Le Domaine des dieux

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Le Domaine des dieux
17e album de la série Astérix
Logo de l'album.
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Scénario René Goscinny
Dessin Albert Uderzo

Personnages principaux Astérix, Obélix

Éditeur Dargaud
ISBN 2-01-210149-6
Nb. de pages 48

Prépublication 1971
Albums de la série

Le Domaine des dieux est le dix-septième album de la bande dessinée Astérix, publié en 1971, scénarisé par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo.

Il a été pré-publié dans le journal Pilote du no 591 () au no 612 ().

Résumé[modifier | modifier le code]

Jules César décide d'encercler le village gaulois en construisant un domaine résidentiel destiné à des propriétaires romains, et appelé le « Domaine des dieux ». Cette construction a pour but de civiliser les irréductibles et de les affaiblir en les privant de leur principale ressource, la forêt, et de faire ainsi tomber le dernier bastion qui lui résiste et le nargue. Il charge donc l'architecte Anglaigus de mener le projet et les opérations.

Dans la forêt, les travaux, effectués par des esclaves, commencent de nuit, pour ne pas éveiller les soupçons des Gaulois. Mais Astérix, Obélix et Panoramix veillent et commencent à perturber les travaux : ils font immédiatement repousser des arbres abattus grâce à des graines magiques de Panoramix. Puis ils offrent de la potion magique aux esclaves, pour tenter de les faire se révolter. Mais les esclaves, qui effectivement se révoltent, préfèrent poser leurs conditions de travail à l'architecte Anglaigus, et sont bientôt imités par les légionnaires du camp d'Aquarium, qui se mettent en grève face à leur centurion Oursenplus. Panoramix continue de donner aux esclaves de la potion magique pour que les travaux soient plus vite terminés de manière à libérer plus vite les esclaves.

Le premier bâtiment est finalement construit et les nouveaux propriétaires, dont un couple de Romains ayant gagné un appartement, commencent à arriver et à emménager. Et, comme cela avait été prévu par César et Anglaigus, les nouveaux habitants romains prennent l'habitude de se rendre au village pour faire leurs emplettes, commençant ainsi à influencer les Gaulois (mode de vie, commerces, hausse des prix, etc.). Parmi eux, seuls Abraracourcix, Panoramix, Astérix et Obélix ont conscience du danger.

Astérix et Obélix sont chargés de trouver une solution. Ils s'arrangent pour libérer un appartement, puis y installent le barde Assurancetourix, ravi, sous prétexte de favoriser sa « créativité ». La nuit, le barde se met à chanter des chansons insupportables qui font fuir les Romains dès le lendemain : les Romains abandonnent l'immeuble, ce qui met Anglaigus en colère. Il chasse le barde en guise de représailles.

Mais le fait que les Romains aient délogé un Gaulois ne passe pas au village, et les irréductibles, à nouveau unis, partent démolir l'immeuble romain en représailles, où les légionnaires en grève du camp d'Aquarium venaient de s'installer.

Le projet est finalement abandonné par Anglaigus, qui quitte la Gaule, et les irréductibles organisent un banquet dans la forêt, autour des ruines de l'immeuble recouvertes par les arbres nouvellement repoussés grâce aux graines magiques de Panoramix.

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

  • Barbe-Rouge (non nommé), chef des pirates,
  • Triple-Patte (non nommé), pirate unijambiste disant des citations latines,
  • Baba (non nommé), vigie des pirates.

Analyse[modifier | modifier le code]

Création[modifier | modifier le code]

Au sujet de la création de l'album, Albert Uderzo explique : « Nous avions découvert dans des livres d'histoire que les insulae étaient déjà des habitations construites à la va-vite pour entasser les Romains les plus pauvres ensemble, et que ces bâtisses s'écroulaient régulièrement. Nous avons donc donné à Jules César l'idée d'ôter l'invulnérabilité du village gaulois en faussant la nature qui l'entourait. Je dois avouer que j'ai rencontré pas mal d'architectes comme Anglaigus dans ma vie ! »[1].

Lors de la lecture du scénario de René Goscinny par Albert Uderzo, ce dernier fait changer la phrase « Et il envoie son gland dans le trou » par « Il lance une graine de chêne dans le trou ». Uderzo trouvait la phrase un peu trop osée, même en sachant que pour Goscinny, la phrase était écrite sans arrière-pensée[1].

Scénario[modifier | modifier le code]

Contrairement à la majorité des albums de la série, Le Domaine des dieux est construit selon une thématique principale qui est celle de véritablement mettre en scène, de se concentrer sur la seule lutte, la résistance, du village gaulois face aux Romains. Ce concept est certes constant dans la série, mais, à quelques exceptions près (Le Tour de Gaule, Le Bouclier arverne ou Obélix et Compagnie), ne demeure que toile de fond des intrigues. Le schéma narratif y est ainsi différent qu'à l'habitude. En effet, la quasi-totalité des précédents albums met en scène une crise (demande d'aide d'un ami dans le besoin, enlèvement d'un ami, etc.) dont l'aventure est proprement le moyen de résolution succédant (par contraste) au tableau de l'unité initiale (disputes constantes des villageois dans une ambiance bon-enfant, sérénité des deux héros, etc.), de sorte que l'album finisse sur une ultime réconciliation symbolisée par le banquet final qui en constitue l'emblème à chaque fin d'album (sans aucune exception).

Mais ici cela est retravaillé : dans un premier temps, la culture romaine s'oppose, s'impose, à une civilisation gauloise réduite à la sauvagerie naturelle, puis dans un deuxième temps, les Gaulois dépassent cette opposition en important la division à l'intérieur du camp romain, ce qui rend bien plus riche et plus complexe l'image de la civilisation moderne et conquérante, puis enfin dans un troisième temps, ce déplacement de coupure se retourne contre les Gaulois : ce sont les Romains qui à leur tour créent un clivage à l'intérieur du camp gaulois. L'issue de ce double déplacement n'est alors pas seulement une réconciliation classique, mais aussi une réinstauration de l'opposition classique, Gaulois contre Romains, thème qui durant la première situation (au début de l'album) était alors exacerbé (invasion spatiale des Romains)[2],[3].

De plus, à sa sortie, l'album colle parfaitement à l'actualité : c'est l'époque des énormes placards publicitaires pour attirer les futurs 18 000 habitants de Parly II. Il y a d'ailleurs une allusion à la polémique sur le nom de Parly 2 qui aurait dû s'appeler « Paris 2 » sans l'opposition de certains conseillers municipaux de Paris. Ainsi, Jules César dit : « Anglaigus voulait le nommer Rome II, mais il y a une seule Rome… », donc la résidence s'appellera « Domaine des dieux ». Cette référence est pour certains le symbole du « gauchisme » voire « écologisme » d'Astérix, qui critique ainsi « l'argent, le capitalisme, le goût du profit, l'oppression armée quelle que soit sa nature »[2],[4].

Dans une interview publiée peu après la sortie de l'album, René Goscinny dira de celui-ci : « Dans Le Domaine des dieux, j'ai mis en boîte des ensembles immobiliers, croulant sous le faux luxe ; j'ai rien inventé, je suis parti d'une publicité qui est parue dans tous les journaux : les enfants aussi, l'ont vue[5]. »

Personnages[modifier | modifier le code]

Non dénommés dans l'album, le couple de Romains ayant gagné un appartement au Domaine des dieux s'appellent Petiminus et Dulcia dans le film Astérix : Le Domaine des dieux ; ils ont aussi un petit garçon nommé Apeldjus. Tous les trois ont un rôle bien plus important dans le film que dans cet album.

Ils sont les gagnants d'une tombola qui en font les premiers habitants du « Domaine des dieux ». Ils sont également les premiers à en partir, après qu'Obélix a terrorisé le mari. Sa femme apparait aussi dans le film d'animation Astérix et la Surprise de César, en tant que spectatrice du cirque.

De même, le contremaître non nommé dans l'album s'appelle Travaillerpluspourgagnerplus dans le film.

Duplicatha, le chef des esclaves qui doivent construire le Domaine des dieux, est présenté comme Numide, même si contrairement aux habitants berbères de la Numidie antique, située en Afrique du Nord, il s'agit là visiblement d'un Noir d'Afrique subsaharienne.

Le barde Assurancetourix se révèle être très utile pour le dénouement de l'histoire, comme c'était déjà le cas dans Astérix et les Normands : ce sont ses talents musicaux qui sauvent la situation car, quand il chante, il fait fuir les Romains du Domaine des dieux.

C'est la première fois que le banquet final n'a pas lieu dans le village : il a lieu dans la forêt, près des ruines du Domaine des dieux.

Éléments humoristiques[modifier | modifier le code]

Quelques éléments humoristiques de l'album, dans l'ordre chronologique[6] :

  • p. 5 : Jules César raconte sa conquête de la Gaule en parlant de lui à la troisième personne : allusion aux livres écrits par César où il parle effectivement de lui à la troisième personne.
  • p. 5 : Jeu de mots avec l'expression « amphoreville » (version romaine du bidonville), car les « bidons » de l'époque étaient des amphores pour Goscinny.
  • p. 6 : Jules César, en mentionnant les talents de l'architecte Anglaigus, parle du « conduisez-dedans » et des « potions-tabernae » « où l'on trouve de tout ». Il s'agit de références aux fameux drive-in américains où l'on regarde un film tout en restant dans sa voiture, et aux drugstores, l'équivalent des pharmacies aux États-Unis. Goscinny joue comme souvent sur la traduction littérale de l'anglais au français.
  • p. 8 : « On devrait chasser les Romains » – « Nous sommes ici pour chasser les sangliers » : jeu de mots entre « chasser » au sens mettre dehors, expulser, et « chasser » au sens poursuivre les animaux pour les tuer ou les prendre.
  • p. 9 : Le médecin porte une lampe à huile en guise de lampe frontale.
  • p. 10 : « On en a encore pour des siècles d'esclavage » : le chant des Belges est une allusion à l'hymne national belge.
  • p. 11 : « Ô douce nuit ! Tout s'endort, pas de bruit ! » : allusion au chant de Noël allemand Stille Nacht, chanté ici par les esclaves goths (dans Astérix, les Goths sont les équivalents antiques des Allemands).
  • p. 20 : « Il ne faut jamais parler sèchement à un Numide » : jeu de mots entre « Numide » et « humide », et entre « sèchement » au sens sec opposé de « humide » et « sèchement » au sens durement, avec froideur.
  • p. 21 : «C'est une guerre servile ! » - « Ah ben dis donc, ils ne sont guère serviles » : jeux de mots entre : « guerre servile » au sens guerre d'esclavage, « guerre civile » au sens guerre entre habitants d'un même pays, « guère serviles » au sens peu dociles et « guère civils » au sens peu polis.
  • p. 24 : « Est-ce clair, esclave ?  » - « C'est dur à admettre, maître » : jeux de mots à base d'allitérations, c'est-à-dire jouant sur la ressemblance phonétique entre « est-ce » et « es(clave) », et entre « admettre » et « maître ».
  • p. 25 : « Vous nous empêchez de devenir des hommes libres, en nous empêchant d'achever le travail » - « Mais en arrachant les arbres, vous faites de la peine à Idéfix, aux sangliers... aux corneilles... » - « Oui, c'est un problème cornélien, entre autres... » : jeu de mots entre « corneille » l'oiseau, « Pierre Corneille », grand auteur dramatique français, « cornélien » au sens de relatif à l'œuvre de Corneille et « cornélien » au sens de « situation caractérisée par un conflit entre le sentiment et le devoir ».
  • p. 26 : « Une commission siège en permanence, et il n'est pas exclu d'entrevoir la possibilité d'un accord éventuel qui conviendra aux deux parties » : allusion aux conflits syndicat/patronat entre le centurion et ses soldats dans le camp d'Aquarium.
  • p. 27 : « Nous aurons non seulement veni et vidi, mais nous aurons vraiment vici, en plus ! » : allusion à la citation de César « Veni, vidi, vici ».
  • p. 27 : Jeu de mots avec les « dépliants » au sens de « prospectus », Goscinny considérant ainsi que ceux de l'époque, qui étaient gravés dans de la pierre, sont bien « impliables ».
  • p. 28-29 : L'impliable en question parodie les prospectus vantant les projets immobiliers, livrant au public une vision idyllique de la vie qui les attend dans les logements présentés.
  • p. 29 : Sur l'impliable, l'arène en projet se nomme « "le Gaulisée" », mot-valise de Gaule et de Colisée (qui ne sera construit qu'un siècle après l'intrigue de cet album).
  • p. 30 : L'animateur Guilus qui effectue la promotion du Domaine des dieux dans le cirque possède les traits et le style parlé de l'animateur de télévision Guy Lux[7],[8].
  • p. 39 : « J'ai gagné ce logement à un jeu... je vous le rends ! C'était un jeu de *** » : jeu de mots entre « jeu » de hasard où on gagne des lots et l'expression familière « jeu de con » au sens activité absurde.
  • p. 40 : « J'aimeu les forêts, Dirladada... Parce qu'il y a des sangliers, Dirladada... Et les sangliers c'est bon, Dirladada... Surtout avec des champignons, Dirladada... » : la chanson d'Assurancetourix fait allusion à Darla dirladada, chanson de Dalida.
  • p. 41 : Anglaigus appelle Assurancetourix, le barde du village, sous le nom inventé pour l'occasion de Assurançautierlimitix (pour « assurance au tiers limité »), tous deux termes d'assurances.
  • p. 43 : « J'ai fait placer des sentinelles sur le toit... elles nous serviront d'antennes pour nous prévenir du danger » : clin d'œil aux antennes de télévision sur les toits des immeubles.
  • p. 45 : « Frappez après être entrés, par Toutatis ! » : jeu de mots entre « frapper » au sens de « rouer de coups », et « frapper avant d'entrer » au sens de « frapper à la porte ».
  • p. 45 : « On m'a déjà donné ! » : allusion à la phrase courante concernant le don : « J'ai déjà donné ». Le verbe « donner » signifie ici « frapper ».

Chansons[modifier | modifier le code]

  • On en a encore pour des siècles d'esclavage…, chanté par les esclaves belges, parodiant La Brabançonne, l'hymne national belge.
  • Ô douce nuit ! Tout s'endort, pas de bruit !, chanté par les esclaves goths, parodiant la chanson Douce nuit, sainte nuit.
  • J'aimeu les forêts, dirladada, parce qu'il y a des sangliers, dirladada, et les sangliers, c'est bon, dirladada, surtout avec des champignons, dirladada…, chanté par Assurancetourix dans le Domaine des dieux, parodiant Darla dirladada, chanson de Dalida.

Citations grecques[modifier | modifier le code]

  • Gnôthi seauton (Γνῶθι σεαυτόν : Connais-toi toi-même) (p. 14) : phrase prononcée par le centurion Oursenplus.

Citations latines[modifier | modifier le code]

  • Beati pauperes spiritu (Heureux les pauvres en esprit) (p. 12) : phrase prononcée par l'architecte Anglaigus, elle cite la première des béatitudes prononcées par Jésus dans l'Évangile selon Matthieu (Mt 5,3).
  • Veni, vidi, vici (Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu) : phrase prononcée par Jules César, sous la forme « nous aurons non seulement veni et vidi, mais nous aurons vraiment vici, en plus ! » ; la citation provient de la vie de César par Plutarque[9].
  • Quousque tandem ? (Jusqu'à quand ?) : phrase prononcée par des habitants du Domaine des dieux tandis qu'Assurancetourix chante une chanson insupportable (sous-entendu « ça va durer jusqu'à quand ? »).

Termes latins employés dans l'impliable[modifier | modifier le code]

mise en page[modifier | modifier le code]

L'impliable des pages 28 et 29 oblige à modifier la mise en page habituelle des albums d'Astérix. Ainsi, sur la page 4 de cet album, la présentation des personnages principaux est supprimée, et l'histoire commence directement. De même, l'image du banquet final et celles qui la précèdent sont placées sur la page 47, au lieu de la page 48 comme sur les autres albums.

Tirage[modifier | modifier le code]

L'album a été tiré en 1 100 000 exemplaires.

Postérité[modifier | modifier le code]

En 1982, un album de promotion de 16 pages, intitulé Scope : Le poteau magique et reprenant certains thèmes et images de cette aventure, a été édité par la société de travaux publics PPB-Saret. Il existe un tirage spécial beaucoup plus rare fait par l'agence de communication CIA qui s'est chargée de la campagne[10].

Adaptation[modifier | modifier le code]

Un film d'animation, intitulé Astérix : Le Domaine des dieux, inspiré de l'album, est sorti au cinéma le [11],[12]. Réalisé par Alexandre Astier et Louis Clichy, il fournit la dernière occasion d'entendre Roger Carel doubler Astérix.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Albert Uderzo, « L'odyssée d'Astérix en 32 albums : Le Domaine des dieux », Lire, no 1,‎ , p. 51 (ISSN 0338-5019).
  2. a et b Interprétation de l'album, proche de celle faite par Nicolas Rouvière sur du9.org, juin 2007, consulté le 10 mars 2011
  3. Nicolas Rouvière, Astérix et les lumières de la civilisation, PUF, 2006
  4. Numa Sadoul, article dans Schtroumpf ! Les Cahiers de la Bande Dessinée, 1977
  5. Cité dans René Goscinny raconte les secrets d'Astérix, éditions du Cherche-midi, 2014.
  6. Le Domaine des dieux : étude de l'album sur un site de fan, consulté le 10 mars 2011.
  7. L'encyclopedix : Guilus
  8. Asterix.com : Guilus.
  9. Plutarque, Vie de César, 50,3.
  10. page de l'album sur le site officiel d'Astérix, consulté le 21 octobre 2014
  11. Jérôme Durant et Daniel Barbieux, « Astérix va prendre ses quartiers à Charleroi », sur RTBF.be, 27 novembre 2012.
  12. « Une date de sortie pour Astérix : Le Domaine des dieux d'Alexandre Astier », sur Allociné, 15 octobre 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]