Isaac Le Chapelier

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Isaac Le Chapelier
Isaac René Guy le Chapelier (Jean le Chapelier, 1754-1794), French politician.jpg

Isaac Le Chapelier,
Paris, BnF, département des estampes et de la photographie, 1789.

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Isaac Le Chapelier caricaturé comme « législateur de biribi ». Légende : « Toi qui portas les premières atteintes à la franchise de la presse, et châtras impitoyablement la Constitution, le signe de la réprobation est sur ton front, par-tout sur ton passage on te montrera du doigt, en disant : voici Chapelier, ce député breton, qui mit à ses pieds le bonnet de la liberté. »

Isaac-René-Guy Le Chapelier, né le à Rennes, guillotiné le à Paris, est un homme politique français.

Député aux États généraux de 1789, président de l'Assemblée constituante, il est l’initiateur de la loi Le Chapelier supprimant les communautés de métiers et interdisant que des ouvriers d’un métier puissent se regrouper pour défendre leurs intérêts.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d’un avocat du barreau breton[1], Le Chapelier effectua ses études à la faculté de droit de Rennes[2] et embrassa, après de bonnes études, la même carrière que son père, bâtonnier de la corporation des avocats[1]. Avocat à Rennes, il se plaça bientôt, et par son éloquence et par la loyauté de son caractère, au niveau des avocats qui montraient le plus de talent, le plus d’activité[1]. On le citait surtout pour la sagesse de ses conseils et sa droiture dans les affaires[1]. La plus légère apparence de fraude lui faisait repousser ceux qui voulaient lui confier leurs intérêts dans une contestation[1]. Le Chapelier prit une part active dans les dissensions qui éclatèrent, en 1787, entre le gouvernement et les parlements[1]. Il était à la tête du barreau de Rennes pour défendre les droits des citoyens et s’opposer aux prétentions des ordres privilégiés[1].

Le tiers état de la sénéchaussée de Rennes l’ayant envoyé, lors de la convocation des états généraux de 1789, le représenter à l’Assemblée constituante, il prit rang, dès les premières séances, parmi les meilleurs orateurs, et prit part aux discussions les plus graves[1]. Il présenta, en sa qualité de membre du conseil de constitution, plusieurs rapports importants[1]. Le premier, il demanda la garantie de la dette publique ; il s’opposa à la violation du secret des lettres qu’on sollicitait comme mesure de sûreté générale, et provoqua l’armement de tous les citoyens sous le titre de garde nationale[1].

Quatrième président de l’Assemblée nationale constituante, du 3 au , succédant à François Alexandre Frédéric, duc de La Rochefoucaud-Liancourt et à Jean-Guillaume Touret qui avait refusé la présidence, il présidait l’Assemblée nationale dans la nuit du 4 août 1789, qui renversa la féodalité et, fin , il a été ajouté au Comité constitutionnel, où il a rédigé une grande partie de la Constitution de 1791. Plus tard, il fit abolir le partage inégal dans les successions, comme attentatoire au repos, à l’honneur des familles et aux droits de tous les enfants d’un même père, d’une même mère[1]. Lors de la discussion sur l’établissement des tribunaux, il demanda que la nomination des juges émanât du peuple, et que le pouvoir exécutif n’eût qu’à faire exécuter les sentences[1]. ll refusait également le cumul de deux emplois à la charge du trésor public, ou qu’un fonctionnaire pût être appelé à siéger au corps législatif[1].

Ce fut lui qui le premier éleva la voix pour garantir aux écrivains la propriété de leurs œuvres, et il est l’auteur de la loi du 28 juillet 1791, qui assura cette propriété pendant toute la vie de l’écrivain et quelques années après sa mort[1]. Toutes ces pensées, expression d’une âme sans ambition, furent en même temps développées dans les articles qu’il fournit à la Bibliothèque de l’homme public, publiée par Condorcet[1].

Avec Lanjuinais, Defermon et Coroller, il fut un des fondateurs du club breton, ancêtre du club des Jacobins, où, quelques jours avant l’ouverture des États généraux, les députés de Bretagne se réunirent pour débattre ensemble de leur attitude, avant d’être rejoints par des députés d’autres provinces. Lorsque, après les journées d’octobre 1789, le club se transporta à Paris, s’installant au couvent des Jacobins et prit le nom de Société des Amis de la Constitution, et il en devint le premier président.

Ce fut lui qui, le premier, éleva la voix pour garantir aux écrivains la propriété de leurs œuvres, et il est l’auteur de la loi du , qui assura cette propriété pendant toute la vie de l’écrivain et quelques années après sa mort[1]. Toutes ces pensées, expression d’une âme sans ambition, furent en même temps développées dans les articles qu’il fournit à la Bibliothèque de l’homme public, publiée par Condorcet[1]. Il fut également un de ceux qui réclamèrent la transformation des biens du clergé en biens nationaux et se consacra à la préparation des lois les plus importantes.

Il fut notamment l’auteur de la célèbre loi à laquelle est resté attaché son nom qui porte son nom, la loi Le Chapelier du 14 juin 1791, qui frappa à mort les corporations fameuses par leur tyrannie, mais interdisant le compagnonnage, les coalitions ouvrières et le droit de grève. Lui et d’autres Jacobins voyaient les revendications des travailleurs parisiens pour des salaires plus élevés comme contraires aux nouveaux principes de la Révolution. Promulguée le , cette loi a interdit les corporations et les syndicats en France jusqu’en .

Comme beaucoup de députés radicaux, il souhaitait que le rôle central joué, au début de la Révolution française, par les clubs, prenne fin avec la stabilisation de l’État et la promulgation imminente d’une nouvelle constitution. Cette conviction a été renforcée par la fusillade du Champ-de-Mars, le . Quelques jours plus tard, il s’est joint à l’exode massif des députés modérés, abandonnant le club des jacobins au profit d’une nouvelle organisation modérée, le club des feuillants.

En sa qualité de président de la Commission constitutionnelle, il présenta à l’Assemblée nationale, lors de ses dernières sessions, une loi restreignant le droit des sociétés populaires d’entreprendre une action politique concertée, y compris le droit de correspondre entre elles. Cette loi passée, le , les feuillants se mirent en veille, par obéissance à cette loi tandis que les radicaux jacobins, en l’ignorant, restèrent comme la force politique la plus vitale de la Révolution française. C’est ainsi que le mouvement de société populaire fondé en grande partie par Le Chapelier s’est radicalisé par inadvertance, en dépit de ses meilleures intentions.

Il fut l’un des chefs de la majorité royaliste constitutionnelle qui, vers la fin de la session, lutta contre la tendance démocratique d’une portion de l’assemblée[1]. En 1793 il fut dénoncé au tribunal révolutionnaire par les agents d’un chef de parti dont il avait attaqué les projets ambitieux, dans la séance de la constituante du 25 août 1791[1]. Certaines amitiés contractées chez les Feuillants le rendirent suspect aux Jacobins, qui l’accusèrent de vouloir rétablir l’autorité royale. Se sentant menacé, il s’enfuit en Angleterre, mais rentra pour empêcher la confiscation de ses biens, croyant par sa présence répondre victorieusement aux attaques dirigées contre lui.

Retiré à Forges-les-Eaux, il envoya, le 26 pluviose an II, une lettre à Barère se proposant pour une mission d’espionnage à Londres où il disait « connaitre beaucoup de monde[3] ». Arrêté, il fut traduit devant le tribunal révolutionnaire, où sa voix fut étouffée[1]. On le condamna sans l’entendre et il se vit avec calme conduire à l’échafaud, avec ses deux collègues Thouret et d’Éprémesnil en même temps que Malesherbes et sa fille[1]. Sa veuve, Anne Marie Esther Delamarre, se remaria avec Corbière, en [1].

Citations[modifier | modifier le code]

« Il me parait à moi qu’il n’y a pas un homme sensé et véritablement humain qui puisse songer à proposer l’affranchissement des noirs[4] »

« Il n’y a de pouvoirs que ceux constitués par la volonté du peuple exprimée par les représentants ; il n’y a d’autorités que celles déléguées par lui ; il ne peut y avoir d’action que celle de ses mandataires revêtus de fonctions publiques.
C’est pour conserver ce principe dans toute sa pureté que, d’un bout de l’Empire à l’autre, la Constitution a fait disparaître toutes les corporations, et qu’elle n’a plus reconnu que le corps social et les individus. […]
Il n’y a plus de corporations dans l’État ; il n’y a plus que l’intérêt de chaque individu et l’intérêt général. Il n’est permis à personne d’inspirer aux autres citoyens un intérêt intermédiaire, de les séparer de la chose publique par un esprit de corporation. »

— Exposé des motifs de la proposition de décret sur les sociétés populaires, Assemblée nationale constituante, 29 septembre 1791, publié dans les Archives parlementaires, 1re série, t. xxxi, p. 617-9.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u et v Ferdinand Höfer, Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours avec les renseignements bibliographiques et l’indication des sources à consulter, t. 1 Lavoisier-Lettsom, Paris, Firmin Didot, (lire en ligne), p. 187.
  2. Albert Chatel, De l’enseignement du droit de la Faculté de droit de Rennes avant 1789 : étude historique et critique, Rennes, Oberthür, , 26 p., in-8° (lire en ligne), p. 14.
  3. Olivier Blanc, Les Espions de la Révolution et de l’Empire, Paris, Perrin, , 371 p., 1 vol. ; 23 cm (ISBN 2-262-01116-8, OCLC 962979794, lire en ligne), p. 33.
  4. Georges Minois, Nouvelle histoire de la Bretagne, Paris, Fayard, , 925 p. (ISBN 978-2-21303-017-3, OCLC 315565672, lire en ligne). « véritablement humain » est une contestation de la bonne conscience des abolitionnistes incapables de donner du travail aux esclaves libérés. La question restera débattue pendant des décennies sur un délai ou l’immédiateté de l’abolition. Cependant Le Chapelier se faisait là le porte parole de ses compatriotes négriers de Lorient et de Nantes qui avaient envoyé une protestation contre le projet de Necker.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Edna Hindie Lemay (dir.) (avec la collaboration de Christine Favre-Lejeune, Yann Fauchois, Joël Félix, Marie-Laurence Netter, Jean-Louis Ormieres, et Alison Patrick), Dictionnaire des Constituants (1789-1791), vol. 1 et 2, Paris, Universitas, , lvii-1022 p. (ISBN 2-7400-0003-0, présentation en ligne), [présentation en ligne].
  • Edna Hindie Lemay (dir.) (préf. Mona Ozouf), Dictionnaire des Législateurs 1791-1792, vol. 1 et 2, Ferney-Voltaire, Centre international d'étude du XVIIIe siècle, coll. « Publications du Centre international d'étude du XVIIIe siècle » (no 18-19), , xxxix-821 p. (ISBN 978-2-84559-025-0, présentation en ligne), [présentation en ligne].
  • Lucien Jaume, « Le citoyen sans les corps intermédiaires : discours de Le Chapelier », Cahiers du CEVIPOF, no 39,‎ , p. 30-40.
  • René Kerviler, Recherches et notices sur les députés de la Bretagne aux États généraux et à l'Assemblée nationale constituante de 1789, t. 2 : Jary-Videment, Rennes, Librairie Plihon et Hervé, , 314 p. (lire en ligne), « Isaac-René-Guy Le Chapelier », p. 71-101.
  • Alain Plessis (dir.) (préf. Dominique Strauss-Kahn, avant-propos de Roger Martin, introduction de Christian Stoffaës), Naissance des libertés économiques : liberté du travail et liberté d'entreprendre : le décret d'Allarde et la loi Le Chapelier, leurs conséquences, 1791-fin XIXe siècle, Paris, Institut d'histoire de l'industrie, coll. « Histoire industrielle », , xxvii-450 p. (ISBN 2-909977-00-5).

Liens externes[modifier | modifier le code]