Langue romane d'Afrique

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Langue Romane d'Afrique du Nord
lingua Afroromanica
Période du Ier siècle av. J.-C. au XIVe siècle[1],[2]
Région Afrique romaine (Actuels Maroc Tunisie, Algérie, Ouest-Libyen)
Classification par famille
Type éteinte

La langue romane d'Afrique du Nord ou roman africain est une langue romane éteinte qui a été par le passé parlée en Afrique du Nord par les Romano-africains.

Cependant, la majorité des historiens estiment que cette langue est éteinte depuis au moins le XIVe siècle.

Le roman africain évolua à partir du latin parlé en Afrique du Nord. Il fut plus tard supplanté par l'arabe après la conquête musulmane[réf. nécessaire].

Cette langue, outre le latin, intégrait dans son vocabulaire, de nombreux mots issus de dialectes berbères et puniques et du grec.

D'après Ibn Khaldoun au XIVe siècle, on parlait encore à Gafsa une langue similaire aux langues romanes, dérivée du latin parlé en Afrique médiévale.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Augustin d'Hippone écrit, Afrae aures de correptione vocalium vel productione non iudicant: « Les oreilles (nord)-africaines n'ont pas une perception rapide de la courte longueur des voyelles (latines). »[3] Chose qui également décrit l'évolution des voyelles dans la langue sarde, qui n'a que 5 voyelles (et pas de diphtongues): à contrario des autres langues romane survivantes, les 5 voyelles longues et courtes du latin classique (a/ā, e/ē, i/ī, o/ō, u/ū) ont fusionné en 5 uniques voyelles sans longueur (a, e, i, o, u).

Le linguiste italien Vermondo Brugnatelli souligne quelques mots berbères, ayant trait à des sujet religieux, comme étant originellement latins : par exemple, à Ghadames la population appelle « äng'alus » (ⴰⵏⵖⴰⵍⵓⵙ, أنغلس) une entité spirituelle, utilisant clairement le mot latin « angelus » (ange).

L'arabisant polonais Tadeusz Lewicki (pl) (1958) a essayé de reconstruire quelques sections de cette langue sur la base de 85 lemmes dérivés principalement des toponymes nord-africains et des anthroponymes trouvés dans des sources médiévales. Et, après lui, plusieurs autres auteurs se sont aventurés dans la quête pour rechercher au moins quelques parties de cette langue éteinte.

Il faut dire que la présence historique en Afrique du Nord du latin classique, des langues néo-latines modernes ainsi que l'influence de la lingua franca (avec un vocabulaire basé sur le roman) rend très difficile de discerner l'origine précise de tel ou tel mot en berbère ou dans l'arabe maghrébin.

En général, les termes d'origine du roman africain sont considérés :

  • Les mots se terminant par -u (par exemple le berbère abekkadu « péché ») et non en -us (comme le berbère asnus « (jeune) âne »);
  • Les mots ayant un aspect phonétique ou morphologique différent de celui de l'italien, du français ou de l'espagnol (par exemple le mot berbère agursel « champignon », supposant la base *AGARICELLUS).

Les études sur la langue romane en Afrique sont difficiles et souvent hautement conjecturales. Une autre difficulté vient du fait que, étant donné l'immensité du territoire nord-africain, il est très probable que pas une seule variété de cette langue ne s'est développée mais qu'il existe plusieurs langues romanes d'Afrique, tout comme il existe de nombreuses langues romanes en Europe.[4]

L'existence de « duplicats » entre les mots du roman en Afrique du Nord permet dans de nombreux cas de supposer qu'ils proviennent de différentes langues romanes ou qu'ils remontent à des âges différents. Voir par exemple:

  • Berbère du Maroc central ayugu « boeuf de travail », Kabylie tayuga « paires de boeufs » (< lat. iugum)
    • Mais aussi : kabyle azaglu « joug » (< lat. iugulum)
  • Kabyle aguglu "caillé frais"
    • Mais aussi : kabyle kkal « caillé », ikkil « lait caillé » (aussi bien les formes < lat. coagulari que coagulum)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un témoignage humaniste sur la latinité africaine et le grec parlé par les « Choriates » : Paolo Pompilio. p.244-245.
  2. Gafsa and the African neolatin language.
  3. De doctrina christiana, Lib.IV, C.10.
  4. Franco Fanciullo, Un capitolo della Romania submersa: il latino africano, pp. 162-187.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Vermondo Brugnatelli, « I prestiti latini in berbero: un bilancio », in: M. Lamberti, L. Tonelli (eds.), Afroasiatica Tergestina. Papers from the 9th Italian Meeting of Afro-Asiatic (Hamito-Semitic) Linguistics, Trieste, April 23–24, 1998, Padova, Unipress, 1999, p. 325–332
  • Franco Fanciullo, « Un capitolo della Romania submersa: il latino africano », in: D. Kremer (ed.), Actes du XVIIIe Congrès International de Linguistique et de Philologie Romane - Université de Trèves (Trier) 1986, tome I, Tübingen, Niemeyer, 1992,162-187 pp.
  • Tadeusz Lewicki (pl), « Une langue romane oubliée de l'Afrique du Nord. Observations d'un arabisant », Rocznik Orient. XVII (1958), p. 415–480
  • Hugo Schuchardt, Die romanischen Lehnwörter im Berberischen, Wien 1918 (82 pp.)

Liens internes[modifier | modifier le code]