Lanterne de Rochecorbon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Lanterne de Rochecorbon
Image illustrative de l'article Lanterne de Rochecorbon
Type Château-fort
Début construction XIe siècle
Protection Logo monument historique Classé MH (1840)[1]
Coordonnées 47° 24′ 33″ nord, 0° 45′ 19″ est
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces de France Touraine
Région Centre-Val de Loire
Département Indre-et-Loire
Commune Rochecorbon

Géolocalisation sur la carte : Indre-et-Loire

(Voir situation sur carte : Indre-et-Loire)
Lanterne de Rochecorbon

Géolocalisation sur la carte : Centre-Val de Loire

(Voir situation sur carte : Centre-Val de Loire)
Lanterne de Rochecorbon

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Lanterne de Rochecorbon

La Lanterne de Rochecorbon est une tour, unique vestige d'une forteresse médiévale située sur la commune de Rochecorbon, dans le département d'Indre-et-Loire. Elle a été classée monument historique par la liste de 1840.

Localisation[modifier | modifier le code]

La forteresse de Rochecorbon était située à l'extrémité d'un éperon rocheux dominant la Loire, limité au sud par la vallée du fleuve et à l'est par le vallon creusé par un de ses petits affluents. La partie la plus ancienne du village de Rochecorbon est située dans cette vallée ainsi qu'en bordure de Loire.

Rochecorbon, village de Corbon des Roches[modifier | modifier le code]

Rochecorbon est mentionné sous le nom de Vodanum depuis le IXe siècle[2], mais sa fondation remonte au moins à l’Antiquité : la grande voie antique qui suivait le cours de la Loire sur sa rive droite passait au pied du coteau. C'est juste avant l'an 1000 que l'on a connaissance d'un chevalier Corbon des Roches, vivant à Vodanum et neveu de Hardouin qui fut archevêque de Tours de 960 à 980. C’est son nom qui sera finalement attribué au village (la Roche Corbon) après plusieurs dénominations intermédiaires (Roche Hardouin au XIIe siècle puis Vosnes-le-Crochet ou Notre-Dame de Vosnes aux XVe et XVIesiècles)[3] .

Historique[modifier | modifier le code]

Au début, une motte castrale[modifier | modifier le code]

Le site, très facile à défendre car constitué par un triangle protégé sur deux de ses côtés par les falaises des coteaux, a logiquement été retenu lorsqu'il s’est agi de contrôler le passage dans la vallée de la Loire. Une motte castrale, dispositif de défense constitué d'une motte de terre souvent surmontée d'un donjon en bois, a très certainement précédé la construction du château, en retrait de l'éperon[4]. Il n'en reste aucun vestige. Bien qu'on n’en ait aucune preuve, certains historiens pensent que sa construction pourrait être attribuée à l'évêque Hardouin[5].

Le château du XIe siècle[modifier | modifier le code]

Le petit-fils de Corbon, Thibaud des Roches, entame en 1093 la construction d’une forteresse de pierre sur le site[4]. La Touraine est alors en proie aux luttes d'influence que se livrent les comtes d’Anjou et de Blois pour sa possession. Cet épisode devrait prendre fin avec la conquête de la Touraine par les ducs d'Anjou en 1044[6]. Il n'en est rien ; la rivalité se déplace sur le plan religieux : les évêques de Tours refusent de reconnaître l'autorité des comtes d'Anjou ; les châtelains tourangeaux, de leur côté, s'unissent pour contester le pouvoir des comtes. Dans ce contexte, Foulques IV d'Anjou dit « le Réchin », n'admet pas la construction de ce nouveau château-fort de Rochecorbon qu'il considère dangereux et offensant pour lui ; il s'en empare avant même qu’il ne soit achevé, vers 1100[4].

La reconstruction[modifier | modifier le code]

C'est au fils de Thibaud, dit Robert de Brenne, que revient la tâche de poursuivre la construction, une fois la paix faite avec la maison d’Anjou en 1133[2].

L’abandon[modifier | modifier le code]

À la mort de Geoffroy de Brenne, fils de Robert[7], le château échoit à la famille de Mézières par suite du remariage de sa veuve[2]. En 1424, le château de Rochecorbon tombe temporairement aux mains d'une troupe d'Anglo-Gascons[4]. C’est alors la fin d’une longue période troublée.

Paradoxalement, la paix revenue sera fatale au château. Ses héritiers successifs n’entretiennent plus des défenses devenues inutiles ; jugeant le château malcommode et inconfortable, ils le laissent se ruiner et s'effondrer petit à petit[4].

En 1789, comme beaucoup de châteaux, Rochecorbon est vendu comme bien national[8] alors que ce n’est déjà plus qu’une ruine ; une peinture réalisée en 1797 montre la lanterne au milieu de murs effondrés[4].

Vestiges[modifier | modifier le code]

vue générale du coteau

Aucune source écrite ne permet d'apprécier l'allure générale du château-fort de Rochecorbon lorsqu'il était encore debout. Il n'en reste que de rares vestiges. La tour en elle-même, haute de 10 m, reste couronnée par ses créneaux. Cette tour de guet est bâtie à l'angle sud-ouest de l'enceinte carrée formée par la base des murailles de l'ancien château.

Date-t-elle de la fin du XIe siècle, comme le reste du château[5], ou bien a-t-elle été construite au XVe siècle[8] (ou très restaurée à cette époque) ? Le avis sont partagés et il n'existe aucune étude approfondie de cette tour qui permette de trancher.

Bien qu'il s’agisse d'un édifice privé non visitable, la lanterne de Rochecorbon est fréquemment ouverte au public à l'occasion des journées européennes du patrimoine.

La lanterne en péril[modifier | modifier le code]

Aujourd’hui, l'avenir de la lanterne est loin d'être assuré. Construite à l'origine en retrait du bord du coteau, elle s'en rapproche inexorablement à la faveur des effondrements successifs de la falaise dont le tuffeau, poreux et gorgé d'eau, éclate sous la pression du gel ; de plus, le coteau qui supporte la tour est creusé de cavités naturelles ou artificielles (cette partie de la vallée de la Loire est connue pour ses habitations troglodytiques). Il est donc à craindre que, malgré les opérations de surveillance et de consolidation dont le rocher qui la supporte fait l’objet[9], cette tour ne finisse par être entraînée par un dernier éboulement de son assise.

Le rôle de la lanterne encore discuté[modifier | modifier le code]

La position de cette tour, isolée et dressée au bord du coteau qui surplombe la Loire, a certainement été propice à la naissance et à la transmission de traditions et légendes à son sujet ; c'est ainsi qu'on raconte que :

  • Selon la légende, au commencement du XIIIe siècle, un jour le jeune Chevalier Robert de Brenne rentrait d’une longue chevauchée, il aperçut un aigle dirigeant son vol vers le manoir de ses ancêtres, il banda son arc et abattit l’oiseau. A l’endroit ou tomba sa flèche, Robert fit élever judicieusement une tour fanal à l’extrémité du roc qui formait falaise et surplombait la vallée. L’architecte, avec un art prodigieux, avait su mettre à contribution le rocher où la sape et la mine y paraissaient impossible. Ce n’est ni un nid d’aigle, ni un repaire de brigands, mais un asile d’un pittoresque, saisissant qui domine la Loire, semant çà et là ses nombreux bancs de sable d’or[10]. On ignore la date exacte de construction de la tour, et la tradition du lieu de construction, déterminé par la chute d’un rapace, est à jamais invérifiable.
  • La lanterne était un phare servant à guider la navigation sur la Loire[5] ; aucune source fiable ne permet d'affirmer qu'elle a tenu ce rôle, mais la légende reste vivace.
  • C'était une lanterne des morts[1]. Une fois encore, cette affirmation n'est étayée par aucune source écrite.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Mary Couderc (dir.), Dictionnaire des communes de Touraine, Chambray-lès-Tours, C.L.D., , 967 p. (ISBN 2 85443 136-7).
  • Pierre Leveel, La Touraine disparue et ses abords immédiats, Chambray-lès-Tours, C.L.D., 319 p. (ISBN 2 85443 253 3)}.
  • Robert Ranjard, La Touraine archéologique, Mayenne, Imprimerie de la Manutention, , 735 p. (ISBN 978 2 855 54017 7).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Notice no PA00098049, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. a, b et c Robert Ranjard, La Touraine archéologique, Mayenne, Imprimerie de la Manutention, , 735 p. (ISBN 978 2 855 54017 7), p. 573.
  3. Stéphane Gendron, L'origine des noms de l'Indre-et-Loire, Éditions Hugues de Chivré, , 304 p. (ISBN 978 2 916 04345 6), p. 207.
  4. a, b, c, d, e et f Pierre Leveel, La Touraine disparue et ses abords immédiats, Chambray-lès-Tours, C.L.D., 319 p. (ISBN 2 85443 253 3), p. 112-113.
  5. a, b et c R. Blondel, Rochecorbon, Indre-et-Loire, , 88 p. (lire en ligne), p. 25-26.
  6. Claude Croubois (dir.), L'Indre-et-Loire - La Touraine des origines à nos jours, Saint-Jezan-d'Angély, Bordessoules, , 470 p., p. 140-141.
  7. Jean-Louis Chalmel, Histoire de Touraine jusqu'en 1790, t. III, Tours, Mame, , 541 p. (lire en ligne), p. 176.
  8. a et b Robert Ranjard, op. cit., p. 574
  9. « Un chantier qui n'a pas lanterné », La nouvelle République du Centre-Ouest,‎ (lire en ligne).
  10. Gaston Bonnery, Pagées oubliées - légendes et traditions, le Mans, Imprimerie et lithographie Monnoyer, , 240 p. (lire en ligne), p. 23