Le Banquet (Xénophon)

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Le Banquet (Xénophon)
Auteur Xénophon
Pays Grèce
Genre Dialogue Socratique
Version originale
Langue Grec de l'Attique
Titre Sumpósion
Lieu de parution Sparte ou Corinthe
Date de parution -387
Version française
Traducteur Pierre Chambry
Éditeur GF Flammarion
Lieu de parution Paris
Date de parution 1996

Le Banquet (en grec ancien Συμπόσιον) est un texte de Xénophon, dialogue écrit entre -390 et -370[1], alors que l’auteur réside dans son domaine de Scillonte, ville du Péloponnèse. Il est constitué d’une série de discours portant sur la nature et les qualités de l’amour.

Présentation[modifier | modifier le code]

Scène de Banquet. Coupe attique, v. 480 av. J.-C. (musée du Louvre).

Dans le Banquet de Xénophon, la conversation à laquelle Socrate impose plus ou moins discrètement ses orientations, contient en filigrane une immense argumentation en faveur de la kalokagathie, ses caractéristiques et des moyens d’y accéder.

Xénophon décrit Socrate différemment de Platon : L’amour est censé manquer de beauté, parce qu’il recherche la beauté et que l’on ne recherche que ce dont on manque[2]. Xénophon donne suite à ses Mémorables par son Banquet. La beauté de l’athlète Autolycos monopolise l’attention de tous les convives, invités par Callias chez lui à participer à un banquet en l’honneur d’Autolycos, dont l’auteur rapporte le symposion — traditionnellement traduit par « Banquet », plus littéralement « réunion de buveurs » et plus exactement « Beuverie » — est l’un des loisirs préférés des Grecs. Il était autorisé aux hommes de danser à la fin des banquets, pendant le symposion, prétextant l’ivresse : Théophraste dans son ouvrage Caractères, montre comme tout à fait inapproprié un malotru qui prend pour partenaire quelqu’un de sobre, pas même éméché[3]. Certains anachronismes ont été relevés par Athénée chez Platon et Xénophon, et notamment Claude Mossé dans son édition du Ménéxène[4] : selon Athénée de Naucratis, Xénophon n’était peut-être pas encore né, au moins aurait-il été enfant à cette époque[5].

Introduction[modifier | modifier le code]

Callias, Autolycos et son père l’orateur Lycon rencontrent Socrate en compagnie de ses disciples Antisthène, Criton d'Athènes et son fils Critobule ; Charmide et le philosophe Hermogène.

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

Socrate[modifier | modifier le code]

Callias[modifier | modifier le code]

Antisthène[modifier | modifier le code]

Des deux ouvrages socratiques intitulés Le Banquet, Antisthène n'est présent que dans la version de Xénophon.

Charmide[modifier | modifier le code]

Autolycos[modifier | modifier le code]

  • Autolycos, fils de Lycon : jeune athlète dont Callias est très épris. Autolycos fut un pancratiaste vainqueur de l’épreuve des Grandes Panathénées. Le Banquet est donné en son honneur. Il mit une garnison dans l’Acropole et nomma harmoste le Spartiate Callibios. Un jour que Callibios leva son bâton sur l’athlète dans l’intention de le frapper, l’autre lui donna un croc-en-jambe et le fit tomber à la renverse. Lysandre, loin d’en être fâché, reprocha à Callibios de ne pas savoir commander à des hommes libres. Mais les Trente, pour faire leur cour à Callibios, firent peu après mourir Autolycos. Une comédie d'Eupolis porte son nom, raille sa victoire, et fait de sa mère Rhodia et son père des parasites de Calias[6].

Lycon[modifier | modifier le code]

Hermogène[modifier | modifier le code]

Critobule[modifier | modifier le code]

Nicératos[modifier | modifier le code]

Personnages secondaires[modifier | modifier le code]

Composition[modifier | modifier le code]

Jeune garçon servant du vin lors d'un banquet (kylix attique, v. 460/-450, Musée du Louvre).

Chapitre I. Callias célèbre la victoire d'Autolycos au pancrace par un banquet où il invite Socrate et quelques-uns de ses amis.[modifier | modifier le code]

Xénophon raconte le préambule à la réception de Callias, et sa rencontre avec Socrate. Une fois attablés, la beauté d’Autolycos imposant le silence, les convives restent calmes. Même lorsque Philippe, un bouffon, entre dans la salle, il ne fait aucune impression. Critobule finit par rire à un mot d’esprit de Philippe, et les convives rerouvent un certain entrain, qui permet de manger, de faire quelques libations et danses au son d’une flûtiste.

Chapitre II. Musique et danses. L'éducation des femmes. L'enseignement du courage.[modifier | modifier le code]

Observant les artistes, Socrate commente les prouesses de la danseuse, vante l’agilité des danseurs. Callias se réjouit de l’ambiance, à laquelle selon lui ne manque plus que la douceur des parfums ; à ce moment, Socrate, citant le poète Théognis de Mégare, répond à Callias :

« L’honnête homme du bien te montre le sentier ;
Le méchant te corrompt et te perd tout entier. »

S’ensuit une conversation sur les parfums, dans laquelle Socrate fait une parallèle entre vêtements et parfums - tel allant mieux à un sexe qu’à l’autre, tandis que, répondant à Lycon qui se demande si le parfum d’une personne ne dépend pas de son âge, Socrate est d’avis que l’âge d’un homme doit lui procurer un parfum de vertu, et que ce parfum-là trouve son origine dans la pratique de la vertu.

Revenant à la danseuse, Socrate discute l’éducation et l’enseignement qu’un mari doit à son épouse. Là où Antisthène continue la discussion, il demande à Socrate pourquoi il avait épousé Xanthippe, dont le caractère acariâtre était célèbre dans l’Athènes antique. Xénophon fait répondre à Socrate qu’il l’avait épousée pour s’exercer à la supporter, comme tous les autres caractères des hommes[8].

De la femme, le sujet de la danse est abordé par Socrate qui discute de l’exercice avec le Syracusain[9] et admet s’y adonner ; Charmide confirme, et Callias se dit prêt à prendre lui aussi des cours. Xénophon remarque considère la danse comme un système scientifique d'entraînement physique pouvant exercer tout le corps de façon symétrique, puis Socrate invite à boire[10], évoquant une légère ivresse pour prétexte du début des danses[11],[12]. On discute allègrement des fleurs, des dieux et de la boisson, Socrate évoquant au passage le rhéteur Gorgias, le bouffon Philippe incitant les échansons à l’action.

Chapitre III. On convient que chacun des convives louera ce dont il est le plus fier.[modifier | modifier le code]

Le jeune cithariste accorde son instrument, et Socrate, incité par Charmide à prendre la parole, se réjouit du jeune homme et de sa collègue qui arriveront à tous les divertir, et met en vis-à-vis l’utile et l’agréable des artistes et l’utile et l’agréable de chacun des invités l’un pour l’autre. L’exhortation à philosopher lance la discussion. Callias exprimant son accord pour expliquer sa science et en livrer à tous un échantillon - les questions des uns aux autres porteront sur ce que chacun à de bon et ce qu’il croit savoir de meilleur.

Callias, s’écartant de ce qu’on lui demande de détailler, amène la discussion à ce qui le rend le plus fier de sa science : sa science rend selon lui les hommes meilleurs. Sur une question d’Antisthène, on apprend que sa science ne rend pas les gens meilleurs par une mécanique, mais par la probité, parce que la justice qui en fait partie ne mène pas à son contraire. Nicératos est en suite invité à prendre la parole, et, évoquant son père, il est fier d’avoir hérité de lui la connaissance de l’Iliade et l’Odyssée en entier. Une brève critique des rhapsodes par Antisthène est affirmée et close par Socrate, pour qui le sens profond des poèmes échappe aux récitants que sont les rhapsodes[13] ; Socrate fait également remarquer à Nicératos qu’il a payé certains experts.

Critobule est fier de sa beauté, et il dit de lui-même qu’il ne vaut rien si cela ne lui sert pas à améliorer les hommes. Antisthène est fier de sa richesse, sujet qu’il met en suspens avec ironie en déclarant qu’il n’a ni argent ni terres.
Charmide est fier de sa pauvreté, ce qu’apprécie Socrate : la pauvreté ne fait naître ni envie, ni dispute, et qu’elle n’exige aucune garde tout en croissant même si on la néglige.
Socrate est fier de ses talents d'entremetteur, talent qu’il dit de beaucoup de valeur, mais il déclare ne pas se servir. Philippe acquiesce à Lycon qui dit que ce dont il est le plus fier est de pouvoir faire rire, tandis que Lycon lui-même est plus fier de son fils que quoi que ce soit d’autre, compliment qu’il lui rend. La parole émeut les convives, Callias dit d’ailleurs que Lycon est le plus riche des hommes qui soit, parce qu’aucune valeur ne peut égaler l’objet de sa fierté. Hermogène se dit le plus fier de ses amis vertueux, qui malgré leur puissance ne le négligent pas[14],[15]

Chapitre IV. Callas loue la justice, Critobule sa beauté, Socrate l'excellence du métier d'entremetteur.[modifier | modifier le code]

Socrate demande à chacun pourquoi ce dont il est fier mérite qu’il en soit fier. À cela, Callias est le premier à répondre qu’il est fier que ses richesses rendent les gens plus justes ; prenant la parole, il se dit fier de rendre les hommes plus justes en mettant de l’argent dans sa foi, entendant par là que la suffisance qu’il procure ainsi à l’autre empêche celui-ci de penser à mal agir. Antisthène le reprend, parce que la justice ne se trouve pas dans la fortune de chacun, mais en son âme, poursuivant cette idée lorsque Callias lui avoue que d’aucuns après qu’il les a aidés, le détestent davantage. Forcé de constater que rendre les hommes plus justes face à autrui et pas à soi, Callias se résigne lorsque Antisthène est soutenu par Socrate.

Nicératos, revenant à Homère, se dit fier de le connaître, parce que ses vers concernent tous les aspects de la vie humaine et son comportement : l’oignon accompagne la boisson[16], et permet de cacher les intentions du buveur.

Critobule, qui a parlé de sa beauté, dit que s’il a abordé sa beauté, c’est que chacun est de cet avis, et lui y font croire. Tandis que ses amis ont ces avis sur sa beauté, Critobule considère que chacun ressent ce qu’il éprouve pour Clinias, personnalité athénienne qu’il trouve d’une beauté digne d’être contemplée autant sinon davantage que la sienne. La beauté naturelle ne réclame pas les efforts que réclame le travail de ceux qui veulent devenir fort, du courageux face aux dangers, du savant qui se veut éloquent. La beauté de Critobule lui permet de désintéresser ceux qui se veulent vertueux, tandis que Callias ne peut agir sans fortune. Chaque âge a son charme, selon Critobule, et son âge à lui, lui permettrait de séduire le danseur présent avec plus d’aisance que Socrate s’il le souhaitait, et il obtiendrait ses faveurs avec plus de facilité - sans pour autant se croire le plus beau pour autant, ni plus beau que Socrate non plus[17]. Socrate rappelle que se souvenir de quelqu’un sans le nommer n’empêche pas de penser après l’avoir évoqué. Lorsque Critobule se remet à parler de Clinias, Socrate révèle que Critobule a embrassé Clinias, et que c’est pour ce genre de propos que son père le lui a présenté. Socrate lui a entre autres appris que le baiser est la plus grande des incitations à l’amour : il doit porter à la prudence et la modération. Socrate dit enseigner que celui qui veut rester chaste doit aborder les passions amoureuses en évitant la pratique avec de belles personnes, et de ne pas embrasser de jeunes gens. Charmide souligne l’hypocrisie de son maître, qu’il a vu désirer Critobule. Socrate dit s’en être rendu compte, et il déclare avoir payé cette dette cinq jours durant ; il réplique par ailleurs en déclarant ne pas toucher Critobule avant qu’il ait porté la barbe.

Au tour de parole de Charmide, on lui demande pourquoi il a répondu en parlant de sa pauvreté. Il répond que quand il était riche, il craignait de perdre ses biens, et était sollicité de partout, entre autres pour son argent, sans véritable liberté de voyager, sans cesse taxé par l’État, craignant pour sa personne tout autant que ses possessions. Pauvre, sa liberté n’est plus tributaire du peuple, souffrant les gens qu’il fréquente ou croise. Lorsqu’il était riche, fréquenter Socrate le rendait ridicule ; à présent, il retire plus de bonheur de ses attentes que pendant sa période faste, lorsqu’il avait peur de ses pertes. Quand Callias lui demande s'il préfère ne jamais retrouver sa position d’avant, il répond que non ; il attend un bienfait avec plus de courage qu’avant d’en avoir vécu la perte.

Revenant sur la richesse dont il parlait au chapitre précédent, Antisthène[18] explique que selon lui la richesse réside en l’âme et non dans ses possessions. Antisthène évoque en support à sa conclusion l’exemple de deux personnes, dont la première a tout ce qui lui est nécessaire, et l’autre manque sans cesse de tout alors qu’ils sont de de richesses égales. Antisthène déclare qu’il est satisfait de sa condition, et qu’il sera toujours à même de gagner assez, même s’il était réduit à l’état d’homme pauvre. Il est satisfait de ce qu’il a, et attribue sa richesse et sa générosité aux enseignements de Socrate. Antisthène considère le loisir comme son plus grand bien[19]. Callias aimerait partager la richesse dont parle Antisthène, parce que de lui l’État n’exige rien et personne ne lui en vaut en cas de refus de la partager. Nicératos cite Homère et se déclare intéressé, ce qui provoque le rire de tous.

Hermogène se disait fier de ses amis : il parlait en fait des dieux. À Socrate qui demande ce qui permet à Hermogène de se vanter de l’amitié des dieux, il dit qu’il prie pour eux, en échange de quoi ils lui permettent d’éviter de profaner et de mentir.

Lorsque Callias demande le tour de parole pour Socrate, lui qui disait être fier de ses talents d’« entremetteur », définit le terme : celui rend ses gens agréables aux autres, complimentant Antisthène pour ses propres talents d’« entremetteur » parce qu’il a présenté Callias et Socrate à de nombreuses personnes[20].

Notes[modifier | modifier le code]

Tout comme dans le Banquet et le Théétète de Platon, où Socrate, qui a de nombreux traits de ressemblance physique avec Théétète, lui dit même qu’il le trouve beau, le personnage qu’est le silène, demi-dieu caricatural du moche, contient toute une sagesse : la comparaison avec Socrate en est un rappel dans ce dialogue ; la comparaison des laideurs sert en même temps à Socrate pour évoquer une sagesse, beauté - en l’occurrence - toute intérieure.

  • Ce qui frappe dans le personnage paradoxal qu’est Socrate, c’est qu’il est physiquement laid - et le concours lancé à Critobule est une plaisanterie, pas une raillerie. C’est ce qu’évoque Alcibiade dans son éloge de Socrate à la fin du Banquet de Platon, en le comparant à un silène ou à un satyre : « Je dis d’abord que Socrate ressemble tout à fait à ces Silènes qu’on voit exposés dans les ateliers des statuaires, et que les artistes représentent avec une flûte ou des pipeaux à la main : si vous séparez les deux pièces dont ces statues se composent, vous trouvez dans l’intérieur l’image de quelque divinité. Je dis ensuite que Socrate ressemble particulièrement au satyre Marsyas »[21]. Il est généralement représenté sous la forme d’un vieillard jovial mais d'une grande laideur, avec un nez épaté, des traits lourds, un ventre bedonnant.

Citations[modifier | modifier le code]

« Être à la fois bon prince et brave combattant. »[22]

  • « Sur ce char élégant penche-toi vers la gauche ;

Que le coursier de droite, animé par ta voix,
S'élance, entraînant tout et brides, et harnois. »
[23]

  • « Sept trépieds veufs du feu, vingt cuvettes brillantes,

Et puis dix talents d'or, et puis douze chevaux »[24]

Chapitre V. Critobule et Socrate se disputent le prix de la beauté : il est adjugé à Critobule.[modifier | modifier le code]

Callias lance un prix de la beauté entre Socrate et Critobule. Le débat prend une tournure humoristique, parce que Socrate feint la naïveté par son habileté à faire une bonne cause d’une mauvaise. Critobule s'avoue vaincu, et lance le tirage au sort du vainqueur en beauté. Critobule l’emporte à l’unanimité, et Socrate d'ajouter que l’argent dont Callias vantait la qualité de rendre les gens plus justes n'est pas le même que celui de Critobule, un argent capable de corrompre les juges et les arbitres également.

Notes[modifier | modifier le code]

Dans ce chapitre prévaut la dimension argumentative : il s’agit d’une joute argumentative entre Socrate et Critobule au sujet de la beauté. Athénée désapprouve ce passage qu’il trouve pervertissant pour le lecteur.

Chapitre VI. Socrate taquine Hermogène sur sa taciturnité.[modifier | modifier le code]

Tandis que tous pressent Critobule de réclamer les baisers qu’on lui doit, seul Hermogène reste morose et silencieux, ce dont Socrate se plaint : avec un ton moqueur et caustique, il lui demande s’il sait définir le mot παροινία. Critobule rétorque en se plaignant que c’est le bruit des autres qui ne lui permet pas de parler ou d’entrer dans la conversation, et si Socrate n’aimerait pas davantage l’entendre parler pendant que joue le musicien. Socrate reprend la joute, mais Callias l’interrompt en prenant Antisthène pour cible, recommençant le jeu de Critobule, tous interrompus par Philippe, qui demande à Socrate s'il est bien surnommé le « Penseur » qui ne pense qu’à ce qu’il se passe dans les airs. À quoi Socrate répond qu’il n’y a rien de mal à penser comme lui, tant qu’on ne pense pas plus haut qu’un dieu : ils sont au-dessus de tous, et bénéfiques. Critobule de répondre que Socrate a la réputation de s’occuper de l’inutile[25], et Socrate de lui rappeler que c'est d’en haut que viennent les dieux, la pluie et la lumière entre autres bienfaits.

Philippe intervient une seconde fois, jaloux de l’intérêt que suscite la conversation, rappelant à Socrate une plaisanterie acerbe d’après la pièce Les Nuées[26] d’Aristophane. Antisthène intervient et défend Socrate en surnommant Philippe d’insolent comme s’il voulait l’imiter en lui retournant l’insulte. Socrate met fin à leur échange en intervenant auprès de Philippe pour qu’il arrête ses comparaisons en gardant le silence. Le faisant ainsi taire, Socrate met un terme à la parinie en invitant Philippe à faire qu’il ne faut pas dire, rappelant également l’interdiction d’être désobligeant ou moqueur lorsque l’on considère ou apprécie les autres invités à une table, au risque de ne plus passer pour un insolent, mais plutôt un parasite.

Notes[modifier | modifier le code]

  • Le mot παροινία désigne désigne en grec ancien le comportement dû à l’ivrognerie, les emportements et de manière plus générale le comportement de celui commet un excès de grossièreté dû à l’ivresse. Il faut donc distinguer l’ivresse convenue et toute en retenue durant le symoposion, de l’état dont il s’agit ici, ivrognerie dont l’ivresse nuit à la bonne ambiance. Théophraste, dans les Caractères dépeint un mufle[27] qui importune les convives en invitant l’un deux sans être ivre.
  • Critique envers la philosophie et envers Socrate, Aristophane a représenté Socrate demandant à son ami Chéréphon combien de fois une puce saute la longueur de ses pattes dans sa pièce Les Nuées : la représentation de la pièce est antérieure au banquet ; Socrate connaît la provenance de cette moquerie.

Chapitre VII. Socrate demande au Syracusain d'autres divertissements que ceux qu'il se proposait de donner.[modifier | modifier le code]

Socrate propose de chanter, puis la danseuse. Socrate entame une recherche pour plus de plaisir des yeux devant le spectacle, et se déclare penseur - de plus, il réfléchit à plus de plaisir encore aux banqueteurs. Une discussion est entamée sur la flamme d’une lampe qui répand de la lumière - et le cuivre, qui n’en réfléchit pas - mais ils brillent tous deux : elle donne de la lumière, et le bronze n’en répand pas - bien qu’ils brillent tous les deux ; de même l’huile, liquide, nourrit une flamme - et, liquide aussi, l’eau l’éteint. Puis c’est Socrate qui propose une danse pour plus de charme, spectacle qui représenterait les postures des Charites, des Heures et de nymphes au son de la flûte - à quoi Philippe promet une représentation inoubliable.

Citations[modifier | modifier le code]

« Être à la fois bon prince et brave combattant. »[22]

  • « Rien n'assaisonne mieux la boisson que l’oignon.

Que quelqu'un vous apporte de l’oignon, et sur-le-champ »[23]

  • « Sept trépieds veufs du feu, vingt cuvettes brillantes,

Et puis dix talents d’or, et puis douze chevaux »[24]

Notes[modifier | modifier le code]

Contrairement au chapitre précédent, celui-ci présente une argumentation sérieuse, reposant sur une structure solide et non sophistique.

Chapitre VIII. Socrate célèbre l'amour. Il démontre que l'amour de l'âme l'emporte de beaucoup sur celui du corps.[modifier | modifier le code]

Philippe s’affaire à préparer le prochain divertissement, et Socrate entame une discussion sur Éros : selon lui, l’Éros de l’âme vaut mieux que l’Éros des corps, et tous les convives ont ressenti l’amour. Interrogeant son élève Antisthène, il l’oppose à l’ami des dieux que se dit être Hermogène ; Antisthène se dit amoureux de Socrate - et il lui reproche de tantôt l’écouter, tantôt l’ignorer. Socrate feint de taquiner Antisthène, et lui demande de le laisser en paix, parce qu'il l’aime en ami, et en est en retour aimé davantage pour son physique que pour son âme.

Détournant le sujet en cours, Socrate s'en prend à Callias, dont tout le monde connaît les sentiments pour Autolycos, en ville et au-delà, par ailleurs - ce qu'il trouve juste parce que leur naturel les y portent par certaines qualités naturelles qu'il leur trouve en commun : il cite leur bonne naissance ; leur santé et amitié visibles, qu'il déclare même être exemple de sincérité parce qu'elle est connue de son propre père[28], et leur trouve en commun vigueur, endurance, de courage et de tempérance. Comme chez Platon dans son dialogue homonyme, Socrate s’interroge sur deux sortes d'amours, dont l’une est céleste et l’autre vulgaire. Il les nomme toutes deux Aphrodite, et les distingue : l’Aphrodite Vulgaire attire des sacrifices moins purs, et l’Aphrodite Céleste attire des offrandes plus chastes ; l’Aphrodite Vulgaire attire l’amour charnel, physique[29], l’Aphrodite Céleste attire l’amour des âmes. Lorsque l’on aime le corps et l’esprit à la fois, l’amitié flétrit, se fane[30].

Amour physique et Amour spirituel selon Socrate.[modifier | modifier le code]

L’amour de l’âme se rend davantage digne d'amour[30] ; l’amour physique finit par lasser ou dégouter par satiété[31] ; l’amour de l’âme, inspire les paroles et les actes aimables[31] ; l’amour physique peut dépendre de la santé et de l’apparence[10] ; l’amour de l’âme n’est pas préoccupé par la beauté de la personne aimée plus que de son propre plaisir[10] ; l’amour physique peut mener à la violence ; l’amour de l’âme ne mènerait pas les actes d’un homme et un garçon à se cacher des parents. L’amour des corps par la persuasion corrompt les âmes, et n'est pas d’égale valeur quant aux intentions et au prix de l’attachement[32]. Puis Socrate met en parallèle celui qui offre un corps jeune contre de l’argent et celui qui offre sa jeunesse sans tendresse, en le comparant aux relations de prostitution. Socrate compare le couple de celui qui convoite l’esprit à deux amis dont l’un enseigne à l’autre de faire et dire ce qu’il doit, tandis qu’il considère la convoitise des corps à un mendiant. Utilisant le centaure Chiron, Phénix et le roi Achille pour illustrer le respect d’un maître et son disciple[33],[34],[35], Socrate étaye son discours par des figures historiques et mythologiques qui ont toutes été aimées de Zeus, toutes uniquement pour leur esprit davantage que pour leur corps. Xénophon fait dire à son maître Socrate que Zeus n’a non pas enlevé Ganymède par amour pour son corps - amour physique - mais par amour pour son âme et sa sagesse - par amour spirituel[36].

Considération des héros par Socrate[modifier | modifier le code]

Socrate prend soin de rappeler que les héros s’aiment d'une amitié qui a l’admiration mutuelle pour origine, et non des exploits entre compagnons de lit[37]. Socrate rappelle le poète comique et tragique Agathon et Pausanias son amant faisant l’apologie de la pédérastie, de l’homosexualité et de la luxure, très critiquées par Socrate[38], qui se demande pour quelle raison un amant ou un aimé serait plus digne d'amour de l’âme que l’autre[39].

Callias, vers qui Socrate est tourné, rappelle à tous qu’il est proxène à Sparte, où les hommes sont persuadés qu’en s’attachant au corps, on ne pense plus à rien de beau et de bon, et que cela ne l’empêche pas d'avoir une prestance remarquable parmi tous les convives, bien-né et désireux d'excellence[40], homme comme Socrate les apprécie. Callias demande enfin à Socrate son accord pour jouer le rôle d’entremetteur pour lequel il s'est dit doué[41], ce qu’il accepte à la condition qu’il continue à s’exercer à la vertu[42].

Citations[modifier | modifier le code]

« Il est ravi d'entendre... »[43] « Et dans son cœur sont de prudents desseins »[44]

Chapitre IX. Représentation des amours de Dionysos et d'Ariane.[modifier | modifier le code]

Le temps de la promenade d’Autolycos est venu : il se lève, et son père le suit de près après avoir loué l’honnêteté de caractère de Socrate[45]. Philippe de Syracuse annonce son dernier divertissement : ses danseurs miment, rejouant la rencontre de Dionysos et Ariane, épisode qui a lieu après son abandon par Thésée sur l’ile de Naxos. Le couple s’exécute amoureusement, assez lascivement pour exciter le public, avant de disparaître. Ceux du public qui n’étaient pas mariés se jurent de l’être tout bientôt, et les époux s'en retournent vers leur épouse. Sortis à leur suite, Socrate et Callias rejoignirent Autolycos et son père.

Notes[modifier | modifier le code]

D’après Platon, tout comme Xénophane, Socrate rejetait les mythes qui faisaient de Zeus et des autres dieux des personnages immoraux et dévergondés. Le nom porté au ciel par Ganymède témoigne plutôt de l’affection de Zeus pour son âme plutôt que pour son corps ou sa beauté physique : la composition du nom provient des mots Γανύς (ravi, joyeux) et μῆδος (soin, application, résolution, dessein). Platon et Xénophon ont tous deux écrit un Banquet : l’un en proscrit les joueuses de flûte, l’autre les y admet ; l’un montre Socrate comme buvant jusqu'à l’aurore, l’autre dissuade de boire dans de grands vases.

Personnages évoqués[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Selon certains commentateurs dont l’universitaire Pierre Chambry, la période s’étale de -391 à -371
  2. Platon, Le Banquet [détail des éditions] [lire en ligne] (201a)
  3. Caractère XII, Le Malotru (14)
  4. Mossé 2009
  5. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne], Livre V (215-217)
  6. Xénophon 2014, p. 23
  7. Xénophon 2014, p. 27
  8. 10
  9. 10-11
  10. a, b et c 17
  11. La dernière partie des banquets, consacrée à la beuverie, est prétexte entre autres à la danse, mais inviter une danseuse sans être au moins éméché est très mal vu en société ; l’ivresse doit servir de prétexte
  12. Théophraste, Caractère XII, L’Importun (14) ; Caractère XV, Le Goujat (10)
  13. Référence au dialogue Ion, de Platon
  14. Xénophon 1967, p. 269.
  15. Xénophon 1996, p. 269.
  16. Iliade, XI, 630
  17. Critobule fait allusion à sa laideur imaginaire et à celle de Socrate en se comparant à un silène, créature mythologique dont le visage présente des points communs avec le visage réel de Socrate
  18. Chapitre III (9)
  19. à l’instar de Socrate
  20. C’est lui qui a présenté Callias à Prodicos de Céos et Hippias d’Élis, deux sophistes
  21. Le Banquet (215a-b) traduction : Dacier & Grou : [lire en ligne]
  22. a et b Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne] (III, 179)
  23. a et b Iliade (XXII, 335)
  24. a et b Iliade (IX, 122)
  25. Socrate a fait l’objet de très nombreuses railleries et critiques de la part de beaucoup de gens d’Athènes. Le philosophe et rhéteur grec Maxime de Tyr a écrit que Socrate était surnommé le « mendiant bavard » ; Socrate ironise à propos pendant ce Banquet
  26. 118 et passim
  27. XV (14)
  28. 11
  29. comme celle qu’il attribuait à Antisthène
  30. a et b 14
  31. a et b 15
  32. 19, 20
  33. 23
  34. Xénophon 1967, p. 290.
  35. Xénophon 1996, p. 290.
  36. 30
  37. 31
  38. 32-33
  39. 36
  40. 40-41
  41. au Chapitre III
  42. 43
  43. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne] (Chant XX, 405)
  44. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne] (Chant XVIII, 325)
  45. Certains commentateurs et historiens voient en cette annonce un certain sarcasme venant de la part de l’un des futurs accusateurs et initiateurs du procès de Socrate.