Le Libertin (Schmitt)

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Le Libertin
Auteur Éric-Emmanuel Schmitt
Pays France
Genre Roman
Éditeur Albin Michel
Lieu de parution Paris
Date de parution
Nombre de pages 176
ISBN 2226089292
Chronologie

Le Libertin est une comédie d'Éric-Emmanuel Schmitt créée en 1997 au Théâtre Montparnasse et publiée et publiée la même année par les éditions Albin Michel.

Résumé[modifier | modifier le code]

Mettant en scène Denis Diderot, Schmitt s'interroge sur la morale, et plus particulièrement celle des mœurs sexuelles à travers la propre interrogation du célèbre philosophe qui doit rédiger dans l'urgence un article de l'Encyclopédie. Les différentes facettes du philosophe sont représentées par les femmes de son entourage, qui font ressortir le dilemme moral découlant de la sexualité.

Contexte[modifier | modifier le code]

Spécialiste de Diderot auquel il avait consacré son thèse de philosophie soutenue à la Sorbonne en 1987 et publiée en 1997[1], Eric-Emmanuel Schmitt a voulu transposer Diderot et sa pensée sur scène. « Le Libertin part d'une anecdote réelle : la séance de peinture qui réunit Diderot et madame Therbouche. Celle-ci demanda à celui-là de se déshabiller entièrement ; Diderot le fit mais, comme la dame était jolie, les pensées de Diderot commencèrent à pointer dans son entrejambe. La dame poussa un cri, mi-effarouchée, mi-ravie, et Diderot eut ce mot : « Rassurez-vous, je suis moins dur que lui. » J'ai aimé cette inversion des situations et des valeurs, l'homme objet et la femme sujet, la philosophie posant pour la peinture sans retomber sur les images habituelles de « vanités » - crâne, livre, sablier, méditation d'un vieillard proche de la mort sous la lumière avare d'une chancelante chandelle. » [2]. Dans un article du Magazine Littéraire [3]. , Eric-Emmanuel Schmitt explique comment on représente un philosophe au théâtre. « Un philosophe peut-il devenir un personnage de théâtre ? Les cas sont rares. Aristophane transforme Socrate en charlatan démagogue. Molière présente à Monsieur Jourdain un professeur de philosophie qui enfonce les portes ouvertes sans se luxer l'épaule. Le philosophe est un personnage comique, un ridicule dont on moque la prétention ou la pédanterie, un ennuyeux qui parle sans avoir rien à dire, un fâcheux définitif. Son ambition déformée en prétention, sa précision de langage caricaturé en jargon, le philosophe n'a plus sur scène que le masque horrible et grimaçant que lui dessine le satiriste. J'ai évidemment cherché à faire autre chose en écrivant  Le Libertin . ( …) Tout d'abord, Diderot n'est pas un philosophe comme les autres. Il cherche, il hésite, il se contredit, il doute, il recommence. Avec Lucrèce et Montaigne, il fait partie des chevaliers de l'incertain, ces philosophes qui savent que toute philosophie n'est jamais qu'une fiction. De plus, il n'écrit pas qu'avec sa tête, mais avec son tempérament. Ductile, folle, enthousiaste, sa parole se jette sur les idées, les poursuit, flirte avec elles, puis, parfois, les abandonne. Il avait, en lui comme dans son oeuvre, ce réservoir de tensions contradictoires qui font le personnage. Mon travail consistait, au théâtre, non pas à commenter et à analyser en essayiste une occupation de pêcheur à la ligne mais à faire surgir la vie, à incarner une spontanéité pensante. » La forme de la pièce exprime le fond de doute et d’hésitation à l’œuvre chez Diderot. « Si  Le Libertin prend l'apparence d'un vaudeville, il est surtout un vaudeville philosophique. Les femmes qui entrent et sortent, les femmes qu'on cache dans les alcôves sont certes des personnes, mais aussi des idées. Toutes intelligentes ; toutes séduisantes ; elles font tourner la tête du philosophe. La scène est un lieu objectif - l'atelier de Diderot - mais aussi l'espace mental du personnage. Sa géographie est aussi philosophique, l'alcôve étant la pensée implicite, le bureau la pensée explicite. »

Sens de la pièce[modifier | modifier le code]

« Comme tant de philosophes, Diderot ambitionnait de rédiger un traité de morale ; peut-être même ne prit-il la plume que pour cela ; c'est ainsi que je le montre au début de la pièce. Au crépuscule de sa carrière, après maintes tentatives, il avoua son échec, il n'avait pas trouvé la morale ; il n'avait découvert que des problèmes moraux qu'il faut approfondir, étudier au cas par cas, et dont la solution toujours improvisée, toujours contingente, toujours fragile, demeure indiscutable ; c'est ainsi que je le montre à la fin de la pièce. »

Le paradoxe de la morale[modifier | modifier le code]

« Du point de vue de l'individu, Diderot affirme une morale permissive et libertaire. Tout est permis sauf ce qui nuit à soi-même et à autrui. Il n'y a plus de référents divins ou religieux auxquels seraient accrochés nos comportements. Ainsi, pour Diderot, les particularités sexuelles, de l'onanisme ou mélangisme, en passant par l'homosexualité, sont autorisées du moment qu'elles viennent d'adultes consentants. Le mariage ne doit pas s'encombrer d'un absurde sentiment de fidélité car le désir étant divers, pluriel, changeant, il serait contre nature de le restreindre ; le mariage n'est donc pas un traité de conduite, une camisole juridico-religieuse mais un contrat d'engagement réciproque qui concerne essentiellement les biens et les enfants. Toutes les pulsions, à condition qu'elles ne soient pas destructrices, ont le droit de s'exprimer dans la vie d'un homme ou d'une femme. Il est interdit d'interdire. En revanche, du point de vue de la société, Diderot voit les choses autrement et reconduit une morale traditionnelle. Le mariage reste nécessaire à l'éducation des enfants, leur avenir juridique, la transmission des biens. Diderot souhaite établir solidement sa fille dans la société par le mari qu'il lui choisit, il s'inquiète qu'elle s'occupe trop de ses désirs, il redoute que ses caprices ne l'empêchent de trouver un époux riche et respecté. Bref, passant de l'individu à la société - ou passant de lui-même à ses enfants -, le libertaire devient bourgeois, le révolutionnaire tient un discours réactionnaire. Certes, ces contradictions sont cocasses - elles font la comédie - mais elles sont surtout humaines. Qui n'est pas écartelé entre le désir et la loi ? Entre ce qu'il autorise en particulier et ce qu'il interdit en général ? Diderot, espérant trouver une morale, en trouve deux, souvent contradictoires. Loin d'un discours unique et synthétique, il tombe sur des tensions irréconciliables. Il renonce à écrire son traité, il fait preuve d'humilité : désormais il bricolera, au cas par cas, dans le doute et la délibération. »

Intertextualité[modifier | modifier le code]

Construite sur l’œuvre de Diderot à laquelle Eric-Emmanuel Schmitt avait consacré sa thèse de doctorat, elle montre aussi les problèmes que pose l’intertextualité, le passage d’une œuvre d’un certain genre à une œuvre d’un autre genre. « Par souci d'honnêteté littéraire, je voulus émailler mon texte d'authentiques extraits de Diderot. Il se produisit alors une chose étrange : aux premières lectures, les acteurs, Bernard Giraudeau et Christiane Cohendy, pourtant virtuoses parmi les virtuoses, trébuchaient immanquablement sur ces phrases. C'était systématique, comme si buter ou savonner devenait leur manière à eux de repérer les citations. Pourquoi ? Non pas parce qu'elles n'étaient pas bien écrites - je tiens Diderot, mon écrivain préféré, pour un des plus grands prosateurs français - mais parce qu'elles n'avaient pas été écrites  pour le théâtre , elles avaient été conçues dans le cadre d'essais, de traités, d'articles. Je fus donc obligé de les retravailler, de les intégrer à la langue de l'ensemble, de donner l'impression qu'elles jaillissaient du moment, des situations, des caractères. »

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

La pièce a reçu six nominations dont un Molière aux Molières 1997[4].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

La pièce a été traduite et jouée en allemand, brésilien, bulgare, catalan, croate, danois, espagnol, estonien, finnois, grec, hongrois, italien, letton, lituanien, polonais, portugais, roumain, russe, slovène et tchèque[5].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le catalogue du Système Universitaire de Documentation Fiche.
  2. Page « Le Libertin», sur le site d'Éric-Emmanuel Schmitt, commentaires de l'auteur.
  3. Le Magazine Littéraire, mensuel 391, octobre 2000.
  4. La Mémoire du théâtre Nominations Molière1997.
  5. Page « Le Libertin», sur le site d'Éric-Emmanuel Schmitt, consultée le 11 juin 2017.