Le Belvédère

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Le Belvédère
Montfort-l'Amaury Maison Ravel.jpg
Le Belvédère
Informations générales
Ouverture
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2 780 (2006)
2 117 (2007)[1]
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Bâtiment
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Pays
Commune
Adresse
5, rue Maurice Ravel
78490 Montfort-l'Amaury
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Le Belvédère est le nom de la maison située à Montfort-l'Amaury (Yvelines) que le compositeur Maurice Ravel habita pendant seize ans de 1921 jusqu'à l'année de sa mort[2] dans une clinique à Paris en 1937[3],[4]. Cette maison relativement modeste et exiguë doit son nom à sa situation à flanc de coteau et au panorama qu'elle offre sur la ville de Montfort-l'Amaury et la forêt de Rambouillet en arrière-plan. C'est dans cette maison que le compositeur a composé presque toutes ses œuvres à partir de 1921, notamment L'Enfant et les Sortilèges, les Chansons madécasses, le fameux Boléro, le Concerto en sol pour piano et orchestre, le Concerto pour la main gauche.

Entre la tournée en Amérique du Nord de janvier à avril 1928 et la composition du Boléro de fin juillet à octobre 1928, fut organisée une grande fête en l'honneur du compositeur au domicile de celui-ci avec environ cinquante invités dont Jane Bathori, Pierre-Octave Ferroud, le pianiste Henri Gil-Marchex (1892-1970), Vladimir Golschmann, Arthur Honegger, Hélène Jourdan-Morhange, Joaquin Nin, Roland-Manuel, Alexandre Tansman, etc. Cette surprise-party, connue comme « L’impromptu de Montfort-l’Amaury », préparée par la cantatrice Marcelle Gerar (1891-1970), fut l'occasion d'inaugurer le buste de Maurice Ravel réalisé entre 1927 et début 1928 par son ami Léon Leyritz[5],[6].

La maison, héritée par le frère du musicien, Édouard Ravel (1878-1960), resta tout d'abord sous la garde de la fidèle gouvernante d'origine bretonne du musicien, Mme Marie Reveleau (1871-1952)[7],[8]. Pendant cette période, à l’occasion du 10e anniversaire de la mort du compositeur, le 28 décembre 1947, la Mairie rendit hommage au compositeur en apposant une plaque commémorative sur la façade du Belvédère, cérémonie qui fut suivie d’un discours de Germaine Beaumont et d’un concert à la Salle des Fêtes de la Mairie[9].

A la mort de Mme Reveleau, Edouard Ravel dut trouver une solution pour la conservation de la maison de son frère. Sur la recommandation probable du Dr Robert Le Masle -et/ou, moins probable, du romancier Jacques de Lacretelle-, tous deux proustiens et anciens amis de Maurice Ravel, la garde du Belvédère fut confiée conjointement en 1954 à Céleste Albaret, ancienne gouvernante de Marcel Proust, et à sa sœur Marie Gineste. Une convention de gardiennage fut même signée à Levallois-Perret par les deux sœurs et Edouard Ravel le 10 mars 1955, pour une durée de vingt ans. Toutefois, Céleste Albaret dut quitter le Belvédère en 1970[10]. À l’occasion de la célébration du 20e anniversaire de la mort du compositeur, le 28 décembre 1957, le Quatuor Serge Blanc donna un concert dans le jardin du Belvédère[11].

Dans son deuxième testament authentique du 18 juillet 1958, Édouard Ravel légua le Belvédère à la Réunion des musées nationaux. Trois ans après la mort du frère du compositeur, le 5 avril 1960, dans un Décret du 10 avril 1963, le Ministère d’État chargé des Affaires culturelles autorisa la RMN à accepter le legs et à signer un bail emphytéotique avec la Ville de Montfort-l'Amaury[12],[13]. Il fallut toutefois attendre novembre 1971 pour la concrétisation du legs puis la signature d'un bail emphytéotique d'une durée de 99 ans au bénéfice de la Ville de Montfort-l'Amaury[14]. Le musée ouvrit officiellement en tant que tel le 18 mai 1973, en présence du maire Georges Labadie, qui avait connu Maurice Ravel, et du sous-préfet de Rambouillet, Jacques Gandouin, qui n'a jamais cessé de se battre pour le musée[15]. Il avait d'ailleurs organisé à Montfort-l'Amaury, le 29 décembre 1962, une célébration du 25e anniversaire de la mort de Maurice Ravel (la veille) : au programme préparé par Colette Loubet, une conférence de Vladimir Jankélévitch, et un concert donné par Madeleine de Valmalète, Henri Merckel, Ginette Guillamat, Marie-Louise Pugnet-Caillard et le Quatuor Lœwenguth[16],[17],[18],[19]. Depuis 1973, les guides de la maison-musée ont été Madame Merlin, sa fille Claudine Merlin et Mme Claude Moreau[20],[21],[22],[23],[24],[25],[26],[27]. Les 23, 24 et 25 avril 1975, la Ville de Montfort-l'Amaury organisa un Festival Maurice Ravel, à l'occasion du centenaire de la naissance du compositeur, le 7 mars 1975. Un buste de Maurice Ravel, offert par le Secrétariat d'État à la Culture, fut alors inauguré au cimetière-cloître de Montfort-l'Amaury[28].

Grâce notamment à l'action du préfet Jacques Gandouin et de Manuel Rosenthal, respectivement vice-président et président de la Fondation Maurice Ravel jusqu'à leur disparition en 2003, Le Belvédère a été inscrit au titre des Monuments historiques en 1994[29], et bénéficie du label « Musée de France » depuis 2003[30]. D'importants travaux de restauration y ont été réalisés en 2002-2003 sous l'égide des Monuments historiques et de l'association « Maurice Ravel et Montfort-l'Amaury ». Le musée a rouvert en septembre 2004[31],[32]. Depuis, le musée a également obtenu le label « Maison des illustres » en 2011[33].

Des visites guidées en petits groupes y sont organisées chaque week-end, et en semaine sur rendez-vous. La maison contient de nombreux objets précieux et insolites. En effet, Ravel collectionnait des bibelots, objets surprenants et merveilleux. Il veilla avec un soin tout particulier à la décoration de sa maison, parfaitement à son image. Dans le salon de musique se trouvent le bureau du compositeur et son piano Erard fabriqué en 1908 et acquis en 1911, et qui a voyagé du 4 avenue Carnot à Paris où il se trouvait jusqu'en 1917, puis à Neuilly-sur-Seine jusqu'à l'installation au Belvédère qui débuta en janvier 1921[34]. Dans cette pièce de la maison se trouvent aussi, outre de nombreux objets et souvenirs, cinq portraits de famille : deux portraits du compositeur enfant, l'un par son oncle suisse Edouard Ravel et l'autre peint en 1886 par Léon Tanzy (1846-1913) ; un de son frère cadet Edouard Ravel enfant par l'oncle suisse Edouard Ravel, un de sa mère Marie Delouart (1840-1917) également par l'oncle Edouard Ravel et un de son père Joseph Ravel (1832-1908)[35] par Marcellin Desboutin[36]. Dans la salle à manger, se trouve entre autres un buste réaliste de Maurice Ravel réalisé l'été 1928 par Louise Ochsé, nièce de Gabriel Astruc[37].

Mme Claude Moreau, la guide dévouée du Belvédère des années 1980 à 2017, a été démise de ses fonctions à la suite d'incidents survenus lors d'une visite de Charles Dutoit, grand habitué du Belvédère depuis 1961, et Martha Argerich, qui y venait pour la première fois[38],[39],[40],[41],[42],[43]. Un rapport de l'inspection générale des Musées de France a été rendu public au printemps 2018 et fait plusieurs préconisations[44] : le classement aux Monuments historiques ; la destruction d'un bâtiment construit en 1987 dans le potager et qui masque la vue depuis le salon de musique ; confier aux conservateurs du Musée national de Port-Royal des Champs le soin de surveiller les collections et de rédiger un projet culturel et scientifique ; acheter une maison voisine et la transformer en centre d'interprétation ; faire expertiser le piano par le Musée de la Musique de la Cité de la Musique et établir un protocole pour autoriser certaines personnes à jouer sur le piano ; recueillir le témoignage de Mme Claude Moreau.

Plaque commémorative apposée sur la maison.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Veille Info Tourisme
  2. Ravel résida de 1908 à 1917 dans l'immeuble situé au 4 avenue Carnot à Paris. Il y composa entre autres Daphnis et Chloé
  3. Il meurt des suites d'une opération chirurgicale pratiquée sur son cerveau
  4. Georges Poisson et Marie-Huguette Hadrot, Dix siècles à Montfort-l’Amaury, Montfort-l'Amaury, Ville de Montfort-l'Amaury, , p. 85-90
  5. Marcelle Gerar, « L'Impromptu de Montfort », La Revue Musicale,‎ , p. 182-185
  6. René Kerdyk, « L'Impromptu du Belvédère », La Revue Musicale,‎ , p. 224-225
  7. Roland Merlin, « Le grand silence de Maurice Ravel », La Bataille politique et littéraire, no 94,‎ , p. 5
  8. Manuel Cornejo, « Madame Reveleau, la fidèle gouvernante de Maurice Ravel au Belvédère de 1921 à 1937. “Mon maître, c’était un vrai aristo” », Cahiers Maurice Ravel, no 17,‎ 2014-2015, p. 121-132. (ISBN 978-2-8404-9587-1)
  9. Claude Baignières, « Pèlerinage ravelien », Spectateur,‎
  10. Manuel Cornejo, « Editorial. Bolérite aiguë », Cahiers Maurice Ravel, no 18,‎ , p. 9-30 (p. 13) (ISBN 978-2-84049-722-6, ISSN 0769-7945)
  11. Jean-Marc Sabathier, « Le réveil de Maurice Ravel », Paris-Match, no 477,‎ , p. 84-93 (ISSN 0397-1635)
  12. « Décret du 10 avril 1963 autorisant l’acceptation d’un legs fait à la Réunion des Musées nationaux », Journal Officiel,‎
  13. « Un Musée Maurice Ravel à Montfort-l’Amaury », Le Monde,‎ (ISSN 0395-2037)
  14. Manuel Cornejo, « Editorial. Bolérite aiguë », Cahiers Maurice Ravel, no 18,‎ , p. 9-30 (p. 14-15) (ISBN 978-2-84049-722-6, ISSN 0769-7945)
  15. Manuel Cornejo, « Les films sur Maurice Ravel de Paul Danblon et Alain Denis (1). À la recherche de Maurice Ravel (RTBF, 1967). Interviews à Montfort-l’Amaury de Georges Labadie, Jacques Drouot, René Sèvegrand et Manuel Rosenthal », Cahiers Maurice Ravel, no 16,‎ 2013-2014, p. 91-112 (ISBN 978-2-8404-9680-9)
  16. Colette Durègne, « Pour le 25e anniversaire de sa mort. Ravel et Montfort », Pays d'Yvelines de Hurepoix et de Beauce, no 6,‎ , p. 4-9
  17. Jacques Gandouin, « Bilan d'une année », Pays d'Yvelines de Hurepoix et de Beauce, no 7,‎ , p. 1
  18. « 25e anniversaire de la mort de Maurice Ravel. 29 décembre 1962 Concert à Montfort-l’Amaury », Pays d'Yvelines de Hurepoix et de Beauce, no 7,‎ , p. 2
  19. « Le 25e anniversaire de la mort de Maurice Ravel », Annales de l’Université de Paris,‎ janvier-mars 1963, p. 146-147
  20. (en) Ned Rorem, « Historic Houses: Maurice Ravel at Le Belvédère. A Serene Sitting for the French Composer », Architectural Digest,‎ , p. 182-188 & 212 (ISSN 0003-8520)
  21. Martine Berger, « Montfort-l’Amaury. À la rencontre de… Maurice Ravel. Celles qui veillent sur la maison », Les Nouvelles de Rambouillet, no 2175,‎
  22. Martine Berger, « Montfort-l'Amaury. Maurice Ravel... ou les sortilèges de l'Enfant », Les Nouvelles de Rambouillet,‎
  23. « La maison de Maurice Ravel vous est toute grande ouverte », Le Parisien,‎ (ISSN 0767-3558, lire en ligne)
  24. Marcel Marnat, « Mauricio Kagel au Belvédère », Cahiers Maurice Ravel, no 7,‎ , p. 5-6 (ISSN 0769-7945)
  25. Michel Parouty, « Ravel à Montfort-l'Amaury », Les Échos,‎ (ISSN 0153-4831, lire en ligne)
  26. « Claude Moreau, accompagnatrice du Musée Ravel », sur francemusique.fr,
  27. « A Montfort-l'Amaury. Dans la maison de Ravel, avec Anne Queffélec », sur francemusique.fr,
  28. Programme imprimé des manifestations du centenaire les 23, 24 et 25 avril 1975.
  29. « Notice PA00132998 Monuments historiques Maison de Maurice Ravel »
  30. Liste des musées de France
  31. « Notre patrimoine en valeur... Le Musée Ravel retrouve son éclat. Claude Moreau témoigne : Maurice Ravel et son Belvédère », Montfort-l'Amaury. Bulletin municipal,‎ , p. 6
  32. Jean-François Coffin, « La renaissance du jardin de Ravel », Jardins de France,‎ septembre-octobre 2013 (lire en ligne)
  33. « Site du Ministère de la Culture et de la Communication », sur culture.fr
  34. (en) Robert Adelson, « Maurice Ravel », The History of the Erard Piano and Harp in Letters and Documents, 1785-1959, Cambridge, Cambridge University Press,‎
  35. « Arbre généalogique de Maurice Ravel », sur geneanet.org
  36. Jacques Gandouin, « Ravel à Montfort-l’Amaury. Le Belvédère », Cahiers Maurice Ravel, no 1,‎ , p. 21-31 (ISSN 0769-7945)
  37. Yves Milon, Thomas Renaut et Claude Moreau, Maurice Ravel à Montfort-l'Amaury, Paris, ASA Éditions, (ISBN 2-911589-10-6), p. 6, 15
  38. Léna Lutaud, « Musée fermé, musiciens rembarrés... Nouvelles fausses notes dans l'affaire Ravel », Le Figaro,‎ (ISSN 0182-5852, lire en ligne)
  39. (en) Sanjoy Roy, « The closure of the Ravel museum would be an act of cultural sabotage », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne)
  40. « Ils l'ont fait... Hospitalité à la française », La Lettre du Musicien, no 489,‎ , p. 7 (ISSN 0766-916X, lire en ligne)
  41. Marie-Aude Roux, « L'imbroglio de Ravel », Le Monde,‎ , p. 15 (ISSN 0395-2037, lire en ligne)
  42. Thierry Hillériteau et Léna Lutaud, « Désaccords majeurs chez Ravel », Le Figaro,‎ 25-26 février 2017, p. 28-29 (ISSN 0182-5852, lire en ligne)
  43. Thierry Hillériteau et Léna Lutaud, « La mésaventure de Martha Argerich a mis le feu aux poudres », Le Figaro,‎ 25-26 février 2017, p. 28-29 (ISSN 0182-5852, lire en ligne)
  44. Léna Lutaud, « La maison de Ravel bientôt monument historique ? Maurice Ravel, deuxième mouvement », Le Figaro,‎ , p. 21-22 (ISSN 1241-1248, lire en ligne)

Bibliographie (ordre chronologique)[modifier | modifier le code]

  • Jacques Gandouin, « Ravel à Montfort-l’Amaury. Le Belvédère », Cahiers Maurice Ravel, n°1, 1985, p. 21-31. ISSN 0769-7945
  • Elisabeth Wahl, Maurice Ravel à Montfort-l’Amaury, Versailles, Comité départemental du tourisme des Yvelines, [1987]. (plaquette hors commerce, non paginée, destinée aux visiteurs du Belvédère publiée, à l'initiative du préfet Jacques Gandouin et de Manuel Rosenthal, à l'occasion du cinquantenaire de la mort de Maurice Ravel)
  • André Surrans, « Maurice Ravel à Montfort-l’Amaury, le microcosme », Le regard du musicien, Paris, Ed. Plume, 1993, p. 32-37. (ISBN 2-908034-70-0)
  • Bertrand Pouradier-Duteil, « Montfort-l’Amaury. Yvelines. Maurice Ravel. Un monsieur simple et sociable », Parcours musical en Ile-de-France. Compositeurs et lieux de mémoire, Jean Mongrédien (préface), Paris, Textuel / Association régionale d'information et d'actions musicales en Ile-de-France (ARIAM), 1994, p. 106-108. (ISBN 2-909317-06-4)
  • Dominique Camus (texte) et Thibaut de Wurstemberger (photos), « Le Belvédère, l’ermitage de Ravel », Le guide des maisons d'artistes et d’écrivains en région parisienne, Lyon, La Manufacture, 1995, p. 143-150. (ISBN 2-7377-0371-9)
  • Yves Milon (texte), Thomas Renaut (photographies) et Claude Moreau (légendes), Maurice Ravel à Montfort l’Amaury, préface de Manuel Rosenthal, Paris, ASA Editions, [1997]. (ISBN 2-911589-10-6) (ouvrage disponible à la maison du tourisme de Montfort-l'Amaury)
  • Gérard Gefen (texte), Christine Bastin (illustrations / graphisme) et Jacques Evrard (illustrations / graphisme), Maisons de musiciens, Paris, Éditions du Chêne, 1997. (ISBN 2-8427-7039-0)
  • Hélène Rochette, « Maurice Ravel à Montfort-l’Amaury », Maisons d’écrivains et d’artistes. Paris et ses alentours, Paris, Éditions Parigramme / CPL, 2004, p. 88-91. (ISBN 2-84096-227-6)
  • Pascale Thuillant (reportage) et Philippe Louzon (photos), « Visite privée. La maison de Maurice Ravel », Art & Décoration, n°476, février-mars 2012, p. 40-49. ISSN 0004-3168
  • Anne Le Galadec (texte) et M. Pipart (photos), « Petite maison, immense musicien. Maurice Ravel à Montfort-l’Amaury, 1921-1937 », L’Écho du Parc [Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse], n°62, mars-mai 2014, p. 17-19. (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]