Le Loup des steppes

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Le Loup des steppes
Image illustrative de l'article Le Loup des steppes
Hermann Hesse, Der Steppenwolf
édition originale de 1927

Auteur Hermann Hesse
Pays Suisse
Genre roman
Version originale
Langue allemand
Titre Der Steppenwolf
Éditeur S. Fischer Verlag
Date de parution 1927
Version française
Traducteur Juliette Pary
Éditeur La Renaissance du Livre
Date de parution 1931

Le Loup des steppes (titre original : Der Steppenwolf) est un roman de Hermann Hesse, publié pour la première fois en 1927[1]. La première traduction française est éditée en 1931[2] épuisée à ce jour[3].

Chef-d’œuvre de la littérature du XXe siècle, interdit sous le régime nazi, ce roman a marqué son époque et reste aujourd'hui une des œuvres essentielles de Hesse.


Résumé[modifier | modifier le code]

Le Loup des steppes raconte l’histoire de Harry Haller[4], homme désabusé, qui se déclare tiraillé entre deux personnalités : l'une basée sur un besoin d’isolement, de solitude, presque de sauvagerie, un aspect de lui-même qu’il nomme « le loup des steppes », et l’autre sur l'intégration dans la société bourgeoise qu’il affectionne et recherche encore et toujours malgré toutes ses critiques.

La découverte des carnets de Harry Haller par le neveu de sa logeuse est le prétexte de ce livre. Le héros décrit sa propre histoire, tourmentée, pessimiste, suicidaire ainsi que sa rencontre avec Hermine, qui le prend sous son aile pour l'obliger à sortir de son existence recluse et à se confronter aux multiples aspects de sa personnalité. Il entame ainsi un parcours initiatique (thème cher à Hermann Hesse) qui lui fera découvrir la joie, le rire, la rencontre, la danse et d'autre part lui fera revisiter toutes les expériences de son existence passée. Il apprend ainsi à se détacher, à jouir de la vie et à utiliser l'humour pour se distancier de l'absurdité du monde, des dangers de la politique (dont une partie que l'on désignerait au XXIe siècle de politicienne) et de la presse d'opinion, de la crédulité du citoyen moyen et de la vanité de sa morale, de ses principes de vie et de ses absolus qu'il s'est choisis et imposés. Progressera-t-il en adoptant définitivement les différents heureux apprentissages qu'il va découvrir ?

Les personnages[modifier | modifier le code]

  • Harry Haller : personnage principal.
  • Hermann : meilleur ami de Harry (seulement mentionné tout au cours de l'œuvre).
  • Hermine : jeune femme rencontrée par Harry alors qu'il est dans un bar, dans un état second. Celle-ci le prend en considération pour lui redonner le goût de la vie dans ce monde.

« Si tu étais un garçon, dis-je, tout interdit, tu devrais t'appeler Hermann.

— Qui sait, fit-elle en plaisantant, peut-être le suis-je et n'est-ce qu'un déguisement.
— T'appelles-tu Hermine ?

Elle fit oui, radieuse, heureuse que j'eusse deviné. »
  • Pablo : saxophoniste et ami de Hermine, que rencontrera Harry.
  • Maria : jeune femme, sorte de demi-mondaine que va côtoyer Harry.
  • Gustave : ami d'enfance de Harry que ce dernier retrouve à la fin du roman.
  • Le professeur et son épouse : Un collègue universitaire rencontré auparavant et partageant des goûts communs à l'époque.

Extrait[modifier | modifier le code]

« Celui qui a goûté aux autres journées, à ces journées funestes marquées par des crises de goutte ; à ces journées où une névralgie épouvantable, térébrante, venue se loger derrière les prunelles des yeux, jette un maléfice sur toute activité visuelle et auditive, la transformant diaboliquement de joie en torture ; à ces journées d'agonie de l'âme, à ces âpres journées de vide intérieur et de désespoir où, au beau milieu d'un monde détruit, exploité par les sociétés anonymes, l'univers des hommes et leur prétendue culture apparaissent à chaque seconde dans leur splendeur de pacotille, mensongère et vulgaire, grimaçant comme un personnage répugnant dont l'image se concentre dans l'esprit malade jusqu'au comble du désespoir. Celui qui a goûté à cet enfer éprouve beaucoup de satisfaction à vivre des journées normales, en demi-teinte, semblable à celle qui venait de s'écouler. Il est assis, reconnaissant, près du poêle chaud ; en lisant le journal du matin, il constate, reconnaissant, qu’aujourd’hui encore aucune guerre n’a été déclarée, qu'aucune dictature nouvelle n’a été instaurée, qu'aucune affaire particulièrement véreuse n'a été découverte dans le monde politique ou économique ; il accorde, reconnaissant, les cordes de sa vielle rouillée et entame un hymne empreint de retenue, d'enthousiasme modéré, allant presque jusqu'à la gaieté, qui lasse la vague divinité à laquelle il s'adresse, une divinité satisfaite, placide, douce, légèrement étourdie par le bromure. Et, dans cette atmosphère épaisse et tiède d'ennui béat, d'indolence suscitant une immense gratitude, cette vague divinité qui hoche la tête avec lassitude et ce vague être humain qui chante son psaume d'une voix étouffée, se ressemblent comme deux jumeaux. »

— Tiré du premier chapitre de l'ouvrage Le Loup des steppes

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Thèmes du livre[modifier | modifier le code]

L'ouvrage[N 1] contient un "à propos du Loup des steppes" qui est un extrait d'une lettre de H. Hesse en réponse à un lecteur critique. Il y explique qu'« il faut pouvoir remplacer le culte des idoles contemporaines par [.] les éléments d'une croyance à partir de laquelle il serait possible de vivre (l'Amour dans Siddhartha, les Immortels dans Le Loup des steppes) ». De plus, dans cette lettre, H. Hesse revient sur la force de son « théâtre magique [.] : rien de ce que j'ai jamais pu exprimer n'a revêtu à mes yeux un caractère aussi essentiel et aussi sacré que cette évocation du théâtre magique, image et symbole de ce qui pour moi a le plus de valeur et d'importance. »[5]

  • L’opposition et la complémentarité entre la nature animale et la nature spirituelle de l’homme. Mais aussi l'incomplétude de cette dualité : la description d'un humain n'est pas épuisée par cette idée de structure duale en opposition[6]. L'androgynie de certains personnages ajoute à cette multiplicité[7].
  • La maladie psychologique, la mélancolie et la vie en conséquence[8].
  • La folie de son temps : la perte des valeurs et l'absence de réaction devant la guerre, la technique, la passion de l'argent, le nationalisme, etc[9].
  • La montée du nazisme et la crainte de la guerre qui se profile (celle de 1939-1945)[10].
  • La responsabilité historique de la bourgeoisie et des élites intellectuelles allemandes dans l’avènement du nazisme[11].
  • L'enfer généré lorsque « deux époques, deux cultures, deux religions interfèrent l'une avec l'autre »[12].
  • La croyance (en Mozart, Goethe, et plus généralement aux Immortels) qui doit remplacer le culte des idoles contemporaines[13]. L'idéalisme[14]. La grande musique[15].
  • Le détachement, le lâcher-prise, l'humour[16] (humour noir si besoin et ironie si nécessaire) pour mettre à distance "l'accessoire par rapport à l'essentiel".
  • Le suicide ou l'obligation de vivre tout ce que la vie nous impose[17]. Le bonheur ou le malheur jusqu'à en mourir[18]. Le destin[19]. Le sublime, l'éternel[20]. Expier[21].
  • Autrui est un miroir de Soi[22]. Apprendre à écouter autrui[23].
  • La richesse et la difficulté de la réflexion[24] et de l'introspection.
  • Avec qui se marier ?[25]

Éléments d'analyse[modifier | modifier le code]

L'auteur et ses biographes ont bien précisé que beaucoup d'éléments du roman sont piochés dans les expériences de vie de H. Hesse et de ses contemporains. Le roman peut donc se lire à plusieurs niveaux de réalité :

  • La vie réelle de H. Hesse,
  • La vie réelle de Harry Haller,
  • Les carnets de Harry Haller, autobiographie romancée car elle est mise en perspective par les commentaires du neveu de la logeuse.

Albert Camus prendra lui aussi cette structure dans son ouvrage La Chute.

Ce roman présente les caractéristiques et les thématiques du futur existentialisme, proposé au milieu du XXe siècle par Sartre dans l’Être et le Néant et par Albert Camus dans plusieurs de ses ouvrages.

Les initiales du héros correspondent à celles de l'auteur. L'initiale des prénoms de son ami d'enfance Hermann et de son initiatrice Hermine aussi qui sont comme des déclinaisons. La dualité Le Loup des steppes (animalité) et l'intellectuel (humanité) s'enrichit de nouveaux égos qui décrivent en fait la multiplicité des facettes de la personnalité du héros, et donc de l'auteur. Contrairement au héros antique et au héros balzacien, la personnalité du héros de Hesse, comme celui de Dostoïevski, n'est pas singulière, elle est plurielle. Il révèle une première structure (souvent duale à cette époque : corps/esprit ou nature/culture) et découvre en lui et nous fait découvrir la multiplicité, la complexité et les variations de la personnalité. C'est une conception qui correspond à la vision moderne de la psychologie qui apparaît dès cette époque.

Certains thèmes de l'ouvrage ont été utilisés dans l'analyse de la la fin de vie de Stefan Zweig et de son épouse Lotte qui se sont suicidés en 1942 en exil.

En quête de réponses à son questionnement, et à la découverte d'autres horizons, Hermann Hesse étudiera le bouddhisme, comme l'avait fait Arthur Schopenhauer qui présente des similitudes de questionnement.

Adaptations et références[modifier | modifier le code]

  • En 1974 : Fred Haines réalise le film Le Loup des steppes, avec Max von Sydow (Harry Haller), Dominique Sanda (Hermine) et Pierre Clémenti (Pablo).
  • Le groupe de rock Steppenwolf, surtout connu pour le succès du morceau Born to Be Wild, a été nommé en référence au titre du roman.
  • La pièce musicale Steppenwolf du groupe rock Hawkwind fait référence au roman.
  • La chanson "Gourmandises" d'Alizée, sur son album éponyme Gourmandises fait directement référence au roman: "Quand tu penses à moi / Toi le loup des steppes / [...]"
  • 2014: Le film "A Day To Kill" (titre original: "Mall") de Joseph Hahn, contient de nombreuses citations et références du roman.
  • 2015: Le livre "Quinquennat" de Marc Dugain contient plusieurs références et citations du roman.
  • Le rappeur Lonepsi sort un titre faisant référence au roman s'intitulant "Le loup des Steppes".


Cette thématique de la rencontre et l'amour entre "un intellectuel" et une "jeune femme du peuple" est reprise dans des films contemporains.

  • Pas son genre est le titre d'un film qui relate la rencontre entre un professeur de philosophie parisien muté à Arras et une coiffeuse du cru toute en joies. Chacun cultive l'autre dans son domaine de prédilection : La réflexion et le cheminement philosophiques pour l'un et les joies du "bon moment" pour l'autre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. l'édition en Livre de poche de 2004

Références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Hermann Hesse, Der Steppenwolf, S. Fischer Verlag,
  2. Hermann Hesse (trad. Juliette Pary), Le Loup des steppes, La Renaissance du Livre,
  3. Hermann Hesse (trad. Alexandra Cade), Le Loup des steppes, Paris, Calmann-Lévy, , 313 p. (ISBN 9782253002932)
  4. « Le Loup des steppes », sur France Culture.
  5. Hesse 2004, p. 9, 10
  6. Hesse 2004, p. 277
  7. Hesse 2004, p. 160, 161, 242, 243
  8. Hesse 2004, p. 38
  9. Hesse 2004, p. 9
  10. Hesse 2004, p. 121
  11. Hesse 2004, p. 126, 173, 174
  12. Hesse 2004, p. 39
  13. Hesse 2004, p. 9, 39
  14. Hesse 2004, p. 176, 220
  15. Hesse 2004, p. 199
  16. Hesse 2004, p. 257
  17. Hesse 2004, p. 37, 38
  18. Hesse 2004, p. 218
  19. Hesse 2004, p. 217
  20. Hesse 2004, p. 219
  21. Hesse 2004, p. 308, 310
  22. Hesse 2004, p. 162
  23. Hesse 2004, p. 306
  24. Hesse 2004, p. 175
  25. Hesse 2004, p. 209, 210

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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