer sur un registre varié, allant du comique au plus sérieux possible, est devenu une des tirades les plus célèbres du cinéma français[6].
  • « Et vous savez quand est-ce qu'on devient vieux ? C'est quand les jeunes vous laissent tomber. C'est quand on tutoie tout le monde... et que plus personne ne vous dit « tu ». » (Mr. Meyerboom dans son bureau au groupe de farceurs.)[2]
  • « [...] si l'on veut que les gens méritent notre confiance, il faut commencer par la leur donner. » (L'oncle à Françoise après sa présentation par Irénée.)[2]

Réception[modifier | modifier le code]

Nombre d'entrées[modifier | modifier le code]

Critique[modifier | modifier le code]

Aurélien Ferenczi, rédacteur en chef adjoint au magazine Télérama est admiratif du talent de Fernandel durant ce tournage. Il considère ce film comme une sorte de mise en abîme qui, débutant de façon assez conventionnelle (l'histoire d'un "fada" qui vit dans sa propre obsession), lance ensuite « une réflexion sur le monde du cinéma et sur la fonction du comique »[7].

Analyse[modifier | modifier le code]

Ce film, novateur pour l'époque, base son intrigue sur une mise en abîme propre à l'art cinématographique; il s'agit d'un film qui reprend une anecdote tirée du tournage d'un précédent film et mettant en scène une équipe de tournage, prise en charge par une véritable équipe de tournage très certainement à l'origine de l'anecdote, Marcel Pagnol ayant l'habitude de garder les mêmes techniciens[8].

Il y a également un côté « arroseur arrosé » qui va au-delà de l'anecdote originelle, puisque le « schpountz », le « jobastre », le « fada » (termes utilisé dans le film) finit par avoir raison de son insistance et réussit à s'ouvrir les portes des studios. Un hommage très appuyé est rendu à Charlie Chaplin avec pour but de donner enfin ses lettres de noblesse aux films comiques considérés par les critiques comme un genre mineur[9].

Autour du film[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. orthographié Irené durant le générique

Références[modifier | modifier le code]

  1. Site paroles et musique fiche lyrics "l'amour incompris"
  2. a b c et d L'Avant-Scène, Mensuel, N° 105-106, juillet-septembre 1970. Spécial Pagnol, Le Schpountz
  3. Site dvdclassik, page "le Schpountz de Pagnol", consulté le 20 avril 2018
  4. Dans certaines scènes, à la place de Pierre Brasseur, en raison d'un retournage, voir Le Schpountz sur le site cineclap.free
  5. Site dvdclassik, page sur "le schpountz"
  6. site du magazine télérama, page sur le schpountz, consulté le 20 août 2018
  7. Télérama, page sur le "Schpountz"
  8. Google Livres, Le Schpountz, commentaire de la BD de Stoffel et Scotto, page 93
  9. Site du ciné club de Caen, page sur le schpountz, consulté le 21 août 2018


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marcel Pagnol, Le Schpountz, texte intégral du film, Fasquelle, 1954 ; réédition De Fallois éditeur, collection Fortunio, 2005 (ISBN 2877065219 et 9782877065214)
  • Marcel Pagnol, Le Schpountz, découpage et dialogues in extenso, L'Avant-scène Cinéma n° 105-106, juillet-septembre 1970, « Spécial Pagnol »
  • Claude Beylie, Marcel Pagnol ou le Cinéma en liberté, Paris, Éditions de Fallois, 1995 (ISBN 2-87706-252-X)

Liens externes[modifier | modifier le code]