Lafleur (marionnette)

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Lafleur devant le magasin d'un sculpteur de cabotans à Amiens.

Lafleur est un héros et personnage principal du Théâtre amiénois de cabotins. Au XIXe siècle, il existait plus de soixante-dix théâtres de marionnettes à Amiens. Beaucoup de théâtres disparurent avec la Première Guerre mondiale et l'invention du cinématographe. Il connut une renaissance et un vif succès populaire local, de 1930 à 1960, grâce au Théâtre des Amis de Lafleur en 1930 et au Théâtre de Chés Cabotans d'Amiens en 1933. C'est avec Maurice Domon, fondateur de Chés Cabotans d'Amiens que le répertoire devient une réelle critique sociale. Il ne faut pas oublier Andrè Huska qui de 1925 à 1962 arpenta la campagne abbevilloise avec son théâtre de Chès Cabotans Abbevillois, ce passionné de la tradition, né à Amiens en 1888, rue des Corroyers, avait acquis pour 10 sous son premier cabotan en 1908, rue la Veillère. En 1922, il achète pour la somme de 800 francs, un jeu de cabotans à Julien Barbier, Directeur du Théâtre des Bouffes-Picards, rue du Grand Vidame.

Le personnage[modifier | modifier le code]

Lafleur est une marionnette à tringles et à fils, en picard "Cabotan", habillé en costume de velours souvent rouge comme les laquais du XVIIIe, chemise à jabot, bas souvent rayés rouge et blanc, il porte un chapeau tricorne. On ne sait pas exactement à quelle période, il est apparu dans le théâtre de marionnettes amiénois, le plus ancien de la collection du musée de Picardie remonte à 1811. Toutefois, un article d'Alfred Ansart présente une photo avec un Lafleur qui remonterait à la période révolutionnaire, visage en terre cuite, bas bleu, blanc et rouge. Il se caractérise, en dehors de sa langue (le picard), par :

  • son franc parler et son esprit frondeur et moqueur,
  • ses querelles et ses travers (boire, manger et ne rien faire),
  • les réprimandes que lui adresse régulièrement sa compagne, Sandrine son épouse,
  • ses démêlés avec l'autorité, incarnée par des gendarmes, souvent ridiculisés, et qu'il rudoie à grands coups de pied, jambe tendue. Ses charges (un peu comme des ruades vers l'avant, ou des assauts d'escrimeur) parsèment le scénario comme un refrain.

On peut parfois mettre en parallèle son espièglerie et sa « combativité » face à l'uniforme avec celles du personnage qu'incarna, au cinéma, Charlie Chaplin.

On se gardera bien de comparer (quelle que soit l'adresse du manipulateur-marionnettiste) les bonds et coups de pied du combattant Lafleur avec la souplesse des experts en kung fu tels que Bruce Lee...

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Théâtre amiénois de cabotins.

Transcription du texte de Pierre Dubois paru après 1937 dans un numéro spécial du Progrès de la Somme (quotidien régional).

Tradition mise en valeur et entretenue jusqu'à nos jours[modifier | modifier le code]

Certains des titres ci-dessous, en picard, ont été traduits.

Plusieurs auteurs ont noté (et déploré) la disparition rapide des nombreux petits théâtres de marionnettes amiénois vers 1900. Si la défection du public s'expliquait par l'avènement et la concurrence d'un loisir (ou forme de spectacle) plus moderne, ... le cinématographe, une autre raison a pu être constatée : la reconversion de certaines salles par leurs propriétaires, bien plus commerçants que passionnés, donc plus enclins à remplir rapidement leur tiroir-caisse qu'à lutter pour perpétuer la tradition de cette expression théâtrale populaire. Petite précision, la plupart des marionnettistes étaient des employés de l'industrie textile et il n'était pas rare qu'ils ne soient pas employés à temps plein et parfois en chômage technique, l'activité de marionnettiste apportait un revenu complémentaire, d'ailleurs certaines preuves documentaires apportent un éclairage supplémentaire. Dans un cahier des recettes et dépenses du Théâtre de l'Odéon Picard, un brouillon d'une lettre, nous informe des difficultés financières de la famille car l'auteur de ce brouillon réclame une aide à la ville. Donc delà à dire qu'ils remplissaient le tiroir-caisse avec les spectacles, c'est un raccourci un peu rapide. Par contre, on constate un lien entre la disparition relativement rapide des théâtres parallèlement à la disparition de l'industrie textile à Amiens.

Pourtant, et sans doute comme à chaque fois que quelques-uns ont pris conscience qu'un monde est en train de disparaître définitivement, un sursaut vital a été impulsé par :

  • Édouard David (auteur picardisant, 1863-1932) :
    • Les histoires de Lafleur (1906)
    • Les contes de Lafleur (1920)
    • Le vieux Lafleur (1926)
    • Un pari de Lafleur (1929)
  • René de Soutter :
    • La chanson de Lafleur (1923)
  • Maurice Domon (créateur en 1933 de la compagnie des Cabotans d'Amiens et auteur, 1903-1983) :
    • Théâtre de cabotans
  • Edgar Droyerre :
    • Histoire de Lafleur (1952)
  • Léon Gaudefroy :
    • Le mariage de Lafleur (1907)
    • Lafleur, médecin suppléant
    • Les étrennes de Lafleur
    • Lafleur à Mers
  • Ernest HÉREN (Molliens-au-bois) (1871-1937)
    • Autour d'einne berche (1903)
    • Morceaux choisi de patois picard (1904)
    • Éche jonne marié (1912)
    • Eche patalon (1925)
    • Moison dé ch'Maire, ou : l'arrivée de la Parisienne (1926)
  • Frédéric Lemaire :
    • Le vote de Lafleur (1926)

Les continuateurs :

  • André Huska "Chès Cabotans d'Abbevillois"
  • Jacques Auvet et François Rose continuateurs de "Chès Cabotans d'Amiens"
  • Pierre Louchard "Ch'réveil ed'Lafleur"
  • Pierre Louchard "Les compagnons de Lafleur"
  • Jean-Pierre Facquier (sculpteur de marionnettes)
  • Claude Portemer et Jean-François Dabonneville "Le royaume des pantins" dans les années 1970.
  • Pierre Garnier (enseignant et poète né en 1928) :
    • Les cabotans (1978)
  • Françoise Rose (interprète du rôle de Sandrine depuis 1966)

Quelques Lafleur successifs[modifier | modifier le code]

  • Marionnette de Louis Bellette :
    • visage aux joues rondes et colorées, au nez en forme de petit pois, et au sourcil (unique ?) très épais
    • natte redressée sur le dessus du chapeau et décorée par un ruban qui s'y enroule
    • veste courte, équipée de 4 gros boutons clairs cousus sur la partie supérieure, décorée par un liseré clair sur les bordures, les revers de manches et de poches
  • Marionnette des « Amis de Lafleur » :
    • visage aux pommettes anguleuses et au nez fin
    • veste longue avec liseré clair aux seuls revers de manches et de poches
  • Marionnette des « Cabotans » :
    • visage plus jeune, veste très simple (sans motifs clairs, sans liseré décoratif)
      • Lafleur fut aussi un geant d'Amiens en 1982.

Les compagnies et les théâtres de marionnettes[modifier | modifier le code]

Durant le XIXe siècle, Amiens a connu plus de soixante dix théâtres de cabotans, les dernières traces de ces théâtres sont encore visibles au travers des façades d'une maison de la rue Rigolot où l'un des frères Barbier avait installé ses tréteaux et le Logis du Roy actuel où était installé le théâtre de Delache. À la fin des années 1920, le théâtre de marionnettes aménois va se moderniser, c'est que l'on pourrait appeler "La rénovation des cabotans", les chefs de file de ce mouvement sont Jacques Villeret, Maurice Domon, Eugène Thérasse, etc. À partir de là, des compagnies théâtrales vont naître.

  • Chès Cabotans d'Abbevillois fondateur André Huska 1925
  • Les Amis de Lafleur fondateurs Jacques Villeret et Maurice Domon 1930
  • Chès Cabotans d'Amiens fondateur Maurice Domon 1933
  • Ch'Réveil ed'Lafleur fondateur Pierre Louchard années 1960
  • Les Compagons de Lafleur fondateur Pierre Louchard
  • Le Royaume des Pantins fondateur Claude Portemer années 1970

Les compagnons de Lafleur (personnages satellites)[modifier | modifier le code]

  • Le cadoreux de ville (agent de police)
  • Popaul Calicot
  • Tchot Blaise
  • Sandrine
  • Papa Tchu Tchu
  • Le cadoreux des champs (garde-champêtre)

Les marionnettes Popaul Calicot et Papa Tchu Tchu ont été créées au XIXe siècle par le menuisier et artiste Joseph Charlemagne Luglien (dit Eugène) Gacquer[1].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Numéro spécial du Progrès de la Somme (quotidien régional), Le pays picard, 2e série (publié à une date inconnue, en 1937 ou postérieurement)
  • Picardie, Guides Bleus, Hachette, p. 94-95, (juin 2003)
  • Édouard David, "Les compagnons de Lafleur et Sandrine", (1927)
  • Maurice Domon, "Notre Lafleur!", Chés Cabotans d'Amiens
  • René Domon, "Tête de bois et cœur d'or", article dans le Courrier picard, (1980)
  • M. Crampon et J. Auvet, "Lafleur théatre contemporain", Encrage, (1990)
  • "Les marionnettes picardes des origines à 1960", Musée de Picardie, Martelle éditions, 128 pages, ISBN 2908095114 (1996)
  • Philippe Leleux, "Jean-Pierre Facquier sculpteur et la Marionnette Lafleur", Librairie du Labyrinthe (2010)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Édouard David, note dans son livre édité en 1927 "LES COMPAGNONS DE LAFLEUR"

Liens externes[modifier | modifier le code]