Le Baiser de l'hôtel de ville

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Le Baiser.
Le Baiser de l'hôtel de ville
Artiste
Date
Type
Technique
Localisation

Le Baiser de l'hôtel de ville est une célèbre photographie en noir et blanc du photographe français Robert Doisneau. Prise en 1950 à proximité de l'hôtel de ville de Paris, elle représente un homme et une femme qui s'embrassent tout en marchant sur un trottoir encombré de passants, devant une terrasse de café.

Histoire de la photo[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'une scène posée réalisée dans le cadre d'un travail de l'auteur pour le magazine Life avec la complicité des deux protagonistes, étudiants en théâtre, Françoise Delbart (née Bornet) et son petit ami Jacques Carteaud[1], alors élèves au Cours Simon. Robert Doisneau les avait rencontrés dans un café parisien et, les ayant vu s'embrasser, leur avait proposé une séance de prise de vue en pleine rue, moyennant une rétribution de 500 FF[2]. L'identité des deux protagonistes fut longtemps inconnue, y compris de l'auteur lui-même.

Cette photographie est devenue particulièrement célèbre avec la commercialisation, en 1986, de 410 000 exemplaires d'un tirage en format affiche, un record mondial[3].

Ce cliché a été au cœur de nombreux contentieux, dont un procès retentissant du vivant de Robert Doisneau. En 1992, le couple Lavergne revendique être les amants de l’hôtel de ville, et réclament 500 000 FF au photographe pour violation de sa vie privée. Ce procès fait ressurgir Françoise Bornet qui se fait connaître de Robert Doisneau et fournit, pour prouver qu'elle est bien l'un des protagonistes, un cliché original, numéroté et estampillé que le photographe avait donné aux amants après la séance photo. Françoise Bornet fait, elle aussi, un procès et réclame 100 000 FF de rémunération complémentaire, ainsi qu'un pourcentage sur les bénéfices commerciaux. Depuis la prise du cliché, les amants se sont séparés[1]. Jacques Carteaud refuse quant à lui de se joindre à la démarche, refusant de « transformer cette histoire photographique en histoire de fric »[2].

Le 2 juin 1993, la première chambre du tribunal de grande instance de Paris[4],[5],[6],[7],[8],[9],[10],[11],[12],[13] déboute les trois demandeurs. Les époux Lavergne n'ont pas réussi à prouver qu'il s'agissait bien d'eux sur le cliché. Quant à Françoise Bornet, Robert Doisneau lui-même la reconnaît comme étant la protagoniste. Mais le tribunal considère qu'elle ne peut se prévaloir d'un droit à l'image n'étant, du fait de sa position, pas reconnaissable sur le cliché. Les époux Lavergne interjettent appel mais le jugement du 2 juin 1993 est confirmé le 10 décembre 1996 par la cour d'appel de Paris[10],[14]. Le 16 mars 1999, la Première chambre civile de la Cour de cassation rejette le pourvoi des époux Lavergne qui attaquaient l'arrêt de la cour d'appel[15].

Françoise Bornet a mis en vente son cliché original, le . Mis à prix à 10 000  chez Artcurial à Paris, il sera adjugé 185 000  en présence de sa propriétaire[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Classic Kiss shot sold at auction », BBC News, .
  2. a, b et c « Amour de l'art - Et records de la photo ‘humanisteʼ », sur photographie.com, . Version enregistrée par Internet Archive le 13 décembre 2013.
  3. Dominique Raizon, « Le Baiser de l'Hôtel de Ville s’est envolé aux enchères », Radio France internationale, .
  4. Pierre Frémond, « TGI Paris 1re Ch., 2 juin 1993 », La Gazette du Palais, nos 44-46,‎ 13-15 février 1994, p. 18.
  5. Bernard Beignier, L'honneur et le droit, Paris, LGDJ, coll. « Bibliothèque de droit privé » (no 234), , 660 p. (ISBN 2-275-00338-X), p. 78.
  6. Emmanuel Pierrat, Reproduction interdite ? Le droit à l'image expliqué aux professionnels et à ceux qui souhaitent se protéger, Maxima-Laurent du Mesnil, coll. « Concrètement que dois-je faire ? », , 236 p. (ISBN 2-84001-287-1), p. 111 et Emmanuel Pierrat, Le droit du livre, Paris, Cercle de la librairie, , 2e éd., 372 p. (ISBN 2-7654-0913-7), p. 182.
  7. Laurent Jourdaa, Jean-Jacques Sueur (dir.) et Michel Paillet (dir.), Les contentieux de l'image : Étude de jurisprudence comparée (thèse pour le Doctorat mention Droit public), Université de Toulon, (lire en ligne), p. 98.
  8. François Dagognet, Le trouble, Le Plessis-Robinson, Synthélabo, coll. « Les Empêcheurs de penser en rond », , 194 p. (ISBN 2-908602-45-8), p. 129.
  9. Julien Rémy, « Le corps et son image en droit », Champs visuels, L'Harmattan, no 7 « Les images du corps »,‎ , p. 53 (ISBN 2-7384-6101-8).
  10. a et b Daniel Girardin et Christian Pirker, Controverses : une histoire juridique et éthique de la photographie (exposition, Lausanne, Musée de l'Élysée, 5 avril-1er juin 2008), Arles, Actes Sud, , 319 p. (ISBN 978-2-7427-7432-6), p. 145.
  11. André Bertrand, Droit à la vie privée et droit à l'image, Paris, Litec, coll. « Responsabilités », , 222 p. (ISBN 2-7111-3084-3), p. 145.
  12. Bernard Mouffe, Le droit de la publicité, Bruxelles, Bruylant, , 4e éd., 619 p. (ISBN 978-2-8027-4137-4).
  13. Pascal Gourdon, « L'exclusivisme ambivalent du droit à l'image », NZACL Yearbook, vol. 5,‎ , p. 544 (lire en ligne).
  14. « Mise en scène ou baiser volé ? », Légipresse, no 146,‎ (lire en ligne).
  15. Cass. 1re civ., 16 mars 1999, pourvoi no 97-11465, sur Légifrance.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]