Le Désespoir de la vieille

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Le Désespoir de la vieille est un poème en prose de Charles Baudelaire, le deuxième du recueil Spleen de Paris (en 1869).

« La petite vieille ratatinée se sentit toute réjouie en voyant ce joli enfant à qui chacun faisait fête, à qui tout le monde voulait plaire ; ce joli être, si fragile, comme elle, la petite vieille, et, comme elle aussi, sans dents et sans cheveux.

Et elle s'approcha de lui, voulant lui faire des risettes et des mines agréables.

Mais l'enfant épouvanté se débattait sous les caresses de la bonne femme décrépite, et remplissait la maison de ses glapissements.

Alors la bonne vieille se retira dans sa solitude éternelle, et elle pleurait dans un coin, se disant: -- « Ah ! pour nous, malheureuses vieilles femelles, l'âge est passé de plaire, même aux innocents ; et nous faisons horreur aux petits enfants que nous voulons aimer !».

Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris. »

Contexte de l'écriture[modifier | modifier le code]

Quand Baudelaire a écrit les poèmes en prose, il se trouve à Bruxelles où, usé par la drogue et par l'alcool, il voit encore devant lui se fermer toutes les portes.

On peut trouver deux registres différents

  • Le registre de langue : Il est marqué par une certaine désinvolture ; des familiarités de mots ou de syntaxe : « ratatiné », « risettes », etc. qui n'appartiennent pas a priori au registre poétique habituel, à la « norme » (mais Baudelaire méprise la norme) ; cela cohabitant avec certaines tournures littéraires, voire emphatiques comme la dernière phrase par exemple.
  • Le registre littéraire :  Peut-on parler de froideur ? De cruauté ? Les personnages, la scène elle-même, tout est décrit sans fard ni artifice, avec le mot direct. D'où la violence du texte, et sa vigueur, bien éloignés de la mièvrerie qu'une telle scène eût pu produire.