Lac Memphrémagog

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Lac Memphrémagog
Image illustrative de l’article Lac Memphrémagog
Le lac Memphrémagog vu de la ville de Magog
Administration
Pays Drapeau du Canada Canada (Drapeau du Québec Québec)
Drapeau des États-Unis États-Unis (Drapeau du Vermont Vermont)
Subdivision Québec et VermontVoir et modifier les données sur Wikidata
Géographie
Coordonnées 45° 00′ 00″ N, 72° 14′ 06″ O
Type Naturel
Superficie 102 km2
Altitude 208 m
Profondeur
 · Maximale
 · Moyenne

107 m
15,5 m
Volume 1,7 km3
Hydrographie
Bassin versant 1 764 km2
Alimentation (sens horaire, à partir de l'embouchure) Décharge d'un petit lac, décharge d'un petit lac, décharge de trois petits lacs, ruisseau, ruisseau Taylor, ruisseau Fitch (via baie Fitch), ruisseau Bunker (via baie Fitch), ruisseau (via baie Fitch), ruisseau Tompkin (via baie Harvey), ruisseau, ruisseau Arnold, rivière Johns (Vermont) (Canada-États-Unis), 3 ruisseaux (États-Unis), rivière Clyde (lac Memphrémagog), rivière Barton (Vermont), Black River (Lac Memphremagog), ruisseau Perkins, ruisseau Glen, ruisseau de l'Ouest, ruisseau Powell, ruisseau Scott, ruisseau Patterson, ruisseau Benoit, ruisseau Castle, Rivière aux Cerises (Memphrémagog)
Émissaire(s) Rivière Magog
Durée de rétention 1.7
Îles
Nombre d’îles 20
Île(s) principale(s) Trois Sœurs, Lords, Molson, Longue, Ronde, Province et Whetstone.
Géolocalisation sur la carte : États-Unis
(Voir situation sur carte : États-Unis)
Lac Memphrémagog
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(Voir situation sur carte : Canada)
Lac Memphrémagog
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(Voir situation sur carte : Québec)
Lac Memphrémagog
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(Voir situation sur carte : Vermont)
Lac Memphrémagog

Le lac Memphrémagog est un lac partagé entre le Canada et les États-Unis. Côté canadien, il est situé dans la région de Magog en Estrie, au Québec. Côté américain, il dépend de l'État du Vermont (comté d'Orleans).

Long de 42 kilomètres, il est un des plus importants lacs situés au Sud du Québec.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Le vocable Memphrémagog provient du mot Mamhlawbagak, soit «au lac vaste» en langue abénaqui[1].

Géographie[modifier | modifier le code]

Le Lac Memphrémagog est divisé en deux par la frontière canado-américaine, située sur le 45e parallèle nord. Il est situé sur le bassin versant du Fleuve Saint-Laurent. Le lac se trouve au cœur des Montagnes Vertes, un rameau des Appalaches. Étant donné sa taille, il dispose de plusieurs affluents, dont quelques rivières.

Carte du lac.
Liste des principaux affluents du lac Memphrémagog Localisation de leur embouchure
Rivière aux Cerises Magog (Québec)
Black River Newport (Vermont)
Rivière Barton Newport (Vermont)
Rivière Clyde Newport (Vermont)

Histoire[modifier | modifier le code]

Pré-histoire[modifier | modifier le code]

Lors de la dernière période glaciaire il y a 12 000 ans, le lac Memphrémagog était à son étendue maximale, allant jusqu'au nord de Sherbrooke et dans la vallée du Missisquoi. Le lac était alors un lac proglacliaire[2].

Époque précoloniale[modifier | modifier le code]

La première présence humaine au lac Memphrémagog remonterait à l'époque paléoaméricaine entre 10 000 et 8 000 ans avant aujourd'hui[3]. Les premières traces archéologiques découvertes autour du lac remontent à 5 000 ans avant notre ère[4]. Lors de la période sylvicole, s'étendant de 1 000 ans avant notre ère jusqu'à 1534, le lac est un territoire de chasse et une voie navigable utilisée par les Abénaquis[5].

Vase datant de 650 à 1 000 ans AA, découvert à Potton (Memphrémagog). Exposé au musée de Pointe à Callière, Montréal.

Débuts de la colonisation européenne[modifier | modifier le code]

Lors de la Guerre de la Conquête, le lac Memphrémagog a été un des points de passages des Rangers Rogers après leur raid d'Odanak[6]. Après la Guerre d'indépendance des États-Unis, la colonisation des Cantons de l'Est sera ouverte par les autorités britanniques en 1791[7]. Elle sera facilitée par le fait que les Abénaquis n'avaient à cette époque aucune installation permanente dans la région[2].

Les premiers colons européens de la région se sont installés vers la fin du XVIIIe siècle. Dans la partie canadienne du Lac, bien que la majorité de ces colons était des loyalistes anglais venue s'établir dans la colonie anglaise, d'autres, malgré leur patriotisme américain, viendront simplement pour labourer les terres.[2],[8] La plupart des villes et villages bordant le lac seront fondés à cette époque[9],[10]. La proximité des colons des deux côtés de la frontière sera un enjeu de sécurité pour les britanniques lors de la guerre de 1812[11].

Par la suite, le côté canadien des pourtours du lac connaîtra des changements démographiques profonds, d'abord avec la mise au pied de la British American Land Company en 1834, qui, de par son entreprise de colonisation, va favoriser l'installation de colons originaire des Îles Britanniques[12]. Durant les années 1840, ce seront au tour des Canadiens-français d'arriver dans la région avec la construction du chemin de fer et des débuts de l'industrialisation[7].

De 1850 à aujourd'hui[modifier | modifier le code]

À partir de la moitié du XIXe siècle, la partie québécoise du lac deviendra un lieu de villégiature plutôt d'être un lac exploité par l'industrialisation (cette dernière se concentra sur la rivière Magog). Attirés par la beauté du lac et de ses alentours, plusieurs personnes parmi les plus fortunés du Canada ont acheté des propriétés au bord de Memphrémagog[13].

La partie américaine du lac va plutôt utiliser le lac en fonction de l'exploitation forestière, notamment avec l'ouverture à Newport de la Prouty & Miller Lumber Company en 1865[14].

Au XXe siècle, la vocation touristique du lac va se confirmer avec le déclin en nombre des fermes autour du lac et l'essor de la construction de chalets.[2],[13]






Enjeux liés au Lac[modifier | modifier le code]

Enjeux environnementaux[modifier | modifier le code]

Une étude réalisée par le Memphremagog Conservation Inc (MCI) en 2004-2005 montre que le lac Memphrémagog présente plusieurs signes de détérioration. Parmi ceux-ci, on retrouve : les blooms de cyanobactéries, la prolifération des plantes aquatiques et des algues, la diminution de la qualité de l'eau par une perte de transparence, une diminution de l'oxygène et l'augmentation des sédiments[15].

Le lac Memphrémagog en hiver

La cause première de la détérioration du lac est l'apport excessif de phosphore. Les experts s'entendent pour dire que les sources de ce surplus de phosphore sont multiples et proviennent des activités humaines, notamment de l'agriculture, du déboisement et de l'urbanisation. Afin de réduire l'apport excessif de sédiments et de nutriments, une attention particulière est recommandée pour la protection et la renaturalisation des rives, la gestion des fossés, la gestion des eaux usées ainsi que l’utilisation des fertilisants à proximité du lac et de ses tributaires[15].

Activités économiques liées au lac[modifier | modifier le code]

Tourisme[modifier | modifier le code]

Le lac Memphrémagog génère une activité touristique presque depuis les débuts de la colonisation, où la région autour devient un lieu de villégiature dès la moitié du XIXe siècle[13].

Club nautique de la baie Sargent (Sargent's Bay Yacht Club): malgré son nom, est un club de voile basé à la baie Sargent. Il a été lancé en 1935 par plusieurs familles de la baie, dans le but d'enseigner à leurs enfants les rudiments de la voile[16].

Le lac était chaque année l'hôte d'une compétition de nage (La Traversée internationale du Lac Memphémagog) dont la dernière édition fut en 2015.

La créature Memphré[modifier | modifier le code]

Une vieille légende abénaquise rapporte aussi la présence d'un monstre mythique dans ses eaux, le célèbre monstre Memphré[17].

Le lac et la culture[modifier | modifier le code]

Peinture[modifier | modifier le code]

Dès l'apparition de la villégiature autour de Memphrémagog, le plan d'eau et les paysages presque intouchés par l'humain deviennent une inspiration majeure de peintres paysagistes réputés en Amérique du Nord comme Cornelius Krieghoff, Allan Edson[18],[19]...

Allan Edson- l'Orage qui vient, Lac Memphrémagog (1880). Collection de l'ancien premier ministre du Québec, Maurice Duplessis.

Autres arts représentant le lac[modifier | modifier le code]

Le lac Memphrémagog est mentionné dans un roman de Chris Bohjalian, "Close Your Eyes, Hold Hands" (traduction: "Fermez les yeux, tenez la main"), dans lequel le lac est le site d'un réacteur nucléaire qui a subi une fusion cataclysmique.

Le lac Memphrémagog est mentionné dans le roman Northwest Passage (traduction: Passage du Nord-Ouest), un roman historique de Kenneth Roberts sur le raid des Rangers de Rogers en 1759. Dans «Northwest Passage», le film de 1940 basé sur le roman, Spencer Tracy utilise une carte qui montre le lac Memphrémagog et les environs.

Le film de 1986 Le déclin de l'empire américain a été tourné au lac Memphrémagog de septembre à octobre 1985[20].

Le groupe canadien The Tragically Hip mentionne Lake Memphremagog dans sa chanson inédite "Problem Bears" de 2002, qui fait partie de leurs sessions d'album "In Violet Light".

Le lac Memphrémagog a été mentionné et représenté dans Disappearances, un film de 2006 du réalisateur Jay Craven avec Kris Kristofferson, et avec Charlie McDermott et Geneviève Bujold.

Des versions fictives du lac apparaissent dans les livres de Howard Frank Mosher sur le Royaume du Nord-Est du Vermont, y compris le Royaume de Dieu.

Le lac Memphrémagog a été le théâtre de la scène culminante du roman satirique de Kenneth Butler "Holy Fool".

Liens externes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Paré, « La toponymie des Abénaquis », Commission de toponymie: Gouvernement du Québec,‎ , p.52 (lire en ligne)
  2. a b c et d (fr + en) Louise Abbott, Memphrémagog: une histoire illustrée, Estrie, , 311 p., p. 43
  3. « 1. Magog à travers le temps », sur L’histoire de l’éducation à Magog : Des pionniers à la Révolution tranquille (consulté le )
  4. « Le lac Memphrémagog occupé depuis 5 000 ans avant aujourd’hui », sur Le Reflet du Lac, (consulté le )
  5. « Une présence millénaire », sur La Tribune, (consulté le )
  6. (en) Darrell Hoyt, Sketches of Orleans, Vermont., Memphremagog Press (ISBN 0-9610860-2-5), p.1
  7. a et b « Eastern Townships | The Canadian Encyclopedia », sur www.thecanadianencyclopedia.ca (consulté le )
  8. Gilles Boileau, « La colonisation dans les Cantons de l'Est », Passage des Cantons de l'Est,‎ , p. 35-39 (lire en ligne)
  9. (en) Austin Jacobs Coolidge et John Brainard Mansfield, A History and Description of New England, General and Local: Maine, New Hampshire, and Vermont, A.J. Coolidge, (lire en ligne)
  10. cyberarchiveux, « Histoire de Magog en bref », sur Société d'histoire de Magog, (consulté le )
  11. (en) « Loyalties in Conflict: A Canadian Borderland in War and Rebellion,1812-1840 on JSTOR », sur www.jstor.org (DOI 10.3138/9781442688544, consulté le )
  12. « Les Patriotes de 1837@1838 - British American Lands Company », sur www.1837.qc.ca (consulté le )
  13. a b et c « Sous le charme du lac Memphrémagog | Townships Heritage WebMagazine », sur townshipsheritage.com (consulté le )
  14. (en) John J. Duffy, Samuel B. Hand et Ralph H. Orth, The Vermont Encyclopedia, UPNE, (ISBN 978-1-58465-086-7, lire en ligne)
  15. a et b http://www.memphremagog.org/FCKeditor/ckfinder/userfiles/files/Centre_de_documents/FR/2005-05-09-Resulats-Operation-Sante-du-lac.pdf Rapport Opération Santé du Lac Memphrémagog 2004-2005
  16. (en) « Information », sur SARGENT'S BAY YACHT CLUB (consulté le )
  17. Environnement Québec, « La diversité des poissons », sur environnement.gouv.qc.ca (consulté le )
  18. (en) Musée des Beaux Arts du Canada, « Mount Orford, morning », sur gallery.ca (consulté le )
  19. (en) Musée des Beaux Arts du Canada, « Le mont Owl's Head et l'Anse Skinner, sur le lac Memphrémagog », sur beaux-arts.ca (consulté le )
  20. André Loiselle, Denys Arcand's, Le Déclin de L'empire Américain et Les Invasions Barbares», University of Toronto Press, 2008, p. 23.