Le Châtelet de Gourzon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Châtelet.
Le Châtelet de Gourzon
Chatelet de gourzon 08071.JPG

Les fouilles dessinnées par Grignon en 1772.

Présentation
Type
Propriétaire
commune
Statut patrimonial
Localisation
Pays
Région
Département
Commune
Coordonnées
Localisation sur la carte de France
voir sur la carte de France
Red pog.svg
Localisation sur la carte de la Haute-Marne
voir sur la carte de la Haute-Marne
Red pog.svg


Le Châtelet de Gourzon est un lieu-dit situé principalement sur l'actuelle commune de Bayard-sur-Marne, au nord de la Haute-Marne, à proximité de Fontaines-sur-Marne, entre Saint-Dizier et Joinville.

Le Châtelet de Gourzon est un éperon barré qui a connu des occupations successives, du Néolithique au Haut Moyen Âge. La colline est aujourd'hui envahie par la forêt.

Le plateau, accessible seulement en deux points, était entouré de vallons et de marais qui l'isolaient. Cette position géographique, le long de la vallée de la Marne, zone de passage humain, fit de cette éminence un point stratégique et économique.

Période pré-celtique et celtique[modifier | modifier le code]

Bien que les fouilles attestent de la découverte de mobiliers dès le Néolithique (outillage et armes), c'est à partir de l'Âge du bronze (localement -1800 à -900) que l'habitat humain se développe sur la colline du Châtelet. Quelques trouvailles isolées permettent cette datation : une hache avec anneau, des outils, des couteaux, poignards et épingles.

C'est ensuite l'introduction de la technique de transformation du minerai de fer, largement présent dans la région, qui va favoriser l'essor économique du site au Hallstatt final et au début de la Tène : c'est l'époque des Celtes. Sur l'oppidum, ils édifient des constructions quadrangulaires (à quatre poteaux).

Le Châtelet, situé dans la partie septentrionale du territoire des Lingons, devient un centre d'échanges commerciaux comme en témoigne son inventaire numismatique. L'oppidum est également un poste stratégique à proximité du territoire des Catalaunes et de celui des Leuques, avec une fonction de contrôle du trafic fluvial de la Marne.

Période gallo-romaine[modifier | modifier le code]

L'aqueduc du châtelet[1].

Les cinq siècles que dureront l'époque gallo-romaine correspondent à l'âge d'or de la citadelle.

L'ensemble du plateau, environ 24 hectares, est alors entièrement occupé et entouré par un mur avec trois bastions. Il existait une distinction nette entre le quartier résidentiel et le quartier artisanal.

Les plans de fouilles du XVIIIe siècle montrent un ordonnancement classique du type grosse bourgade rurale de la Gaule romaine du nord-est, avec plus de 300 maisons groupées en ilots, une trentaine de rues pavées plus ou moins bien quadrillées et rectilignes. Les nombreuses carrières du secteur (les sites gallo-romains de Brauvilliers, à quelques kilomètres), vont permettre la construction de la ville.

Les fouilles ont permis de mettre au jour de nombreuses maisons avec cours, caves à édicules, puits ou citernes. Le matériel archéologique est dense : mosaïques, bas-reliefs, sculptures, colonnes, vases, bijoux divers et monnaies de différentes époques.

Au milieu du site a été dégagé un temple avec une cella (grande salle de prière) d'environ 65 m2 et des thermes chauffés par un système d'hypocauste.

À l'opposé, les fouilles ont dévoilé le quartier artisanal, dont les activités étaient principalement axées sur la poterie et la transformation du fer (ateliers de forgeron, serrurier ou cloutier). Les travaux de fonderie devaient probablement se faire plus en retrait, dans la vallée.

L'ensemble était probablement ravitaillé en eau par un aqueduc mi-aérien, mi-souterrain, cette dernière partie étant à l'heure actuelle encore visible (la photo ci-dessous en montre l'entrée). Dans sa partie souterraine, l'aqueduc était construit en moyen appareil et possédait un puits de service tous les 6,21 mètres. L'eau provenait de différentes sources situées en amont du mégalithe de la Haute Borne. Elle descendait régulièrement vers la cité.

La ville de Châtelet de Gourzon était à la croisée de deux voies romaines : celle, probable, de la vallée de la Marne (Langres à Perthes) et surtout celle de Segessera (Bar-sur-Aube) à Nasium (Naix-aux-Forges). Ces voies étaient d'importance moyenne mais facilitaient les échanges commerciaux avec les autres sites de la Gaule. La découverte des bases d'un camp militaire à la sortie de la bourgade permet cependant de confirmer le rôle stratégique que sa position géographique et géopolitique lui conférait.

À la sortie de la ville, le long de la voie romaine menant à Nasium, encore bien visible aujourd'hui, des fouilles ont permis de mettre au jour quelques nécropoles.

À proximité du site, quelques villas ont été découvertes. Elles assuraient largement la ville en produits de première nécessité.

Lors des grandes migrations des IIIe et IVe siècles, la cité va être partiellement détruite (de nombreuses traces d'incendies datés de cette époque en témoignent). Le site sera cependant à nouveau réoccupé dès le Haut Moyen Âge. De nombreuses sépultures mérovingiennes, superposées aux tombes gallo-romaines attestent de ce fait.

La relative sécurité et la stabilité qui suivront cette époque feront descendre ses habitants dans la vallée proche. Le site sera alors oublié, l'antique cité du Châtelet de Gourzon devenant, comme ce fut souvent le cas, une carrière de pierres pour l'édification des villages environnants.

Le Châtelet retrouvé – les fouilles de Grignon[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle, le maître de forge des usines voisines de Bayard-sur-Marne, Pierre-Clément Grignon, érudit et passionné, va organiser les fouilles de la colline.

Il a souvent remarqué d’importants débris de pierres aux formes diverses, des restes de briques et conclu vite à l’ancienneté du site (« un lieu jadis habité et détruit » in Dissertations).

En 1772, il entreprend les premières fouilles, faites de façon très méthodique : elles sont précédées de sondages et donnent lieu à des rapports détaillés. Ces exposés sont un ensemble de faits et de constatations, loin des interprétations parfois poétiques des découvreurs de l’époque : c’est une première dans l’archéologie française qu’un site soit fouillé d’une façon méthodique, scientifique et analytique.

Ces travaux vont vite intéresser l’Académie des Belles Lettres et Grignon va poursuivre ses campagnes de recherche, grâce à un financement octroyé par le roi Louis XV. Les fouilles du Châtelet de Gourzon sont donc les premières fouilles subventionnées de France.

Les fouilles au XIXe au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Après l’important travail mené par Grignon, quelques archéologues ont poursuivi son œuvre :

  • L’abbé Gélin – travaux sur l’aqueduc et la nécropole,
  • L’abbé Fourot,
  • Régis Colson,
  • Yvon Gaillet,
  • Louis Lepage – plusieurs campagnes sur la ville elle-même.

À l’heure actuelle, le site est entièrement envahi par la végétation. Les fouilles successives n’ont dégagé qu’une infime partie de la ville (quelques hectares sur les 24 du plateau), ce qui laisse imaginer si une ou plusieurs campagnes pouvaient à nouveau être menées sur la colline. Une étude est en cours avec la méthodologie Lidar.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Plusieurs livres sur le Châtelet de Gourzon :

  • Pierre-Clément Grignon :
    • Dissertations sur les ruines de la ville du Châtelet, en Champagne – BNF – 1772.
    • Bulletin des fouilles faites par ordre du roi d’une ville romaine sur la petite montagne du Châtelet, entre Saint-Dizier et Joinville-en-Champagne - 1774.
    • Second Bulletin des fouilles faites par ordre du roi d’une ville romaine sur la petite montagne du Châtelet, entre Saint-Dizier et Joinville-en-Champagne - 1775.
  • Louis Lepage :