Le Grand métingue du Métropolitain

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Le Grand métingue du Métropolitain est une célèbre chanson satirique française et montmartroise écrite par le chansonnier Maurice Mac-Nab sur une musique de Camille Baron en 1887.

Argument de la chanson[modifier | modifier le code]

Au début, payé à la semaine, un ouvrier, au lieu de porter l'argent à la maison, s'empresse le samedi d'aller se saouler au bistrot. Sa femme s'inquiète et va le chercher et disputer pour arrêter le gaspillage. Puis, l'ouvrier ivre, au lieu d'aller au travail[1], se rend à un meeting politique à la salle du Métropolitain à Lille. Là, prennent la parole deux députés parisiens : Basly, mineur et syndicaliste, et Camélinat, militant socialiste. À la suite d'une bagarre occasionnée par un provocateur, le héros de la chanson est embarqué par la police. Mais trouve malgré cet incident et son arrestation que le meeting était très réussi.

Une chanson en prise avec l'actualité[modifier | modifier le code]

Les grèves de Vierzon et d'Anzin[modifier | modifier le code]

La chanson fait allusion à plusieurs conflits sociaux marquants de l'époque.

On trouve, dans le second couplet :

Les citoyens, dans un élan sublime,
Étaient venus, guidés par la raison.
À la porte, on donnait vingt-cinq centimes
Pour soutenir les grèves de Vierzon.

En 1886, l'année qui précède la sortie de la chanson, avait eu lieu une grève à Vierzon qui avait connu un retentissement national. On en parle même en Savoie, où Le Patriote Savoisien du 22 août 1886 reproduit un article du quotidien parisien Le Temps, paru en première page le 20 août qui précède[2] !

L'auteur de la chanson, Mac-Nab, né en 1856, âgé donc alors de 30 ans, est d'autant plus sensible à ces événements qu'il est lui-même natif de Vierzon. Et y a vécu et travaillé comme employé des Postes.

Le troisième couplet débute par l'énoncé des orateurs et ces mots : « Y avait Basly, le mineur indomptable, »

À l'époque où la chanson est créée, Basly est une grande figure du syndicalisme et des mouvements sociaux dans les mines. En 1883, il fonde le syndicat des mineurs d'Anzin, premier syndicat de mineurs créé en France. Il en devient le secrétaire. L'année d'après, il s'illustre pendant la grande grève des mineurs d'Anzin. À cette occasion, il gagne un surnom : « le Mineur indomptable ». Le Grand métingue rappelle ce surnom.

D'actuels effets comiques involontaires[modifier | modifier le code]

De nos jours, l'oubli par la majeure partie de la population de la grande grève des mineurs d'Anzin et de Basly confère au surnom de « mineur indomptable » un effet comique dans la chanson. Qui n'était pas dans l'intention de l'auteur de l’œuvre.

Cet effet se retrouve dans l'allusion aux « grèves de Vierzon ». Des grèves oubliées elles aussi, qui ont eu lieu à Vierzon, ville industrielle spécialisée dans le machinisme agricole. Et qui s'est désindustrialisée et a perdu en importance depuis très longtemps[3]. Ce qui fait que l'évocation aujourd'hui de grèves à Vierzon comme quelque chose d'important, apparaît ici comme la recherche d'un effet comique et pittoresque. Qui n'était pas dans l'intention du créateur de la chanson.

Illustrations de Henry Gerbault pour Le Grand métingue du Métropolitain[modifier | modifier le code]

Ces illustrations de Henry Gerbault, sans les légendes indiquées ici, figurent dans le recueil posthume de chansons de Mac-Nab intitulé Chansons du Chat noir :

Vocabulaire de la chanson[modifier | modifier le code]

Comme dans sa chanson L'Expulsion, Mac-Nab a déformé un certain nombre de mots pour faire peuple : « métingue » pour meeting, « orgueille » pour orgueil, « ouverrier » pour ouvrier. Ou sont des mots d'argots, comme : « la bourgeoise » pour ma femme, « l'zingue » pour le bar, « l'turbin » pour le travail, « trois sergots » pour trois sergents (de ville), « déguisés en pékins », c'est-à-dire habillés comme des personnes anonymes, pas caractérisées par un uniforme, donc ici en civils, puisqu'il s'agit de policiers d'ordinaire en uniformes. On y trouve le registre de la langue familière, avec ses raccourcis : « Y avait Basly » pour Il y avait Basly, etc.

Pourquoi le « Métropolitain » ?[modifier | modifier le code]

Cette chanson écrite en 1887, précède de 13 années la naissance du Chemin de fer métropolitain parisien.

La salle du Métropolitain dont il est question ici est alors une importante salle de réunion de la ville de Lille.

Une chanson restée populaire[modifier | modifier le code]

Cette chanson, qui en son temps a lancé l'auteur des paroles, se chante toujours en France. Et reste très populaire, en particulier dans le milieu militant politique de gauche et d'extrême gauche.

Bien que n'étant pas militante dans son contenu, elle fait partie du répertoire militant, au côté de chansons au contenu revendicatif et engagé.

En 1981, Louis-Jean Calvet écrit dans son livre Cent ans de chanson française :

« Curieusement, l'aventure de ce poivrot, plus propre à inspirer un Daumier qu'un Lénine, aura un grand succès chez les militants révolutionnaires. On l'entend encore aujourd'hui lors de certaines manifestations. ».

Raisons du succès de la chanson[modifier | modifier le code]

Le Grand métingue du Métropolitain est l’œuvre talentueuse de Maurice Mac-Nab, un chansonnier célèbre de Montmartre, haut lieu de la chanson.

Dans Le Grand métingue du Métropolitain on trouve la combinaison de plusieurs éléments : des éléments légers et amusants et des éléments sérieux à références révolutionnaires et sociales. Ce mélange a certainement contribué au succès de la chanson, en particulier dans les milieux révolutionnaires, qui l'ont adopté dans leurs répertoires :

Éléments légers et amusants[modifier | modifier le code]

Il y a d'abord un récit comique à l'invraisemblance loufoque :

  • Le héros boit. C'est un sujet grave et sérieux, l'alcoolisme. Un fléau social souvent dénoncé à l'époque, notamment par L'Assommoir de Zola. Ce fléau est traité ici sur un mode comique. Le héros a « vidé plus d'une bouteille ». Il ne s'est « jamais trouvé si rond ». Et loin d'être proche du coma éthylique, il est encore capable de se disputer avec sa femme, aller au meeting et se battre.
  • La bagarre avec un mouchard venu semer le désordre dans un meeting révolutionnaire est un sujet tragique. Il est traitée ici sur un mode ridicule. L'ivrogne ne prend pas de coups, ne frappe le provocateur ni à la tête, ni au corps, ni aux jambes, mais d'un grand coup de poing lui « renfonc' son chapeau ».
  • On arrête le héros. Il part dans un soliloque finissant par sa satisfaction d'avoir été au meeting. Finalement il n'y a rien de tragique dans son histoire.

Éléments sérieux[modifier | modifier le code]

À ces éléments légers et amusants se combinent des éléments tout à fait sérieux :

  • On fait allusion à de grands mouvements sociaux récents à l'époque, 1887, où la chanson est créée : la grande grève des mineurs d'Anzin de 1884, avec « Basly, le mineur indomptable », la grève de Vierzon de 1886, avec les vingt-cinq centimes donnés à l'entrée du métingue : « Pour soutenir les grèves de Vierzon. »
  • Enfin, imaginer que Le Grand métingue à lieu dans la salle du Métropolitain, un important lieu de réunions qui existe effectivement à Lille, avec Basly, secrétaire du syndicat des mineurs d'Anzin, et Camélinat, grande figure du mouvement socialiste, est tout à fait vraisemblable. Et ajoute un réalisme de situation au récit.

Enregistrements[modifier | modifier le code]

Le Grand métingue du Métropolitain a été enregistré par un certain nombre d’interprètes connus ou non. On peut facilement entendre de ces enregistrements en cherchant le nom de la chanson sur Internet[5].

Paroles[modifier | modifier le code]

Partition de la chanson.
Un article paru en première page du journal Le Temps du 20 août 1886. Il parle de la grève de Vierzon à laquelle en 1887 la chanson fait allusion[2].

1

C'était hier, samedi, jour de paye,
Et le soleil se levait sur nos fronts.
J'avais déjà vidé plus d'un' bouteille,
Si bien qu'j'm'avais jamais trouvé si rond !
V'la la bourgeois' qui rappliqu' devant l'zingue.
« Feignant ! — qu'ell' dit — t'as donc lâché l'turbin ?

1er refrain bissé :
— Oui, que j'réponds, car je vais au métingue,
Au grand métingu' du métropolitain ! »

2

Les citoyens, dans un élan sublime,
Étaient venus, guidés par la raison.
À la porte, on donnait vingt-cinq centimes
Pour soutenir les grèves de Vierzon.
Bref, à part quat' municipaux[6] qui chlinguent
Et trois sergots[7] déguisés en pékins,

2e refrain bissé :
J'ai jamais vu de plus chouette métingue
Que le métingu' du métropolitain !

3

Y avait Basly, le mineur indomptable,
Camélinat, l'orgueille[8] du pays...
Ils sont grimpés tous deux sur une table,
Pour mettre la question sur le tapis.
Mais, tout à coup, on entend du bastringue ;
C'est un mouchard qui veut fair' le malin !

3e refrain bissé :
II est venu pour troubler le métingue,
Le grand métingu' du métropolitain !

4

Moi, j'tomb' dessus et, pendant qu'il proteste,
D'un grand coup d'poing j'y renfonc' son chapeau.
Il déguerpit sans demander son reste,
En faisant signe aux quat' municipaux.
A la faveur de c'que j'étais brind'zingue,
On m'a conduit jusqu'au poste voisin...

4e refrain bissé :
Et c'est comme ça qu'a fini le métingue,
Le grand métingu' du métropolitain !

5

MORALE
Peuple français, la Bastille est détruite,
Mais y a z'encor des cachots pour tes fils !...
Souviens-toi des géants de quarante-huite
Qu'étaient plus grands qu'ceuss' d'au jour d'aujourd'hui.
Car c'est toujours l'pauvre ouverrier qui trinque,
Mêm' qu'on l'fourre au violon pour un rien...

5e refrain bissé :
C'était tout d'même un bien chouette métingue
Que le métingu' du métropolitain !

Notes[modifier | modifier le code]

  1. À l'époque on travaille six jours sur sept, le seul jour de repos de la semaine est dimanche.
  2. a et b Le Temps, 20 août 1886, page 1, 4e colonne. Voir cet article reproduit sur la base Commons.
  3. Dans les reconstitutions de travaux agricoles de jadis organisées de nos jours lors de certaines fêtes, les antiques machines agricoles mises en démonstration portent fréquemment l'indication qu'elles ont été fabriquées à Vierzon.
  4. a, b et c Illustration de Henry Gerbault pour Le Grand métingue du Métropolitain parue dans le recueil posthume de Maurice Mac-Nab Chansons du Chat noir, Paris 1890.
  5. On peut par exemple écouter l'interprétation faite par Marc Ogeret en 1971.
  6. « quat' municipaux », c'est-à-dire quatre policiers municipaux.
  7. « trois sergots », c'est-à-dire ici trois sergents de ville.
  8. Les interprètes de la chanson déforment traditionnellement ce mot pour faire peuple et le prononcent : « l'orgué-yeu »

Liens externes[modifier | modifier le code]