Le Rire (Henri Bergson)

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Le Rire
Essai sur la signification du comique
Auteur Henri Bergson
Pays Drapeau de la France France
Genre essai, philosophie
Éditeur Félix Alcan
Lieu de parution Paris
Date de parution 1900
Chronologie

Le Rire : essai sur la signification du comique est un ouvrage du philosophe Henri Bergson paru le [1]. Le livre est composé de trois articles (les trois chapitres) qui avaient précédemment été publiés dans la Revue de Paris.

Comme Bergson le dit dans sa préface de 1924, son essai se concentre plus exactement sur « le rire spécialement provoqué par le comique. » La thèse défendue dans l’ouvrage est que ce qui provoque le rire est le placage de la mécanique sur du vivant. Le rire y est considéré comme une punition de la société envers les êtres qui s’écartent de la norme.

Thèse[modifier | modifier le code]

Dans le premier chapitre, Bergson fait trois observations sur le rire :

  • Il n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain. Ainsi, un paysage n’est jamais risible. Un animal est risible lorsque l’on surprend chez lui une attitude ou une expression humaine.
  • Le rire s’accompagne toujours d’une insensibilité ou d’une indifférence : « c’est une anesthésie momentanée du cœur, pendant laquelle l’émotion ou l’affection est mise de côté ; il s’adresse à l’intelligence pure. »
  • Le rire a une signification sociale : il doit répondre à certaines exigences de la vie en commun, le rire étant toujours le rire d’un groupe. « Est comique le personnage qui suit automatiquement son chemin sans se soucier de prendre contact avec les autres. Le rire est là pour corriger sa distraction et pour le tirer de son rêve [...] Toujours un peu humiliant pour celui qui en est l’objet, le rire est véritablement une espèce de brimade sociale.[2] » Il en résulte, selon Bergson, que « le comique naîtra, semble-t-il, quand des hommes réunis en groupe dirigeront tous leur attention sur un d’entre eux, faisant taire leur sensibilité et exerçant leur seule intelligence. »

Il résume ainsi sa thèse : « Est comique tout arrangement d’actes et d’événements qui nous donne, insérées l’une dans l’autre, l’illusion de la vie et la sensation nette d’un agencement mécanique[3]. »

Il identifie cinq procédés principaux :

  • « Le diable à ressort » : « Passons alors au théâtre. C’est par celui de Guignol que nous devons commencer. Quand le commissaire s’aventure sur la scène, il reçoit aussitôt, comme de juste, un coup de bâton qui l’assomme. Il se redresse, un second coup l’aplatit. Nouvelle récidive, nouveau châtiment. Sur le rythme uniforme du ressort qui se tend et se détend, le commissaire s’abat et se relève, tandis que le rire de l’auditoire va toujours grandissant[4]. » Dans la vie courante, on obtient le même effet lorsqu'on exprime une idée, que l'interlocuteur la réprime et qu'on l'exprime de nouveau. C'est un flot de parole qui s'élance, qu'on arrête et qui repart toujours.
  • « Le pantin à ficelles » : c'est une scène de comédie où un personnage croit parler et agir librement alors qu'il n'est qu'un simple jouet entre les mains d'un autre.
Exemple : dans les Fourberies de Scapin de Molière, Géronte et Argante sont manipulés par Scapin: « C'est le ciel qui me les amène dans mes filets »
  • « L'effet boule de neige » : c'est une accumulation, un engrenage d'actions involontaires.
Exemple : Dans Don Quichotte, le muletier frappe Sancho Panza, qui frappe Maritorne, sur laquelle tombe l'aubergiste, etc.
  • « La répétition » : la même scène ou situation se déroule plusieurs fois.
Exemple : Dans L'École des femmes de Molière :
1er temps : Horace raconte à Arnolphe ce qu'il a imaginé pour tromper le tuteur d'Agnès, qui se trouve être Arnolphe lui-même
2e temps : Arnolphe croit avoir paré le coup
3e temps : Agnès fait tourner les précautions d'Arnolphe au profit d'Horace
  • « L'inversion » : C'est « l'arroseur arrosé » ou « le voleur volé »
Exemple : Dans La farce du cuvier, une femme exige de son mari qu'il fasse tous les travaux ménagers; elle a consigné le détail sur une feuille. Mais elle tombe au fond d'une cuve et son mari refuse donc de l'aider car ce n'est pas répertorié sur sa feuille.

Éditions contemporaines[modifier | modifier le code]

Édition imprimée
  • Henri Bergson (auteur) et Antoine de Baecque (préfacier), Le Rire. Essai sur la signification du comique, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot » (no 833), , 201 p. (ISBN 978-2-228-90714-9, notice BnF no FRBNF42568863)
    Le copyright de cette édition est de 2011, mais le livre est paru au début de l'année 2012. L'essai d'Henri Bergson est suivi d'un texte de Sándor Ferenczi, Rire, traduit par l'équipe du Coq Héron, et qui provient de l'ouvrage Psychanalyse IV. Œuvres complètes, 1927-1933, publié en 1982 chez Payot.
Livre audio
  • Henri Bergson (auteur) et Xavier Béja (narrateur), Le Rire : Essai sur la signification du comique, Caen, Alexis Brun Productions, coll. « Lyre audio : Les classiques à portée d'oreille », (ISBN 978-2-35645-022-7, notice BnF no FRBNF42363767)
    Support : 1 disque compact audio MP3 ; durée : 3 h 46 min environ ; référence éditeur : Lyre audio classiques lac-356450227-0-1. Le disque compact comporte également, aux formats PDF et EPUB, le texte de l'essai d'Henri Bergson.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Claudine Grammont, Le dessin fauve,1900-1908: quelque chose de plus que la couleur., Musées de Marseille, 2002 - 272 pages
  2. Le Rire, p. 136-137.
  3. Le Rire, p. 69.
  4. Le Rire, p. 70.

Lien externe[modifier | modifier le code]

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