La Ruée vers l'Europe

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La Ruée vers l'Europe
La Jeune Afrique en route pour le Vieux Continent
Auteur Stephen Smith
Pays France
Genre Essai
Éditeur Éditions Grasset
Lieu de parution Paris
Date de parution 2018
ISBN 978-2-246-80351-5

La Ruée vers l'Europe est un essai de Stephen Smith.

Cet essai « met l'accent, chiffres démographiques à l'appui, sur la hausse prévisible des flux de migrants sur les côtes européennes dans les décennies à venir »[1].

L'auteur « tente l’impossible : poser le cadre du débat sur l’avenir de l’Afrique et de l’Europe dans leur prochaine « confrontation migratoire » sans parti pris idéologique et sans a priori »[2].

Stephen Smith soutient que « l'Europe n'en est qu'à l'aube des grands mouvements migratoires en provenance d'Afrique »[3].

Réception critique[modifier | modifier le code]

Réception médiatique[modifier | modifier le code]

En 2018, La ruée vers l'Europe a été récompensé par le Prix Brienne du livre de Géopolitique [4], par le Prix littéraire de la Revue des Deux Mondes [5] et par un Grand Prix de l'Académie française [6].

Le Monde a choisi La ruée vers l'Europe comme l'un de ses sept livres incontournables pour comprendre les migrations, estimant qu'il s'agissait « d'un petit livre hyper documenté, riche en références littéraires et nourri d'un suivi longitudinal des statistiques africaines »[7].La journaliste du Monde en charge des migrations, qui avait salué le livre au début de l'année, rédige alors un nouvel article où elle considère désormais que Stephen Smith donne du grain à moudre à la théorie du « grand remplacement ». Ce brusque changement est, selon Eugénie Bastié, un exemple d'une tendance globale qui fait que les chercheurs ne rejoignant pas une certaine vision de gauche au sujet des migrations sont systématiquement disqualifiés par certains pontes universitaires (notamment le trio Pierre Rosanvallon, François Héran et Patrick Boucheron). La journaliste écrit ainsi : « Dans tous les cas de figure, le schéma de disqualification est semblable : d'abord, il s'agit de montrer le manque de scientificité de l'auteur, puis de l'accuser de ne pas tenir compte de la complexité du sujet (cette même complexité étant tout à fait récusée lorsqu'il s'agit de dénoncer le capitalisme ou une excuse sociale à la radicalisation), et enfin de lui reprocher de "faire le jeu", selon l'expression consacrée, de thèses extrêmes »[8].

Pour Le Monde diplomatique : « L’essentiel de l’argumentaire est démographique, opposant, un peu trop schématiquement, la natalité du continent africain et le vieillissement de l’Europe. Mais les cinq issues que Smith imagine ouvrent le débat. On regrettera un titre inutilement alarmiste. »[9].

Pour Alternatives économiques, La Ruée vers l'Europe est un ouvrage qui se sert « la peur de la submersion » pour « faire recette »[10].

Le livre a été apprécié aussi bien par le Président de la République Emmanuel Macron[11] que par l'extrême droite de Marine Le Pen[12].

Réception académique[modifier | modifier le code]

L'ouvrage de Stephen Smith a un accueil clairsemé par le monde universitaire qui lui reproche son manque de rigueur scientifique et son ton inutilement alarmiste malgré des critiques conciliante sur la documentation.

Le démographe François Héran (Collège de France) publie en septembre une tribune dans Libération où il critique vigoureusement l'ouvrage, l'accusant de « nourrir le fantasme de l'envahissement du Nord par le Sud »[13]. Dans La Vie des idées, François Héran critique le livre avançant que le scénario selon Smith d'une « ruée » migratoire de l'Afrique subsaharienne vers l'Europe ne résulterait pas, pour l’essentiel, d'un déterminisme démographique mais d'une conjecture économique. Au rebours de Smith, Héran affirme que l’immigration y compris les afflux de migrants ou de demandeurs d’asile, « loin de ruiner la protection sociale et d’aggraver le chômage, se traduit à terme par une augmentation du PIB et une remontée du taux d’emploi »[14].

La démographe Michèle Tribalat (INED) mesure les propos de Héran et affirme : « Je n’ai aucune idée de ce que sera la taille des populations originaires d'Afrique hors Maghreb en 2050 en Europe en général et en France en particulier, mais je suis à peu près sûre que la projection de François Héran, qu’il dit réaliste, l’est très peu. Bien qu’il maîtrise mieux, en principe, comme il s’en vante dans son article venimeux sur le livre de Stephen Smith, les canons de l’analyse démographique que ce dernier, il n’est pas sûr qu’il ait mené un travail plus avisé. »[15].

L'essai de Smith est qualifié par Julien Brachet (IRD/Oxford) de « xénophobe et raciste » dans un article paru dans La Vie des idées. Selon lui, Stephen Smith « ne connaît rien au sujet et ne fait que reprendre des « propos de comptoir »[16].

Pour Hervé Le Bras (EHESS/INED), Smith a « une vue complètement simpliste des choses ». Selon Le Bras, la ruée vers l'Europe est avant tout « un fantasme »[17].

Michel Agier (EHESS) reproche à Smith une utilisation fallacieuse de nombreux chiffres et statistiques : « Vos chiffres sont très contestables. Dans son dernier rapport démographique, le FMI établit une projection qui inclut la décroissance tendancielle des taux de fécondité en Afrique – ce que vous ne mentionnez qu'en une demi-phrase dans votre ouvrage. Au total, les migrants subsahariens dans les pays de l'OCDE passeraient de 6 millions en 2013 à 18 millions en 2040 et 34 millions en 2050. Ce qui fait un ordre de grandeur sensiblement différent! » (Smith avance le chiffre de 200 millions pour le nombre de migrants subsahariens en Europe en 2050)[18].

Samuel Liater (Université libre de Bruxelles) pense que l'ouvrage de Smith est plus politique que scientifique : « Cet ouvrage aux airs de géographie humaine n’est probablement pas indiqué pour comprendre correctement les dynamiques, mais plutôt intéressant pour cerner des idées de la droite sur les enjeux majeurs des prochaines décennies. Comme indiqué en quatrième de couverture, cet essai assume en effet « la nécessité d’arbitrer entre intérêts et idéaux ». En revanche, il ne peut prétendre à des positions scientifiques justifiées ; cet essai n’est pas un ouvrage scientifique crédible. »[19].

Cris Beauchemin (INED) et David Lessault (CNRS/Université de Poitiers) affirment que les statistiques des migrations africains sont claires : il n'y a ni exode, ni invasion. Ils disent : « Il n’y a pas plus « d’exode » en Afrique que « d’invasion africaine » en Europe. Le poids de ces deux idées reçues dans les discours publics est à l’origine d’un décalage entre l’ampleur des dispositifs politiques mis en place pour contrôler les flux et la réalité mesurée d’un phénomène finalement marginal. »[20].

Pour Christian Bouquet (Université Bordeaux-Montaigne), c'est « un essai fort bien documenté et solidement argumenté », il préconise cependant de ne pas tomber dans « l'alarmisme » et juge que « l’immigration africaine en Europe doit être traitée à sa juste dimension »[21].

Julien Brachet (IRD/Oxford) et Judith Scheele (EHESS/Oxford) regrettent l'importante couverture médiatique dont a bénéficie le livre de Stephen Smith[22] :

« En signant un essai xénophobe et raciste qui ressemble à une vaine tentative de légitimation de la théorie complotiste du « grand remplacement » prêchée par les idéologues d’extrême droite, et en multipliant les références à Maurice Barrès, Jean Raspail, Robert Kaplan ou Samuel Huntington (p. 70, 72, 188, 220), Stephen Smith s’inscrit ouvertement dans une tradition idéologique dont les chantres prédisent depuis des décennies la fin de la « civilisation occidentale » voire du « monde blanc ». La question qui se pose alors est de savoir comment un tel ouvrage peut-il être si largement encensé, devenir un succès de librairie, et influencer le débat public ? Car Smith n’est pas inquiétant seulement parce qu’il est un fervent promoteur de l’idée selon laquelle les populations africaines seraient un risque, un danger ou une menace pour l’Europe. Il l’est bien plus encore parce que des dizaines de journaux, radios et télévisions, des représentants politiques et des institutions influentes relaient ses idées délétères, et ce faisant les cautionnent. Tout en le présentant sous les traits d’un intellectuel apolitique, ce qu’il n’est pas. En cela, l’ouvrage de Stephen Smith est révélateur de la manière dont les opinions publiques peuvent se forger sur la base d’arguments tronqués, et des difficultés qu’ont les sciences sociales à imposer dans l’arène médiatique et politique des arguments sérieux sur des sujets complexes. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Claire Chartier, « Le défi africain », sur lexpress.fr, (consulté le 29 juin 2018).
  2. Valérie Toranian, « Afrique et migrations : pour en finir avec les tabous », sur revuedesdeuxmondes.fr, (consulté le 29 juin 2018).
  3. « Stephen Smith lauréat du prix du livre de géopolitique », sur ladepeche.fr, (consulté le 29 juin 2018).
  4. [1]
  5. [2]
  6. [3]
  7. Maryline Baumard, « Mes incontournables » : sept livres pour comprendre les migrations, par Maryline Baumard, lemonde.fr, 16 août 2018
  8. Eugénie Bastié, « Tribalat, Guilluy, Smith, victimes de l'universitairement correct ? », Le Figaro, 22-23 décembre 2018, p. 13.
  9. Tom Amadou Seck, « La ruée vers l’Europe. La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent », sur Le Monde diplomatique, (consulté le 6 février 2019)
  10. RÉGIS MEYRAN, « « Ruée vers l'Europe »: la peur de la submersion fait recette », sur Alternatives Economiques, (consulté le 6 février 2019)
  11. « Immigration : les thèses à rebours de Stephen Smith, l'africaniste cité par Macron », sur FIGARO, (consulté le 6 février 2019)
  12. « La bataille des scénarios sur l’immigration africaine », sur Libération.fr, (consulté le 6 février 2019)
  13. « La «ruée» d’Africains vers l’Europe, une thèse sans valeur scientifique », sur Libération.fr, (consulté le 6 février 2019)
  14. François Héran, « Comment se fabrique un oracle », La Vie des Idées,‎ (lire en ligne, consulté le 23 janvier 2019)
  15. [4],Querelle François Héran/Stephen Smith.
  16. Julien Brachet, « Où va la fausse science », La Vie des idées,‎ (lire en ligne, consulté le 23 janvier 2019)
  17. Hervé Le Bras, « La migration africaine vers l'Europe », Les Experts du Dessous des cartes,‎ (lire en ligne)
  18. Eric Aeschimann et Sarah Halifa-Legrand, « La jeunesse africaine est-elle un danger pour l'Europe ? : Débat entre deux Stephen Smith et Michel Agier », sur Bibliobs, (consulté le 6 février 2019)
  19. Samuel Liater, « Stephen Smith, La Ruée vers l'Europe. La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent », Revue belge de géographie,‎ (ISSN 2294-9135, lire en ligne)
  20. Cris Beauchemin et David Lessault, « Les statistiques des migrations africaines : ni exode, ni invasion », e-migrinter,‎ (lire en ligne)
  21. [5], Te Conversation du 2 mai 2018.
  22. Les Invités De Mediapart, « Stephen Smith ravive le mythe des invasions barbares, Macron et l’Académie française applaudissent », sur Club de Mediapart, (consulté le 6 février 2019)

Liens externes[modifier | modifier le code]