Le Con d'Irène

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Le Con d’Irène[1] est un récit érotique de Louis Aragon publié clandestinement (pour éviter la censure) en 1928, sans nom d'auteur ni d'éditeur, en réalité René Bonnel — éditeur la même année de l'Histoire de l'œil de Georges Bataille, publié sous le pseudonyme de Lord Auch. Comme le récit de Bataille, l'édition originale du Con d'Irène est illustrée par André Masson de cinq eaux fortes et tirée à 150 exemplaires[2].

Histoire du livre[modifier | modifier le code]

Le récit est extrait de Défense de l'infini, roman inachevé d'Aragon, écrit d'avril 1923 à 1927[3].

Après une réédition clandestine en 1952, mentionnée « chez l'auteur », réalisée par Jean-Jacques Pauvert avec une gravure en frontispice de Hans Bellmer, le livre est réédité en 1962, toujours confidentiellement, aux éditions du Cercle du livre précieux, avec la même eau-forte de Bellmer et une préface de André Pieyre de Mandiargues.

Puis Régine Deforges le republie en 1968, à L'Or du Temps, sous le titre édulcoré Irène. La première édition du 5 janvier 1968 est « saisie sous prétexte qu'elle ne mentionn[e] aucun nom d'auteur »[3]. La seconde du 6 mars 1968 est un « retirage de l'édition précédente, à laquelle Mme Deforge, tenant compte des exigences du Parquet, a ajouté, au petit bonheur, un nom d'auteur [le pseudonyme d’« Albert de Routisie »]. Les pouvoirs publics n'ont rien demandé de plus[3]. » Dans sa préface, Jean-Jacques Pauvert estime qu'il s'agit d'« un des quatre ou cinq plus beaux textes poétiques produits par le surréalisme ».

Le livre fut tout de même saisi pour son contenu érotique, et très longtemps, Aragon a nié en être l'auteur, désaveu qu'évoque ainsi Jean-Jacques Pauvert :

« Il y a peu de livres dont j'aie autant désiré, de toute la force du désir, d'être l'éditeur. La plupart des autres ont fini par figurer à mon catalogue, celui-ci n'y aura jamais été. Pourtant les obstacles étaient les plus dérisoires qui se puissent rencontrer : tout juste le refus sans valeur juridique d'un auteur à l'incognito transparent mais à l'anonymat obstiné[4]. »

Par la suite, les éditions Gallimard ont publié en 1986 ce qui devait être le « grand roman » d'Aragon, annoncé à paraître en octobre 1926 par les éditions de la N.R.F. : La Défense de l'infini (fragments), suivi par Les Aventures de Jean-Foutre La Bite, un ensemble dans lequel est inclus Le Con d'Irène.

Commentaires[modifier | modifier le code]

Aragon y célèbre le bonheur de la volupté éprouvé par une jeune femme, Irène, en même temps que cette façon très surréaliste qu'ont parfois les mots de « faire l'amour » :

« Elle pense sans grand détour que l'amour n'est pas différent de son objet, qu'il n'y a rien à chercher ailleurs. Elle le dit au besoin d'une façon très désagréable, directe. Elle sait être grossière et précise. Les mots ne lui font pas plus peur que les hommes, et comme eux ils lui font parfois plaisir. Elle ne s'en prive pas au milieu de la volupté. Ils sortent d'elle alors sans effort, dans leur violence. Ah, l'ordure qu'elle peut être. Elle s'échauffe, et son amant avec elle, d'un vocabulaire brûlant et ignoble. Elle se roule dans les mots comme dans une sueur. Elle rue, elle délire. Ça ne fait rien, c'est quelque chose, l'amour d'Irène[5]. »

Paulhan le considérait comme un chef-d'oeuvre du genre et Camus « le tenait pour le plus beau texte touchant à l'érotisme[6] »[3].

Adaptation[modifier | modifier le code]

Le roman a été adapté comme support d'une chorégraphie de danse contemporaine intitulée Pas de panique de Toméo Vergès en 1999.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Con » désigne trivialement la vulve.
  2. Le Con d'Irène, notice bibliographique n°FRBNF35662479, catalogue Bn-Opale Plus, Bibliothèque nationale de France.
  3. a, b, c et d Notice bibliographique de la librairie Jean-Étienne Huret.
  4. Jean-Jacques Pauvert, Anthologie historique des lectures érotiques, t. III De Guillaume Apollinaire à Philippe Pétain 1905-1944, Stock/Spengler, 1995, p. 585.
  5. Le Con d'Irène, préface de Philippe Sollers, Mercure de France, coll. « Le petit Mercure », 2000, p. 86.
  6. Aragon, Œuvres romanesques complètes, tome I, p. 1198.