Le Mont Analogue

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Le Mont Analogue
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Le Mont Analogue est un roman d'aventures inachevé de René Daumal, rédigé entre 1939 et sa mort en 1944. Dédié « à la mémoire d'Alexandre de Salzmann », il a paru pour la première fois aux éditions Gallimard en mars 1952 avec une préface de Rolland de Renéville et une postface de Véra Daumal.

L'auteur est influencé par l'hindouisme et l’enseignement de Gurdjieff[1],[2]. Le roman est une quête spirituelle, la montagne est le lieu où il est possible de communiquer avec l’au-delà[1].

Le roman est une « merveilleuse allégorie de la littérature », selon William Marx du Collège de France : « En grec ancien, analogue, cela peut vouloir dire : un discours ("logos") qui s'élève, de bas en haut ("ana"). Il s'agit d'escalader le symbole, pour mieux l'interpréter[3]. »

Résumé[modifier | modifier le code]

« Roman d'aventures alpines, non euclidiennes et symboliquement authentiques », comme l'annonce son sous-titre, Le Mont Analogue se présente comme un récit de voyage à la première personne. Un petit groupe d'amis part à la découverte d'une montagne mystérieuse de l'hémisphère sud, un lieu d'une très haute valeur symbolique inaccessible au commun des mortels. Cette montagne équilibre les masses montagneuses de l'hémisphère nord et correspond à toutes les montagnes évoquées par les traditions et religions anciennes : le Sinaï, le Meru, l'Olympe, etc.

À sa base, ils découvrent une société cosmopolite tout entière tournée vers l'escalade et dominée par les guides de haute montagne. Ils décident eux aussi d'entreprendre l'escalade. Le roman les abandonne en route vers l'ineffable, au milieu d'une phrase du cinquième chapitre.

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

  • Arthur Beaver, médecin, yachtman et alpiniste
  • Pierre Sogol[Note 1], chef de l'expédition
  • Ivan Lapse, russe d'origine finnoise, linguiste
  • Hans et Karl, deux frères autrichiens, spécialistes des escalades acrobatiques
  • Judith Pancake, américaine, peintre de haute montagne
  • Le narrateur Théodore et sa femme Renée.

Titres des chapitres[modifier | modifier le code]

  1. « Qui est le chapitre de la rencontre »
  2. « Qui est celui des suppositions »
  3. « Qui est celui de la traversée »
  4. « Où l'on arrive, et où le problème de la monnaie se pose en termes précis »
  5. « Qui est celui de l'installation du premier camp »

Le roman inachevé devait comporter 7 chapitres[1], le titre du dernier devait être Et vous, que cherchez-vous ?.

Éditions[modifier | modifier le code]

  • Gallimard, Paris, 1952, sous-titre : récit véridique
  • Gallimard, coll. « L'imaginaire », 1981, Paris, 175 p., sous-titre : roman d'aventures alpines, non euclidiennes et symboliquement authentiques (ISBN 2-07-022877-0)
  • Allia, 2020, Paris, 144 p. sous-titre : roman d'aventures alpines, non euclidiennes et symboliquement authentiques, (ISBN 979-10-304-2242-9)
  • Une édition augmentée de textes, photos et dessins, notamment de Patti Smith et d'Alejandro Jodorowsky, est prévue en octobre 2021, chez Gallimard, financée par la Fondation Luma[4].

Adaptations[modifier | modifier le code]

À la suite du refus de François Truffaut en 1969, au producteur britannique Peter Fraser, le cinéaste et alpiniste amateur français Luc Moullet a travaillé son projet d'adaptation intitulé My Own Strangers, avec dans le rôle principal Charlton Heston ou Glenn Ford[5],[6], le film ne se fera pas faute de moyens financiers[7].

En 1972, le réalisateur chilien Alejandro Jodorowsky, ne pouvant acquérir les droits du roman (toujours en possession du producteur anglais Peter Fraser), s'inspire librement de l'idée de base pour réaliser La Montagne sacrée[7] (où abondent les clins d’œil à l'enseignement de Gurdjieff).

En 2012, le musicien d'avant-garde américain John Zorn enregistre un album homonyme et inspiré des écrits de Gurdjieff.

Le roman inspire également Ben Russell (en), cinéaste expérimental américain, dans La Montagne invisible, installation présentée au Plateau à Paris en 2020[8].

Suites[modifier | modifier le code]

  • Le Mont Eugolana, éditions Arbitraire, 2014, 48 pages, librement inspirée du roman et imaginant sa suite, une bande dessinée par six auteurs coordonnés par Pierre Ferrero[9].
  • Mt. Analogue: A Climber's Quest, suite de textes et photos librement inspirée du roman en format numérique, Arthur von Boennighausen[9].

Influences[modifier | modifier le code]

Aureliano Tonet, dans sa série d'articles du Monde, inventorie la « postérité vertigineuse » du roman qui influence des plasticiens (Antoine Proux, Philippe Parreno, le céramiste Virgile Loyer, Charles Hascoët), des chefs d'entreprise, un jardinier (Gilles Clément)[4], des alpinistes (Royal Robbins, Arthur von Boennighausen, Bernard Amy), des francs-maçons, des dessinateurs (Pierre Ferrero)[9], des hommes politiques (François Mitterrand), les hippies[10] à la suite des beatniks, des musiciens (Patti Smith, John Zorn, The Beatles, Bertrand Belin, etc.)[2], des cinéastes (Luc Moullet, Alejandro Jodorowsky, Raoul Ruiz, Xavier Durringer, Ben Russell), un photographe (Henri Cartier-Bresson), un scénariste (Benoît Peeters), un architecte (Aldo Rossi)[7], des scientifiques (Étienne Klein, Nicolas Bellahsen), et un épistémologue (Daniel Parrochia)[3].

Le Mont Analogue était un des livres de chevet de François Mitterrand. Il l'a découvert en 1968 et le qualifie de chef d'œuvre[10].

Une communauté de hippies des années 1960 de San Francisco tous passionnés par Le Mont Analogue, créent le Theater of All Possibilities. Cette communauté convainc un pétrolier texan de financer Biosphère II, qui « transpose à la lettre Le Mont Analogue : la création d'un monde qui n'existe sur aucune carte, l'utopie collective, l'esprit de conquête, la fin brutale, tout y est, ou presque », Comme l'analyse Matt Wolf, documentariste américain[3]. Ce dôme de 1,27 ha correspond d'évidence à la « coque d'espace courbe » du Mont Analogue selon la photographe Stéphanie Solinas[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Anagramme de « logos ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Youness Bousenna, « Trois raisons de (re)lire René Daumal et son mystérieux “Mont Analogue” », sur Télérama, (consulté le )
  2. a et b Aureliano Tonet, « René Daumal, un rockeur avant l’heure », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  3. a b c et d Aureliano Tonet, « « Le Mont Analogue », un puits de science et de prescience », Le Monde.fr,‎ , p. 26 (lire en ligne, consulté le )
  4. a et b Aureliano Tonet, « La postérité vertigineuse du « Mont Analogue », le roman inachevé de René Daumal », Le Monde.fr,‎ , p. 26 (lire en ligne, consulté le )
  5. Luc Moullet, « Le Mont Analogue et The holy mountain d'Alexandre Jodorowski », dans Pascal Sigoda, René Daumal, Lausanne, L'Âge d'Homme, (ISBN 2825103365), p. 240-244
  6. « KINO SLANG: Interview with Luc Moullet by John Hughes and Bill Krohn », sur kinoslang.blogspot.fr (consulté le )
  7. a b et c Aureliano Tonet, « Au cinéma, l’impossible adaptation du « Mont Analogue » », Le Monde.fr,‎ , p. 24 (lire en ligne, consulté le )
  8. « Ben Russell, La Montagne invisible », sur fraciledefrance.com.
  9. a b et c Aureliano Tonet, « « Le Mont Analogue », un guide de haute montagne », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  10. a et b Aureliano Tonet, « « Le Mont Analogue », livre fétiche de François Mitterrand », Le Monde,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne).