Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen

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Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen
Stefan Zweig, Die Welt von gestern 1942.jpg
Titre original
(de) Die Welt von GesternVoir et modifier les données sur Wikidata
Langue
Auteur
Genre
Date de parution
Pays
ISBN 10
84-95359-49-9Voir et modifier les données sur Wikidata
ISBN 13
978-84-95359-49-0Voir et modifier les données sur Wikidata

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Stefan Zweig vers 1912

Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen (en allemand, Die Welt von Gestern. Erinnerungen eines Europäers) est une autobiographie de l'écrivain autrichien Stefan Zweig parue en 1943[1].

L'ouvrage commence avec la description de Vienne à la fin du XIXe siècle et celle du milieu familial qui a vu naître Stefan Zweig et se poursuit jusqu'à la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, en septembre 1939.

Historique[modifier | modifier le code]

Stefan Zweig commence à rédiger Le Monde d'hier en 1934 quand, face à la persécution nazie, il décide de s'enfuir vers l'Angleterre puis vers le Brésil. Il poste à l'éditeur le manuscrit, tapé par sa femme, un jour avant leur suicide, en février 1942. Le livre, paru en 1943 à New York[1], est parfois considéré comme le « testament littéraire » de l'auteur[2].

Résumé[modifier | modifier le code]

Le Monde d'hier décrit avec nostalgie la Vienne et l'Europe d'avant 1914 : une Europe insouciante, traditionnelle, conventionnelle, artistique, à l'apogée de sa richesse et de sa puissance dont Zweig est un témoin privilégié, fréquentant Freud, Verhaeren, Rilke ou Valéry. Le livre décrit une époque de stabilité et de liberté d'esprit, qui va voir cet « âge d'or de sécurité » s'effondrer avec les deux guerres mondiales et la disparition des monarchies européennes. En bref, la mort d'une civilisation qui avait pourtant une si grande confiance en l'avenir.

Composition[modifier | modifier le code]

Chapitre de l'œuvre
Chapitre Titre
1 Préface
2 Le monde de la sécurité
3 L'école au siècle passé
4 Eros Matutinus
5 Universitas vitae
6 Paris, ville de l'éternelle jeunesse
7 Détours sur le chemin qui me ramène à moi
8 Par delà les frontières de l'Europe
9 Les premiers jours de la guerre de 1914
10 La lutte pour la fraternité spirituelle
11 Au cœur de l'Europe
12 Retour en Autriche
13 De nouveau par le monde
14 Coucher de soleil
15 Incipit Hitler
16 L'agonie de la paix

Préface[modifier | modifier le code]

Suite aux nombreux – et terribles – événements et bouleversements qu'a vécus sa génération, Stefan Zweig entreprend de rédiger son autobiographie. Il ressent le besoin de témoigner à la génération suivante ce qu'a traversé sa génération, d'autant plus que sa génération a presque tout connu grâce à la meilleure diffusion de l'information, et l'implication totale des populations dans les conflits : guerres (Première Guerre mondiale, Seconde Guerre mondiale), famines, épidémie, crise économiqueetc. Mais il s'est rendu compte que son passé était comme « hors de porté » et qu'il n'a pas eu une vie, mais des vies. Zweig annonce que sa biographie repose entièrement sur ses souvenirs, car toutes sources d'informations étaient inaccessibles au moment de la rédaction ; il voit aussi cela comme un avantage, car seul ce qui est digne d'être retenu reste, selon lui, dans la mémoire.

Le monde de la sécurité[modifier | modifier le code]

Stefan Zweig revient sur la société autrichienne – et surtout viennoise – d'avant-guerre, et la décrit comme profondément marquée par un sentiment de sécurité, sentiment partagé par l'ensemble de la population. À cette époque, la visibilité de long terme permise par un système politique stable et une monnaie adossé à l'or – symbole d'inaltérabilité – rend possible à chacun de se projeter dans l'avenir de manière confiante. La croyance en un progrès inévitable et irréfrénable évince les autres croyances. C'est à cette époque que beaucoup d'inventions révolutionnent les vies : téléphone, électricité, voiture, etc.

Son père, originaire de Moravie, a progressivement fait sa fortune en gérant une petite usine de tissage. Sa mère est issue d'une riche famille bancaire italienne, née à Ancône. Sa famille représente typiquement la « bonne bourgeoisie juive » cosmopolite. Mais si celle-là aspire à s'enrichir, il ne s'agit pas de leur finalité. L'ultime finalité consiste à s'élever moralement et spirituellement. Aussi, c'est la bourgeoisie juive qui s'est largement fait mécène de la culture viennoise. Grâce à leur soutien, Vienne était devenue la ville de la culture, une ville où la culture était la principale préoccupation. Tous les Viennois avaient des goûts recherchés, et étaient capables d'émettre des jugements de qualités. Les artistes, et notamment les acteurs de théâtre, étaient les seuls grands personnages célèbres d'Autriche. Leurs inquiétudes concernaient des futilités au regard des événements qui suivirent ; les guerres, les famines qui ont frappé leur vie, étaient impensables à cette époque. Stefan Zweig estime que sa génération a une conscience plus juste de la réalité que la génération précédente, mais qu'elle a payé cher cette prise de conscience.

L'école au siècle passé[modifier | modifier le code]

Son passage à l'école a été assez déplaisant. Passage obligé pour tous les jeunes garçons de son âge et de sa situation, il apprend, par ailleurs, en plus de l'enseignement traditionnel et de ses devoirs à faire en dehors de l'école, cinq langues (français, anglais, italien, grec ancien et latin), ainsi que la géométrie et la physique. Le sport avait une place minimale, effectué dans un gymnase poussiéreux. Stefan Zweig critique amèrement la vieille manière d'enseigner, impersonnelle, froide et distante. Les professeurs, tout comme les élèves, subissent une procédure.

Dans la société régnait une certaine méfiance vis-à-vis de la jeunesse. Son père n'embauchait jamais de jeunes ; chacun faisait en sorte de paraître plus mature, par exemple en se laissant pousser une barbe – comportement qui contraste désormais avec la nouvelle tendance qui consiste à rechercher à tout prix la jeunesse éternelle. Le respect des anciens était le mot d'ordre, et l'école se chargeait d'inculquer les valeurs du régime. Stefan affirme même que le but de l'école était de discipliner et de calmer les ardeurs de la jeunesse.

Toutefois, face à cette pression, les élèves nourrissaient une haine profonde envers l'autorité verticale. Un tournant s'opéra à leur quinzaine : l'école ne satisfaisait plus leur passion qui se déporta sur l'art dont Vienne était le cœur. Tous les élèves se tournaient tout entier vers l'art : lecteurs assidus de littérature et de philosophie, auditeurs de concerts, spectateurs de pièce théâtre, etc. Les cafés viennois jouaient à ce moment un rôle important dans la vie de ces jeunes élèves en tant que centre culturel. Les artistes étaient placés au sommet, ainsi que tout leur entourage. Leur passion se porta ensuite progressivement loin des classiques et ils s'intéressèrent davantage aux étoiles montantes, notamment les jeunes artistes. Un exemple typique de cette aspiration est le cas de Rainer Maria Rilke : un jeune poète prodige dont la précocité était suffisamment tardive pour que la plupart des élèves puissent s'identifier à lui, symbole de tout le mouvement d'une jeunesse victorieuse, complétant le génie précoce Hugo von Hofmannsthal.

L'obsession artistique que nourrissait la jeunesse dorée viennoise se faisait au détriment de son sommeil, de sa santé physique (la vague sportive venue des pays anglo-saxons n'avait pas encore déferlé sur l'Europe), de ses relations avec le sexe opposé, et de la politique.

Pendant ce temps, les premiers mouvements de masse commencèrent à toucher l'Autriche, à commencer par le mouvement socialiste, puis le mouvement chrétien-démocrate et enfin le mouvement pour l'unification du Reich allemand. La tendance antisémite commença à prendre de plus en plus d'ampleur, bien qu'elle restait assez modérée à ses débuts. Petit à petit, le mouvement nationaliste allemand commença à prendre possession des universités en lynchant étudiants catholiques, italiens, juifs, slaves, etc. Les jeunes gens dont Stefan faisait partie, ignoraient ces tendances sanglantes et se désintéressaient des problèmes sociaux en se réfugiant dans les bibliothèques, tandis que le paysage politique gagnait en brutalité.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Au théâtre[modifier | modifier le code]

  • 2016 : Le monde d'hier, de Stefan Zweig, adaptation Laurent Seksik, mise en scène Patrick Pineau et Jérôme Kircher au Théâtre de Mathurins à Paris

À la radio[modifier | modifier le code]

  • 2015 : Le monde d'hier : Journal d'un européen de Stefan Zweig, réalisation Etienne Vallès, dans Fictions / Le Feuilleton, France Culture. La mise en onde proposée par France Culture (non écoutable sur le site de Radio-France) se retrouve sur Youtube (10 épisodes, 1er épisode : https://www.youtube.com/watch?v=S1zq2qyZQYA).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Stefan Zweig, The World of Yesterday : An Autobiography, New York, Viking Press, 1943 [Die Welt von Gestern, Stockholm, Bermann-Fisher Verlag B, 1944, traduction française de Jean-Paul Zimmermann, Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen, Paris, Albin Michel, 1948].
  2. « Et si le monde d'hier de Zweig redevenait réalité? », sur www.lemonde.fr, (consulté le 12 avril 2015)