Le Président (film, 1961)

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Le Président
Réalisation Henri Verneuil
Scénario Henri Verneuil
Michel Audiard
d'après le roman de Georges Simenon
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de la France France
Drapeau de l'Italie Italie
Genre Drame
Politique
Durée 110 minutes
Sortie 1961


Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le Président est un film français d’Henri Verneuil, sorti en 1961. C'est l'adaptation du roman du même nom de Georges Simenon.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Ancien président du Conseil, Émile Beaufort consacre une large partie de son temps à l'écriture de ses mémoires, qu'il dicte à sa dévouée secrétaire, Mlle Milleran, à La Verdière, sa propriété provinciale. Retiré des affaires publiques, il ne garde pas moins un regard attentif sur l'actualité politique nationale.

Tandis qu'il écoute la radio pour suivre l'évolution d'une crise ministérielle en cours, Beaufort apprend que le député Philippe Chalamont, président du groupe des Indépendants républicains à la Chambre, est pressenti par le chef de l'État pour former le prochain gouvernement. La nouvelle perturbe Beaufort au point qu'il cesse quelques instants de dicter le contenu de ses mémoires à sa secrétaire, le temps de songer à l'époque où, président du Conseil, il dut travailler avec Chalamont, qui n'était autre que son directeur de cabinet.

Si l'éventuelle nomination de Philippe Chalamont préoccupe vivement le vieil homme c'est parce que, plusieurs années auparavant, tandis que Beaufort dirigeait le gouvernement, un scandale financier de grande ampleur impliquant au premier chef la belle-famille de son directeur de cabinet a coûté plus de 3 milliards de francs au pays. Bouleversé par cette révélation, tandis qu'il avait une confiance entière en son collaborateur, Beaufort avait contraint Chalamont de coucher des aveux sur le papier, afin que sa responsabilité dans cette affaire soit révélée au grand public si cela s'avérait nécessaire. À partir de cet épisode, les relations entre Émile Beaufort et Philippe Chalamont sont devenues glaciales : le chef du gouvernement dut faire face, par la suite, à une opposition parlementaire combative, menée par son ancien collaborateur, devenu député.

Un autre souvenir de Beaufort se rappelle à lui : souhaitant faire approuver par les parlementaires un projet de loi destiné à faire admettre à la France un dessein d'union douanière l'unissant à d'autres grandes puissances européennes, Beaufort vit Chalamont monter à la tribune de la Chambre pour contester avec éloquence le projet européen de son ancien protecteur. Tandis que Beaufort devait répondre, ce dernier s'est lancé dans un réquisitoire acerbe et tout aussi éloquent contre une classe politique dépourvue de toute vision et uniquement guidée par ses intérêts particuliers, au mépris de l'intérêt national. Son projet voué à l'échec, Émile Beaufort promit de démissionner, avant de brocarder une dernière fois des parlementaires accusant le coup une fois le président du Conseil quittant l'hémicycle.

Les années ont passé, et tandis qu'il estime son heure venue, grâce à cette crise ministérielle, Chalamont se présente à Beaufort, soucieux d'obtenir son appui avant d'accepter de former le gouvernement. Devant son ancien maître, le député reconnaît la nature visionnaire de son projet d'union douanière, qu'il avait pourtant combattu de façon vindicative. Faussement flatté par cet hommage, Beaufort s'élève contre son interlocuteur, dégoûté par son hypocrisie, son appétit de pouvoir et son défaut de probité. Menaçant de publier les aveux, écrits plusieurs années plus tôt, de Chalamont quant à son implication dans le scandale financier touchant sa belle-famille, Beaufort convainc Chalamont de renoncer à diriger le gouvernement, tandis que de son côté, l'ex-président du Conseil a brûlé les documents compromettant le député, persuadé que la seule éventualité d'une publicité du scandale éloignerait définitivement Chalamont de l'exercice du pouvoir.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Personnages principaux :

Ministres et parlementaires :

Gendarmes :

Journalistes :

Autres :

Production[modifier | modifier le code]

Inspiration[modifier | modifier le code]

Bien qu'imaginaire, l'intrigue du film est directement inspirée des combinaisons parlementaires et l'instabilité ministérielle des IIIe et IVe Républiques.

Le réalisateur, Henri Verneuil, a déclaré s'être inspiré des graves conflits politiques de la IVe République pour illustrer la chute des gouvernements qui succédèrent au ministère Beaufort. Le film ne se termine pas de la même manière que l'œuvre originale de Georges Simenon, nettement plus sombre (le président ne parviendra pas à changer quoi que ce soit au cours des événements politiques.)

Distribution des rôles[modifier | modifier le code]

Léon Zitrone et Claude Darget, journalistes vedettes de l'époque, jouent leur propre rôle dans une scène du journal télévisé.

Tournage[modifier | modifier le code]

L'hôtel du Châtelet, siège du ministère du Travail. Dans Le Président, il s'agit de l'hôtel Matignon, résidence du président du Conseil.

Le tournage a eu lieu à la fin de 1960 et au début de 1961, aux studios Franstudio de Saint-Maurice et Joinville.

La propriété où le Président Beaufort passe sa retraite est localisée dans le film dans la localité imaginaire de Saint-Mesmin (nom d'une commune de Vendée, département natal de Clemenceau), aux environs d'Évreux ; il s'agit du château du Vivier, à Coutevroult (Seine-et-Marne) qui servit de cadre pour les plans extérieurs de cette partie du film.

Le décor de l'Assemblée nationale est une reconstitution montée aux studios de Joinville.

La place du marché d'Arpajon en centre-ville (et sa halle de 1470), sert de décor à la scène de la promenade en ville du président Beaufort et de son chauffeur François.

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Le Président est l'un des rares films de politique-fiction du cinéma français ; il est, d'autre part, le seul film du cinéma français évoquant une éventuelle naissance des États-Unis d'Europe, projet défendu par le charismatique Beaufort et combattu par son ancien chef de cabinet, Chalamont.
  • À bien des égards, Émile Beaufort, qui est un concentré des présidents du Conseil des IIIe et IVe Républiques, rappelle, tant par sa fougue que par son bagout, Georges Clemenceau, et Aristide Briand par ses opinions pacifistes et son idéologie sociale.
  • Le personnage du Premier ministre britannique, Sir Merryl Lloyd, semble se rapprocher du conservateur Harold Macmillan, qui dirigea lui-même le gouvernement britannique.
  • Jean Gabin prononce un long monologue de dénonciation, qui fait référence sans les nommer aux « Deux cents familles », lors de la scène de son discours à la Chambre des députés.
  • Dans le film, outre le monarque du Royaume-Uni (la reine est évoquée dans l'entretien entre Beaufort et Lloyd), est également cité le nom du président Gaston Doumergue, que semble avoir côtoyé Beaufort, qui se vante d'avoir, en sa compagnie, fréquenté des maisons closes (le dialogue dit aussi « aux théâtres subventionnés »).
  • Une des répliques du film est l'écho de cette réponse de Georges Clemenceau à son petit-fils Georges Gatineau qui lui assurait qu'il existait des magistrats intègres en France : « J'ai vu aussi des poissons volants », comme il a dit ailleurs : « Il existe des Jésuites rouges ». Cet échange a lieu au cours du monologue (1 h 9 min après le début du film) : le député Jussieu (joué par Louis Arbessier) proteste contre la lecture par le Président, lors de son ultime apparition à l'Assemblée, d'une liste d'élus du peuple liés aux milieux d'affaires, et demande qu’elle ne soit pas publiée au Journal Officiel. Visiblement Beaufort attendait cette protestation venant "d'un élu sur une liste de gauche qui ne soutient que des projets de lois d’inspiration patronale ; à Jussieu qui objecte qu’il existe des patrons de Gauche, il rétorque : « Il y a aussi des poissons volants, mais qui ne constituent pas la majorité du genre »...d'où tollé dans les gradins.
  • Frédéric Rossif tourna pour la télévision, à l'occasion de Noël 1960, une scénette, Spécial Noël : Jean Gabin, dans laquelle Jean Gabin, Bernard Blier, Michel Audiard et Henri Verneuil jouent avec humour leur propre rôle. On reconnaît dans cette scénette le décor du bureau du Président Beaufort quand il est Président du conseil et les fauteuils utilisés par les acteurs dans la scène du film tournée à l'Opéra.

Répliques du film[modifier | modifier le code]

Durant le conseil des ministres

« Les cheminées des aciéries s’éteignent c’est grave pour un pays quand le ciel redevient clair au-dessus des centres ouvriers.»

« C’est pas parce que nous dirigeons une "épicerie" que nous devons parler comme des épiciers au lieu de parler gros-sous essayons de parler taux monétaires et au lieu d’évoquer l’arrière-boutique essayons de rester dans le cadre de Matignon ».

« — Alors messieurs aucune démission tout le monde veut rester ministre ?
— mon cher Président je vous demande la permission de réserver ma réponse le temps de consulter mes amis
— Consultez donc votre inconscience vous gagnerez du temps. »

Entre le Président du Conseil (Jean Gabin) et le Chef de Cabinet ambitieux (Bernard Blier)

« — Travailler avec vous est une telle joie
— je vous remercie mais faut être plus ambitieux que ça !»

« On ne dit rien à sa femme quand on a épousé une banque ça se paye la fortune c’est ce qui coûte le plus cher !»

« — J’ai besoin d’un coup de main, tu peux tout !
— c’est précisément pour ça que je ne peux pas tout me permettre. »

« — Il est plus modéré que je ne pensais
— Oh s’il part doucement c’est qu’il a l’intention d’aller loin. »

« — Il dit n’importe quoi !
— c’est l’apanage de l’Opposition. »

Explication houleuse entre le Président du Conseil (Jean Gabin) et le Chef de Cabinet (Bernard Blier)

« — Quand on ne veut pas du pouvoir on le refuse Monsieur Beaufort on peut très bien vivre dans l’ombre
— et ne jamais en sortir, vous en savez quelque chose».

« — Je vous reproche simplement de vous être fait élire sur une liste de gauche et de ne soutenir à l'assemblée que des projets d’inspirations patronales
— Il y a des patrons de gauche, je tiens à vous l’apprendre
— il y a aussi les poissons volants mais qui ne constituent pas la majorité du genre. »

« — Comme Quoi les mauvaises pensées…
— … Ne sont permises qu’aux gens bien portants. »

« — Oh Vous savez j’ai 73 ans
— ça n’empêche pas les sentiments
— ça les atténue à mon âge on vit en veilleuse, on peut encore marcher, manger, haïr mais à condition de faire tout ça doucement. »

«  Pas plus mal qu’un autre !…
Décidément vous êtes plus ambitieux pour vous que pour votre pays ! Voilà tout ce que vous lui souhaitez : un homme "pas plus mal qu’un autre" ? Quand on a cette ambition là on ouvre un bazar, on ne gouverne pas une nation ! »

« Étant donné ce que ça rapporte Il faut bien que ça serve à quelque chose d’être honnête. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Simenon, Le président, Le Livre de poche, 1998 (ISBN 978-2253142812)
  • Christophe Le Dréau, « L’identité européenne des eurosceptiques : l’énigme Philippe Chalamont », dans Christophe Le Dréau et Jean-Michel Guieu (sous la dir.), Anti-européens, eurosceptiques et souverainistes. Une histoire des résistances à l’Europe (1919-1992), Cahiers de l'IRICE, no 4, 2009.
  • Vincent Chenille et Marc Gauchée, « L’infâme et le pantin : patrons et hommes politiques dans le cinéma français (1974-2002) », L’Homme et la société, no 154, octobre-, p. 51-67.

Liens externes[modifier | modifier le code]