La Séquestrée de Poitiers

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La Séquestrée de Poitiers
Auteur André Gide
Pays Drapeau de la France France
Genre Chronique judiciaire
Éditeur Éditions Gallimard
Date de parution
ISBN 2070201570

La Séquestrée de Poitiers est une chronique judiciaire d'André Gide publiée le aux éditions Gallimard.

Résumé[modifier | modifier le code]

Cette chronique retrace l'histoire de Blanche Monnier, qui a vécu recluse dans une chambre pendant vingt-quatre ans dans un grabat au milieu d'excréments et de débris de nourriture, d'abord semble-t-il de sa propre volonté, puis séquestrée par sa mère, qui l'obligeait à vivre nue parmi les immondices dans une chambre jamais nettoyée, dont les fenêtres étaient condamnées. Elle fut libérée par la police grâce à la dénonciation au procureur général d'un militaire qui fréquentait la bonne de la famille, le commissaire de police découvrant la fille de la maison entièrement nue, la tête cachée sous une couverture, ne pesant plus que 25 kg[1].

Source d'inspiration[modifier | modifier le code]

La chronique est directement inspirée par un fait divers authentique[2]. Gide a simplement modifié les noms des protagonistes de ce drame domestique. L'affaire débute le 22 mai 1901, lorsque le procureur général de Poitiers apprend par une lettre anonyme que Mlle Blanche Monnier (née en 1849) est enfermée depuis vingt-cinq ans chez sa mère Louise Monnier[3], dans une chambre au deuxième étage sans air et sans lumière, et dont les persiennes sont cadenassées. Le lendemain, les policiers mènent une perquisition au 21, rue de la Visitation à Poitiers et découvrent la femme squelettique dans sa chambre, sur un lit couvert d'immondices et de vermine. Sa mère Louise et son frère Marcel sont arrêtés et écroués. Les deux bonnes interrogées déclarent que Blanche, volontairement, mange très peu mais déplorent que leur maîtresse leur ait toujours refusée de veiller à son hygiène. La mère prétend que Blanche, atteint d'une fièvre sévère en 1872 refuse depuis de sortir de sa chambre, ce que confirme son frère Marcel. La rumeur locale veut qu'elle ait été séquestrée, à la suite semble-t-il de l'amour contrarié entre Blanche et Maître Gilles Lomet. Selon le journal local de la Vienne, ce dernier était protestant, fils d'un avocat républicain ; la famille Monnier était royaliste et nourrissait une haine viscérale envers les Républicains (le père de Blanche, Martin Monnier, avait perdu son poste de doyen de la faculté des lettres de Poitiers et son frère Marcel Monnier, sous-préfet à Puget-Théniers au temps de l'Ordre moral fut révoqué au moment de la crise du 16 mai 1877), Louise ayant enfermé sa fille pour empêcher le mariage[4].

L'affaire devient nationale lorsque le procès pour séquestration criminelle avec torture, met en lumière cette réclusion. Le père de Blanche étant mort en 1882, sa mère décédée en prison 15 jours après son arrestation[5], le premier procès se solde par le jugement du 11 octobre 1901 du tribunal correctionnel de Poitiers qui condamne son frère Marcel à quinze mois de prison pour complicité d'actes de violence. Ce premier procès révèle que Marcel a voulu faire placer Blanche dans une maison de santé mais sa mère a refusé, comme il était habituel pour une famille de la petite bourgeoisie de cacher une affaire honteuse. Marcel Monnier fait appel. L'arrêt de la cour d'appel de Poitiers du 20 novembre 1901 aboutit à son acquittement. Ce second procès relatif à la commission par omission met en évidence que Blanche souffre de troubles mentaux (anorexie hystérique, coprophilie, exhibitionnisme, schizophrénie, ses crises nerveuses s'aggravant après le décès du père puis celui en 1896 de la veuve Fazy, la seule bonne qui parvenait à se faire écouter de Blanche), considère que la mère gardait l'autorité sur sa fille malgré la pension qu'elle versait à Marcel pour veiller sur sa sœur. Enfin les juges considèrent que la responsabilité directe du frère pour violence et voie de fait par omission ne pouvait pas être établie car ce délit exige un comportement actif (acte de violence), l'omission (défaut de soins, défaut de surveillance, etc.) ne pouvant être assimilé à une violence active qui devait toujours être un fait de commission selon l'article 311 du code pénal. Le tribunal blâme cependant le comportement de Marcel à l'égard de sa sœur[6].

À l'issue de ce procès, Marcel vend tous les biens de la succession de sa mère (à l'exception de la maison 21, rue de la Visitation) et se retire à Ciboure dans les Pyrénées-Atlantiques, conservant une maison de campagne à Migné où il décède en juin 1913. Blanche est soignée à l'Hôtel-Dieu puis placée à l'hôpital psychiatrique de Blois où elle meurt en 1913, sans jamais avoir recouvré la raison. La maison de « la séquestrée » existe toujours mais a profondément changé depuis l'époque des faits, seule la fenêtre de la chambre du deuxième étage subsiste[4].

Outre André Gide qui s'inspira de ce fait divers pour dénoncer l'atmosphère étouffante des familles de la bourgeoisie, Georges Simenon s'en inspira également pour décrire les personnages de son Bourgmestre de Furnes[7].

Éditions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L’affaire de la séquestrée de Poitiers par Jean-Marie Augustin
  2. Le Livre des bizarres, Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière, éditions Robert Laffont, 1981, pp.304-305
  3. Sa mère Louise-Léonide Demarconnay, fille d'un agent de change, « belle de dot », était selon la rumeur locale une femme castratrice, acariâtre et avare.
  4. a et b Jean-Marie Augustin, L'histoire véridique de la séquestrée de Poitiers, Fayard, , 334 p. (ISBN 2213609519)
  5. Le testament de la veuve Monnier contredit la thèse de la séquestration puisqu'elle lègue la totalité de ses biens à Blanche (et non à son fils Marcel), demandant qu'ils soient consacrés aux soins qui lui sont nécessaires. Cf. Viviane Janouin-Benanti, La séquestrée de Poitiers: une affaire judiciaire sans précédent, Éditions Cheminements, , p. 275.
  6. Laurent Moreillon, L'infraction par omission, Librairie Droz, , p. 65
  7. La Séquestrée de Poitiers