Le Candidat

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Le Candidat
Image illustrative de l’article Le Candidat
Comme ça se redresse vite une épine dorsale de candidat, Honoré Daumier, Le Charivari, 1869

Daumier oppose le bourgeois et le paysan. Le bourgeois est un député fraîchement élu, qui n'a plus besoin de courber l'échine devant ce nouvel électorat paysan qu'il avait dû séduire[1].

Auteur Gustave Flaubert
Pays Drapeau de la France France
Genre Vaudeville
Éditeur Georges Charpentier
Lieu de parution Paris
Date de parution
Date de création
Lieu de création Théâtre du Vaudeville
Chronologie

Le Candidat est une pièce de théâtre sous forme de vaudeville de Gustave Flaubert écrite en 1873 et dont la première eut lieu le au théâtre du Vaudeville[2].

Présentation[modifier | modifier le code]

En France, la transition républicaine[modifier | modifier le code]

En 1870, l'armée impériale de Napoléon III est vaincue par la Prusse. La Commune éclate après la levée du siège de Paris. La répression des armées versaillaises de Thiers est terrible. Dans ce contexte, se tiennent les premières élections de la Troisième République, marquées par les antagonimes légitimistes, républicains et des nouvelles classes industrielles.

Gustave Flaubert, difficultés financières[modifier | modifier le code]

Portrait de Gustave Flaubert, Pierre Giraud, 1856

Durant l'hiver 1870-1871, les Prussiens occupant une partie de la France dont la Normandie et Croisset, Flaubert se réfugie avec sa mère chez sa nièce, Caroline, à Rouen ; sa mère meurt le 6 avril 1872. À cette époque, il a des difficultés financières liées à la faillite de son neveu par alliance : il vend ses fermes et quitte par économie son appartement parisien alors que sa santé devient délicate.

L'écriture, à contrecœur[modifier | modifier le code]

Gustave Flaubert en 1872 travaille à l'adaptation et la refonte de Le Sexe faible, une pièce de théâtre de son ami Louis-Hyacinthe Bouilhet[3]. Ce travail l'incite à se consacrer lui-même à l'écriture d'une pièce et en il s'attèle à l'écriture du Candidat, qu'il envisage comme un vaudeville.

Pourtant, l'art dramatique répugne à Flaubert. À cette époque il amasse la documentation de Bouvard et Pécuchet, mais sous les conseils de Carvalho, directeur au Théâtre du Vaudeville, qui souhaite jouer le Candidat avant le Sexe faible, écrit la pièce en deux mois pour pouvoir se dédier tout entier à son roman. « Et puis le style théâtral commence à m'agacer. Ces petites phrases courtes, ce pétillement continu m'irrite à la manière de l'eau de Seltz, qui d'abord fait plaisir et qui ne tarde pas à vous sembler de l'eau pourrie. D'ici au mois de janvier, je vais donc dialoguer le mieux possible, après quoi, bonsoir ! je reviens à des choses sérieuses. » écrit-il à George Sand.

La pièce est terminée en novembre. Flaubert en fait une lecture le à des acteurs à succès de l'époque. L'impression est excellente ; quelques remaniements sont demandés à l'auteur et les répétitions débutent le .

Réception[modifier | modifier le code]

Le a lieu la première de la pièce qui s'avère être un échec patent au point que Flaubert la retire de l'affiche à la quatrième représentation sous les quolibets de la presse et de certains de ses proches[3].

Il annonce ainsi l'insuccès à George Sand : « Pour être un four, c'en est un ! ceux qui veulent me flatter prétendent que la pièce remontera devant le vrai public, mais je n'en crois rien. Mieux que personne je connais les défauts de ma pièce. Si Carvalho ne m'avait point, durant un mois, blasé dessus avec des corrections que j'ai enlevées, j'aurais fait des retouches ou peut-être des changements qui eussent peut-être modifié l'issue finale. Mais j'en était tellement écœuré que pour un million je n'aurais pas changé une ligne. Bref, je suis enfoncé. »« Il faut dire aussi que la salle était détestable, tous gandins et boursiers qui ne comprenaient pas le sens matériel des mots. On a pris en blague des choses poétiques. Un poète dit : "C'est que je suis de 1830, j'ai appris à lire dans Hernani et j'aurais voulu être Lara." Là-dessus, une salve de rires ironiques. Et puis, j'ai dupé le public à cause du titre. Il s'attendait à un autre Rabagas ! Les conservateurs ont été fâchés de ce que je n'attaquais pas les républicains. De même, les communards eussent souhaité quelques injures aux légitimistes. »

Le Candidat, représenté sur le théâtre du Vaudeville du 11 au , parait quelque temps après en librairie, édité par Charpentier .

Argument[modifier | modifier le code]

Lieu des scènes[modifier | modifier le code]

ACTE PREMIER : Chez M. Rousselin. - Un jardin. - Pavillon à droite. - Une grille occupant le côté gauche.

ACTE DEUXIÈME : Le théâtre représente une promenade sous les quinconces. - A gauche, au deuxième plan, le café Français ; à droite, la grille de la maison de Rousselin. [...].

ACTE TROISIÈME : Au Salon de Flore. L'intérieur d'un bastringue. En face, et occupant tout le fond, une estrade pour l'orchestre. Il y a dans le coin de gauche une contrepasse. Attachés au mur, des instruments de musique ; au milieu du mur, un trophée de drapeaux tricolores. Sur l'estrade un taule avec une chaise ; deux autres tables des deux côtés. Une petite estrade plus basse est au milieu, devant l'autre. Toute la scène est remplie de chaises. A une certaine hauteur un balcon, où l'on peut circuler.

ACTE QUATRIÈME : Le cabinet de Rousselin. Au fond, une large ouverture avec la campagne à l'horizon. Plusieurs portes. A gauche, un bureau sur lequel se trouve une pendule[2].

Incipit[modifier | modifier le code]

SCÈNE PREMIÈRE.

MUREL, PIERRE, domestique.

Pierre est debout, en train de lire un journal. - Murel entre, tennant un gros bouquet qu'il donne à Pierre.

MUREL.

Pierre, où est M. Rousselin ?

Pierre.

Dans, son cabinet, monsieur Murel ; ces dames sont dans le parc avec leur Anglaise et M Onésime... de Bouvigny !

MUREL

Ah ! cette espèce de séminariste1 à moitié gandin. J'attendrai qu'il soit parti, car sa vue seule me déplait tellement !...

PIERRE.

Et à moi donc !

MUREL.

A toi aussi ! Pourquoi ?

PIERRE.

Un gringalet ! fiérot ! pingre ! Et puis, j'ai idée qu'il vient de chez nous... (Mystérieusement.) C'est pour Mademoiselle !

MUREL, à demi-voix.

Louise ?

PIERRE.

Parbleu ! sans cela les Bouvigny, qui sont des nobles, ne ferait pas tant de salamalecs à nos bourgeois !

MUREL, à part.

Ah ! ah ! attention ! (Haut.) N'oublie pas m’avertir lorsque des messieurs, tout à l'heure, viendront pour parler à ton maître.

PIERRE.

Plusieurs ensemble ? Est-ce que ce serait... par rapport aux élections ?... On en cause...

MUREL.

Assez ! Écoute-moi ! Tu vas me faire le plaisir d'aller chez Heurtelot, le cordonnier, et prie-le de ma part...

PIERRE.

Vous, le prier, monsieur Murel !

MUREL.

N'importe ! Dis-lui qu'il n'oublie rien !

PIERRE.

Entendu !

MUREL.

Et qu'il soit exact ! qu'il amène tout son monde !

Pierre.

Suffit monsieur ! j'y cours ! (Il sort)[2]

Explicit[modifier | modifier le code]

SCÈNE XII

Les Mêmes, Gruchet, puis tout le monde.

ROUSSELIN, se précipitant vers Gruchet.

"Gruchet ! quoi ? parlez ! Eh bien ? - Je le suis ?

GRUCHET, le regarde des pieds à la tête, puis éclate de rire.

"Ah ! je vous en réponds !

TOUS, entrant à la fois, par tous les côtés.

"Vive notre député ! Vice notre député !

FIN DU QUATRIÈME ET DERNIER ACTE.[2]

Distribution des rôles en 1867[modifier | modifier le code]

Tableau des noms et âges des comédiens lors des quatre premières représentations[2] :

Personnages Âge Acteurs
ROUSSELIN, industriel candidat député 56 Delannoy
MUREL, directeur de filature 34 Goudry
GRUCHET, Pierre-Antoine 60 St-Germain
JULIEN DUPRAT, poète-journaliste de l'Impartial 24 Train
Le comte de BOUVIGNY 65 Thomasse
ONÉNIME 20 Richard
DODART, notaire 60 Michel
PIERRE, domestique de M. ROUSSELIN - Ch. Joliet
Mme ROUSSELIN 38 H. Neveux
LOUISE, sa fille 18 J. Bernhardt
Miss ARABELLE, instutrice 30 Damain
FÉLICITÉ, bonne de Gruchet - Bouthié
MARCHAIS - Royer
HEURTELOT - Lacroix
LEDRU - Cornagli
HOMBOURG - Colson
VOINCHET - Moisson
BEAUMESNIL - Fauvre
Un garde champêtre - Bource
Le président de la réunion électorale - Jacquier
Un garçon de café - Vaillant
Un mendiant - Jourdan
Paysans, ouvriers, etc.

Thèmes[modifier | modifier le code]

Courses du 2 juillet 1871, par Bertall Dessin du Grelot du 25 juin 1871, à propos des élections législatives partielles du 2 juillet 1871. Faisant la course avec l'hydre de l'anarchie, le char de la République est attelé au cygne légitimiste, au coq orléaniste, à l'aigle bonapartiste et au cheval de labour des ruraux.
Courses du , par Bertall, Le Grelot, . Faisant la course avec l'hydre de l'anarchie, le char de la République est attelé au cygne légitimiste, au coq orléaniste, à l'aigle bonapartiste et au cheval de labour des ruraux.

Snobisme inspiré du Bourgeois Gentilhomme, de Molière, pour le Rousselin imitant le comte de Bouvigny et aspirant au titre de député : "Vous n'avez pas remarqué que leur domestique maintenant porte des guêtres ! Madame ne sort plus qu'avec deux chevaux, et dans les diners qu'ils donnent [...] on change de couvert à chaque assiette.", puis "Et pour surcroit de ridicule, le voilà qui ambitionne la députation ! Il déclame tout seul devant son armoire à glace, et la nuit, il prononce en rêve des mots parlementaire. [...] Ah ! c'est que ce titre-là sonne bien, "député", ça flatte l’œil ! Et en voyage, dans un théâtre, n'importe où, si une contestation s'élève, qu'un individu soit insolent, ou même qu'un agent de police vous pose la main sur le collet : "Vous ne savez donc pas que je suis député, monsieur ! GRUCHET à MUREL, acte I, sc.2

Libéraux/Royalistes "ONÉSIME Ah ! ah ! ah ! Les immortelles principes de 89 ! - GRUCHET De quoi riez-vous ?", "et du moment que vous êtes un démocrate, un suppôt de l'anarchie" (I, 3)

Industriels/Vieille noblesse "Mais vous ne voyez donc pas que ces gens-là nous méprisent par ce que nous sonmmes des plébéiens, des parvenus ! et qu'ils vous jalousent, vous, parce-ce que vous êtes riche !" GRUCHET à ROUSSELIN (I, 7) "ROUSSELIN. Dieu merci, on ne se courbe plus devant les seigneurs, comme autrefois ! - BOUVIGNY En effet, votre grand-père a été domestique dans ma maison !" (I, 8)

Province/Paris "MADAME ROUSSELIN Car le séjour en province, n'est-ce pas monsieur Murel, à la longue, fatigue ? [...] - GRUCHET Comme si cette pauvre province ne contenait que des sots ! - MISS ARABELLE, avec exaltation Oh ! non ! non ! Des cœurs nobles palpitent à l'ombre de nos vieux bois ; la rêverie se déroule plus largement que sur les plaines ; dans des coins obscurs, peut-être, il y a des talents ignorés, un génie qui rayonnera !" I, 3

Censure[modifier | modifier le code]

Critique de l'église : "cagot" au lieu de séminariste (I, 1), suppression de passage avec évêque et monseigneur de Saint-Giraud (I,3), "a disparu" pour sera prêtre (I, 7)

Critique de la république : suppression "nous feront répandre que c'est un légitimiste déguisé" (I, 13)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://expositions.bnf.fr/daumier/grand/143.htm
  2. a b c d et e Gustave Flaubert, Le Candidat, pièce en quatre actes, Paris, 28 quaie du Louvre, Charpentie et Cie, , 165 p. (lire en ligne)
  3. a et b Chronologie Flaubert du premier volume des œuvres de l'auteur dans l'édition établie par René Dumesnil dans la Bibliothèque de la Pléiade, 1936, p. 27-28