Le Rêve dans le pavillon rouge

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Idéogrammes chinois Cette page contient des caractères chinois. En cas de problème, consultez Aide:Unicode ou testez votre navigateur.

红楼梦 / 紅樓夢, Hóng lóu mèng

Le Rêve dans le pavillon rouge
Image illustrative de l’article Le Rêve dans le pavillon rouge
Une scène du roman, par Xu Baozhuan

Auteur 曹雪芹, Cáo Xuěqín
Pays Chine
Genre Roman
Version originale
Langue Chinois
Titre 红楼梦 / 紅樓夢, Hóng lóu mèng
Date de parution XVIIIe siècle
Version française
Date de parution 1981
Type de média Copies manuscrites

Le Rêve dans le pavillon rouge (chinois simplifié : 红楼梦 ; chinois traditionnel : 紅樓夢 ; pinyin : Hóng lóu mèng ; Wade : Hung Lou Meng ; EFEO : Hong-leou mong ; littéralement : « Le Rêve dans le pavillon à étage rouge »), écrit par Cao Xueqin (曹雪芹, Cáo Xuěqín, Wade : Ts'ao Hsueh-ch'in, Ts'ao Siuekin, 1723-1763) en dix ans, est le dernier en date des quatre grands romans de la littérature classique chinoise, considéré par Mao Zedong comme l'une des fiertés de la Chine[1]. Il fut écrit au milieu du XVIIIe siècle durant la dynastie Qing. Il est considéré comme l'un des chefs-d’œuvre de la littérature chinoise, si ce n'est le plus prestigieux, et est généralement considéré comme l'apogée de l'art romanesque chinois (autobiographique, pour une part) ; à ce titre, l'immense œuvre fait partie de la collection UNESCO d'œuvres représentatives. L'exégèse du Rêve dans le pavillon rouge et tout ce qui s'y rapporte représente un pan entier de l'étude littéraire que l'on appelle « la rougeologie » (红学 / 紅學, hóng xué, « Études rouges »). La rougeologie attire et fascine des lecteurs et des lettrés du monde entier, bien au-delà de la sphère chinoise, ce qui souligne la dimension universelle de l'ouvrage

« Si bien qu'ayant maintenant laissé s'écouler la moitié de mon existence sans me rendre maître d'aucune technique, j'ai voulu, de toutes mes fautes, tirer un ouvrage en guise d'avertissement à l'universalité des humains[2]. »

Le titre de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Gravure du Roc magique des communications transcendantes et de la merveilleuse Plante aux Perles pourpres

Le titre de l’œuvre a varié au cours de sa composition. Le Rêve dans le pavillon rouge est d'abord une suite de quatorze airs entendus, en rêve, par Jade Baoyu au récit V, dans une chambre rouge du Domaine illusoire de la Suprême Vanité. Le « pavillon rouge » désigne de plus le gynécée, appartements intimes des femmes de grande maison. En effet, on peignait les riches résidences de rouge, symbolisant le luxe et le bonheur. L'auteur utilise le mot « rêve » dans le titre de l'ouvrage car, comme il le déclare lui-même au début du roman, il a longtemps vécu les illusions d'un songe : « Les termes tels que « rêve », « songe », ou « illusion » qui figurent dans ce récit, sont destinés à attirer l'attention du regard des lecteurs, et à exprimer le véritable sens de la conception de l'ouvrage. » [3] Ainsi, André d'Hormon proposa la traduction suivante, moins littérale : Le Songe au gynécée.

Le titre originel de l'ouvrage semble avoir été Les Mémoires d'un roc (石头记 / 石頭記, shítóu jì, « Histoire de la pierre »), pour « souligner la contradiction du détachement bouddhiste de la désillusion et de la transmutation salvatrice qu’opère l’attachement amoureux. »[4] En effet, Cao Xueqin affirme n'avoir que retranscrit l'histoire gravée sur un bloc, trouvé par deux moines dans la montagne.

De nombreux titres ont été attribués à l'ouvrage. Ainsi, une version primitive du roman, préfacée par le frère de l'auteur, était intitulée « Miroir magique des amours de brise et de clair de lune »[5],[6]. L'auteur lui-même donne au début du récit les titres « Relation du Moine d'Amour et Les Douze belles de Jinling » ( 金陵十二钗 / 金陵十二釵, Jīnlíng shí'èr chāi, « Les douze épingles à cheveux de la montagne d'or »)[7], aujourd'hui tombés en désuétude. Le roman fut aussi désigné par la suite sous le nom de « L’Union de l'or et du jade » (金玉缘 / 金玉緣, jīnyù yuán ou 金玉良缘 / 金玉良緣, jīnyù liángyuán), faisant référence au mariage entre Jia Baoyu, né avec un abraxas de jade dans la bouche, et Xue Baochai, portant autour du cou un cadenas de sauvegarde et de maintenance vitale en or gravé d'inscriptions complémentaires de celles de Jia Baoyu.

Néanmoins, Le Rêve dans le pavillon rouge est un des titres primitifs de l'ouvrage. Il semble que Cao Xueqin l'avait choisi pour le roman dès le début de sa composition, mais dut le remplacer à partir de 1747 par « Mémoires d'un Roc » qui avait la préférence de Zhiyanzhai, principal commentateur. Ce n'est devenu le titre définitif que vingt ou trente ans après la mort de Cao Xueqin, avec la publication des versions Cheng-Gao[6].

Langue : le chinois classique de Pékin[modifier | modifier le code]

Bien que maîtrisant parfaitement le chinois classique, l'auteur rédigea dès l'origine le Rêve dans le pavillon rouge en chinois vernaculaire, dans le plus pur dialecte de Pékin, qui deviendra plus tard la base du mandarin standard. Pourtant, avant le mouvement du 4-Mai, la grande majorité des œuvres étaient écrites en chinois classique. C'est pourquoi au début du XXe siècle, les lexicographes utilisèrent le roman pour établir le vocabulaire du nouveau mandarin standard et les partisans d'une réforme de la langue s'en servirent pour promouvoir l'écriture du chinois vernaculaire[8].

Présentation du contexte historique[modifier | modifier le code]

Avec ses 120 récits, c'est l'un des plus longs romans jamais écrits. Cependant, Cao Xueqin n'en aurait personnellement achevé que les quatre-vingts premiers, les quarante derniers ayant été sans doute révisés par Gao E (高鹗 / 高鶚, gāo è, 1738-1815) et Cheng Weiyuan à partir de plans très élaborés laissés par l'auteur même[4]. Ce roman, à la fois de mœurs et de sociologie, sur la famille aristocratique mandchoue des Jia, est centré sur l'amour entre le très jeune héros Jia Baoyu (贾宝玉 / 賈寶玉, jiǎ bǎo yù, « Jia Jade magique ») et sa cousine Lin Daiyu (林黛玉, lín dài yù, « Lin Jade sombre »), amour qui sera finalement contrarié par le destin puisque la Sœurette Lin (Lin Daiyu), qui mourra au cours de l'histoire, ne pourra pas épouser le Frérot Jade (Baoyu). Cette prédestination, concernant aussi le sort de tous les autres principaux protagonistes, est comme déjà préalablement fixée, dans une ‘’vie antérieure’’, extra-temporelle, où le drame prend en réalité sa source mystérieuse. Cette vie antérieure, complexe, est retracée avec une rare habileté par l’auteur, Cao Xueqin, dans un cadre-récit initial, servant de prologue, occupant une large partie du premier des 120 Récits du roman.

L’œuvre, considérée en partie comme autobiographique, reflète la montée en prestige social et en puissance politique, puis le lent déclin, de la propre famille de l'auteur, celle des Cao, qui fut comblée d'honneurs et de richesses sous le règne de l'empereur Kangxi (1661-1722), puis tombée en disgrâce. Elle retrace aussi, par extension, l’atmosphère fastueuse de l’apogée de la dynastie Qing, dans la première moitié du XVIIIe siècle [9]. Comme l'auteur l'explique dans le premier récit, il cherche à commémorer les femmes qu'il a connues dans sa jeunesse : amies, proches parentes et servantes... Le roman est non seulement fascinant par son nombre immense de personnages parfaitement caractérisés et par sa profonde portée psychologique, mais il l'est encore par sa description, précise et détaillée, de la vie fastueuse et des structures sociales de l'aristocratie chinoise du XVIIIe siècle[10] : L'auteur du Rêve dans le pavillon rouge était un fils de grande famille. L'ensemble du faste qu'il décrit est si exact, que nul ne saurait en parler ainsi, à moins d'y avoir personnellement participé[11] ; ce qui conduisit plus tard la critique officielle, du temps de la Chine marxiste, à qualifier l’œuvre (quoique en réalité admirativement) d'« encyclopédie du monde féodal à son déclin »[4]. Cao Xueqin y dépeint, en effet, le faste inouï de la haute noblesse impériale (dans le roman, la très aristocratique famille des Jia) tout en dénonçant, avec prudence, l'hypocrisie des institutions de l'Empire, appelées à décliner bientôt tout au long du XIXe siècle, ainsi que l'exploitation de l'homme fondée sur le système de l'esclavage tel qu’il avait cours dans la Chine impériale, même s'il y était plus doux et plus paternaliste qu’ailleurs dans le monde à la même époque.


Un récit-cadre hors du temps pour une mise en abyme dans le temps[modifier | modifier le code]

Scène du roman, peinte par Sun Wen

L'histoire est donc précédée d'une sorte de récit-cadre se déroulant dans une vie antérieure. Ce récit-cadre permettra, par une habile mise en abyme), de plonger bientôt le lecteur dans l'intrigue proprement dite. Cette dernière se déroule dans un temps historique très précis, celui du début de la dynastie Qing, déjà fastueuse sous l'empereur Kangxi et qui sera à son apogée durant le très long et brillant règne de l’empereur Qianlong (1735-1796). Cao Xueqin écrira justement le roman sous le règne de Qianlong, au cours des années 1740-1750.

Ce récit-cadre initial occupe une large première partie du Récit I :

Récit-cadre - Étape I : La genèse du Roc d’essence transcendante[modifier | modifier le code]

Un énorme et mystérieux Roc, sur lequel sera par la suite gravée une immense histoire (voir Récit-cadre - Étape II), a été, à l'origine, abandonné par la déesse Nugüa[12] lorsque celle-ci répara une brèche accidentelle dans la voûte céleste. Aux Falaises de l'Insondable, elle parvint à fondre trente-six mille cinq cent un blocs de roc pour accomplir ce travail, en les traitant par le feu. Elle les utilisa tous, sauf le dernier roc, qu'elle abandonna sur la montagne. « Or ce Roc, une fois refondu par le feu, se trouva entièrement pénétré d'une essence transcendante. » Constatant que tous ses semblables, les 36 500 autres rocs, avaient été jugés dignes de combler la brèche du firmament, tandis que lui-même se voyait éliminé, il en voulait à son sort, s'en affligeait, et passait des jours et des nuits à en gémir. »

En un temps immémorial, plus tard, vinrent à passer près de lui et s'assirent à son ombre un mystérieux Bonze bouddhiste (symbole de Renoncement aux plaisirs) et un mystérieux Moine taoïste (symbole de la Modération des plaisirs), qui riaient tout en discutant vivement « de la gloire, du luxe, de la richesse et des honneurs du monde des poussières rutilantes » (c'est-à-dire celui des vanités du monde humain).À ces derniers propos, le Roc ne peut s'empêcher d'avoir le cœur ému par le désir profane de se rendre dans ce bas monde et de goûter ainsi aux félicités terrestres. Empruntant le langage humain, le Roc supplie donc le Bonze et le Moine de lui faire connaître les jouissances du monde des humains : « Éminents Maîtres, en dépit de sa nature fruste et stupide, votre disciple a pourtant l'esprit doué d'une certaine transcendance. Si vous témoignez un peu de bienveillance à mon égard pour m'emmener dans les rutilances du bas monde de poussière, je pourrai jouir des plaisirs, pendant quelques années, dans une contrée d'honneurs et de richesses, et dans un terroir de douceur et de délices. Et je garderai à jamais envers vous une gratitude inaltérable. » Le Bonze et le Moine, en riant, l'avertirent alors par deux dictons : « Jamais rien de beau qui ne soit sans défaut », et : « Bonheur est débiteur de bien des malheurs ». Ils lui dirent encore que, finalement, tout n'est que songe, et qu’il ferait donc mieux de ne pas se rendre dans le monde humain. Mais le Roc, le cœur embrasé par les « pensées profanes», les implora de nouveau, tant et si bien que le Bonze et le Moine reprirent en soupirant : Voilà bien la loi de propension au Mouvement. S'il en est ainsi, nous t'emmènerons. Seulement, voilà, ne regrette rien quand tes désirs ne seront plus satisfaits ! » Et le mystérieux Bonze de le prévenir qu’au terme de ses épreuves, il reprendra sa nature primitive, c’est-à-dire celle de Roc.

Le Bonze récita alors les formules du « Grand Pouvoir », déploya des procédés surnaturels et « fit si bien que le Roc se transforma en un jade d'une fraîcheur éclatante, d'une lumineuse pureté, aussi menu qu'on pouvait le tenir dans la main. » Le Bonze s'en saisit et lui dit en riant : « La substance de ton corps est certes animée d'une essence transcendante, mais il faut que je grave sur toi quelques caractères d'écriture, afin que tous ceux qui te verront soient avertis de ta nature extraordinaire. Puis je t'emmènerai dans une contrée resplendissante, au foyer d'une famille aristocratique de lettrés, fastueux domaine, terroir de douceur, de richesse et d'honneurs, pour t'installer dans la joie. (...) Plus tard, tu comprendras. Ayant dit cela, le Bonze mit le jade dans sa manche, puis, entraînant avec lui le Moine taoïste, « s'évanouit dans un tourbillon, sans qu'on pût savoir dans quelle direction ni dans quelle contrée il avait disparu. »

Récit-cadre - Étape II : L'histoire gravée sur le Roc transmise par Cao Xueqin[modifier | modifier le code]

Dans un vertigineux télescopage temporel, nous sommes alors brièvement propulsés dans un très lointain futur. Après les mots que l'on vient de citer (« ... s'évanouit dans un tourbillon, sans qu'on pût savoir dans quelle direction ni dans quelle contrée il avait disparu »), le récit enchaîne aussitôt : « Qui sait combien de siècles et de kalpa s'étaient depuis lors écoulés » ?. Donc dans un futur extrêmement éloigné, voici le Roc qui a désormais connu l'expérience de la vie humaine dont il avait un si grand désir. Et, comme le Bonze l'en avait prévenu (« Au terme de tes épreuves, tu reprendras ta nature primitive »), le voici redevenu un Roc, mais sur lequel, maintenant, de haut en bas, est désormais minutieusement gravée et racontée toute l'histoire de l'expérience humaine qu'il a vécue dans le monde des humains. C'est précisément cette histoire, gravée sur le Roc et intitulée « Mémoires d'un Roc » , qui constituera tout le récit du Rêve dans le pavillon rouge.

Ainsi donc, après des siècles et des siècles, « sur le Pic des Crêtes verte », vient à passer à nouveau un mystérieux Moine taoïste tout près du Roc, « sur lequel apparaissaient distinctement des caractères formant un récit ». Le Moine, lisant attentivement tout ce qui était gravé sur lui, comprit « que le passé de ce Roc était riche de multiples et étranges péripéties ». Le Moine transcrivit tout ce récit sur du papier. Au terme de cette longue tâche, lui qui s'était appelé jusqu'ici « moine Vanité des Vanités », décida, à la suite de cette lecture, d'adopter pour nom celui de « Moine d'Amour ». Nous apprenons alors que « plus tard, dans son cabinet dit du Deuil des Roseurs florales, Cao Xueqin, ayant, pendant dix ans, lu et relu cet ouvrage, y apporta cinq fois des retouches, le divisa en récits numérotés et en établit la table des matières. » C'est sous cette présentation littéraire fictive, d’après laquelle il n'aurait été qu'un simple correcteur du texte d'origine, que Cao Xueqin a voulu discrètement et sobrement se présenter, dans sa pudeur et sa grande humilité, lui qui, étant l'auteur, avait conçu et écrit toute la gigantesque œuvre, en partie grâce à des éléments autobiographiques, et dont il dira, de façon poignante : « Chaque mot m'a coûté une goutte de sang. »[13]

Récit-cadre - Étape III : Le Roc (Page au Divin Jade) s'incarne en Baoyu[modifier | modifier le code]

Cette parenthèse faite, l'on apprend alors que le Roc d'origine, lorsque la déesse Nuwa ne l'utilisa pas pour combler, lui aussi, la brèche de la voûte céleste, n'en gagna pas moins, en compensation, « le pouvoir de vaguer, çà et là, tout à son aise ». C'est ainsi qu'il était arrivé un jour chez l'Immortelle veillant aux Mirages (on retrouvera plus tard celle-ci, dans le roman, mystérieusement sous les traits de la séduisante cousine Qin Keqing, notamment durant le rêve, à la fois divinatoire et érotique, que fera Baoyu, dans le Récit VI, rêve qui sera pour lui une première initiation sexuelle dont il se réveillera bouleversé et tout confus). Mais, dans le récit-cadre, l'Immortelle veillant aux Mirages, comprenant de quelle nature était le passé de ce Roc, le retient dans son Palais des Vapeurs Écarlates et le fait officier en lui donnant le titre de Page au Divin Jade. Or c’est justement là que va surgir le point crucial qui va déterminer tout son futur une fois qu’il s’incarnera dans le bas monde : un jour le Page au Divin Jade, « longeant la rive du Fleuve des Eaux transcendantes, remarque un pied de la merveilleuse Plante aux Perles pourpres, dont la délicatesse et la grâce lui parurent à tel point charmantes qu'il vint, par la suite, quotidiennement, l'arroser de rosée d'ambroisie. » Cette plante, ayant ainsi reçu, grâce à lui seul, la « pure quintessence du ciel », croîtra et s'épanouira jusqu’à pouvoir se transmuer en créature humaine, féminine, si elle devait dans le bas monde. Étant encore dans le palais de l'Immortelle veillant aux Mirages, elle n'aspirait plus qu'à une seule chose : retrouver celui qui était venu, avec tant de bonté, l’arroser tous les jours, et pouvoir le remercier et le récompenser, concrètement, de sa bonté pour elle. En attendant, elle se morfondait, apaisant cette faim en mangeant « les fruits des secrètes amours » et en buvant « l'eau qui noit les chagrins ».

De son côté, le Page au Divin Jade __ qui, en tant que Roc, avait reçu du mystérieux Bonze la promesse que celui-ci l'amènerait connaître les fastes, les richesses et les plaisirs de la société humaine __ exprima à l'Immortelle qui veille aux Mirages son désir de descendre dans le bas monde. « Pour poursuivre le cours de ses affinités illusoires, il se fit enregistrer pour le départ. » L'Immortelle, de son côté, y voyant une occasion pour la Plante aux Perles pourpres de s'acquitter concrètement de sa dette envers celui qui avait pris soin d’elle avec tant de bonté, accepta l'enregistrement. « Comme il va être précipité dans le bas monde, sous forme humaine, lui confia la Plante, j'irai moi-même l'y rejoindre sous la même forme. Et si je verse pour lui, à titre de rétribution, toutes les larmes de ma vie, peut-être cela suffira-t-il à m'acquitter. » Le Roc, comme on l'a vu, avait été transmué par le Bonze en un splendide petit bijou de jade pour être introduit dans le monde des humains, et l'Immortelle veillant au Mirages l'avait justement appelé Page au Divin Jade.


Mise en abyme dans le temps : Baoyu vient au monde[modifier | modifier le code]

Naquit alors __ au sein d’une illustre famille aux richesses inouïes, proche du pouvoir impérial et exerçant pour celui-ci de grandes charges d'État __ un enfant mâle, à qui l'on donna aussitôt le nom de Jia Jade Magique, en chinois Jia Baoyu (贾宝玉 / 賈寶玉, jiǎ bǎo yù, « Jia Jade magique »), parce que, de façon absolument incompréhensible, il vint au monde avec un abraxas de jade à l’intérieur de la bouche. Par la suite, Jia Baoyu portera toujours autour de son cou, de jour comme de nuit, au bout d'une chaîne d'or en sautoir sur sa poitrine, ce mystérieux petit jade sur lequel était gravé une inscription.

Baoyu, fils des ducs de la Paix de l'État et de la Gloire de l'État[modifier | modifier le code]

L’on découvre plus tard, à partir du Récit III, le jeune Baoyu, personnage principal du roman. Devenu un élégant adolescent, à la fois rêveur et insouciant, il est l'un des plus jeunes descendants de la puissante famille aristocratique des Jia ( / , jiǎ). Cette très nombreuse famille se divise en deux branches maîtresses : celle qui habite le Palais de la Paix de l’État (宁国府 / 寧國府, Níngguó fǔ) et celle qui habite le Palais de la Gloire de l’État (荣国府 / 榮國府, Róng guófǔ). Les deux palais, avec leurs éblouissants jardins (le Parc aux sites grandioses), sont deux immenses résidences adjacentes, occupant à elles seules une très longue avenue dans « la Capitale » (qui n'est jamais nommée). Le prestigieux Ancêtre Commun des Jia (défunt trisaïeul de Baoyu) avait eu deux fils, qui reçurent, l'un et l'autre, le titre de duc par l'Empereur. L'aîné, Jia l'Évolution, duc de la Paix de l'État, et le cadet, Jia la Fontaine, duc de la Gloire de l'État (défunt bisaïeul de Baoyu). Au début du roman, les deux branches de la famille, avec leurs ducs respectifs, figurent ainsi parmi les plus nobles de l'Empire en vertu de leurs titres héréditaires.

Le duc actuel de la Gloire de l'État est Jia le Clément, oncle paternel de Baoyu, tandis que le père de celui-ci est Jia le Politique. Le Clément et le Politique ont pour sœur Jia la Diligente (la mère de la Sœurette Lin, ou Lin Daiyu (林黛玉, lín dài yù, « Lin Jade sombre ») ; celle-ci est donc cousine germaine de Baoyu). Le Clément, le Politique et la Diligente sont tous les trois enfants de l'ancien duc de la Gloire de l'État, Jia le Meilleur de Génération, et de la Vénérable Aïeule Douairière, née des marquis Shi, et maintenant veuve. L'Aïeule, de fait la matriarche vénérée de tous les Jia, qu'ils soient de l'un ou l'autre palais, devant laquelle « tous s'agenouillent et battent trois fois du front contre sur le sol », est donc la grand-mère paternelle de Baoyu ; elle adore littéralement ce petit-fils chéri et lui passe toujours tous ses caprices, au grand dam de son père, le sévère Jia le Politique, qui préfère le voir étudier assidument les grands textes classique confucéens et apprendre soigneusement l'écriture des caractères, alors que, de son côté, le jeune adolescent, que tout le monde appelle aussi « Frérot Jade », ne rate pas une occasion pour courir batifoler avec ses nombreuses cousines qui l'adorent et avec les innombrables soubrettes et caméristes qui servent tous les Jia dans les deux palais.

Jia Baoyu est tout spécialement lié, par un mystérieux penchant réciproque (voir supra à ce sujet le Récit-cadre - Étape III), à sa cousine Lin Daiyu, la Sœurette Lin. Celle-ci arrive d'une ville voisine de la Capitale, après le décès de sa mère, Jia la Déférente ; son père, Lin Tel que Mer, Inspecteur de la Gabelle, devenu veuf, envoie sa fille, de santé très fragile, auprès de la Vénérable Aïeule Douairière sa grand-mère, afin de la distraire de son deuil. L'Aïeule reçoit avec effusion cette petite-fille au palais de la Gloire de l'État, et cette dernière, qui n'était jamais venue auparavant dans la Capitale, y fera la connaissance de son cousin Baoyu. Dès leur première rencontre elle est fascinée par ce jeune cousin, dont on lui parle dès le soir de son arrivée au palais, et dont lui avait déjà parlé Jia la Diligente sa mère, avant son décès, lui apprenant qu'il était venu au monde avec un abraxas de jade dans la bouche. De son côté, Baoyu, dès qu'il entre dans les appartements de la Vénérable Aïeule pour saluer cette cousine qu'il ne connaissait pas encore, se fige devant elle et le regarde longtemps sans pouvoir dire un mot. Ils deviennent ensuite inséparables, partageant tous les deux le même amour de la musique et de la poésie. Néanmoins, Jia Baoyu, par la suite, sera voué à se marier, après la mort de la Sœurette Lin (qui l'aura tellement aimé dans un douloureux silence), avec une autre de ses cousines, Xue Baochai (薛寶釵 / 薛宝钗, Xuē Bǎochāi, « Xue Merveilleuse Épingle de Coiffure »), habituellement appelée « Grande Sœur Joyau », jeune fille d'un beauté idéale, d'une grâce et d'une intelligence supérieures, mais qui ne sera pas aussi proche de Jia Baoyu que l'aura été Lin Daiyu. La mort ultérieure de la Sœurette Lin ravagera le cœur de Baoyu. Mais, au début du roman, il est sensible aux charmes des toutes les « Douze Belles de Jinling », qui sont principalement des cousines à lui, et même des nièces en réalité plus âgées que lui et qui l'appellent tendrement « Petit Monsieur Oncle Deuxième-né » (étant donné qu'il avait un frère de douze ans son aîné, Jia la Perle, décédé).

Pour autant, cela ne empêche pas le jeune Jia Baoyu d'avoir aussi des rapports homosexuels avec son neveu par alliance, Qin Zhong, ainsi qu'avec le comédien Jiang Yuhan, comme on le verra ultérieurement[14]. L'amitié amoureuse entre Jia Baoyu et Lin Daiyu, et la discrète rivalité amoureuse entre celle-ci et leur cousine Xue Baochai, « Grande Sœur Joyau », constituent néanmoins le thème central du récit, auquel il sert de fil conducteur, avec, en toile de fond, le déclin très progressif de la puissante famille des Jia, reflet parallèle de celui de la propre famille de l'auteur, Cao Xueqin.


Personnalité de Baoyu[modifier | modifier le code]

Diverses allusions à Baoyu, héros du roman, sont faites dès le Récit I (qui sert de récit-cadre pour l'ensemble). En effet, il ne faut pas perdre de vue que le Roc d'essence transcendante, puis le Page au Divin Jade auprès de l'Immortelle veillant aux Mirages, ne sont autres que Baoyu. Une fois incarné, selon son désir, dans le « monde des poussières rutilantes » (le monde des humains), cet être reçoit le nom de Baoyu (Jade magique).

Son âge[modifier | modifier le code]

Le roman ne décrit ni la naissance de Baoyu ni son enfance au palais de la Gloire de l'État. Quand il entre en scène (Récit III), c'est déjà un adolescent d'environ 16 ou 17 ans, le benjamin des trois enfants de Jia le Politique et de la Seconde Dame, née Wang (autre famille de haute noblesse). Baoyu n'a sans doute que peu de souvenirs de son frère aîné Jia la Perle, décédé à 20 ans, plus âgé que lui d'une quinzaine d'années, et n'a donc au début du roman, que sa sœeur, la Première-née des Demoiselles Printemps, son aînée de dix ans, et sa demi-sœur, la Tierce-née des Demoiselles Printemps. En somme, Baoyu est l'un des plus jeunes descendants de la grande famille des Jia.

Portrait physique et psychologique[modifier | modifier le code]

Cao Xueqin revient plusieurs, notamment aux Récit III et VII, sur l'apparence physique et le tempérament de Baoyu : un très jeune homme d'une grande beauté, d'une grâce innée, plein de joie de vivre, adorant la musique et la poésie, souvent enjoué jusqu'à l'espièglerie, mais parfois fantasque et capable de brèves colères. Il ne tremble que devant son père, Jia le Politique, homme très sévère mais juste, grand lettré et ami de l'ordre et de la discipline, devant qui il éprouve une crainte révérencielle. Baoyu est aimé de tous dans les deux palais de la Gloire de l'État et de la Paix de l'État, mais surtout de sa grand-mère, la Vénérable Aïeule Douairière, qui prend toujours sa défense quoi qu'il arrive (« Défense de lui causer la moindre contrariété ! »), pour qui « ce petit-fils-là est comme la racine de sa propre vie ». (Récit XVII)

L'antiquaire Leng le Florissant, qui connaît bien la famille, fera cette confidence à Jia le Transformé, le juge-préfet, au sujet du jeune Baoyu, comme s'il avait pressenti en lui une dimension mystérieuse qui lui échappait : « Ce gamin fait preuve, à lui seul, de plus de netteté d'ouïe, de clarté de vue et de vivacité d'esprit que cent autres réunis. » (Récit II)

Voici le portrait moral qu'en brosse la Seconde Dame, sa mère, à la Sœurette Lin qui vient d'arriver au palais et qui n'a pas encore fait la connaissance de Baoyu (portrait à prendre au figuré, comme une antiphrase) : « J'ai pour fils une racine de péché, un germe de malheur. C'est vraiment, pour notre famille, le "souverain démon du bouleversement universel" ! » (Récit III). Bien entendu, la Seconde Dame adore Baoyu, et, par exemple, lorsque Jia le Politique, furieux des résultats scolaires de son fils, lui donnera le fouet, elle se précipitera et le protégera de son propre corps.

Enfin, la Sœurette Lin, avant de voir de ses yeux celui qui va être l'unique amour de sa vie, pensera: « Ce Baoyu... Je me demande de quel fainéant dégénéré il doit avoir l'air ! » Mais le soir même, quand Baoyu entre dans le grand salon de l'Aïeule Douairière où se tient une nombreuse assistance, la Sœurette se fige en l'apercevant : « Que c'est étrange... Il me semble bien l'avoir déjà vu quelque part. Comme son visage m'est familier ! » (voir, plus haut, le Récit-cadre - Étape III). Voici comment elle le perçoit : « Il était coiffé d'une calotte d'or pourpre incrusté de gemmes. Vêtu d'une robe de satin rouge vif brodé, serrée à la taille par une ceinture tissée de fils de cinq couleurs, son teint était semblable aux fleurs d'un matin de printemps et dans ses yeux luisait le pur éclat des eaux automnales. Jusqu'en ses heures de colère, il devait sourire, et même courroucé son regard devait trahir la tendresse. Il portait un collier d'or figurant des dragons, auquel était suspendu un splendide bijou de jade. » (Récit III).


Un roman de 448 personnages parfaitement individualisés[modifier | modifier le code]

L'œuvre met en scène un total de 448 personnages, dont la plupart, même secondaires, sont extrêmement bien caractérisés par Cao Xueqin, qui sait, parfois en très peu de mots, leur donner un profil marquant qui accroche l'attention et que l'on n'oublie plus. Les portraits physiques et psychologiques des personnages majeurs, une soixantaine, sont, quant à eux, tracés par touches successives, qui ne cessent de s'enrichir au fur et à mesure de la progression des récits, interagissant les uns avec les autres et révèlant davantage leur personnalité spécifique[4]. Les traductions françaises et les translittérations des noms que nous proposons ici sont celles (définitives depuis 1981) de l'édition La Pléiade.

Généalogie des Jia des deux palais de la Paix de l'État et de la Gloire de l'État[modifier | modifier le code]

Les membres de la famille mentionnés dans l'arbre généalogique qui suit sont presque exclusivement ceux qui résident durablement dans les deux palais contigus, de la Paix et de la Gloire de l'État. D'autres Jia apparentés (tels par exemple Jia le Pédagogue de Génération, Jia le Transformé ou Jia le Prodigieux) résident en dehors des deux palais.

 
Mari et femme
 
 
* Enfant né d'une concubine
 
† Mort avant le commencement du récit ou peu après

Baoyu et « Les Douze Belles de Jinling »[modifier | modifier le code]

Gravure de Jia Baoyu par Gai Qi

Jinling est un ancien nom de l'actuelle Nankin, bien que les événements du roman ne s'y déroulent pas, l'auteur préférant toujours désigner « la Capitale » comme lieu d'action, sans pourtant la nommer jamais (mais que toute la critique assimile cependant à Pékin). Les Douze Belles de Jinling a été l'un des titres temporairement donnés au roman par l'auteur lui-même, Cao Xueqin, alors qu'il le rédigeait encore. Il revint finalement à celui de Rêve dans le pavillon rouge, le titre le plus anciennement choisi par lui et l'adopta définitivement. Les Douze Belles de Jinling est donc un titre totalement tombé en désuétude, dès le XVIIIe siècle. Mais l'expression est parfois utilisée, à cause de son charme, pour désigner en particulier douze parmi les personnages féminins les plus jeunes qui graviteront autour du héros principal, le très jeune Jia Baoyu (Jade magique, souvent appelé Frérot Jade). Voici donc, en premier lieu, le héros et les douze belles en question (bien que certaines d'entre elles ne comptent pas parmi les personnages principaux).

  • Jia Baoyu (贾宝玉 / 賈寶玉, Jiǎ Bǎoyù, « Jia Jade magique », récit II[N 1]), souvent appelé Frérot Jade. Personnage central du roman, il a entre 12 et 13 ans au début de l’œuvre[15] et est l'héritier présomptif du Palais de la Gloire de l’État. Il est né avec un abraxas de jade dans la bouche, le Jade magique des communications transcendantes, qui le lie à Xue Baochai. Frustré par la morale confucéenne stricte de son père, il préfère lire le Zhuangzi et l’Histoire du pavillon d'Occident que les Quatre Livres de l'éducation classique chinoise. Il fait preuve d'une grande intelligence mais abhorre les bureaucrates flagorneurs qui fréquentent la maison de son père. Doté d'une sensibilité à fleur de peau et plein de compassion envers les autres, il entretient des relations privilégiés avec de nombreuses femmes des deux Palais.
  • Lin Daiyu (林黛玉, Lín Dàiyù, « Lin Jade sombre », récit II[N 1], souvent appelée Sœurette Lin. Plus jeune cousine de Baoyu, il est son premier et unique amour. Fille d'un mandarin de Yangzhou, inspecteur de la Gabelle, nommé Lin Ruhai (林如海, Lín Rúhǎi, « Lin Tel que Mer ») et de Dame Jia la Diligente (贾敏 / 賈敏, Jiǎ Mǐn, « Lin Tel que Mer »), tante paternelle de Baoyu, décédée au début du roman. Elle est de santé très délicate (souffrant notamment d'une maladie respiratoire) mais elle est extrêmement belle. Elle est émotionnellement fragile, sujette à des crises de jalousie (notamment à l'égard de Grande Sœur Joyau), la Sœurette Lin est néanmoins une poétesse et une musicienne accomplies. C'est, au fond, une fille assez solitaire, fière quoique douce, et finalement une figure tragique. Elle est, en réalité, la mystérieuse incarnation de la merveilleuse Plante aux Perles pourpres (voir ci-dessus Récit-cadre - Étape III), qui descend dans le monde des humains pour s'acquitter de sa dette de reconnaissance (par les larmes et l'amour douloureux) envers le Page au Divin Jade (qui avait pris soin d'elle avec une merveilleuse bonté, dans une vie antérieure, en l'arrosant de la rosée d'ambroisie, et incarné en Baoyu dans le monde des humains).
Gravure de Lin Daiyu par Gai Qi
  • Xue Baochai (薛寶釵 / 薛宝钗, Xuē Bǎochāi, « Xue Merveilleuse Épingle de Coiffure », récit IV[N 1]), aussi appelée Grande Sœur Joyau. Seule fille de la tante Xue, Baochai sert de faire-valoir à Lin Daiyu. Alors que Daiyu est hypersensible, Baochai est raisonnable et pleine de tact, véritable parangon de la jeune fille féodale chinoise. Le roman la décrit comme belle et intelligente, mais aussi comme réservée et respectueuse des règles de la bienséance. Bien que réticente à montrer toute l'étendue de ses connaissances, Baochai semble assez cultivée. Elle n'est passionnée ni par la décoration de sa chambre ni par son propre habillement. Sa chambre est en effet dénuée de toute décoration, à l'exception d'une petit vase de chrysanthèmes. Baochai a une visage oblong, la peau claire et de grands yeux, ce qui rend son visage plus voluptueux que celui de Daiyu, à la gracile délicatesse. Baochai porte autour du cou un cadenas de sauvegarde et de maintenance vitale en or sur lequel sont gravés des mots prononcés par un moine bouddhiste dans son enfance pour la guérir. Ce cadenas et l'abraxas de jade de Baoyu portent des inscriptions complémentaires. Ainsi son mariage avec Baoyu semble prédestiné.
  • Jia Yuanchun (贾元春 / 賈元春, Jiǎ Yuánchūn, « Jia Printemps initial », récit II[N 1]), Première-née des Demoiselles Printemps et sœur de Baoyu, elle est d'une dizaine d'années son aîné. Elle est au départ dame de compagnie d'une des princesses au palais impérial. Puis, au récit XVI, elle est élevée au rang d'Honorable Compagne de Sagesse vertueuse (贤德妃 / 賢德妃, xiándé fēi) par décret impérial, l'empereur ayant en effet été impressionné par sa vertu. Son éminente position de favorite de l'empereur marque l'apogée de la puissance des Jia. En dépit de sa prestigieuse position, Yuanchun se sent emprisonnée entre les quatre murs du palais impérial.
  • Jia Yingchun (贾迎春 / 賈迎春, Jiǎ Yíngchūn, « Jia Accueil au Printemps », récit II[N 1]), Deuxième-née des Demoiselles Printemps. Femme au bon cœur, elle est aussi velléitaire, reste toujours de marbre et se montre indifférente aux évènements du monde. Bien que belle et cultivée, elle ne soutient pas la comparaison en sagacité avec ses cousines.
  • Jia Tanchun (贾探春 / 賈探春, Jiǎ Tànchūn, « Jia Désir du Printemps », récit II[N 1],[N 1]), Tierce-née des Demoiselles Printemps, fille de la concubine Zhao et de ce fait demi-sœur cadette de Baoyu. Elle est presque aussi effrontée et directe que Wang Xifeng. Ce pourquoi cette dernière la félicite, déplorant néanmoins qu'elle soit née de la Seconde Dame Wang. Les enfants nés d'une concubine n'étaient en effet pas autant respectés que ceux nés de l'épouse officielle[16]. C'est aussi une poétesse talentueuse. Sa beauté et son caractère pour le moins épineux lui valurent le surnom de Rose.
  • Jia Xichun (贾惜春 / 賈惜春, Jiǎ Xīchūn, « Jia Regret du Printemps », récit II[N 1]), Quarte-née des Demoiselles Printemps. Cousine issue de germain de Baoyu, elle vient du Palais de la Paix mais fut élevée au Palais de la Gloire. Elle peint avec talent et c'est aussi une pieuse bouddhiste.
  • Wang Xifeng (王熙凤 / 王熙鳳, Wáng Xīfèng, « Wang Phénix triomphal », récit III[N 1]), aussi appelée Grande Sœur Phénix.
  • Jia Qiaojie (贾巧姐 / 賈巧姐, Jiǎ Qiǎojiě, « Grande Sœur Opportune », récit VII[N 1]), nom donné par la mémé Liu à la fille de Jia Vase de Jade à Millet et de Wang Xifeng, auparavant appelée Grande Sœur l'Aînée. Elle est une jeune enfant pendant l'essentiel du roman.
  • Shi Xiangyun (史湘云 / 史湘雲, Shǐ Xiāngyún, « Shi Brume de Rivière », récit XX[N 1]).
  • Miaoyu (妙玉, Miàoyù, « Jade mystique », récit XVII[N 1]), prieure du Couvent enclos de Verdure. Originaire de Suzhou, issue d'une famille de mandarins, elle était dans son enfance constamment malade. Elle ne guérit qu'une fois entrée au couvent, d'où son nom. Âgée de 18 ans au début du roman, elle est orpheline de père et de mère et, à la différence des autres nonnes bouddhistes, elle conserve sa chevelure. Elle est très belle et très érudite, mais se montre aussi distante, hautaine et peu sociable.
  • Li Wan (李纨 / 李紈, Lǐ Wán, « Li Soie blanche », récit IV[N 1]), aussi appelée Veuve Li. Son mari, Jia la Perle, est mort avant le début du roman. Sa principale occupation consiste à élever son fils, Jia l'Iris, et à surveiller ses cousines. L'auteur dépeint cette jeune femme d'une vingtaine d'années comme douce, sans désirs particulier, faisant d'elle l'idéal confucéen de la veuve endeuillée.
  • Qin Keqing (秦可卿, Qín Kěqīng, « Qin Digne de Déférence », récit V[N 1]), nom de lait de la Dame Qin. C'est aussi le nom social de la sœur cadette de l'Immortelle veillant aux Mirages.

Autres personnages importants[modifier | modifier le code]

Scène du roman, peinte par Xu Baozhuan
  • Jia mu (賈母 / 贾母, Jiǎmǔ, « L'Aïeule Jia », récit II[N 1]), très vénérable Douairière de la famille des Jia ; sa parole est respectée par tous. Elle aime s'amuser et organiser des beuveries. Elle chérit ses petits-enfants et tout particulièrement Jia Baoyu, qu'elle protège de son père.
  • Jia She (贾赦, Jiǎ Shè, Wade : Chia Sheh, « Jia le Clément », récit II[N 1]).
  • Jia Zheng (贾政 / 賈政, Jiǎ Zhèng, Wade : Chia Cheng, « Jia le Politique », récit II[N 1]).
  • Jia Lian (贾琏 / 賈璉, Jiǎ Lián, Wade : Chia Lien, « Jia Vase de Jade à Millet », récit II[N 1]).
  • Xiangling (香菱, Xiāng Líng, « Parfum de Corniole », récits I et VII[N 1]), nommé primitivement Charme de Lotus (甄英莲 / 甄英蓮, Zhēn Yīnglián, elle est la fille de Zhen Shiyin (甄士隐 / 甄士隱, zhēn shì yǐn, « Zhen Ombrage de Clerc ») et de son épouse, née Feng. Elle se fait enlever par un voleur d'enfants au début du roman, puis est vendue à Xue Pan. Elle se voit attribuer son nouveau nom et devient la concubine de Xue Pan.
  • Ping'er (平兒 / 平儿, Píng Er, « Petite Quiète », récit VI[N 1]), camériste de Wang Xifeng.
  • Xue Pan (薛蟠, Xuē Pán, Wade : Hsueh Pan, « Xue Dragon Lové », récit III[N 1]), adolescent arrogant originaire de Jinling, il passe ses journées à boire, jouer, fréquenter les lieux interlopes de la ville, confiant les affaires sérieuses à ses commis. Au début du roman, il se rend à la capitale, à son plus grand plaisir, pour présenter la candidature de sa sœur à la fonction de compagne d'étude d'une princesse impériale. Il s'entiche de nombreux jeunes garçons qu'il protège en l'échange de faveurs.
  • Granny Liu (刘姥姥 / 劉姥姥, Liú Lǎolao, « Vieille mémé Liu », récit VI[N 1]), belle-mère de Wang le Roquet, grand-mère de Petite Planche et de Petite Verte. Âgée de plus de 80 ans, elle est une lointaine parente de la famille des Jia. Sa propre famille étant dans le besoin, elle argue de cette parenté pour profiter des largesses de la famille des Jia.
  • Dame Wang (王夫人, Wáng Fūren, « Dame Wang », récit II[N 1]).
  • Tante Xue (薛姨妈 / 薛姨媽, Xuē Yímā, « Tante Xue », récit III[N 1]), âgée d'une quarantaine d'années, elle est déjà veuve au début du roman. Elle fait partie d'une très riche famille de Jinling.
  • Hua Xiren (花袭人 / 花襲人, Huā Xírén, « Bouffée de Parfum », récit III[N 1]), anciennement nommée Perle de Pollen (花珍珠, Huā Zhēnzhū, « Fleur Perle »), elle était attachée au service de l'Aïeule jusqu'à ce que cette dernière la donne à Jia Baoyu, dont elle devient la camériste. Âgée de deux ans de plus que lui, elle en est très proche.
  • Qingwen (晴雯, Qíngwén, « Nuée d'Azur », récit V[N 1]), soubrette attachée au service de Jia Baoyu.
  • Yuanyang (鸳鸯, Yuānyang, « Couple de Sarcelles », récit XXIV[N 1]), fille de Jin l’Éclat, sœur cadette de Jin Envol littéraire, elle est la camériste de l'Aïeule.
  • Mingyan (茗烟 / 茗煙, Míngyān, « Vapeur de Thé », récit IX[N 1]), ancien nom de Fumet de Thé (焙茗, Bèimíng), petit valet favori de Jia Baoyu.
  • Zijuan (紫鹃 / 紫鵑, Zǐjuān, Wade : Tzu-chuan, « Cri de Coucou », récit VIII[N 1]), camériste de Lin Daiyu.
  • Xueyan (雪雁, Xuěyàn, « Barnacle des Neiges », récit III[N 1]), soubrette de 10 ans attachée au service de Lin Daiyu.
  • Concubine Zhao (赵姨娘 / 趙姨娘, Zhào yíniáng, « Concubine Zhao », récit XX[N 1]), petite épouse de Jia Zheng, elle est la mère biologique Jia Tanchun et Jia Huan.

Personnages secondaires[modifier | modifier le code]

  • Qin Zhong (秦钟 / 秦鐘, Qín Zhōng, « Qin Cloche d'Or », récit VII[N 1]), fils de Qin Œuvre d'État, frère d'adoption de la Dame Qin, ami du frérot Jade, il fréquente avec ce dernier l'école des Jia.
  • Jia Lan (贾兰 / 賈蘭, Jiǎ Lán, « Jia l'Iris », récit IV[N 1]).
  • Jia Zhen (贾珍 / 賈珍, Jiǎ Zhēn, « Jia Joyau de Jade », récit II[N 1]).
  • Dame You (尤氏, Yóu shì, « Dame You », récit V[N 1]), belle-fille de la bonne-maman You, épouse de Jia Zhen, belle-mère de Jia Rong.
  • Jia Rong (贾蓉 / 賈蓉, Jiǎ Róng, « Jia l'Hibiscus », récit II[N 1]), fils de Jia Zhen et d'une première femme.
  • Deuxième-née des sœurs You (尤二姐, Yóu èr jie, « Seconde sœur You », récit [N 1]), fille aînée de la bonne-maman You, concubine de Jia Lian.
  • Dame Xing (邢夫人, Xíng fūrén, « Dame Wing », récit [N 1]).
  • Jia Huan (贾环 / 賈環, Jiǎ Huán, « Jia Anneau de Jade », récit XVIII[N 1]), fils de Jia Zheng et de la concubine Zhao, fils-de-droit de la dame Wang. Il nourrit avec sa mère une jalousie à l'encontre de Jia Baoyu.
  • Sheyue (麝月, Shèyuè, « Lune de Musc », récit V[N 1]), soubrette attachée au service de Jia Baoyu.
  • Qiutong (秋桐, Qiūtóng, « Sterculia d'Automne », récit [N 1]), soubrette attachée au service de Jia le Clément, donnée par ce dernier comme concubine à Jia Vase de Jade à Millet.
  • Grande Sœur l'Idiote (傻大姐, Shǎ dàjiě, « Grande sœur Sha », récit [N 1]), petite soubrette attachée au service de l'Aïeule.

Homophones[modifier | modifier le code]

La présences de nombreuses homophones est une des caractéristiques du roman. Cao Xueqin joue avec la richesse de la langue et offre ainsi une double significations à différents lieux et personnages, leur conférant alors une portée toute particulière. Certains sont indiqués par l'auteur dans le roman tandis que d'autres ont été mis au jour par les commentateurs de l’œuvre. Dans la version vermillon; ces mots sont déjà annotés. En voici quelques exemples :

  • Huzhou (湖州, hú zhōu), nom d'une ville — 胡诌 / 胡謅, hú zhōu, « mentir ».
  • Feng Su (封肃 / 封肅, fēng sù, « Feng le Respectueux »), nom d'un personnage — 风俗 / 風俗, fēngsú, « Coutumes ».
  • Huo Qi (霍启 / 霍啟, huò qǐ, « Huo l'Informateur »), nom d'un personnage — 祸起 / 禍起, huò qǐ, « Désastre qui commence », 火起, huò qǐ, « Feu qui s'allume ».
  • Jia ( / , jiǎ), nom de la famille - , jiǎ, « faux ».
  • Zhen (, zhēn), nom d'une autre famille protagoniste — , zhēn, « Vérité ».
  • Zhen Shiyin (甄士隐 / 甄士隱, zhēn shì yǐn, « Zhen Ombrage de Clerc »), nom d'un personnage — 真事隐 / 真事隱, zhēn shì yǐn, « Véritables faits dissimulés »[17].
  • Zhen Yinglian (甄英莲, zhēn yīng lián, « Zhen Charme de Lotus »), nom primitif de Xiangling (香菱, xiāng líng, « Parfum de Corniole ») — 真应怜 / 真應憐, zhēn yīng lián, « Vraiment digne de pitié ».
  • Jia Hua (贾化 / 賈化, jiǎ huà, « Jia le Transformé »), ayant pour nom social 时飞 / 時飛, shí fēi, « Essor opportun » et pour pseudonyme 贾雨村 / 賈雨村, jiǎ yǔcūn, « Jia Village sous pluie » — 假话 / 假話, jiǎ huà, « Mensonge » ; 实非 / 實非, shí fēi, « N'est pas de fait » ; 假语存 / 假語存, jiǎ yǔ cún, « Propos artificieux conservés »[3].
  • Qing Keqing (秦可卿, qín kě qīng, « Qing Digne de Déférence ») — 情可倾 / 情可傾, qín kě qīng, « Le sentiment peut défaillir ».
  • Les quatre Demoiselles printemps (元迎探惜, yuán yíng tàn xī), prénoms mis à la suite de Jia Yuanchun, Jia Yinghun, Jia Tanchun, Jia Xichun — 原应叹息 / 原應嘆息, yuán yíng tàn xī, « À l'origine, devrait soupir »[18].
  • Dian'er (靛儿 / 靛兒, diàn er, « L'Indigo »), petite soubrette — 垫儿 / 墊兒, diàn er, « Bouc émissaire ».

Lieux[modifier | modifier le code]

Voir l’image vierge
Lieux du Rêve dans le pavillon rouge

Le début de l'intrigue se déroule à Suzhou, anciennement Gusu, où résident Zhen Shiyin et Jia Hua, ce dernier étant originaire de Huzhou[7],[19].
La famille des Lin, originaire de Suzhou, vit à Yangzhou où Zhen Shiyin les rencontre[20].
La famille des Jia est originaire de Jinling (金陵, Jīnlíng, « Colline d'or »), actuelle Nankin(南京, Nánjīng, « capitale du Sud »[21]), aussi appelée 石头成 / 石頭成, shítou chéng, « Enceinte de Pierre »[22]. C'est à Jinling que Jia Hua est nommé préfet[23] et c'est aussi dans cette ville que résident les Xue au début du roman[24].

La majeure partie du roman se déroule dans « la capitale » (, jīng ou 京都, jīng dū) et ses environs. Or, sous les Qing, la capitale de la Chine était Pékin. Néanmoins l'auteur n'en donne jamais le nom et situe son intrigue à Chang'an (长安 / 長安, cháng'ān)[25], actuelle Xi'an, aussi appelée capitale de l'ouest[21]. Il suit en fait un usage fréquent chez les auteurs chinois qui consiste à désigner Pékin sous le nom de Chang'an[26],[27]. Plus précisément, les Jia vivent dans deux immenses demeures adjacentes : le Palais de la Paix de l’État (宁国府 / 寧國府, Níngguó fǔ) et le Palais de la Gloire de l’État (荣国府 / 榮國府, Róng guófǔ). Une fois que Jia Yuanchun se voit attribuer le titre d'Honorable Compagne impériale un magnifique parc est aménagé sur les terrains desdits palais : le Parc aux Sites grandioses (大观园 / 大觀園, Dàguānyuán, « Jardin au panorama grandiose ». Sur l'ordre de l'Honorable compagne, Jia Baoyu, les autres demoiselles Printemps, Lin Daiyu, Shi Xiangyun et Xue Baochai sont installés dans les différents enclos. Les noms des enclos furent choisis initialement par Jia Baoyu, certains étant renommés par la suite par l'Honorable compagne.

Bâtiments des deux palais des Jia[modifier | modifier le code]

Gravure du Parc aux Sites grandioses
  • Chalet des Deux Rivières (潇湘馆 / 瀟湘館, Xiāoxiāng guǎn) : résidence de Lin Daiyu, dans le parc.
  • Enclos égayé de rouge (怡红院 / 怡紅院, Yí hóng yuàn) : résidence de Jia Baoyu, dans le parc.
  • Cour des Herbes odorantes (蘅芜苑 / 蘅蕪苑, Héng wú yuàn) : résidence de Xue Baochai, dans le parc.
  • Village aux Arômes de Riz (稻香居, Dào xiāng jū) : résidence de la veuve Li, dans le parc.
  • Ilot aux Cornioles pourpres (紫菱洲里的翠锦楼 / 紫菱洲里的翠錦樓, Zǐ líng zhōu lǐ de cuì jǐn lóu) : résidence de Jia Yingchun, dans le parc.
  • Cabinet des Fraîcheurs automnales (秋爽斋 / 秋爽齋, Qiū shuǎng zhāi) : résidence de Jia Tanchun, dans le parc.
  • Pavillon décoré de Brocart (缀锦阁 / 綴錦閣, Zhui jǐn gé) : résidence de Jia Yingchun, dans le parc.
  • Pavillon aux Arômes de Rhizomes de Lotus (藕香榭旁的蓼风轩 / 藕香榭旁的蓼風軒, Ǒu xiāng xiè páng de liǎo fēng xuān) ou Salle sur Terrasse à Brise de Renouées (蓼风轩又名暖香坞 / 蓼風軒又名暖香塢, liǎo fēng xuān yòu míng nuǎn xiāng w) : résidence de Jia Xichun, dans le parc.
  • Cour aux parfums de Poiriers (梨香院, Líxiāng yuàn) : résidence de la tante Xue, dans le Palais de la Gloire.
  • Couvent enclos de Verdure (陇翠庵 / 隴翠庵, Lǒng cuì ān) : résidence de Jade mystique, dans le parc.
  • Pavillon des Perspectives grandioses (大观楼 / 大觀樓, Dàguān lóu) : bâtiment principal du parc.

Versions[modifier | modifier le code]

Dès le préambule de l’œuvre, l'auteur, Cao Xueqin, se présente comme un simple réviseur d'une histoire qu'il a reçue et a choisi de publier. Ce n'est que plus tard que la parenté de l’œuvre lui fut attribuée. Les originaux rédigés par Cao Xueqin sont aujourd'hui disparus et il ne reste que douze copies anciennes, écrites entre 1754 et 1784. Ces dernières présentent des différences notables, notamment en ce qui concerne les quarante derniers récits du roman[28].

Version vermillon[modifier | modifier le code]

Les copies primitives des 80 premiers récits sont toutes commentées par des contemporains de Cao Xueqin. En particulier par Zhiyanzhai, Pierre à délayer le Vermillon, parce qu'il écrivait en rouge.

Versions Cheng-Gao[modifier | modifier le code]

Thèmes[modifier | modifier le code]

Le roman traite de nombreux thèmes propres à la culture chinoise tels que la médecine, la cuisine, la culture du thé, les proverbes, la mythologie, le confucianisme, le bouddhisme, le taoïsme, la piété filiale, l'opéra, la musique chinoise, la peinture chinoise, la littérature classique, les Quatre Livres, etc. En particulier, la poésie est omniprésente dans l'œuvre, les personnages faisant des bouts-rimés et autres jeux poétiques. Ainsi, Zhou Ruchang considère Le Rêve dans le pavillon rouge comme la « clé universelle » pour accéder à la culture chinoise.

La recherche de la Voie[modifier | modifier le code]

La religion est présente tout au long du roman, que ce soit à travers le bouddhisme, le taoïsme ou certaines pratiques confucéennes. Néanmoins, le roman présente de ces religions deux visages opposés. D'une part, la religion établie, associée à un clergé puissant et riche, possédant monastères et fermages et bénéficiant des largesses des familles nobles, telle celle des Jia. D'autre part, des individus isolés, s'appliquant pieusement à la recherche de la Voie, notamment à travers la pratique de la méditation, afin d'atteindre l'illumination. Ces derniers, adeptes du dhyana, sont présentés comme des parangons de vertu dans l’œuvre, souvent aussi dotés de pouvoir de guérison ou de prémonition, à l'inverse des premiers qui sont décrits comme des charlatans (lorsqu'ils prétendent exorciser le Parc) ou des profiteurs perfides[29]

L'éducation classique[modifier | modifier le code]

Tous les fils de bonne famille se voient, dès leur plus jeune âge, enseigner les textes classiques chinois, tout d'abord pour apprendre à lire et écrire les caractères chinois, puis pour apprendre à disserter afin de plus tard se présenter aux examens impériaux en vue du mandarinat, mais surtout afin de connaître les enseignements des sages qui permettent de mener une vie vertueuse. On enseigne ainsi aux enfants à respecter les « trois obligations fondamentales »[30] (celles qui lient réciproquement le souverain et les sujets, le père et les enfants, le mari et la femme[31]) ainsi que les « cinq vertus principales »[30] (le père doit être juste, la mère clémente, le frère aîné affectueux, le cadet respectueux, le fils pieux[31]).

Une société fondée sur l'esclavage[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Esclavage en Chine.

La vie des Jia s'appuie sur le système de l'esclavage. En effet, chaque membre de la famille dispose d'un nombre impressionnant de domestiques : certains sont achetés à l'extérieur tandis que d'autres appartiennent à des familles d'esclaves asservies au clan des Jia. Par exemple, Lin Daiyu, âgée d'une douzaine d'années à son arrivée au Palais, a huit soubrettes, une nourrice et quatre gouvernantes à son service[32], certaines n'étant âgées que de neuf ans. Ce nombre pléthorique de serviteurs entraîne pour les Jia des dépenses faramineuses. C'est pourquoi, lorsque les Jia se voient confisquer leur patrimoine, Jia Zheng décide de réduire le nombre de ses esclaves après avoir constaté que plus de trente foyers, totalisant deux cent douze hommes et femmes, étaient à sa charge[33]. De plus, comme le lui fait remarquer son intendant, ses esclaves ont aussi des esclaves[34]. Néanmoins, les domestiques sont particulièrement bien traités chez les Jia, à l'inverse des autres maisons[16]. Wang Xifeng ressent pourtant la haine qu'éprouvent les domestiques à l'égard de sa famille : « Si nous persistons à harceler tous ces gens, à leur faire si cruellement sentir le poids de notre domination, nous finirons par pousser leur ressentiment à l'extrême, et ce seront bientôt des glaives aiguisés à notre intention que nous dissimuleront leurs sourires »[35]. Cette prémonition se révèle vraie, lorsque des domestiques félons font pénétrer des voleurs dans la demeure des Jia. Jia le Politique, qui s'était déjà laisser abuser par ses esclaves en province, découvre alors qu'il n'est plus maître chez lui car non seulement les esclaves et domestiques lésinent et répondent à peine à ses ordres, mais surtout ils volent et pillent les ressources de la famille que ce soit dans les Palais ou en falsifiant les comptes des fermages des Jia.

Un roman féministe ?[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Féminisme en Chine.

Les femmes sont au cœur de l'intrigue, c'est d'ailleurs pour perpétuer leur souvenir que Cao Xueqin écrit l’œuvre :

« Demeurant à présent en proie aux vents et poussières de ce bas monde, sans avoir, en rien, réussi à rien, me revient brusquement le souvenir de toutes les filles ou jeunes femmes dont j'étais naguère entouré ; et je découvre, en les comparant consciencieusement les unes aux autres et à moi-même, que par leurs comportements et leur discernement, elles m'étaient toutes supérieures. »

— Cao Xuequin, (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Récit I, p. 3)

Certaines, telles que Wang Xifeng, dirigent d'ailleurs le gynécée avec autorité et se font craindre y compris des hommes. Néanmoins, leur condition reste inférieure à celle des hommes, ainsi, lorsque la Quarte-née des Demoiselles Printemps demande à une nonne ce qu'est une « bonne fin », cette dernière répond que ses pieuses pratiques lui permettront de se réincarner en homme et ajoute : « Ce qui, personnellement, me paraît un avantage satisfaisant, et bien différent de l'incarnation, comme dans le présent avatar, en embryon de fille condamnée à subir, quels qu'ils puissent être et sans jamais pouvoir s'en plaindre, toutes sortes de vexations, de déboires et de tourments »[36]. Bien plus, c'est lors du mariage que les femmes se rendent compte de leur infériorité. Toutes les unions étant arrangées, elles ne connaissent souvent pas leur futur époux et quittent leur foyer à regret. Ainsi, dans l’œuvre, tous les mariages conclus sont malheureux, soit parce que l'époux est brutal ou l'épouse trop jalouse, soit parce que la belle-famille vit trop loin des Jia ou parce que l'époux ou l'épouse tombe subitement malade ou neurasthénique après le mariage. C'est pourquoi d'un côté, Jia Baoyu considère les jeunes filles comme des fleurs, qui fanent lors du mariage, et de l'autre, la nonne tente de convaincre la Quarte-née de rentrer dans les ordres : « Vous-même, Mademoiselle, vous ne pouvez pas encore vous douter qu'à partir du jour où une fille quitte sa famille pour entrer chez des inconnus en ménage, c'est pour toute la durée de son existence qu'elle est mise à leur service, plus rigoureusement et avec encore moins de possibilités de défense qu'au foyer paternel »[37].

Homosexualité[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Homosexualité en Chine.

De nombreux personnages sont ouvertement homosexuels dans l’œuvre. Le roman est en ce sens représentatif de la place de l'homosexualité dans la culture chinoise avant l’occidentalisation survenue à la fin de la dynastie Qing. En particulier, Jia Baoyu, Qin Zhong, le comédien Jiang Yuhan et Xue Pan ont des relations homosexuelles. On apprend aussi que la petite actrice du Palais de la Gloire Rectrice des Rhizomes de Lotus (藕官, Ǒu guān) a une relation avec sa camarade Rectrice des Graines de Lotus (菂官, Dì guān), puis après la mort de cette dernière avec Rectrice des Étamines (蕊官, Ruǐ guān)[38].

Diffusion[modifier | modifier le code]

Le Rêve dans le pavillon rouge a été traduit en vingt-sept langues.

Il a été traduit au Japon en 1793 et a eu sa version anglaise en 1830. Après la fondation de la République populaire de Chine, ce livre a été traduit en vingt-deux langues étrangères (anglais, allemand, français, japonais, etc.) et dans les cinq principales écritures des minorités nationales (tibétain, mongol, mandchou, ouïghour). Plus d'une centaine de millions d'exemplaires ont été imprimés à l'étranger.

Des critiques litteraires se sont amuses a comparer Le Reve dans le pavillon rouge avec les 137 romans de la Comedie humaine de Balzac qui a connu un grand engouement en Chine et suscite des centaines d'etudes universitaires[39].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Le roman donnera lieu à plusieurs adaptations, cinématographiques ou autres.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

À la télévision[modifier | modifier le code]

En bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • Cao Xueqin, Gao E (scénario), Wu HONGMIAO et Laurent BALLOUHEY (trad. et adaptation), Sun Wen (illustrations), Le Rêve dans le Pavillon rouge, Paris, Bibliothèque de l'image, 2009, 440 p., 25 x 25 cm, broché à la chinoise, couverture illustrée, étui illustré (ISBN 978-2814400085)

Opéra traditionnel chinois[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa ab ac ad ae af ag ah ai aj ak al am an ao et ap Récit où le personnage est mentionné pour la première fois

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Sur les dix grands rapports », Œuvres choisies de Mao Zedong, V, p. 329, Pékin, 1977
  2. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Récit I, p. 4)
  3. a et b (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Récit I, p. 5)
  4. a b c et d Cao Xueqin, sur le site de la Pléiade
  5. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Introduction, p. XXIII)
  6. a et b (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Introduction, p. XLVIII)
  7. a et b (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Récit I, p. 13)
  8. (en) Vale: David Hawkes, Liu Ts'un-yan, Alaistair Morrison, publié par China Heritage Quarterly de l'Université nationale australienne
  9. (en) Jonathan D. Spence, Ts'ao Yin [Cao Yin] and the K'ang-Hsi Emperor: Bondservant and Master (New Haven,: Yale University Press, 1966) is a study of Cao's grandfather.
  10. (en) CliffsNotes, About the Novel: Introduction, sur Cliffsnotes.com
  11. (cf. Le Rêve dans le pavillon rouge- Éd. Gallimard - Collection NRF - Tome I - Introduction - p. LII).
  12. La déesse Nügua avait créé, avec de l'argile, le genre humain qui vivait heureux sur la terre. Or, un jour, Gonggong, dieux des Eaux, déclara la guerre à son père Zhurong, dieu du Feu. Vaincu, Gonggong se jeta en avant, contre une montage de l'ouest de la Chine. Sous la violence du choc, un pilier de la voûte céleste se brisa, et certains câbles qui amarraient la terre furent rompus. Les hommes furent alors assaillis par le déluge. Prise de pitié, Nügua fit fondre des pierres pour réparer la voûte céleste et arrêta ainsi le déluge. (cf. Le Rêve dans le pavillon rouge- Éd. Gallimard - Collection NRF - Tome I, note 1 de la page 5 - pp. 1531-1532).
  13. Variante à une phrase du prologue du Récit I.
  14. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Introduction p. LXX)
  15. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Récit XXIII)
  16. a et b (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Récit LV, p. 1314)
  17. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Récit I, p. 3)
  18. (zh) 原应叹息, sur Baidu Baike
  19. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Récit I, p. 21)
  20. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Récit II, p. 37)
  21. a et b (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. II, Récit LXXXVI, p. 689)
  22. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Récit II, p. 43)
  23. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Récit III, p. 57)
  24. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Récit III, p. 86)
  25. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Récit XV, p. 332)
  26. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Notes et variantes, p. 1534, Page 26. 1)
  27. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Notes et variantes, p. 1556, Page 145. 1)
  28. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Introduction)
  29. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. II, Récit CXV, p. 1423)
  30. a et b (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. II, Récit CII, p. 1095)
  31. a et b (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. II, Notes et variantes, p. 1621)
  32. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Récit III, p. 84)
  33. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. II, Récit CVI, p. 1208)
  34. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. II, Récit CVI, p. 1210)
  35. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Récit I, p. 1317)
  36. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. II, Récit CXV, p. 1421-1422)
  37. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. II, Récit CXV, p. 1422)
  38. (Le Rêve dans le pavillon rouge, vol. I, Récit LVIII, p. 1409)
  39. (en) Chia-Ping Kan, « La noblesse dans La Comédie humaine et Le Rêve dans le Pavillon rouge: Eugène de Rastignac et Jia Village sous Pluie », Canadian Review of Comparative Literature / Revue Canadienne de Littérature Comparée, vol. 42, no 3,‎ , p. 295–316 (ISSN 1913-9659, DOI 10.1353/crc.2015.0030, lire en ligne, consulté le 21 janvier 2019)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]