La Vague (film)
| Titre original | Die Welle |
|---|---|
| Réalisation | Dennis Gansel |
| Scénario | Dennis Gansel, Todd Strasser, Peter Thorwarth |
| Pays d’origine |
|
| Genre | Drame |
| Durée | 108 minutes |
| Sortie | 2008 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution
La Vague (en version originale Die Welle) est un film allemand de Dennis Gansel sorti en 2008 et librement inspiré de « La Troisième Vague », une étude expérimentale d'un régime autocratique, menée par le professeur d’histoire Ron Jones avec des élèves de première de l'école Cubberley à Palo Alto (Californie) pendant la première semaine d'avril 1967.
Synopsis[modifier | modifier le code]
Un professeur de lycée allemand, Rainer Wenger, face à la conviction de ses élèves qu'un régime autocratique ne pourrait plus voir le jour en Allemagne, décide de mettre en place une expérience d'une semaine dans le cadre d'un atelier. En reprenant chacun des attributs qui représentent une autocratie et plus précisément une dictature, on observe alors la mise en place d'une sorte de jeu de rôle grandeur nature. Construite comme une communauté, « la Vague », rassemblée autour d'un symbole, un salut, un uniforme et des règles s'étend rapidement à l'extérieur de l'école. En quelques jours, ce qui n'était que de simples notions telles que l'esprit communautaire et la discipline se transforment en un réel parti politique. Les élèves, alors motivés par leurs valeurs, vont s'investir beaucoup trop, et de manière extrême. Dès le troisième jour, les membres du mouvement commencent à exclure puis à persécuter tous ceux qui ne se rallient pas à leur cause. Ce qui n'était initialement qu'un jeu de rôle va échapper au contrôle de Rainer Wenger. Lors d'un match de water-polo, une dispute éclate et dégénère en conflit entre les membres de « la Vague » et les « non-membres ». C'est à la suite de cet événement que Rainer Wenger décide de mettre fin à l'expérience, mais « la Vague » est déjà incontrôlable.
Résumé détaillé[modifier | modifier le code]
Dans un lycée de l'Allemagne des années 2000, Rainer Wenger est un enseignant anarchiste proche de ses élèves. Lors d'une semaine de cours spéciaux et d'ateliers sur l'anarchie et l'autocratie, Wenger doit s'occuper, au départ à contre-coeur, de l'autocratie plutôt que de l'anarchie. Il décide alors, pour son cours, de mettre en place une expérience sur la dictature, face à l'incrédulité de ses élèves quant à la possibilité d'une renaissance d'un régime autoritaire.
Rainer Wenger choisit le nom de son mouvement avec ses élèves : « la Vague » ; et met petit à petit en place tous les éléments d'une dictature : un symbole (une vague), un salut (un mouvement de la main imitant celui d'une vague), un uniforme (une chemise blanche et un jean) et des règles strictes, comme appeler le professeur par son nom et non plus familièrement par son prénom. Il s'impose comme leader et dirige l'activité, certain des bienfaits que peut apporter l'expérience à ses élèves.
« La Vague » provoque sur les élèves des réactions diverses : une minorité, composée de deux jeunes filles, Mona et Karo, refuse l'expérience et s'oppose à « la Vague », alors que la plupart se laissent séduire et suivent l'idée, notamment Marco, le petit ami de Karo. Au fil des jours, une véritable idéologie se met en place, basée sur un mouvement identitaire des jeunes et sur un soutien mutuel des lycéens. Mais « la Vague » prend des proportions démesurées : les membres commencent à persécuter les non-membres, et les forcent à rejoindre le mouvement ; « la Vague » se dote également d'un site Internet aux images violentes, créé par Tim, un élève d'habitude réservé mais que « la Vague » a transformé en un garçon énergique et participatif. Un soir, un petit groupe de membres, mené par Tim, décide notamment de peindre le symbole de « la Vague » sur toute la ville. Le lendemain, Rainer, furieux de l'ampleur qu'a pris le mouvement, arrive brutalement en cours et cherche à raisonner ses élèves, mais c'est déjà trop tard.
Le quatrième jour, une grande soirée est organisée entre tous les membres de « la Vague » ; Karo refuse de s'y rendre, même quand Marco l'y invite. Le lendemain, lors d'un match de water-polo, des violences éclatent et le match tourne à l'affrontement entre les membres de l'équipe de « la Vague » et leurs adversaires ; Rainer, Coach de l’équipe de « la Vague », doit même plonger pour séparer deux garçons se battant violemment sous l'eau. Karo et Mona font alors irruption dans la salle et l'inondent de tracts anti-Vague, avant de fuir. Marco rejoint alors Karo pour la raisonner, mais la discussion s'envenime, l'un n'arrivant pas à convaincre l'autre, et Marco finit, sous le coup de l'énervement et suite à une gifle de Karo, par frapper la jeune fille, avant de s'enfuir. Honteux et désemparé, Marco se rend chez Rainer, à qui il explique sa situation ; Rainer lui promet d'arrêter « la Vague », conscient de la tournure qu'elle a prise.
Le dernier jour, Rainer convoque tous les élèves membres de « la Vague » au lycée, et leur annonce qu'il a l'intention de poursuivre « la Vague », et même d'organiser une révolte contre le gouvernement. Il est acclamé par les élèves enthousiastes, mais Marco, stupéfait, se lève et interpelle Rainer, qui le fait arrêter et amener jusqu'à l'estrade, avant de suggérer de le torturer ou de l'exclure du mouvement. Voyant que certains élèves sont prêts à le faire, Rainer, horrifié, révèle qu'il simulait le dynamisme et l'emportement, pour que les élèves se rendent mieux compte de ce qu'ils auraient été capables de faire et finit par leur intimer l'ordre de rentrer chez eux. Mais c'est alors que Tim, fou de rage et de chagrin que « la Vague », qui lui a apporté tout ce qu'il n'avait pas (la sociabilisation, le pouvoir, des responsabilités...), s'arrête, sort un pistolet et bondit sur l'estrade, en obligeant tout le monde à rester. Il commence par abattre Bomber, un élève, avant de menacer Rainer, qui tente désespérément de raisonner Tim. Ce dernier, accablé par Rainer, qui lui dit de se reprendre, qu'il serait inutile de le tuer et que « la Vague » doit s'arrêter, se met à pleurer, avant de se suicider en se tirant une balle dans la bouche.
Bomber est emmené d'urgence à l'hôpital. Le cadavre de Tim est transporté dans un cercueil. Karo et Marco qui se réconcilient, et contemplent l'horreur de la conclusion de « la Vague ». Rainer Wenger est arrêté et emmené par la police, et s'effondre en réalisant les conséquences de l'expérience.
Aspect politique[modifier | modifier le code]
L’histoire qui se cache derrière ce film est ancienne et s’est vue reproduite et interprétée plus d’une fois, et ce, de deux façons différentes. Commençant en expérience réelle, elle a été adaptée en livre par Todd Strasser en 1981. Celui déclare d’ailleurs en parlant de l’histoire : « Le plus important, c’est le message de cette histoire, qui doit servir à la fois de souvenir à propos de ce qui s’est passé et d’un avertissement à propos de ce qui peut se reproduire. »[1]. C’est dans cette même optique qu’est réalisé le film La Vague. Simplement, une adaptation à l’écran permet de rejoindre un plus grand public en cette ère du médiatique. Ce film ose aborder le fascisme[2] et l’autocratie en 2008, sujet tabou dans notre société actuelle. Non seulement, cela pointe du doigt une problématique politique, mais ça démontre que cette situation politique n’est pas disparue. Il se trouve donc dans ce film une thèse de dystopie, mais pas irréelle concernant la possibilité de la naissance d’un parti extrémiste. L’idée qu’une politique similaire à celle d'Adolf Hitler puisse encore exister est inconcevable dans notre monde moderne.
Pourtant, les bases d’un mouvement équivalent à une autocratie violente sont constamment présentes. Selon le travail de Marie-Hélène Masse[3], la première base à la création d’un groupe ou mouvement est la présence d’un leader. Dans le cas du film, c’est le professeur Wenger qui sera un leader dit autocratique. Cela implique qu’il est le seul au pouvoir et que jamais lui-même ou ses décisions ne sont remises en question. Cela n’est qu’à petite échelle mais démontre que n’importe qui ayant assez d’autorité et de volonté puisse y arriver. Comme l’aborde Kae Reynolds[4] dans son étude de cas, ce film « expose la tendance à sous-estimer le pouvoir des adeptes ». Toujours selon M.H.Masse, pour monter un régime politique fasciste il est nécessaire de savoir gérer ceux qui vont donner naissance au mouvement et faire vivre cette idéologie. Le pouvoir accordé à la communication, passant surtout par la propagande du dirigeant à son peuple est donc primordiale. Le film avait pour but de représenter une mini société, les élèves représentent donc le peuple qui suit le leader, et qui à grande échelle engloberait la population d’un pays. Le lien entre la communication et le monde politique est aujourd’hui décrit en employant un concept précis : celui de communication politique. Il se résume au ; « processus par lequel le langage et les symboles, employés par les leaders, les médias ou les citoyens, exercent des effets prévus ou imprévus sur les connaissances, les attitudes ou les comportements politiques des individus ou sur les résultats qui portent sur les politiques publiques d’une nation, d’un État ou d’un groupe social »[5]. C’est pourquoi la communication politique s’applique à tout type de régime. De plus, ce n’est pas une mentalité d’individualité, mais toujours celle d’un groupe uni. C’est un autre aspect des régimes totalitaires que d’inclure tous les gens dans une même quête. Cela permet notamment de rejoindre les gens plus faibles qui auraient généralement été écartés, ou encore les intellectuels qui se sentent différents. Si l’un des membres n’est pas similaire, il devient dangereux pour le parti, donc il passe au camp adverse. Cette union des membres au sein du parti se forge d’ailleurs avec l’usage d’un langage et de symboles précis comme on l’a vu dans la définition précédente. Dans le film, ou dans un monde non fictif, c’est par de petites actions qu’on obtient avec un mouvement ou les membres sont dédiés à leur parti et à leur chef d’autorité. Il y a donc le salut par lequel les membres se reconnaissent entre eux, mais qui les distinguent de ceux qui ne font pas partie de leur mouvement. L’effet de groupe apporte une conscience de pouvoir, le fait de se croire plus fort donne aux partisans une mentalité de supériorité. Il y a une multitude de moyens de se distinguer, notamment le symbole suprême du régime, simple, mais facilement identifiable, le logo de vague. Sans oublier, les noms attribués, les postes, l’uniforme et les nombreux slogans totalitaires. Survient enfin la dernière phase, celle que les spécialistes appellent le phénomène de l’obéissance extrême[6]. C’est alors aisément que le leader contrôlera et incitera ses membres, ceux-ci étant déjà prêts à tout pour leur parti.
Impacts et réception du film[modifier | modifier le code]
Plusieurs professeurs utilisent ce film comme exemple de la simplicité qu’à un régime autoritaire ou considéré comme fasciste à prendre le contrôle d’un peuple. De plus, cela permet d’aborder d’un point de vue moderne, par le biais du média de la télévision, des sujets parfois durs à aborder dans une société dite démocratique. Société qui se croit à l’abri de toute rechute vers des politiques autarciques et fascistes. Dans le milieu pédagogique ce film devient donc un réel outil d’enseignement[7] lorsque vient le temps de parler de propagande, de dictature ou encore des contre-pouvoirs.
Fiche technique[modifier | modifier le code]
- Titre français : La Vague
- Titre original : Die Welle
- Réalisation : Dennis Gansel
- Scénario : Dennis Gansel, Todd Strasser, Peter Thorwarth
- Musique : Heiko Maile
- Producteurs : Martin Moszkowicz, Nina Maag
- Distributeur : BAC Films
- Pays :
Allemagne - Langue : allemand
- Durée : 108 minutes
- Dates de sortie :
Distribution[modifier | modifier le code]
- Jürgen Vogel (V. F : Alexis Victor) : Rainer Wenger, le professeur
- Frederick Lau (V. F : Gwenaël Sommier) : Tim Stoltefuss, l'élève qui prend trop à cœur l'expérience
- Max Riemelt (V. F : Lionel Lingelser) : Marco
- Jennifer Ulrich (V. F : Barbara Probst) : Karo
- Christiane Paul (V. F : Christine Paillard) : Anke Wenger, la femme de Rainer
- Jacob Matschenz (V. F : Bastien Bouillon) : Dennis
- Cristina do Rego (V. F : Caroline Victoria) : Lisa
- Elyas M'Barek (V. F : Romain Berger) : Sinan
- Maximilian Vollmar (V. F : Pierre Boulanger) : Bomber
- Maximilian Mauff (V. F : Sandor Funtek) : Kevin
- Ferdinand Schmidt-Modrow (V. F : Clovis Fouin) : Ferdi
- Tim Oliver Schultz (V. F : Pierre Niney) : Jens
- Amelie Kiefer (V. F : Alice Vial) : Mona
- Fabian Preger (V. F : Boris Vigneron) : Kaschi
- Odine Johne (V. F : Emilie Brotons) : Maja
- Tino Mewes : Schädel
- Karoline Teska : Miri
- Marco Bretscher-Coschignano : Dominic
- Lennard Bertzbach : Bommel
- Tommy Schwimmer : Maxwell
- Joseph M'Barek : Thorben
- Jaime Kristo Ferkic : Bobby
- Darvin Schmidt : Leon
- Leander Hagen : Zecke
- Lucas Hardt : Kulle
- Maxwell Richter : Faust
- Sophie Kutzke : amie de Jens
- Liv Lisa Fries : Laura
- Lena Lutz : Leyla
- Hendrik Köller : vendeur
- Ilo Gansel : vendeuse
- Natascha Paulick : vendeuse
- Maren Kroymann : Dr. Kohlhage
- Teresa Harder : mère de Karo
- Thomas Sarbacher : père de Karo
- Hubert Mulzer : Dieter Wieland
- Alexander Held : père de Tim
- Johanna Gastdorf : mère de Tim
- Friederike Wagner : mère de Marco
- Dennis Gansel : Martin
- Ron Jones : visiteur dans le Coffee bar
Sources et légende : Version française (V. F.) selon le carton de doublage.
Production[modifier | modifier le code]
Genèse[modifier | modifier le code]
Le film est adapté d'un fait divers intervenu aux États-Unis dans les années 1960 en classe de première du lycée Cubberley à Palo Alto (Californie) lors d'un cours sur l'Allemagne nazie par le professeur Ron Jones (ce dernier n'arrivant pas à expliquer à ses élèves comment les citoyens allemands avaient pu laisser sans réagir le parti nazi procéder aux génocides). Le mouvement se nommait « La troisième vague » et était mis en place sur cinq jours avant que le professeur dévoile la supercherie. Cette expérience aura mené à l'écriture du livre La Vague de Todd Strasser, qui aura inspiré la réalisation du film.
Bande originale[modifier | modifier le code]
- Rock'n'Roll High School par EL*KE, l'original étant de The Ramones.
- Rock'N'Roll Queen de The Subways.
- Execution Song de Johnossi.
- NIghtlight de Bonobo (feat. Bajka) (la discussion entre Marco et Lisa dans un bar).
- Tick Tick Boom de The Hives.
- Garden of the Growing Hearts d'Empty Trash (sur la plage).
Accueil[modifier | modifier le code]
Accueil critique[modifier | modifier le code]
| Site | Note |
|---|---|
| Rotten Tomatoes | 67 %[Note 1] |
| Allociné |
| Périodique | Note |
|---|
Box-office[modifier | modifier le code]
En France, le film a été vu par 184 886 spectateurs[8].
Distinctions[modifier | modifier le code]
Récompenses[modifier | modifier le code]
Le film a été double lauréat des prix du film allemand avec le Prix de bronze (catégorie meilleur film) et le Prix d'or décerné à Frederick Lau (prix d’interprétation masculine, catégorie meilleur second rôle).
Nominations[modifier | modifier le code]
Le film a également été nommé au festival du film de Sundance (grand prix du jury).
Autour du film[modifier | modifier le code]
- Une seconde version de la fin du film a été tournée, pour éviter de choquer les spectateurs : Tim, à la fin, ne se suicide pas, mais tombe en pleurs dans les bras de Rainer, avant d'être emmené avec lui par la police.
Notes et références[modifier | modifier le code]
Notes[modifier | modifier le code]
- Moyenne réalisée sur 18 critiques
- Moyenne réalisée pour 19 titres de presse
Références[modifier | modifier le code]
- Susan Stan, « How Todd Strasser Became Morton Rhue », The ALAN Review, vol. 35, no 2, (ISSN 1547-741X, DOI 10.21061/alan.v35i2.a.7, lire en ligne, consulté le 15 décembre 2019)
- nicolaslebourg, « Fascismes : cent ans, et après ? », sur Fragments sur les Temps Présents, (consulté le 15 décembre 2019)
- Marie-Hélène Masse, « Les effets des pratiques de leadership sur la performance de l’équipe : rôle médiateur de l’engagement des membres envers les objectifs d’équipe », Mémoire, août, 2013 (lire en ligne)
- (en) Kae Renolds, « The Interplay of Follower and Leader Ethics: A Case Study of the Film “The Wave”: Cases and Commentaries », sur ResearchGate
- « Les mondes de la communication publique », {{Article}} : paramètre «
périodique» manquant, (DOI 10.4000/books.pur.71750, lire en ligne, consulté le 15 décembre 2019) - Les Grignoux, « Dossier pédagogique ; La vague », Dossier pédagogique, (lire en ligne)
- « Die Welle », sur Superprof Ressources, (consulté le 15 décembre 2019)
- Voir sur allocine.fr.
Voir aussi[modifier | modifier le code]
Articles connexes[modifier | modifier le code]
- L'Expérience
- Société de contrôle, Contrôle social, Vie privée, Surveillance globale, État policier
- Evergreen State College
Liens externes[modifier | modifier le code]
- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Bande-annonce de La Vague en VOST sur YouTube