Le Pétomane

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Joseph Pujol
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Joseph Pujol, dit le Pétomane
Alias
Le Pétomane
Naissance
Marseille, France
Décès (à 88 ans)
Toulon
Nationalité Drapeau de la France Française
Activité principale
Comédien ambulant
Autres activités
Boulanger

Joseph Pujol, dit Le Pétomane, né le à Marseille et mort le à Toulon, est un artiste français particulièrement célèbre pour la remarquable maîtrise de ses muscles abdominaux qui lui permettait de lâcher des gaz à volonté et dans une grande variété de sons. Ce pétomane professionnel pouvait ainsi jouer Au clair de la lune avec un flûtiau[1], et éteindre les lumières de la scène. Sa carrière s'étend de 1887 à 1914. Il était l'artiste le mieux payé de son époque lorsqu'il se produisit au Moulin-Rouge (de 1890 à 1894)[2]. Les recettes quotidiennes de ses numéros dans l'établissement pouvaient s'élever jusqu'à 20 000 francs par jour, plus du double de Sarah Bernhardt, la plus célèbre comédienne de l’histoire du théâtre, alors au sommet de sa gloire[3].

Salvador Dalí le présente comme le plus grand artiste de tous les temps et le compare au peintre de la Renaissance, Raphaël[4]. Il n'existe aucun enregistrement sonore connu de ses prestations.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Marseille dans une famille originaire de Mataró, Pujol est l'un des cinq enfants de François Pujol, sculpteur et tailleur de pierre, et de sa femme Rose. À l'âge de 8 ans[5], se baignant dans la Méditerranée, alors qu’il bloque sa respiration, il sent son ventre se remplir d’eau. Revenu à terre, il est surpris de sentir de l'eau couler de son anus. C'est ainsi qu'il découvrit son « talent ». Cinq ans plus tard, pendant son service militaire à Valence, il fit la démonstration de ces capacités à ses camarades qui furent à chaque fois pris de fou rire. Il trouve son nom de scène et répète ses prestations dans les cafés et estaminets des environs[6] se mettant en caleçon avec un trou à l'endroit nécessaire pour aspirer l'eau d'une bassine et finalement l'expulser à quatre ou cinq mètres.

Il finit par se détourner de cette activité et devient boulanger à Saint-Jean-du-Var (alors un faubourg à l'est de Toulon) puis se marie en 1883 tout en s'adonnant, dans ses temps libres, au chant car il a, dit-on, une très belle voix. En 1887, il finit par monter un petit numéro démontrant ses capacités de pétomane, loue un local désaffecté, distribue quelques prospectus et obtient un succès immédiat. Le bouche à oreille s'étend d'abord dans le quartier, puis dans tout Marseille. Il se produit alors avec le même succès à Bordeaux, Toulon, et Clermont-Ferrand, puis décide de tenter sa chance à Paris et rencontre l’imprésario Joseph Oller et Charles Zidler, le patron du Moulin-Rouge, un nouveau cabaret à peine ouvert. Il se produit le soir même, le , dans une salle de taille modeste, avec une acoustique à la hauteur de ce spectacle intime. Il obtient très vite un succès considérable. Une infirmière est placée dans la salle pour venir en aide aux dames qui étouffent littéralement de rire dans leurs corsets devant ce numéro inédit[3]. Il imite sur scène le bruit d'un tir de canon ou celui d'une tempête et interprète des chansons telles que 'O sole mio ou La Marseillaise en soufflant avec son anus dans un tube en caoutchouc dirigé vers un ocarina, tout en invitant son audience à chanter avec lui[7]. Il arrive également à éteindre une bougie à plusieurs mètres. D'ailleurs, il commence chacune de ses prestations en précisant que ses flatulences ne sont pas odorantes[7], et qu'il ne faut donc pas s'inquiéter pour cela.

En 1894, le Moulin-Rouge le poursuit en justice pour avoir monté un numéro indépendant pour venir en aide à un de ses amis en proie à des difficultés financières. Le cabaret gagne 3000 francs de compensation (les recettes habituelles quotidiennes de Pujol pour l’établissement étaient de 20 000 francs) et perd son artiste le plus rentable. Pujol, qui déclare « Je péterai peut-être moins haut, mais librement[3] », rejoint alors la troupe itinérante du Théâtre Pompadour et parcourt toute la France, déchaînant les rires sur son passage, et se produit également en Belgique, en Espagne, et en Afrique du Nord. Le Pétomane eut un succès immense au tournant des XIXe et XXe siècles et il reçut même la visite du Prince de Galles, du roi Léopold II de Belgique et du docteur Freud qui voulait comprendre « pourquoi les gens riaient ».

Dans les années 1900, il essaie de rendre ses numéros plus « élégants », par exemple en imitant des sons d'animaux de ferme pour illustrer la lecture d'un poème bucolique qu'il avait écrit lui-même.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, effrayé par l'inhumanité du conflit, il se retire à Marseille, retrouve son métier de boulanger et ne remonte plus sur les planches. Avec les années, il est cependant fort probable que son corps ne soit plus capable de ses « performances » et qu'il devait prendre sa retraite. En outre, la période n’était plus à ce genre de spectacle insouciant (fin de la Belle Époque). Ses quatre fils sont envoyés au front, l'un y meurt et deux en reviennent handicapés. Par la suite, il ouvre une biscuiterie à Toulon en 1922 et meurt en 1945. Il est enterré à La Valette-du-Var où sa tombe est encore visible. L'université de la Sorbonne a offert une forte somme d'argent pour étudier son corps mais l'offre est refusée par la famille.

L'histoire de cet artiste a fait l'objet d'un film italien (non diffusé en France), Il petomane, réalisé par Pasquale Festa Campanile et interprété par Ugo Tognazzi.

Joseph Pujol était l'héritier d'une tradition ancienne puisque l'on retrouve dans l'Irlande médiévale un bragetoir (littéralement « péteur ») qui, entre acrobates et montreurs d'ours, régalait les cours seigneuriales de ses prestations sonores. Le linguiste autodidacte Xavier Delamarre a même proposé[8] que la tradition remonte à l'époque gauloise en analysant les noms propres gaulois Riccios « péteur », Ricci-māros « Grand-Pet », faits sur un thème *ricc- que l'on trouve dans le mot gallois rech « pet », issu de *riccā (indo-européen *prd-kā).

Filmographie[modifier | modifier le code]

Le Pétomane du Moulin Rouge (1900)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Caradec, Jean Nohain, Le Pétomane, J.-J. Pauvert, 1965, nouvelle édition, Mazarin, 2000.
  • Antoine de Baecque, Le Club des péteurs, une anthologie malicieuse, Payot, 2016.
  • (en) Alison Moore, « The spectacular anus of Joseph Pujol : Recovering the Pétomane's unique historic context », French Cultural Studies, vol. 24, no 1,‎ , p. 27-43 (DOI 10.1177/0957155812466975).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Valerie Allen, On Farting : Language and Laughter in the Middle Ages, New York, Palgrave McMillan, (lire en ligne)
  2. https://www.tombes-sepultures.com/crbst_763.html
  3. a b et c « Joseph Pujol le pétomane et les salles riaient riaient », sur bloglagruyere.ch.
  4. https://www.ccma.cat/catradio/alacarta/nom-programa/240---El-Petoman-catala/audio/302200/
  5. « Gentleman pétomane. », sur Libération.fr, (consulté le 3 avril 2019)
  6. http://www.udenap.org/groupe_de_pages_06/pujol_joseph.htm
  7. a et b (en-US) « LE PETOMANE - The Fartiste », sur Circus Freaks and Human Oddites, (consulté le 3 avril 2019)
  8. Notes d'onomastique vieille-celtique, in Keltische Forschungen 5 [2010-2012], 108-109

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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