La Tentation d'Ève

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Attribuée à Gislebert, La Tentation d’Ève (vers 1130), bas-relief, Autun, musée Rolin.

La Tentation d’Ève est une sculpture médiévale représentant une femme nue couchée, Ève, se saisissant d'un fruit sur une branche tenue par une main griffue. Ce bas-relief, attribué à un certain Gislebert, ornait le linteau du portail nord de la cathédrale Saint-Lazare d'Autun. Il est daté de 1130 environ. Il fut démonté en 1766, ainsi que le reste du linteau et le tympan du portail, le Tombeau de saint Lazare, le Jubé (1743) et tout l'espace du chœur[1]. Depuis 1935, La Tentation d'Ève est classé monument historique. Cette œuvre est conservée à Autun au musée Rolin.

Description[modifier | modifier le code]

Attribuée à Gislebert, La Tentation d’Ève (vers 1130), bas-relief, Autun, musée Rolin.

Le bas-relief, aujourd'hui incomplet, illustre une scène issue de la Genèse. Il représente Ève couchée, le corps ondulant dans une posture sensuelle, juste au moment qui précède la consommation du péché originel.

Ève tend la main dans son dos, saisissant le fruit défendu de l'Arbre de la connaissance du bien et du mal. À droite se trouve l'arbre de la connaissance, ainsi que la main griffue de Satan (dont la représentation complète a disparu) représentant la force qui pousse l'humanité au Mal. Le visage d'Ève est traité en deux à-plats à angle quasi-droit sur l'arête du nez. À l'origine, les yeux étaient probablement garnis d'une bille de verre bleu foncé comme les sculptures du tympan principal. L'arbre qui pousse devant elle, cachant son sexe, pourrait avec ses fruits répartis sur des branches symboliser sa descendance[2].

Adam, qui se trouvait à gauche, a également disparu. Ève se saisit du fruit, derrière elle, sans regarder, le visage tourné vers son compagnon[3].

C'est une des premières représentations d'une femme nue d'aussi grande taille et à un emplacement aussi important dans la statuaire médiévale[4].

Il existe un moulage en plâtre de ce bas-relief au musée des monuments français de Paris.

Restauration[modifier | modifier le code]

En 2016, La Tentation d'Ève a été restaurée au Centre de recherche et de restauration des musées de France, après un appel public aux dons sur la plateforme Ulule.

La restauration s'est principalement effectuée en retirant par micro-abrasion la couche noirâtre qui recouvrait une grande partie du bas-relief, dont l'étude a montré qu'elle avait été ajoutée entre le début du XVIe siècle et sa déposition en 1766. Exposée quelques mois au musée du Louvre, La Tentation d'Ève a rejoint le musée Rolin, où elle était traditionnellement conservée, début 2017.

Attribution[modifier | modifier le code]

Cette sculpture est attribuée à un dénommé Gislebert[5] comme le tympan de la cathédrale Saint-Lazare d'Autun, représentant le Jugement dernier. En effet celui-ci comporte, au pied du Christ, la mention latine « Gislebertus hoc fecit » (« Gislebert a fait ça »), qui n'est pas forcément une signature. On sait que la mention traditionnelle « Cesar pontem fecit » ne se traduit pas par « César a fait ce pont », mais par « César a fait construire ce pont ».

Redécouverte[modifier | modifier le code]

La sculpture conservée à Autun n'est que la partie centrale de l'œuvre originale. Après sa déposition, en 1766, les chanoines du XVIIIe siècle, peu sensibles aux beautés de l'art médiéval[6],[7], vendirent cette partie centrale comme pierre de construction. Elle a été brisée en deux blocs destinés à la décoration de la façade de l'hôtel Dorsenne, place du Champ de Mars à Autun. Sa trace a ensuite été perdue. Cent ans plus tard, le bas-relief est retrouvé par hasard par l'architecte Jean Roidot-Houdaille dans un pan de mur d’une maison particulière en cours de rénovation à Autun. Elle est vendue par les héritiers de Roidot à l'abbé Terret, membre de la Société éduenne, en 1910. Cédée à cette société, elle arrive finalement dans les collections de l'hôtel Rolin le [8].

La possible localisation des deux autres morceaux manquants est l'objet de spéculations ; toutefois, le musée Rolin expose un Fragment de la tête du diable, formellement identifié comme élément du linteau de la Tentation d'Ève[8].

Adam et Ève, fondation Yuko Nii

En 2016, la fondation Yuko Nii (en), à Brooklyn, a exposé un bas-relief en albâtre présenté comme une copie médiévale de la sculpture, qui inclut la représentation d'Adam[9].

Expositions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Site sur l'Art Roman en Bourgogne, Autun, cathédrale saint-Lazare.
  2. Jean Wirth, L'Image à l'époque romane, Cerf, , p. 151.
  3. Musée de Bourgogne, musée Rolin, Autun
  4. Encyclopédie de l'Art, Éd. La pochotèque/Garzanti, 1991, p.1238.
  5. Francis Salet, « La sculpture romane en Bourgogne. À propos d’un livre récent », Bulletin Monumental, t. CXIX, octobre-décembre 1961, p. 325-343.
  6. Le Guide vert, Bourgogne Morvan, Éd. du Voyage, 2000, p. 108.
  7. Le Guide du routard, Bourgogne Franche-Comté, éd. 2001-2002, p. 254.
  8. a et b Brigitte Maurice-Chabard, « Ève, la tentatrice d'Autun », Grande Galerie - Le Journal du Louvre, n° 40, juin-juillet-août 2017, pp. 96-98.
  9. (en) « Dinner with the Devil ».

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Erlande-Brandenburg, L'art roman, un défi européen, Éd. Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Arts » (no 471), Paris, 2005, 160 p., p. 105 (ISBN 2-07-030068-4 et 978-2070300686)
  • Marcel Durliat, L'art roman, 1989, Éd. Citadelles et Mazenod ; rééd. avec mise à jour en 2009.
  • Denis Grivot et George Zarnecki, Gislebertus, sculpteur d'Autun, Paris, 1960.
  • Francis Salet, « La sculpture romane en Bourgogne, à propos d'un livre récent », in Bulletin Monumental, t. CXIX, octobre-décembre 1961, p. 325-343.
  • Didier Cornaille, Adam en héritage, Éd. Presses de la Cité, coll. « Terres de France », 2010 [roman].
  • Brigitte Maurice-Chabard (dir.), Ève ou la folle tentation, Autun, Musée Rolin, 2017, 208 p.
    Catalogue de l'exposition éponyme au musée Rolin à Autun du 23 juin au 15 octobre 2017.
    .
  • Brigitte Maurice-Chabard, « Ève, la tentatrice d'Autun », Grande Galerie - Le Journal du Louvre, n°40, juin-juillet-août 2017, pp. 96-98.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • La Tentation d’Ève, film documentaire de Saskia Walker, Allemagne, 2003, 26 min, WDR. Ce court métrage documentaire a été projeté par la chaîne de télévision Arte, le samedi 1er mai 2004.