Le Président (film, 1961)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Le Président.
Le Président
Réalisation Henri Verneuil
Scénario Henri Verneuil
Michel Audiard
D'après le roman de Georges Simenon
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de la France France
Drapeau de l'Italie Italie
Durée 110 minutes
Sortie 1961

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le Président est un film français réalisé par Henri Verneuil, sorti en 1961, adapté du roman éponyme de Georges Simenon.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Ancien président du Conseil, Émile Beaufort consacre une large partie de son temps à l'écriture de ses mémoires, qu'il dicte à sa dévouée secrétaire, Mlle Milleran, à La Verdière, sa propriété provinciale. Retiré des affaires publiques, il ne garde pas moins un regard attentif sur l'actualité politique nationale.

Tandis qu'il écoute la radio pour suivre l'évolution d'une crise ministérielle en cours, Beaufort apprend que le député Philippe Chalamont, président du groupe des Indépendants républicains à la Chambre, est pressenti par le chef de l'État pour former le prochain gouvernement. La nouvelle perturbe Beaufort au point qu'il cesse quelques instants de dicter le contenu de ses mémoires à sa secrétaire, le temps de songer à l'époque où, président du Conseil, il dut travailler avec Chalamont, qui n'était autre que son directeur de cabinet.

Si l'éventuelle nomination de Philippe Chalamont préoccupe vivement le vieil homme c'est parce que, plusieurs années auparavant, tandis que Beaufort dirigeait le gouvernement, un scandale financier de grande ampleur impliquant au premier chef la belle-famille de son directeur de cabinet a coûté plus de 3 milliards de francs au pays. Bouleversé par cette révélation, tandis qu'il avait une confiance entière en son collaborateur, Beaufort avait contraint Chalamont de coucher des aveux sur le papier, afin que sa responsabilité dans cette affaire soit révélée au grand public si cela s'avérait nécessaire. À partir de cet épisode, les relations entre Émile Beaufort et Philippe Chalamont sont devenues glaciales : le chef du gouvernement dut faire face, par la suite, à une opposition parlementaire combative, menée par son ancien collaborateur, devenu député.

Un autre souvenir de Beaufort se rappelle à lui : souhaitant faire approuver par les parlementaires un projet de loi destiné à faire admettre à la France un dessein d'union douanière l'unissant à d'autres grandes puissances européennes, Beaufort vit Chalamont monter à la tribune de la Chambre pour contester avec éloquence le projet européiste de son ancien protecteur. Tandis que Beaufort devait répondre, ce dernier s'est lancé dans un réquisitoire acerbe et tout aussi éloquent contre une classe politique dépourvue de toute vision et uniquement guidée par ses intérêts particuliers, au mépris de l'intérêt national. Son projet voué à l'échec, Émile Beaufort promit de démissionner, avant de brocarder une dernière fois des parlementaires accusant le coup une fois le président du Conseil quittant l'hémicycle.

Les années ont passé, et tandis qu'il estime son heure venue, grâce à cette crise ministérielle, Chalamont se présente à Beaufort, soucieux d'obtenir son appui avant d'accepter de former le gouvernement. Devant son ancien maître, le député reconnaît la nature visionnaire de son projet d'union douanière, qu'il avait pourtant combattu de façon vindicative. Faussement flatté par cet hommage, Beaufort s'élève contre son interlocuteur, dégoûté par son hypocrisie, son appétit de pouvoir et son défaut de probité. Menaçant de publier les aveux, écrits plusieurs années plus tôt, de Chalamont quant à son implication dans le scandale financier touchant sa belle-famille, Beaufort convainc Chalamont de renoncer à diriger le gouvernement, tandis que de son côté, l'ex-président du Conseil a brûlé les documents compromettant le député, persuadé que la seule éventualité d'une publicité du scandale éloignerait définitivement Chalamont de l'exercice du pouvoir.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

L'hôtel du Châtelet, siège du ministère du Travail. Dans Le Président, il s'agit de l'hôtel Matignon, résidence du président du Conseil.
  • Le Président est l'un des rares films de politique-fiction du cinéma français ; il est, d'autre part, le seul film du cinéma français évoquant une éventuelle naissance des États-Unis d'Europe, projet défendu par le charismatique Beaufort et combattu par son ancien chef de cabinet, Chalamont.
  • Bien qu'imaginaire, l'intrigue est directement inspirée des combinaisons parlementaires et l'instabilité ministérielle des IIIe et IVe Républiques.
  • À bien des égards, Émile Beaufort, qui est un concentré des présidents du Conseil des IIIe et IVe Républiques, rappelle, tant par sa fougue que par son bagout, Georges Clemenceau, et Aristide Briand par ses opinions pacifistes et son idéologie sociale.
  • Le film de Verneuil ne se termine pas de la même manière que l'œuvre originale de Georges Simenon.
  • Le réalisateur, Henri Verneuil, a déclaré s'être inspiré des graves conflits politiques de la IVe République pour illustrer la chute des gouvernements qui succédèrent au ministère Beaufort.
  • L'hôtel du Châtelet, dans lequel siège de nos jours le ministère du Travail, est utilisé, dans ce film, pour figurer l'hôtel de Matignon, la résidence du chef du gouvernement, dans lequel travailla le président Beaufort lorsqu'il présidait le Conseil des ministres.
  • La place du marché d'Arpajon en centre-ville et sa halle de 1470, sert de décor à la scène de la promenade en ville du président Beaufort et de son chauffeur François.
  • Jean Gabin prononce un long monologue de dénonciation, qui fait référence sans les nommer aux « Deux cents familles », lors de la scène de son discours à la Chambre des députés.
  • Dans le film sont évoqués bien des lieux républicains comme le palais de l'Élysée, l'hôtel Matignon ou le palais Bourbon. D'autre part, outre le monarque du Royaume-Uni (la reine est évoquée dans l'entretien entre Beaufort et Lloyd), est également cité le nom du président Gaston Doumergue, que semble avoir côtoyé Beaufort, qui se vante d'avoir, en sa compagnie, fréquenté des maisons closes (le dialogue dit aussi « aux théâtres subventionnés »).
  • Léon Zitrone et Claude Darget, journalistes vedettes de l'époque, jouent leur propre rôle dans une scène du journal télévisé.
  • Une des répliques du film est l'écho de cette réponse de Georges Clemenceau à son petit-fils Georges Gatineau qui lui assurait qu'il existait des magistrats intègres en France : « J'ai vu aussi des poissons volants », comme il a dit ailleurs : "Il existe des jésuites rouges". Cet échange a lieu au cours du monologue (1 h 9 min après le début du film) : le député Jussieu (joué par Louis Arbessier) proteste contre la lecture par le Président, lors de son ultime apparition à l'Assemblée, d'une liste d'élus du peuple liés aux milieux d'affaires, et demande qu’elle ne soit pas publiée au Journal Officiel. Visiblement Beaufort attendait cette protestation venant d'un élu sur une liste de gauche qui ne soutient que des projets de lois d’inspiration patronale; à Jussieu qui objecte qu’il y a des patrons de Gauche, il rétorque : « Il y a aussi des poissons volants, mais qui ne constituent pas la majorité du genre »...d'où brouhaha dans les gradins.

Lieux de tournage[modifier | modifier le code]

La propriété où le Président Beaufort passe sa retraite est localisée dans le film aux environs d'Évreux, sans autre précision; il s'agit du château du Vivier, à Coutevroult (Seine-et-Marne) qui servit de cadre pour les plans extérieurs de cette partie du film.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Simenon, Le président, Le Livre de poche, 1998 (ISBN 978-2253142812)
  • Christophe Le Dréau, « L’identité européenne des eurosceptiques : l’énigme Philippe Chalamont », dans Christophe Le Dréau et Jean-Michel Guieu (sous la dir.), Anti-européens, eurosceptiques et souverainistes. Une histoire des résistances à l’Europe (1919-1992), Cahiers de l'IRICE, no 4, 2009.
  • Vincent Chenille et Marc Gauchée, « L’infâme et le pantin : patrons et hommes politiques dans le cinéma français (1974-2002) », L’Homme et la société, no 154, octobre-décembre 2004, p. 51-67.

Liens externes[modifier | modifier le code]