Le Rat et l'Huître

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Le Rat et l'Huître
Image illustrative de l’article Le Rat et l'Huître
Gravure de Pierre Quentin Chedel d'après Jean-Baptiste Oudry, édition Desaint & Saillant, 1755-1759

Auteur Jean de La Fontaine
Pays Drapeau de la France France
Genre Fable
Éditeur Claude Barbin
Lieu de parution Paris
Date de parution 1678

Le Rat et l'Huître est la neuvième fable du livre VIII de Jean de La Fontaine situé dans le second recueil des Fables de La Fontaine, édité pour la première fois en 1678.

La source de cet apologue est l'emblème XCIV d'André Alciat intitulé "Captivus ob gulam" ou un sonnet du XVIe siècle intitulé "Le Rat domestique et l'Ouytre" tiré du recueil Les Fables d’Ésope et d'autres en rime française (1595).

Gravure de François Chauveau (1613-1676)

Texte[modifier | modifier le code]

LE RAT ET L'HUÎTRE

[Alciat]

"Le Rat et l'Huître" traduit en néerlandais, illustré par Firmin Bouisset


Illustration de Benjamin Rabier (1906)
Dessin de Grandville (1838-1840)
Gravure de Gustave Doré (1876)

Un Rat hôte (1) d'un champ, rat de peu de cervelle,

Des lares (2) paternels un jour se trouva soû.(3)

Il laisse là le champ, le grain, et la javelle, (4)

Va courir le pays, abandonne son trou.

           Sitôt qu'il fut hors de la case (5),

" Que le monde, dit-il, est grand et spacieux !

Voilà les Apennins, et voici le Caucase. "

La moindre taupinée (6) était mont à ses yeux.

Au bout de quelques jours le voyageur arrive

En un certain canton où Thétys (7) sur la rive

Avait laissé mainte huître ; et notre Rat d'abord

Crut voir en les voyant des vaisseaux de haut bord.

" Certes, dit-il, mon père était un pauvre sire !

Il n'osait voyager, craintif au dernier point.

Pour moi, j'ai déjà vu le maritime empire :

J'ai passé les déserts, mais nous n'y bûmes point. " (8)

D'un certain magister (9) le Rat tenait ces choses,

           Et les disait à travers champs (10) ;

N'étant pas de ces rats qui les livres rongeants

           Se font savants jusques aux dents.

           Parmi tant d'huîtres toutes closes,

Une s'était ouverte, et bâillant au soleil,

Par un doux zéphir réjouie,

Humait l'air, respirait, était épanouie,

Blanche, grasse, et d'un goût, à la voir, nonpareil.

D'aussi loin que le Rat voir cette Huître qui bâille :

" Qu'aperçois-je ? dit-il, c'est quelque victuaille ;

Et, si je ne me trompe à la couleur du mets,

Je dois faire aujourd'hui bonne chère, ou jamais. "

Là-dessus maître Rat plein de belle espérance,

Approche de l'écaille, allonge un peu le cou,

Se sent pris comme aux lacs (11) ; car l'Huître tout d'un coup

Se referme, et voilà ce que fait l'ignorance.


Cette fable contient plus d'un enseignement.

           Nous y voyons premièrement :

Que ceux qui n'ont du monde aucune expérience

Sont aux moindres objets frappés d'étonnement ;

           Et puis nous y pouvons apprendre,

           Que tel est pris qui croyait prendre.


Vocabulaire

(1) habitant

(2) Dieux domestiques de la maison des romains. Par extension désigne le foyer

(3) se dit aussi de ce qui rassasie l'esprit (Dictionnaire de Furetière)

(4) tas d'épis de blé battu laissés sur le sol en petit tas, qu'on laisse sécher quelques jours avant d'en faire des bottes.

(5) "Une méchante petite maison" (Dictionnaire de Furetière)

(6) taupinière, butte de terre laissée par les taupes ...

(7) Dans la mythologie, Thétys est la déesse de l'Océan

(8) Allusion à Picrochole qui s'imagine traversant le désert : " Mais nous ne bûmes point frais " (Rabelais, Gargantua, I, 33)

(9) maître d'école de village

(10) À tort et à travers

(11) pièges en lacet, nœuds coulants pour prendre oiseaux, lièvres ou autres gibiers

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