Le Combat des Rats et des Belettes

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Le Combat des Rats et des Belettes
Image illustrative de l’article Le Combat des Rats et des Belettes
Gravure de Pierre Quentin Chedel d'après Jean-Baptiste Oudry, édition Desaint & Saillant, 1755-1759

Auteur Jean de La Fontaine
Pays Drapeau de la France France
Genre Fable
Éditeur Claude Barbin
Lieu de parution Paris
Date de parution 1668

Le Combat des Rats et des Belettes est la sixième fable du livre IV de Jean de La Fontaine situé dans le premier recueil des Fables de La Fontaine, édité pour la première fois en 1668.


Gravure de François Chauveau (1613-1676)

Texte[modifier | modifier le code]

LE COMBAT DES RATS ET DES BELETTES

[Ésope[1] + Phèdre[2],[3]]

Illustration de Grandville (1838-1840)
Illustration de Gustave Doré (1876)

La nation des Belettes,

Non plus que celle des Chats,

Ne veut aucun bien aux Rats ;

Et sans les portes étrètes (1)

De leurs habitations,

L'animal à longue échine

En ferait, je m'imagine,

De grandes destructions.

Or une certaine année

Qu'il en était à foison,

Leur roi, nommé Ratapon,

Mit en campagne une armée.

Les Belettes, de leur part,

Déployèrent l'étendard.

Si l'on croit la renommée,

La victoire balança:

Plus d'un guéret (2) s'engraissa

Du sang de plus d'une bande.

Mais la perte la plus grande

Tomba presque en tous endroits

Sur le peuple souriquois.

Sa déroute fut entière,

Quoi que pût faire Artapax,

Psicarpax, Méridarpax,(3)

Qui, tout couverts de poussière,

Soutinrent assez longtemps

Les efforts des combattants.

Leur résistance fut vaine ;

Il fallut céder au sort :

Chacun s'enfuit au plus fort, (4)

Tant soldat que capitaine.

Les princes périrent tous.

La racaille, dans des trous

Trouvant sa retraite prête,

Se sauva sans grand travail ;

Mais les seigneurs sur leur tête

Ayant chacun un plumail (5),

Des cornes ou des aigrettes,

Soit comme marques d'honneur,

Soit afin que les Belettes

En conçussent plus de peur,

Cela causa leur malheur.

Trou, ni fente, ni crevasse

Ne fut large assez pour eux ;

Au lieu que la populace

Entrait dans les moindres creux.

La principale jonchée (6)

Fut donc des principaux Rats.


Une tête empanachée

N'est pas petit embarras.

Le trop superbe équipage

Peut souvent en un passage

Causer du retardement.

Les petits, en toute affaire,

Esquivent fort aisément :

Les grands ne le peuvent faire.


Vocabulaire

(1) étroite . Graphie correspondant à une prononciation ancienne.

(2) terre labourée, non ensemencée

(3) Noms dérivés du grec et empruntés pour les deux derniers à la Batrachomyomachie (tradition héroï-comique). Il signifie respectivement voleur de pain, voleur de morceau et voleur de miettes

(4) de toutes ses forces

(5) touffe de plumes que l'on porte en panache

(6) Herbes, fleurs ou joncs qu'on épanche sur le chemin quand on veut faire honneur au passage de quelque personne (dictionnaire de Furetière). Dans cette fable il s'agit d'un lit de cadavres.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr + el) « LES RATS ET LES BELETTES », sur archive.org
  2. (la) Phèdre, « PUGNA MURIUM ET MUSTELARUM », sur gallica.bnf.fr,
  3. Phèdre (trad. Ernest Panckoucke), « LE COMBAT DES RATS ET DES BELETTES », sur gallica.bnf.fr,

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