La Raison du plus fort

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour la fable, voir Le Loup et l'Agneau.
Icône de paronymie Cet article possède un paronyme, voir La Raison du plus mort.
Ne doit pas être confondu avec La Raison du plus faible ou La Raison du plus fou.

La Raison du plus fort est un film documentaire produit en 2003, réalisé par Patric Jean, sorti en France en 2005.

Résumé[modifier | modifier le code]

Le premier plan du film le résume en partie : de la fenêtre d'une prison en construction, on voit au loin une usine en ruine. La fermeture de la seconde est, pour le réalisateur, la cause indirecte, mais mécanique de la création de la première : « aujourd’hui on détruit ici une usine et demain on bâtira une prison »[1]. Telle est la thèse du documentaire.

Ce documentaire suggère en effet qu'en France, en Belgique et en d'autres pays d'Europe, les politiques mise en œuvre pour lutter contre la hausse du chômage sont plus sécuritaires qu'économiques : au lieu de combattre la pauvreté, on combat les pauvres. Aux côtés des quartiers riches, on tolère l'existence de banlieues de misère où se généraliserait la « tolérance zéro »[2].

Patric Jean montre ainsi que l'on concentre dans ces quartiers de misère tous les problèmes de nos sociétés : fort taux de chômage, fort taux d'analphabétisme, faux taux de pauvreté, fort taux de précarité, fort taux de criminalité... Alors que, selon lui, c'est précisément dans ces quartiers que l'État est le moins présent : faiblesse et/ou difficulté d'accès des équipements culturels, faiblesse des infrastructures de transport et d'urbanisme, distance à l'autorité, etc. Le documentaire identifie alors les conséquences de cette logique discriminatoire propre à nos sociétés occidentales[3].

Ce faisant, le réalisateur remet en cause l'image d'une démocratie européenne où tous auraient leur chance et offre un regard sur la société européenne, qu'il juge brutale[4]. Il déclare ainsi en introduction au documentaire : « Quelle drôle d’époque ! Que sommes-nous en train de faire ? Avons-nous perdu la raison ? »

Analyse[modifier | modifier le code]

Avec ce documentaire, Patric Jean souhaite dénoncer le changement de politique mis en œuvre en Europe depuis la fin des années 1990 : « C’est toute l’Europe qui est en train de passer du traitement social de la pauvreté au traitement carcéral  »[5]. Le documentaire repose sur une argumentation rigoureuse[6], le réalisateur ayant choisi un certain nombre d'exemples particulièrement pertinents. Ses thèses sont proches de celles que le sociologue Loïc Wacquant avait par exemple développé dans Parias urbains. Ghetto, banlieues, État. (La Découverte, Paris, 2006) ou celles du philosophe Jean-Paul Curnier. Ce dernier précise : « Le seul futur des démocraties occidentales aujourd'hui, c'est la menace de leur fin... Et l'on voit bien du reste comment, aux promesses d'un monde meilleur, se sont substituées les exhortations au rassemblement contre toutes sortes de menaces, comment à l'idée de conquêtes démocratiques s'est substituée celle du maintien d'une froide survie... »[7].

Sélections et récompenses[modifier | modifier le code]

Le film est sélectionné dans de nombreux festivals de films et y reçoit des prix.

Il reçoit par ailleurs des récompenses remis par des organismes de récompenses.

Enfin, sa sortie en salle française a été soutenue par L'ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion)[9].

Quelques festivals et prix :

2003 9ème Festival du film documentaire Viewpoint – Gand | Cinéma du réel – compétition – Paris | Regards sur le travail - Bruxelles | Festival Encuentros del otro cine – Equateur | Festival des résistances et des alternatives – Paris | Vision du réel - Nyon – MENTION SPECIALE DU JURY ET PRIX DU PUBLIC DE LA VILLE DE NYON | Festival des résistances et des alternatives – Saint-Etienne | Contre le Sommet du G8 – Evian | Festival de Cannes – sélection de l’ACID – Cannes | Festival Mostra Internationale Del Nuovo Cinema – Pesaro | Festival Résistances – Foix | Etats généraux du documentaire de Lussas – Lussas | Ecocinéma Festival – Rhodes – GRAND PRIX | Festival International du Film Francophone de Namur – Namur | Prix Europa – Berlin – MENTION SPECIALE | Festival des Libertés – Bruxelles | Rencontres de Besançon – Besançon | Festival de Sheffield – Sheffield | Festival de Turin – Turin | Rencontre internationale documentaire de Montréal – Montréal | Les écrans documentaires de Gentilly – Gentilly – PRIX DU REGARD SOCIAL | Festival du film d’Amiens – Amiens | Festival de Saint-Brieux – Saint-Brieux | Danish Human Right Film Festival – Copenhague | Festival de Stokholm – Stokholm | Entrevues » - Belfort | Festival du Cinéma d’Attac – Bruxelles | Prix Henri Storck – Bruxelles | Filmmaker film and video festival – Milan | Festival dei popoli – Florence | 2004 Festival Paroles d'hommes - Herve (Belgique) | 6è objectif doc – Paris | Festival Attac "Critique sociale du capitalisme" - Lille | Festival "Power or justice" - Göteborg | Champ contre champ – Lasalle en Cévennes | Human Rights Film and Documentary Review - Mantova (Italie) | Film festival of turkish foundation of cinema and audiovisual culture – Istanbul | Rencontres du Cinéma documentaire social d'Avignon - Avignon | Festival de olhos bem abertos (Gardons les yeux ouverts) - Rio de Janeiro | Festival de cinéma de Douarnenez - Douarnenez | Séoul Labor film festival – Séoul - Corée du Sud | Jihlava IDFF – Tchéquie | 2006 One world Internatinal Film Festival – Prague | Fajr International Film Festival – Iran | 2007 Let it BE - Cinéma Nova - Bruxelles | 7 Islands International Film Festival – Bombay - Inde | Emirates Film Competition – Abu Dhabi - Emirats Arabes Unis | 2009 Festival contre le racisme et les discriminations - Nantes

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. texte d'introduction du film.
  2. Joël Plantet explicite ainsi dans l'hebdomadaire Lien Social n° 701 du 18 mars 2004 : « Le réalisateur pointe par exemple la corrélation entre dérégulation du marché du travail et taux d’enfermement dans les prisons ; plus encore, il estime qu’une prison permettant au détenu de se réinsérer à la sortie est encore plus utopique qu’une société sans prison ; il parle de propagande en évoquant certaines émissions télévisées, et rappelle l’importance prépondérante des business que sont la vidéosurveillance et la sécurité. Il dénonce avec conviction cet univers de consumérisme — « nous sommes des Indiens soumis par quelques verroteries tendues par des conquistadores » — et de télésurveillance. »
  3. La fiche programme du film sur le site officiel d'Arte France Cinéma précise : « Entre consommation et frustrations, racisme ambiant et logique sécuritaire, le réalisateur passe de l'autre côté du miroir et rencontre les laissés-pour-compte de nos sociétés modernes : à la porte du mitard ou dans la cave d'une cité, ces hommes vivent le plus souvent dans la peur et le désespoir. Au fil de ces rencontres, les conséquences de la logique discriminatoire de nos sociétés prennent corps. Patric Jean offre un regard critique et émouvant sur une société violente et polarisée, où se généralise la "tolérance zéro" ».
  4. Cécile Mury, dans sa critique parue dans l'hebdomadaire Télérama le 5 février 2005 corrobore cette vision : « Par les témoignages qu'il a recueillis, par les scènes brutes qu'il a su saisir, Patric Jean pointe les ségrégations de notre société. La Raison du plus fort est une réponse intelligente et efficace à ceux qui croient encore à l'égalité des chances »
  5. Citation citée dans Joël Plantet, La raison du plus fort dans Lien Social n° 701 du 18 mars 2004.
  6. Alexis Trosset précise ainsi dans Première en février 2005 : « Simple et objectif, le film démontre que pour faire de l'homme un animal, il suffit de le mettre en cage. »
  7. Jean-Paul Curnier est cité par Charles Castella dans le texte de présentation du film sur le site de L'ACID
  8. édition 2002-2003 du Prix Henri Storck organisé par le Fonds Henri Storck.
  9. fiche du film sur le site officiel de L'ACID.