Langue géographique

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langue géographique

Classification et ressources externes

Description de l'image Landkartenzunge 005.jpg.
CIM-10 K14.1
CIM-9 529.1
MedlinePlus 001049
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La langue géographique (ou pour le monde médical : glossite exfoliatrice marginée ou glossite migratoire bénigne[1]) se caractérise par des lésions de la surface de la langue présentant plus ou moins un aspect de carte de géographie, avec des aires dépapillées roses entourées d'une bordure blanchâtre légèrement surélevée.

C'est une maladie auto-immune encore mal comprise[2], rare à peu fréquente, parfois d'origine génétique, habituellement bénigne mais pouvant se compliquer de fissurations[3].

Classification et autres dénominations[modifier | modifier le code]

La langue géographique pourrait être considérée comme un type de glossite car elle touche habituellement la partie supérieure de la langue et ses côtés[4]. Cependant, il arrive (très rarement) qu'elle s'étende à la face inférieure de la langue voire à d'autres muqueuses de la bouche (intérieur des joues ou des lèvres, palais mou ou plancher de la bouche)[5]. Dans ces derniers cas on parle alors plutôt de stomatite à érythème migrant[5], de langue ectopique géographique[5], de migrans areata[6], de stomatite géographique[7] ou de stomatite migratrice plutôt que de langue géographique.

Jusqu'au milieu du XXème siècle au moins, les anglophones parlaient parfois d'« érythème migrant de la langue (erythema migrans lingualis »[8]), terme à éviter (au profit de « migratory glossitis » par exemple) car invitant à une confusion avec l'érythème migrant qui est l'un des symptômes possibles de la maladie de Lyme.

Si la localisation des muqueuse touchées et la prévalence de ces pathologies dans la population générale varient, les symptômes, le traitement, et l'apparence histopathologique sont les mêmes pour toutes les formes décrites ci-dessus.

Symptômes, diagnostic[modifier | modifier le code]

Les papilles tendent à disparaître progressivement, souvent à partir d'une ou plusieurs tache(s) blanchâtre(s), puis la langue s'exfolie en laissant apparaître des zones roses et lisses habituellement bien délimitées. Ceci donne un aspect de carte géographique au motif qui apparaît sur la langue.

Une caractéristique est que les lésions changent de forme, de taille et migrent vers d'autres zones (parfois en quelques heures[9]), avec des périodes de rémissions et rechutes.

Ce phénomène est parfois accompagnée de crevasses de la langue[10]

Ce syndrome est parfois associé à des dysesthésies oro-faciale et à des troubles psychiatriques[11]

Diagnostic différentiel[modifier | modifier le code]

Cette maladie ne doit pas être confondue avec :

  • le « lichen plan buccal » (ou OLP pour « oral lichen planus »)
  • certaines formes de cancer de la langue
  • certaines mycoses de la bouche (ex candidose)

Conséquences[modifier | modifier le code]

La langue géographique est moins dangereuse qu'impressionnante.

La disparition des papilles gustatives implique théoriquement des troubles gustatifs, mais si certaines personnes éprouvent de la douleur, d'autres n'en ressentent pas ou à peine. Cette douleur est plus ou moins permanente, souvent aggravée au contact d'épices ou condiments forts (poivre, piment, vinaigre...) ou de certains aliments chauds et/ou acides (ananas, orange, kiwi,...), ou tanniques (noix...) ou de certains fromages (gruyère..). Ce type de douleur peut aussi être dû à une mycose (candidose buccale).

Le phénomène de langue géographique peut s'étendre à toute la muqueuse de la bouche pour certaines personnes atteintes de psoriasis, avec parfois des aphtes multiples[réf. nécessaire]. Dans ce cas la douleur est plus vive et s'accompagne d'une impression de soif permanente due au dessèchement des muqueuses[réf. nécessaire].

Causes, origines[modifier | modifier le code]

Cette maladie est connue depuis longtemps. Mais ses causes exactes (éventuellement multiples) ne sont pas encore identifiées.

  • Il semble parfois s'agir d'une « manifestation buccale d'un psoriasis »[12],[13]. En effet les personnes psoriasitiques ont plus de risques d'aussi développer une langue géographique.
  • Des causes environnementales sont possibles, car des patients dits atopiques (c'est à dire génétiquement prédisposés) ou des patients non-atopiques pourraient également développer cette glossite en réponse à certains facteurs environnementaux.
    Les facteurs déclenchants seraient par exemple des allergènes, certains aliments et/ou le stress.
    102 patients souffrant d'asthme atopique (familial) et/ou d'une rhinite extrinsèque (sans origine génétique) ont été comparés à une population témoin du point de vue du risque de présenter une langue géographique. Dans ce panel, la prévalence de la langue géographique était significativement plus élevée chez ces 102 patients que par rapport aux sujets témoins asymptomatique. Cependant, il n'y avait pas de différence de fréquence de la langue géographique entre les patients atopiques et à la fois asthmatiques et victime de rhinite extrinsèque, et un groupe d'autres patients souffrant d'asthme et de rhinite non-atopiques.


Ceci suggère que la « langue géographique » est un trouble commun à ces patients, et qu'ils tendent à développer une maladie inflammatoire aiguë récurrente sur les surfaces (peau, muqueuse) en contact avec l'environnement extérieur, que ces patients soient ou non atopiques[14].

  • Aucun facteurs infectieux ou nerveux systématique n'a pu à ce jour être mis en évidence, et le tabagisme ne semble pas être impliqué[15].
  • Des facteurs hormonaux pourraient exister[16] (ex : une patiente présentait une langue géographique dont la gravité semblait varier de manière corrélée à l'utilisation de contraceptifs oraux)[17].
  • Un « usage parafonctionnel » de la langue (se mordre volontairement la langue, la frotter anormalement sur les dents, des objets etc.) est souvent associé à la langue géographique[7] (des habitudes parafonctionnelles connexes à la langue peuvent aussi induire des échancrure sur les côtés de la langue (« langue crénelé » par exemple détectée chez 0,68 % des enfants hongrois suivis lors d'une étude sur la prévalence des lésions de la langue[18])..

Évolutions[modifier | modifier le code]

Cette pathologie est caractérisée par des phases d'exacerbation et de rémissions[2].

Phase d'exacerbation sous 6 jours
Jour 1 Jour 2 Jour 3 Jour 4 Jour 5 Jour 6
Langue00.jpg
Langue j+1.jpg
J+2.jpg
Jours 4.jpg
Jour 5.jpg
Jour 6.jpg

Prévalence[modifier | modifier le code]

La prévalence de cette affection est encore mal connue, mais semble varier selon les régions du monde.

Chez 3611 écoliers du Minnesota 1,41 % des enfants étaient touchés sans différence apparente de risque selon l'âge ou le sexe, mais une hypothèse est que le nombre de cas pourrait être plus élevé chez les très jeunes (2-3 ans)[19]. La même enquête a trouvé des fissures de la langue chez 1,08 % de ces 3611 enfants (prévalence plus faible que dans d'autres enquêtes), également sans différences nette selon âge et le sexe[19]. Trois des enfants avaient à la fois la langue fissurée et une langue géographique. Cette pathologie de la langue est bien plus commune que les glossites médiane en losange et la langue velue (respectivement 0,14 et 0,06 % des enfants)[19].

En Hongrie 35.11 % de tous les enfants examinés par une étude présentaient des lésions de la langue (avec atrophie papillaire centrale dans 0,78 % des cas, et ankyloglossia partielle dans 0,88 % des cas). Les fissures étaient les lésions les plus courantes (29,2 % des cas de lésions, plus fréquentes chez les garçons et chez les enfants plus âgés). La Langue géographique touchait 5,7 % des enfants, des garçons plus souvent, avec un risque plus élevé de langue fissurée (44,82 % des cas de langue géographique présentaient aussi des fissures). Les auteurs n'ont pas relevé de corrélation évidente avec les maladies systémiques, mais estiment que la langue géographique semble parfois coïncider avec un antécédent de diathèse allergique [20].

Selon les pays, 15 % à 50 % des cas de langue géographique présenteraient aussi une langue fissurée ou scrotale[21],[22]

Traitement[modifier | modifier le code]

Il n'existe que des traitements symptomatiques, qui visent à améliorer certains symptômes gênants.

Une amélioration serait possible avec des applications locales de bicarbonate de soude qui est une base et qui va diminuer l'acidité de la cavité buccale, acidité qui favorise les lésions.
Il est généralement recommandé d'éviter les aliments irritants et/ou acides (tomates, noix, gruyère etc.)
Parallèlement un médicament diminuant l'acidité de l'estomac favoriserait l'amélioration des lésions et diminuerait les récidives.
[réf. nécessaire]

La vitamine A et ses dérivés peuvent donner de très bons résultats en application locale, mais le succès du traitement est très variable[réf. nécessaire]. Un gel buccal à base de Salicylate de choline et de Chlorure de Cetalkonium soulange efficacement les douleurs durant les phases où la langue présente des parties dépapillées. On le trouve en France en vente libre en pharmacie sous la marque PANSORAL.

Illustrations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Abensour, M., & Grosshans, E. (1999). Langue géographique ou glossite migratoire bénigne. In Annales de dermatologie et de vénéréologie (Vol. 126, No. 11, pp. 849-852). Masson.
  2. a et b Assimakopoulos, D., Patrikakos, G., Fotika, C., & Elisaf, M. (2002). Benign migratory glossitis or geographic tongue: an enigmatic oral lesion. The American journal of medicine, 113(9), 751-755.
  3. 5-Souvent dès l'enfance - Langue géographique et langue fissurée
  4. Kerawala C, Newlands C (editors) (2010). Oral and maxillofacial surgery. Oxford: Oxford University Press. p. 427. ISBN 9780199204830.
  5. a, b et c Treister NS, Bruch JM (2010). Clinical oral medicine and pathology. New York: Humana Press. pp. 20, 21. ISBN 978-1-60327-519-4.
  6. Ship, Jonathan A.; Joan Phelan, and A. Ross Kerr (2003). "Chapter 112: Biology and Pathology of the Oral Mucosa". In Freedberg; et al. Fitzpatrick's Dermatology in General Medicine. (6th ed.). McGraw-Hill. p. 1208. ISBN 0-07-138067-1.
  7. a et b Greenberg, MS; Glick, M; Ship, JA (2008). Burket's oral medicine (11th ed.). Hamilton, Ont.: BC Decker. pp. 103, 104. ISBN 1550093452.
  8. Hine, M. K. (1956). Diseases of the tongue. Oral Surgery, Oral Medicine, Oral Pathology, 9(6), 619-631 (http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/003042205690322X présentation]).
  9. Scully, Crispian (2008). Oral and maxillofacial medicine : the basis of diagnosis and treatment (2nd ed.). Edinburgh: Churchill Livingstone. p. 205,206. ISBN 9780443068188.
  10. Tomb, R., Hajj, H., & Nehme, E. (2010). Manifestations buccales du psoriasis. In Annales de dermatologie et de vénéréologie (Nov 2010, Vol.137, N°11, pp. 695-702). Elsevier Masson.
  11. Hampf, G., Vikkula, J., Ylipaavalniemi, P., & Aalberg, V. (1987). Psychiatric disorders in orofacial dysaesthesia. International journal of oral and maxillofacial surgery, 16(4), 402-407. (résumé)
  12. Tomb, R., Hajj, H., & Nehme, E. (2010, November). Manifestations buccales du psoriasis. In Annales de dermatologie et de vénéréologie (Vol. 137, No. 11, pp. 695-702). Elsevier Masson.
  13. Cribier, B. (2012, April). Psoriasis: formes rares ou inhabituelles. In Annales de Dermatologie et de Vénéréologie (Vol. 139, pp. S39-S45). Elsevier Masson.
  14. Marks R & Simons M.J (1979). Geographic tongue—a manifestation of atopy. British Journal of Dermatology, 101(2), 159-162. ( résumé)
  15. Reamy, BV; Derby, R; Bunt, CW (Mar 1, 2010). "Common tongue conditions in primary care." American family physician 81 (5): 627–34. PMID 20187599 .
  16. Mangione, Salvatore (2012). Physical Diagnosis Secrets. Elsevier. pp. 604–605. ISBN 0323112110. Retrieved November 12, 2012.
  17. Mangione, Salvatore (2012). Physical Diagnosis Secret. Elsevier. pp. 604–605. ISBN 0323112110.
  18. Vörös‐Balog, T., Vincze, N., & Banoczy, J. (2003). Prevalence of tongue lesions in Hungarian children. Oral diseases, 9(2), 84-87.
  19. a, b et c Redman, R. S. (1970). Prevalence of geographic tongue, fissured tongue, median rhomboid glossitis, and hairy tongue among 3,611 Minnesota schoolchildren. Oral Surgery, Oral Medicine, Oral Pathology, 30(3), 390-395. (résumé)
  20. Vörös‐Balog, T., Vincze, N., & Banoczy, J. (2003). Prevalence of tongue lesions in Hungarian children. Oral diseases, 9(2), 84-87. (résumé)
  21. hulman JD, Carpenter WM. (2006) Prevalence and risk factors associated with geographic tongue among US adults. Oral Dis ; 12 (4) : 381-6.
  22. Assimakopoulos D, Patrikakos G, Fotika C. Benign migratory glossitis or geographic tongue: an enigmatic oral lesion. Am J Med 2002 ; 113 (9) : 751-5.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]