Le Jour de Tarowean

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Le Jour de Tarowean
15e album de la série Corto Maltese
Scénario Juan Díaz Canales
Dessin Ruben Pellejero

Personnages principaux Corto Maltese

Éditeur Casterman
Première publication 2019
ISBN 978-2-203-18588-3
Nb. de pages 75 en couleurs
Albums de la série

Le Jour de Tarowean est un album de bande dessinée, de la série Corto Maltese. Publié en 2019, il est le troisième de la série après la mort de Hugo Pratt. Ses auteurs sont Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero. Il dévoile les événements qui précèdent l'apparition de Corto Maltese au large d'une île de l'océan Pacifique dans La Ballade de la mer salée, la première aventure publiée par Hugo Pratt[1],[2].

Résumé[modifier | modifier le code]

En Tasmanie, pendant l'automne 1912, Corto et Raspoutine délivrent le jeune Calaboose, emprisonné sur une île abandonnée. Tous trois font voile vers le sultanat de Sarawak, sur la côte nord de Bornéo. Ils y rencontrent le rajah blanc qui règne sur le royaume, Charles Brooke, et Corto intervient dans une médiation entre les dirigeants anglais et les indigènes Dayaks au sujet de l'exploitation du gutta-percha. À cette occasion, Corto prend sous son aile une jeune fille paralysée d'origine hollandaise, Ratu, que les Dayaks prennent pour une sirène. Ratu et Calaboose tombe amoureux.

Découvrant par hasard que Calaboose est le fils du roi d'une île du Pacifique sud, exilé peu après sa naissance en raison d'une prophétie, Corto décide de le ramener chez lui. Le groupe prend la direction de l'île voisine d'Escondida, où un mystérieux Moine élimine ses acolytes pour régner en maître. Sur l'île de Calaboose, les choses tournent mal : sa belle-mère la reine fait assassiner Ratu, Calaboose tue son père et s'enfuit en voilier avec Corto. Mais ils sont attaqués par l'équipage : le jeune homme est tué, Corto jeté dans l'océan ligoté sur un radeau de fortune... dans la position qui ouvrira l'album La Ballade de la mer salée.

Analyse[modifier | modifier le code]

Origine de l'intrigue[modifier | modifier le code]

L'idée de base de cette histoire revient à Rubén Pellejero, qui se demandait par quelles circonstances Corto s'est retrouvé à dériver dans le Pacifique, attaché sur un radeau. Pratt n'avait fourni que de vagues explications sur une mutinerie liées à une promesse non tenue envers une femme. Il s'agissait donc pour le dessinateur et le scénariste d'imaginer le pourquoi du comment. Cette mésaventure qui ouvre La Ballade de la mer salée se déroule le , le jour des surprises, jour de tous les saints, appelé dans l'histoire « jour de tarowean ». Il s'agit donc de faire commencer l'histoire qui élucide ce mystère par le 1er novembre précédent, afin de fermer une boucle et d'achever l'histoire par le début d'une suivante[3].

Références culturelles[modifier | modifier le code]

L'intrigue s'inspire en partie d'une pièce de théâtre espagnole métaphysique, écrite en 1635 par Pedro Calderón de la Barca, La vie est un songe. Canales reprend de cette œuvre le personnage de Sigismond, qu'il remplace dans cet épisode par Calaboose, ainsi que « la réflexion platonicienne sur le monde réel (la vie) et celui des ombres (le songe), par ailleurs tellement « prattienne » ».

Pour le passage des héros par Bornéo, l'idée est venu aux bédéistes comme un hommage au personnage de pirate Sandokan. Créé par l'auteur italien Emilio Salgari, il est le héros de son cycle littéraire Les Pirates de la Malaisie et devint rapidement populaire, au point que ses aventures ont été adaptées par la suite sur différents supports. Pratt avait d'ailleurs repris ce personnage avec Mino Milani dans sa BD Sandokan - Le Tigre de Malaisie.

Mais ce passage à Bornéo est également l'occasion d'évoquer une histoire romanesque, celle du royaume de Sarawak. Ce dernier fut fondé en 1841 par l'aventurier James Brooke, sur un territoire de Bornéo appartenant alors au sultanat de Brunei. Il créa également la dynastie des Rajas blancs, dont plusieurs membres apparaissent au cours de l'histoire, telle que la fascinante Sylvia Brett. Elle joue un rôle important dans l'histoire et découpe les silhouettes de plusieurs protagonistes afin d'en faire des figures théâtre d'ombres ; elle évoque par la même occasion le personnage de Peter Pan qui perdit son ombre, créé par son ami J. M. Barrie.

L'aventure s'inspire aussi grandement des écrits d'auteurs du XIXe siècle ayant voyagé sur les mers du Sud : Robert Louis Stevenson, surnommé Tusitala par les habitants de Samoa (où il finit ses jours)[a] ; Jack London a également été une source d'inspiration, avec ses œuvres La Croisière sur le Snark, La Dent du cachalot (où la tabua est une amulette possédant les mêmes pouvoirs que les « larmes de Tui Fiti » de l'album), Koolau le lépreux (où il est également question de la léproserie de Molokai) ; enfin, la scène où Raspoutine abandonne lâchement les pèlerins qu'il devait guider est un écho au roman Lord Jim de Joseph Conrad.

Pour finir, les deux bédéistes se sont beaucoup basé sur J’avais un rendez-vous, récit d'Hugo Pratt narrant son voyage dans l’océan Pacifique en juin et , publié en 1995[3].

Jugements sur l'album[modifier | modifier le code]

L'album a été tiré à 180 000 exemplaires en deux versions (noir et blanc et couleur)[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Anne Douhaire, « Bande dessinée : Corto Maltese « Le Jour de Tarowean », l’avant « Ballade de la mer salée » », sur www.franceinter.fr, (consulté le )
  2. « Rubén Pellejero: Le Jour de Tarowean, le prochain Corto Maltese », sur Ligne Claire, (consulté le )
  3. a et b Informations issues de la préface de l'édition noir et blanc de l'album par Juan Díaz Canales.
  4. « BD. Le retour de Corto Maltese », sur Le Telegramme, (consulté le )

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Tusitala est la transposition en samoan du terme anglais "storyteller", soit en français "conteur".

Voir aussi[modifier | modifier le code]