Le Port de Vanino (chanson)

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Le Port de Vanino (en russe Ванинский порт) est une chanson populaire, considérée comme l'hymne du goulag de la Kolyma (ou l'hymne des prisonniers de la Kolyma), héritage de l'Union soviétique.

Elle daterait de 1946 ou 1947. Le nom du ou des auteurs est incertain.

Le port de Vanino (qui a donné le nom de la chanson) fut terminé en 1945. C'est un port de transit des prisonniers, se trouvant sur le pacifique russe. Ceux-ci étaient alors acheminés vers le port de Magadan, centre administratif du Dalstroï, qui se trouve sur la mer d'Okhotsk.

Ensuite les prisonniers étaient conduits, par la « Route des os », appelée ainsi tant la mortalité y était élevée (de plus, des os de prisonniers décédés semblent y avoir été incorporés), vers la vaste région de la Kolyma, très au nord, où un froid intense sévissait en hiver (−60 à −70 °C), au milieu de la taïga, un goulag particulièrement cruel, où se trouvaient des mines d'or.

À lire, le livre éponyme de Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma.

Texte[modifier | modifier le code]

Russe Translittération Traduction française

Я помню тот Ванинский порт
И крик пароходов угрюмый,
Как шли мы по трапу на борт
В холодные мрачные трюмы.

На море спускался туман,
Ревела стихия морская.
Лежал впереди Магадан,
Столица Колымского края.

Не песня, а жалобный крик
Из каждой груди вырывался.
«Прощай навсегда, материк!»
Хрипел пароход, надрывался.

От качки стонали з/к,
Обнявшись, как родные братья,
И только порой с языка
Срывались глухие проклятья.

Будь проклята ты, Колыма,
Что названа чудной планетой.
Сойдешь поневоле с ума,
Отсюда возврата уж нету.

Пятьсот километров — тайга.
В тайге этой дикие звери.
Машины не ходят туда.
Бредут, спотыкаясь, олени

Тут смерть подружилась с цингой,
Набиты битком лазареты.
Напрасно и этой весной
Я жду от любимой ответа.

Я знаю: меня ты не ждёшь
И писем моих не читаешь,
Встречать ты меня не придёшь,
А если придёшь — не узнаешь…

Прощай, моя мать и жена!
Прощайте вы, милые дети.
Знать горькую чашу до дна
Придется мне выпить на свете!

Ya pomnyu tot Vaninskiy port
I krik parokhodov ugryumyy,
Kak shli my po trapu na bort
V kholodnyye mrachnyye tryumy.

Na more spuskalsya tuman,
Revela stikhiya morskaya.
Lezhal vperedi Magadan,
Stolitsa Kolymskogo kraya.

Ne pesnya, a zhalobnyy krik
Iz kazhdoy grudi vyryvalsya.
«Proshchay navsegda, materik!»
Khripel parokhod, nadryvalsya.

Ot kachki stonali zek,
Obnyavshisʹ, kak rodnyye bratʹya,
I tolʹko poroy s yazyka
Sryvalisʹ glukhiye proklyatʹya.

Budʹ proklyata ty, Kolyma,
Chto nazvana chudnoy planetoy.
Soydeshʹ ponevole s uma,
Otsyuda vozvrata uzh netu.

Pyatʹsot kilometrov — tayga.
V tayge etoy dikiye zveri.
Mashiny ne khodyat tuda.
Bredut, spotykayasʹ, oleni.

Tut smertʹ podruzhilasʹ s tsingoy,
Nabity bitkom lazarety.
Naprasno i etoy vesnoy
Ya zhdu ot lyubimoy otveta.

YA znayu: menya ty ne zhdëshʹ
I pisem moikh ne chitayeshʹ,
Vstrechatʹ ty menya ne pridëshʹ,
A yesli pridëshʹ — ne uznayeshʹ…

Proshchay, moya matʹ i zhena!
Proshchayte vy, milyye deti.
Znatʹ gorʹkuyu chashu do dna
Pridetsya mne vypitʹ na svete!

Je me souviens du port de Vanino
Et le cri des paquebots moroses
Tandis que nous marchions sur la passerelle
Vers les fonds de cale, froids et sombres.

La brume s'étendait sur la mer
Hurlaient les vagues
Sur la route de Magadan
Capitale de la région de la Kolyma.

Pas une chanson, mais le cri plaintif,
De chaque poitrine, s'échappait:
"Au revoir à jamais, Continent»
Sifflait le paquebot, qui, de partout, craquait.

Le tangage des zeks qui gemissaient,
Tels des frères s'embrassant,
Et seulement parfois des lèvres
Tombait une sourde malédiction.

Sois maudite! Toi! Kolyma,
Qu'on nomme la planète merveilleuse.
Tu deviendra fou, forcément
D'ici, de retour, il n'y a pas.

Cinq cents kilomètres de taïga.
Dans la Taïga, les bêtes sauvages.
Les voitures n'y vont pas
S'y crapahutent, avec hésitation, les élans.

Ici, la mort est ami du scorbut,
Les dispensaires sont pleins.
Inutile ce printemps où
j'attends une réponse de l'aimée.

Je sais: tu ne m'attends pas
Et tu ne lis pas mes lettres,
Me rencontrer tu ne viens pas,
Et si tu viens - ne reconnaîtra pas …

Adieu, ma mère et ma femme!
Adieu à vous, gentils enfants.
Boire la coupe amère jusqu'à la lie
Boire le fond de ce monde!

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