Langues au Pakistan

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Langues au Pakistan
Image illustrative de l’article Langues au Pakistan
Répartition géographique des langues parlées au Pakistan.

Langues officielles Ourdou, anglais
Langues principales
  44
  15
  14
  10
  8
[N 1],[1]
Langues des signes Langue des signes pakistanaise

Les langues au Pakistan sont diverses et l'objet de nombreuses problématiques. Le Pakistan a pour langues officielles l'ourdou et l'anglais. L'ourdou est une langue véhiculaire comprise par une grande partie la population (environ 80 %[2]), mais a seulement 8 % de locuteurs natifs[3]. Son importance trouve son origine dans la création du pays et dans la volonté de trouver une langue neutre vis-à-vis des langues régionales. L'anglais est parlé en langue seconde par environ 5 % de la population, et quelque 100 000 en langue maternelle.

Les langues maternelles les plus répandues dans le pays sont pourtant différentes des deux langues officielles, dans le contexte d'une implantation locale forte et d'identités régionales. Chacune d'entre elles sont liées à une province : le pendjabi (parlé par 44 % de la population), le pachto (15 %), le sindhi (14 %), le seraiki (10 %) et le baloutche (4 %)[4].

Les langues parlées dans le pays ont notamment des influences historiques indiennes, arabes et perses. La place de la langue dans la société et les institutions est l'objet de diverses polémiques dans le pays. Malgré la volonté affichée du pouvoir, l'ourdou peine ainsi à s'implanter face aux langues régionales. Ces dernières tentent d'avoir une reconnaissance officielle, alors que d'autres comme le seraiki et l'hindko sont souvent vues comme de simples dialectes malgré des revendications pour les considérer comme des langues à part entière.

Langues officielles[modifier | modifier le code]

L'ourdou est avec l'anglais la langue officielle de la république islamique du Pakistan. L'article 251 de la Constitution de 1973 proclame que « la langue nationale du Pakistan est l'ourdou, et des dispositions doivent être prises pour qu'elle soit utilisée de manière officielle (...) d'ici 15 ans à compter de ce jour ». L'article continue en prévoyant à son alinéa 2 que l'anglais puisse être utilisé de manière officielle le temps que cette phase de transition de 15 ans évoquée dans l'alinéa premier soit accomplie[5]. Ainsi, si l'anglais et l'ourdou sont souvent présentés comme langues officielles côte à côte, l'esprit des textes prévoyaient que seul l'ourdou soit langue officielle, alors que l'anglais aurait été simplement autorisé comme langue de transition avant que l'ourdou ne s'implante réellement. Toutefois, cette phase de transition s'est éternisée et l'anglais est toujours utilisé dans l'administration et les écoles[6].

Bien que langue officielle, l'ourdou n'est parlé couramment que par une petite minorité de Pakistanais : à peine 8 % de locuteurs natifs[6]. Ceux-ci se trouvent surtout dans les centre-villes de grandes métropoles, notamment Karachi, Hyderabad et Islamabad. La communauté Muhadjir est de loin la première à utiliser cette langue couramment. En effet, ceux-ci sont des musulmans venus d'Inde qui ont émigré au Pakistan lors de la fondation du pays de 1947, et ils avaient hautement contribué au mouvement qui a abouti à la création du pays. L'ourdou a également été promu car vu comme favorable à l'unité nationale, puisqu'il évite de favoriser certaines langues locales qui prédominent dans les différentes régions du pays. Il n'a pourtant pas réussi à éviter la sécession du Bangladesh en 1970, qui s'est notamment faite autour du Mouvement pour la Langue, à savoir dans ce cas le bengali[7].

Langues provinciales[modifier | modifier le code]

Vieux manuscrit en sindhi.

Quatre langues provinciales dominent les quatre provinces du pays. La plus parlée est le pendjabi, largement dominant dans la province du Pendjab, la plus riche et peuplée du pays. Ainsi, près de 44,1 % des Pakistanais ont comme première langue le pendjabi selon le recensement de 1998, et 75 % dans le Pendjab. On peut ajouter le seraiki qui est la langue maternelle de 10,5 % de la population[1]. Parlé dans le sud de la même province, il est parfois considéré comme un simple dialecte du pendjabi quand d'autres le considèrent comme une langue à part entière. L'hindko fait également l'objet d'une polémique similaire dans le pays[8]. Le pendjabi et ses dialectes peuvent ainsi rassembler jusqu'à 55 % des Pakistanais.

Toujours d'après le recensement de 1998, le pachto est la deuxième langue la plus parlée du pays, soit près de 15,4 % de la population. Il est surtout parlé par les Pachtounes, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa par près de 75 % de ses habitants, et dans une moindre mesure dans le nord du Baloutchistan. La troisième langue la plus parlée dans le pays est le sindhi, originaire de la province du Sind. Il est parlé par quelque 14,1 % des Pakistanais, dont 60 % dans la seule province du Sind[1]. Il serait toutefois la deuxième langue la plus importante selon une estimation de The World Factbook[4]. Enfin, la quatrième langue provinciale est le baloutche, parlé dans la province pauvre et très peu peuplée du Baloutchistan par 55 % de ses habitants, et par 3,6 % environ au niveau national[1].

La Constitution de 1973 prévoit dans l'alinéa 3 de son article 251 qu'une assemblée provinciale peut accorder un statut officiel à une langue régionale « sans préjudice pour la langue officielle ». Le texte prévoit que l'assemblée doit voter à cet effet une loi qui détaille les mesures visant à son enseignement, sa promotion et son utilisation[5]. Seule l'Assemblée provinciale du Sind a voté une telle mesure concernant le sindhi, ce dernier étant couramment utilisé officiellement dans l'administration et les institutions politiques locales[9].

Langues minoritaires[modifier | modifier le code]

Extension du shina dans le nord du Pakistan.

Plusieurs langues nettement plus minoritaires sont parlées au Pakistan. Elles sont souvent issues de langues plus importantes ou d'anciennes traditions, voire d'immigration récente venant par exemple d'Afghanistan. Les plus importantes, selon le World Factbook de la CIA, sont l'hindko (2 %), parlé dans le nord-est de la province de Khyber Pakhtunkhwa, et le brahoui (1 %), dans le nord du Baloutchistan[4].

Dans le nord du pays, on trouve une myriade de langues locales : le cachemiri, le shina, le balti, le ladakhi, le bourouchaski sont parlés dans les territoires de l'Azad Cachemire et du Gilgit-Baltistan. On trouve aussi le khowar dans le district de Chitral.

Des langues ou dialectes proches du perse sont également parlés dans divers endroits du pays, comme l'hazara (surtout parlé à Quetta[10]) voir le dari, issu des immigrés ou réfugiés venus d'Afghanistan notamment depuis les années 1980 sous l'effet des différentes guerres qui ont touché la région.

Statistiques[modifier | modifier le code]

Le tableau ci-dessous présente l'état des langues les plus parlées nativement par leur locuteur. Il est issu du recensement mené par les autorités pakistanaises en 1998 et est la plus récente source officielle. Le seraiki y est considéré comme une langue autonome, contrairement aux précédents recensements. En 2010, le World Factbook de la CIA donne une estimation un peu différente : pendjabi 48 %, sindhi 12 %, seraiki 10 %, pachto 8 %, ourdou 8 % et baloutche 3 %[4].

Langues les plus parlées selon le recensement de 1998[1]
Langue % de la population Province prédominante
1 Pendjabi 44,15 % dont 75 % dans le Pendjab
2 Pachto 15,42 % dont 74 % dans le Khyber Pakhtunkhwa
3 Sindhi 14,10 % dont 60 % dans le Sind
4 Seraiki 10,53 % dont 18 % dans le Pendjab
5 Ourdou 7,57 % dont 21 % dans le Sind
6 Baloutche 3,57 % dont 55 % dans le Baloutchistan

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. en %

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e (en) Population by mother tongue sur pbs.gov.pk
  2. http://www.ethnologue.com/18/language/urd/
  3. (en) « Pakistan », sur Ethnologue, Languages of the World, SIL International (consulté le 13 février 2015).
  4. a b c et d (en) « The World Factbook » (consulté le 13 février 2015)
  5. a et b (en) Part XII: Miscellaneous sur pakistani.org
  6. a et b (en) Aditya Agrawal, « Why Pakistan Is Replacing English With Urdu », sur Time, (consulté en 2er mars 2017)
  7. (en) Asim Nawaz Abbassi, « “A national language represents the national identity of a country” », sur YourCommonwealth.org, (consulté en 2er mars 2017)
  8. (en) Naseer Ahmad, « Analysis: Hindko Matters », sur Dawn.com, (consulté en 2er mars 2017)
  9. Province du Sind sur le site officiel de l'Université Laval
  10. (en) Imran Yusuf, « Who are the Hazara? », sur The Express Tribune, (consulté en 2er mars 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]