La République de Platon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Ne pas confondre avec l'ouvrage de Platon, La République.

La République de Platon
Auteur Alain Badiou
Pays Drapeau de la France France
Genre essai philosophique
Éditeur Fayard
Collection Ouvertures
Lieu de parution Paris
Date de parution 2012
Nombre de pages 10

La République de Platon est un essai du philosophe Alain Badiou écrit par référence à La République de Platon et au modèle du dialogue socratique.

Présentation[modifier | modifier le code]

L'ouvrage est à la fois une traduction et une réécriture de La République de Platon, dialogue socratique sur la justice et la politique[1]. Badiou travaille à partir du texte grec et propose une œuvre hybride et actualisée. L'auteur sélectionne des passages et les réécrit, il ne prend pas l'intégralité du texte originel de Platon. Les personnages principaux sont Socrate, Glauque et Amantha (frères et sœurs), Thrasymaque le sophiste. Contrairement à ce qui se passe chez Platon, Amantha est une femme (Adimante chez le philosophe grec), et les personnages autres que Socrate font de longues tirades. Adimante, Glaucon et Thrasymaque étaient réduits chez Platon à répondre aux tirades de Socrate par de brèves expressions.

La question de la justice, de la vérité et de la politique sont posées dans le dialogue. Badiou utilise beaucoup l'humour et les jeux de mots, ce qui apparente sa réécriture au genre de la comédie. Platon lui-même utilisait la parodie et les jeux de mots dans sa langue maternelle, le grec.

Mise en scène au théâtre[modifier | modifier le code]

Le dialogue a été joué au théâtre Nanterre-Amandiers du 15 novembre au 8 décembre 2013 (mise en scène de Grégoire Inglold), mais aussi au Festival d'Avignon en 2015.

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Le philosophe Daniel Salvatore Schiffer qualifie l'ouvrage de « grotesque et pathétique traduction »[2]. Badiou a sa propre lecture de La République, qui a été critiquée de façon polémique par certains journalistes[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir le commentaire paru dans le journal "Le Monde" du 26 janvier 2012, intitulé : "La République de Platon", d'Alain Badiou : Platon, le remake"
  2. Daniel Salvatore Schiffer, Alain Badiou, inutile et incertain Le Point, 22 mars 2013.
  3. Voir dans Le Point du 8 janvier 2012, l'article au titre ironique de Claude Askolovitch, « Quand Lénine dîne chez Socrate ».

PLATON

LA REPUBLIQUE

« Naissance de la société»



Si la justice est habileté et vertu, il me sera facile de montrer qu’elle est plus forte que l’injustice ; Et il n’est personne qui n’en convienne, puisque l’injustice est ignorance.

N’est-ce point parce que l’injustice fait naître des séditions, des haines et des combats ; Au lieu que la justice entretient la paix et la concorde ?

L’injuste sera donc ennemi des dieux, et le juste en sera l’ami.

À la vérité, c’est l’injustice qui leur fait former des entreprises criminelles ; Mais ils ne sont méchants qu’à demi, car ceux qui sont méchants et injustes tout à fait sont aussi dans une impuissance absolue d’agir.

Ce qui donne naissance à la société, c’est, selon moi, l’impuissance où chaque homme se trouve de se suffire à lui-même, et le besoin qu’il éprouve de beaucoup de choses. Est-il selon toi, une autre cause de son origine ?

La multiplicité de ces besoins a réuni dans un même lieu plusieurs personnes, dans la vue de s’entraider ; Et nous avons donné à cette société le nom d’État :

- N’est-ce pas ?

Mais on ne communique à un autre ce que l’on a, pour en recevoir ce que l’on n’a pas, que parce que l’on croit y trouver son avantage. Sans doute.

Bâtissons donc un État par la pensée. Nos besoins en formeront les fondements. Or, le premier et le plus grand de nos besoins, n’est-ce pas la nourriture, d’où dépend la conservation de notre vie ? Oui.

Le second besoin est celui du logement ; Le troisième, celui du vêtement.

Je fais réflexion que nous ne naissons pas tous semblables, mais différents les uns des autres ; Et que l’un a plus de disposition pour faire une chose, l’autre pour en faire une autre. Qu’en penses-tu ? Mais je suis de ton avis.

Les choses iraient-elles si un seul faisait plusieurs métiers, ou si chacun se bornait au sien ?

Il est encore évident, ce me semble, qu’une chose est manquée lorsqu’elle n’est pas faite en son temps. Cela est évident.

Car l’ouvrage n’attend pas la commodité de l’ouvrier, mais c’est à l’ouvrier de s’accomoder aux exigences de son ouvrage. D’où il suit qu’il se fait plus de choses, qu’elles se font mieux et plus aisément, lorsque chacun fait celle pour laquelle il est propre dans le temps marqué, et qu’il est dégagé de tout autre soin. Assurément.

Aussi il nous faut plus de quatre citoyens pour les besoins dont nous venons de parler. Si nous voulons en effet que tout aille bien, il me semble que le laboureur ne doit pas faire lui-même sa charrue, sa bêche, ses râteaux, ni les autres instruments aratoires. Il en est de même de l’architecte, auquel il faut beaucoup d’outils, du cordonnier et du tisserand, n’est-ce pas ? Oui.

Voilà donc, les charpentiers, les forgerons, et les autres ouvriers de cette espèce, qui vont entrer dans notre petit État et l’agrandir. Sans doute.

Mais il ne sera pas complet si l’on n’y ajoute pas des bouviers, des bergers et des pâtres de toute espèce, afin que le laboureur ait des bœufs pour le labourage, et l’architecte des bêtes de somme pour le transport des matériaux ; Il faut au cordonnier et au tisserand des peaux et des laines.

Un État où se trouvent tant de choses n’est plus petit. Ce n’est pas tout. Il est presque impossible à qui veut fonder un État de lui trouver un lieu d’où il puisse tirer tout ce qui est nécessaire à sa subsistance. Cela est impossible en effet.

Notre État aura donc encore besoin de personnes pour aller chercher dans les États voisins ce qui lui manque. Mais ces personnes reviendront sans avoir rien reçues, si elles ne portent en échange à ces États ce dont ils ont besoin à leur tour.

Il ne suffira donc pas à chacun de travailler pour soi et ses concitoyens :

- Il faudra encore qu’il travaille pour les étrangers ;

Notre État aura besoin par conséquent d’un plus grand nombre de laboureurs et d’autres ouvriers. Il nous faudra de plus des gens qui se chargent de l’importation et de l’exportation des divers objets d’échange.

Ce sont ceux que l’on appelle des commerçants. N’est-ce pas ? Oui.

Il nous faudra donc des commerçants. Certainement.

Et si le commerce se fait par mer, voilà encore un monde de personnes qu’il faut pour ce genre de commerce. Mais dans l’État même, comment le citoyens se feront-ils part les uns aux autres du fruit de leur travail ? Car c’est la première raison qui les a portés à vivre en société. Il nous faut donc encore un marché, et une monnaie, signe de la valeur des objets échangés. Sans doute.

Mais si le laboureur, ou quelque autre artisan, ayant porté au marché ce qu’il a à vendre, le temps où les autres ont besoin de sa marchandise, son travail sera interrompu.

Point du tout. Il y a des gens qui, prévoyant cela, se chargent d’eux-mêmes d’obvier à cet inconvénient ; Et dans les villes bien policées, ce sont d’ordinaires les personnes faibles de corps, et peu propres à d’autres emplois. Leur état est de rester dans le marché, et d’acheter des uns ce qu’ils ont à vendre, pour le revendre ensuite aux autres.

C’est-à-dire que notre ville ne peut se passer de marchands. N’est-ce pas le nom donné à ceux qui, demeurant sur place, ne font d’autre métier que d’acheter et de vendre, réservant le nom de commerçants pour ceux qui voyagent d’un État à un autre ? – ( ?) Il y a, ce me semble, encore d’autres personnes qui ne rendent pas grand service à la société par leur esprit, mais dont le corps est robuste, et capable des plus grands travaux ; Ils trafiquent donc des forces de leur corps et appellent salaire l’argent qui leur revient de ce trafic ; D’où leur vient, je crois, le nom de mercenaires. N’est-ce pas ? Oui.

Ils servent donc aussi à rendre un État complet. Sans doute.

Adimante, notre État est-il désormais assez grand, et peut-on le regarder comme parfait ? Peut-être. Où pourrons-nous y trouver la justice et l’injustice ? Et crois-tu qu’elle prenne naissance parmi ces divers éléments ? Je ne le vois point, Socrate, à moins que ce ne soit dans les rapports mutuels qui naissent des divers besoins des citoyens.

Peut-être as-tu rencontré juste :

- Voyons cependant, et ne nous rebutons pas.

Commençons par examiner quelle sera la manière de se nourrir des habitants de ce pays. Ne se procureront-ils pas des viandes, du vin, des vêtements, des chaussures et un logement le plus souvent ; Ils travailleront, pendant l’été, à demi-nus et sans chaussures ; Pendant l’hiver, suffisamment vêtus et chaussés. Leur nourriture sera de farine d’orge et de froment, dont ils feront des pains et des gâteaux. On leur servira ces mets sur du chaume ou sur des feuilles bien nettes :

- Ils mangeront, eux et leurs enfants, couchés sur des lits de smilax et de myrte, ils boiront du vin, la tête ceinte d’une couronne, et chantant les louanges des dieux, ils passeront leur vie agréablement ensemble ;

Du reste, ils proportionneront à leurs biens le nombre de leurs enfants, pour éviter les incommodités de la pauvreté ou de la guerre. Il me parait, reprit Adimante, Que tu ne leur donne rien à manger avec leur pain. Tu as raison, lui dis-je :

- J’avais oublié qu’ils auront outre cela, du sel, des olives, du fromage, des oignons, et les autres légumes que produit la terre.

Je ne veux même les priver de dessert. Ils auront des figues, des pois et des fèves, puis des baies de myrte et des faînes qu’ils feront griller au feu, et qu’ils mangeront en buvant modérément. Ils parviendront ainsi, pleins de joie et de santé, jusqu’à l’extrême vieillesse, et laisseront leurs enfants héritiers de leur bonheur. Si tu formais, Socrate, une société de pourceaux, Les nourrirais-tu d’une autre manière ? S’écria Adimante !

Que faut-il donc faire, mon cher Adimante ? Ce que l’on fait d’ordinaire. Si tu veux qu’ils soient à leur aise, fais les manger à table, Et non couchés sur des lits, Et sers-leur les mets qui sont en usage aujourd’hui.

Fort bien, Adimante. Je t’entends. Ce n’est pas simplement l’origine d’un État commode que nous cherchons, mais d’un État qui regorge de délices :

- Peut-être ne ferons pas mal de considérer aussi celle-ci car nous pourrions bien y découvrir par où la justice et l’injustice s’introduise dans la société.

Quoi qu’il en soit, il me semble que le véritable État, l’État sain, est celui que nous venons de décrire.

Si tu veux à présent que nous jetions un coup d’œil sur l’État regorgeant de tout, rien ne nous en empêche. Il y a apparence que plusieurs ne serons pas content du genre de vie que nous leur avons prescrit. Ils y ajouteront des lits, des tables, des meubles de toute espèce, des ragoûts, des parfums, des odeurs, des filles de joie, des friandises de toutes les sortes.

Et il ne faudra plus mettre simplement au rang des choses nécessaires celles dont nous parlions tout à l’heure, une demeure, des habits, des chaussures :

- Il faudra encore ajouter la peinture et tous les arts, enfants du luxe.

Il faudra de l’or, de l’ivoire, des matières précieuses de toutes les sortes :

- N’est-ce pas ?

Sans doute.

L’État sain dont j’ai parlé d’abord va devenir trop petit.

Il faudra l’agrandir, et y faire entrer une multitude de gens que le luxe, et non le besoin, introduit dans les États, comme les chasseurs de toutes espèces, et ceux dont l’art consiste dans l’imitation, soit pour les figures, soit pour les couleurs, soit pour les sons ; De plus les poètes, avec toute leur suite, les récitateurs, les acteurs, les danseurs, les entrepreneurs pour les théâtres, les ouvriers en tout genre, surtout ceux qui travaillent pour les ornements de femme. N’auront nous pas encore besoin de gouverneurs et de gouvernantes, de nourrices, de coiffeurs, de traiteurs, de cuisiniers, de même de porchers ?

Nous n’avions pas tout cela dans notre première ville, car nous n’en avions pas besoin ; Mais dans celle-ci, comment s’en passer, non plus que de toutes les espèces d’animaux dont il prendra fantaisie à chacun de manger ? Comment s’en passer en effet. Mais, en menant ce train de vie, les médecins, dont nous avions à peine besoin auparavant, nous deviennent nécessaires. J’en conviens.

Et le pays qui suffisait auparavant à l’entretien de ses habitants, ne sera-t-il pas désormais trop petit ? Cela est vrai.

Si nous voulons donc avoir assez de pâturages et de terres à labourer, il nous faudra empiéter sur nos voisins, et nos voisins en ferons autant par rapport à nous, si, passant les bornes du nécessaire, ils se livrent, comme nous, au désir insatiable d’avoir. La chose ne saurait être autrement, Socrate. Nous ferons donc la guerre après cela ! Ou quel autre parti prendre ? Ne parlons pas encore des biens ou des maux que la guerre apporte avec elle. Disons seulement que nous avons découvert l’origine de ce fléau, si funeste aux États et aux particuliers.

Ce qu’il ne faut pas laisser dire à aucun poète, c’est que ceux que Dieu punit sont malheureux :

- Qu’ils disent, « à la bonne heure, Que les méchants sont à plaindre, en ce qu’ils ont besoin de châtiment, et que les peines que Dieu leur envoie sont un bien pour eux. »

Doit-on regarder Dieu comme un enchanteur qui se plaît à prendre mille formes différentes, et qui tantôt paraît sous une forme étrangère, tantôt nous fait illusion, en affectant nos sens comme s’il était réellement présent ?

Un Dieu peut-il se résoudre à mentir de parole ou d’action, en nous présentant un fantôme au lieu de lui-même ? La nature des dieux et des génies est donc ennemie du mensonge.

Essentiellement droit et vrai dans ses paroles et ses actions, Dieu ne change pas sa forme naturelle ; Il ne peut tromper les autres ni par des fantômes ni par des discours, ni en leur envoyant des signes, soit pendant le jour, soit pendant la nuit.

Qu’avons-nous à régler à présent ? N’est-ce pas le choix de ceux qui doivent commander ou obéir ?

Choisissons donc entre tous les gardiens ceux qui, après un mûr examen, nous aurons paru toute leur vie empressés à faire ce qu’ils ont cru être le bien public, et que rien n’a jamais pu engager à agir contre les intérêts de l’État ; Et si la séduction ou la contrainte ne leur a jamais fait perdre de vue l’obligation de travailler pour le bien public.

Je pense que les opinions nous sortent de l’esprit de deux manières, de plein gré, ou malgré nous. Nous renonçons de plein gré aux opinions fausses, lorsque l’on nous détrompe. Nous abandonnons malgré nous celles qui sont vraies.

Ce malheur ne peut donc nous arriver que par surprise, enchantement ou violence.

- Par surprise, j’entends la dissuasion et l’oubli.

Celui-ci est l’ouvrage du temps, celle-là des raisons d’autrui qui prennent la place des nôtres.

- par violence, j’entends le chagrin et la douleur qui obligent quelques-uns à changer de sentiment.
- tu vois, je crois, sans peine, que l’enchantement agit sur ceux qui changent d’opinions, séduits par l’attrait du plaisir ou par la crainte de quelque mal.

Il faut ensuite, les mettre à l’épreuve des travaux et de la douleur, et de voir comment ils soutiendront ces assauts.

Qu’ainsi ils doivent regarder la terre qu’ils habitent comme leur mère et leur nourrice, la défendre contre quiconque oserait l’attaquer, et traiter les autres citoyens comme leurs frères sortis comme eux du même sein.


Je ne vois aucun moyen d’en convaincre ceux dont nous parlons ; Mais je crois qu’on peut le persuader à leurs enfants et à ceux qui naîtront dans la suite.

- « Que cette invention ait donc tout le succès qu’il plaira à la renommée de lui donner ! »

Et nous laissons à Apollon Delphien le soin de faire les Lois les plus grandes et les plus importantes.

Ce sont celles qui regardent la construction des temples, les sacrifices, le culte des dieux, des génies et des héros, les funérailles et les cérémonies qui servent à apaiser les mânes des morts.

Nous ne savons pas ce qu’il faut régler là-dessus ; Et, puisque nous fondons une République, il ne serait pas sage de nous en rapporter à d’autres hommes, ni de consulter d’autre interprète que celui du pays. Or, le dieu de Delphes est, en matière de religion, l’interprète naturel du pays, ayant exprès choisi le milieu et comme le nombril de la terre pour rendre de là ses oracles.

Fils d’Ariston, notre république est enfin formée.   PLATON

LA REPUBLIQUE « La Justice »


La prudence me paraît régner dans la République que nous avons décrite, car le bon conseil y règne :

- N’est-ce pas ?

Il n’est pas moins clair qu’une certaine science préside à ce bon conseil, puisque ce n’est pas l’ignorance, mais la science, qui fait prendre de justes mesures. C’est celle qui a pour but la conservation de l’État. Elle réside dans les magistrats que nous appelons les vrais gardiens. Prudente dans ses conseils, et par suite sage. C’est cette idée juste et légitime de ce qui est à craindre et de ce qui ne l’est pas, idée que rien ne peut effacer que j’appelle courage. La tempérance n’est autre chose qu’un certain ordre, qu’un frein que l’on met à ses plaisirs et à ses passions.

« Être maître de soi-même. »

Ce que nous avons établi au commencement, lorsque nous fondions notre République, comme un devoir universel et indispensable, c’est je crois, la justice même ! La justice consistait à se mêler uniquement de ses affaires, sans entrer pour rien dans celles d’autrui. Que la justice consiste en ce que chacun fasse ce qu’il a à faire.

Ainsi, cette vertu, qui contient chacun dans ses limites de sa propre tâche, ne contribue pas moins à la perfection de la société civile, que la prudence, le courage et la tempérance.

Les magistrats dans notre République ne seront-ils pas chargés de prononcer sur les différents entre particuliers ? Quelle autre fin se proposeront-ils dans leurs jugements, sinon d’empêcher que personne ne s’empare du bien d’autrui, ou ne soit privé du sien ?

C’est donc encore une preuve que la justice assure à chacun la possession de ce qui lui appartient, et l’exercice de l’emploi qui lui convient.

La justice se trouve nécessairement dans une République bien constituée.  

PLATON

LA REPUBLIQUE « Le caractère et les mœurs »


N’est-ce pas une nécessité pour nous de convenir que le caractère et les mœurs d’une société se trouvent dans chacun des individus qui la composent, puisque ce ne peut être que de là qu’elles ont passé dans la société.

Personne ne désire simplement la boisson, mais une bonne boisson ; Ni le manger, mais un bon manger ; Car tous désirent les bonnes choses. Si donc la soif est un désir, c’est le désir de quelque chose de bon, quel que soit son objet, soit la boisson, soit autre chose. Il en est ainsi des autres désirs.

La science, en général, a pour objet, tout ce qui peut ou doit être connu, quel qu’il soit. Tandis qu’une science en particulier a pour objet telle ou telle connaissance.

Ce principe qui leur défend de boire n’est-ce pas la raison ? Celui qui les y porte et les pousse n’est-il pas une suite de la maladie ou d’une certaine disposition du corps ?

L’homme mérite donc le nom de courageux lorsque cette partie de son âme, où réside la colère, suit constamment, à travers les plaisirs et les peines, les ordres de la raison sur ce qui est ou n’est pas à craindre.

Il est prudent par cette petite partie de son âme qui commande et donne des ordres, qui sait discerner ce qui est utile à chacune des trois autres parties et à toutes ensembles.

Nous appelons tempérant celui dans lequel il y a amitié et harmonie entre la partie qui commande et celles qui obéissent, lorsque ces deux dernières demeurent d’accord que c’est à la raison de commander, et qu’elles ne doivent pas l’abandonner.

- Par exemple, s’il s’agissait, à l’égard de notre République et du particulier formé sur son modèle par la nature et par l’éducation, d’examiner entre nous si cet homme pourrait détourner à son profit un dépôt d’or ou d’argent, penses-tu que personne le crût plus capable d’ une telle action que ceux qui ne lui ressemblent pas ?

Ne sera-t-il pas également incapable de sacrilèges, de vols, de trahisons à l’égard de l’État ou de ses amis ? De manquer en aucune façon à ses serments et à ses promesses ? L’adultère, le manque de respect envers ses parents, et de piété envers les dieux, sont encore des fautes dont il se rendra coupable moins que personne.

Mais connais-tu quelque autre vertu que la justice qui puisse former des hommes et des villes tels. La vertu est donc, si je puis parler ainsi, la santé, la beauté, la bonne disposition de l’âme. Le vice, au contraire, en est la maladie, la difformité et la faiblesse. Les actions honnêtes ne contribuent-elles pas à faire naître en nous la vertu, et les actions déshonnêtes à y produire le vice ?

Nous n’avons plus par conséquent qu’à examiner s’il est utile de faire des actions justes, de s’appliquer ce qui est honnête, et d’être juste, que l’on soit ou non connu pour tel, ou de commettre des injustices et d’être injuste, quand bien même on n’aurait pas à craindre d’en être puni, et d’être forcé de devenir meilleur par la correction.



PLATON LA REPUBLIQUE « Les philosophes»


À moins que les philosophes ne gouvernent les États, ou que ceux que l’on appelle aujourd’hui rois et souverains ne soient véritablement et sérieusement des philosophes, de sorte que l’autorité publique et la philosophie se rencontrent ensemble dans le même sujet, et qu’on exclue absolument du gouvernement tant de personnes qui aspirent aujourd’hui à l’un de ces deux termes, à l’exclusion de l’autre ;

À moins de cela mon cher Adimante, il n’est point de remède aux maux qui désolent les États, ni même à ceux du genre humain ; Et jamais cet État parfait, dont nous avons fait le plan, ne paraîtra sur la terre et ne verra le jour. Ainsi, nous dirons du philosophe qu’il aime la sagesse toute entière.

Voici donc par où je distingue ceux qui sont avides de voir, ont la manie des arts, et se bornent à la pratique, des contemplateurs de la vérité, à qui seuls convient le nom de philosophes. Les premiers, dont la curiosité est toute dans les yeux et dans les oreilles, se plaisent à entendre de belles voix, à voir de belles couleurs, de belles figues, et tous les ouvrages de l’art ou de la nature où il entre quelque chose de beau ; Mais leur âme est incapable de s’élever jusqu’à l’essence du beau, de la connaître et de s’y attacher.

Ne sont-ils pas rare ceux qui peuvent s’élever jusqu’au vrai beau, et le contempler en lui-même ?

Qu’est-ce que la vie d’un homme qui, à la vérité, connaît de belles choses, mais qui n’a aucune idée de la beauté en elle-même, et qui n’est pas capable de suivre ceux qui voudraient la lui faire connaître ?

- Est-ce un rêve, est-ce une réalité ?

Prends garde :

- Qu’est-ce que rêver ?

N’est-ce pas, soit qu’on dorme, soit qu’on veille, prendre la ressemblance d’une chose pour la chose même ?

Celui au contraire qui peut contempler le beau, soit en lui-même, soit en ce qui participe à son essence ; Qui ne confond pas le beau et les choses belles, et qui ne prend jamais les choses belles pour le beau, vit-il en rêve ou en réalité ? Les connaissances de celui-ci, qui sont fondées sur une vue claire des objets, sont donc une vraie science ; Et celles de celui-là, qui ne reposent que sur l’apparence, ne méritent que le nom d’opinions.

« Celui qui connaît, connaît-il quelque chose, ou rien ? »

La science n’a-t-elle pas pour objet de connaître ce qui est en tant qu’il est ? Et l’opinion n’est autre chose, disons-nous, que la faculté de juger sur l’apparence.

Dis plutôt que ce n’est rien en comparaison de la durée des siècles.

O mon cher, n’aie pas trop mauvaise opinion de la multitude. Quelle que soit sa façon de penser, homme, au lieu de disputer avec elle, tâche de la réconcilier avec la philosophie en détruisant les mauvaises impressions qu’on lui en a données. Montre-lui les philosophes dont tu veux parler ; Définis, comme nous venons de le faire, leur caractère et celui de leur profession, de peur qu’elle ne s’imagine que tu lui parles des philosophes tels qu’elle les conçoit. Diras-tu que, quand même elle les envisagerait sous leur vrai jour, elle s’en formerait toujours la même idée, différente de la nôtre, et répondrait toujours comme par le passé ?

Je préviens ton objection, et je te déclare qu’un caractère aussi intraitable n’est pas celui de la multitude, mais celui du très petit nombre.

Eh bien ! - Sois également persuadé que ce qui indispose tant de gens contre la philosophie, ce sont ces faux sages, toujours déchaînés contre les gens, qu’ils accablent d’injures, et dont les discours sont une satire perpétuelle du genre humain. Ils font en cela un personnage tout à fait messéant à la philosophie.

Car, mon cher Adimante, celui qui fait son unique étude de la contemplation de la vérité n’a pas le temps d’abaisser ses regards sur la conduite des hommes pour la censurer, et se remplir contre eux de haine et d’aigreur.

Tiens donc pour certain que ce qui répand sur les objets des sciences la lumière de la vérité, ce qui donne à l’âme la faculté de connaître, c’est l’idée du bien, et qu’elle est le principe de la science et de la vérité, en tant qu’elles sont du domaine de l’intelligence.



PLATON

LA REPUBLIQUE

« L’image de la condition humaine»


Imagine un antre souterrain, ayant dans toute sa longueur une ouverture qui donne une libre entrée à la lumière ; Et, dans cette antre, des hommes enchaînés depuis l’enfance, de sorte qu’ils ne puissent changer de place ni tourner la tête, à cause des chaînes qui leur assujettissent les jambes et le cou, mais seulement voir les objets qu’ils ont en face. Derrière eux, à une certaine distance et une certaine hauteur, est un feu dont la lueur les éclaire, et entre ce feu et les captifs est un chemin escarpé. Le long de ce chemin, imagine un mur semblable à ces cloisons que les charlatans mettent entre eux et les spectateurs, pour leur dérober le jeu et les ressorts secrets des merveilles qu’ils leur montrent. Je me représente tout cela.


Figure-toi des hommes qui passent le long de ce mur, portant des objets de toute espèce, des figures d’hommes et d’animaux en bois ou en pierre, de sorte que tout cela paraisse au-dessus du mur. Parmi ceux qui les portent, les uns s’entretiennent ensemble, les autres passent sans rien dire. Voilà un étrange tableau, et d’étranges prisonniers !

Ils nous ressemblent de point en point. Et d’abord, crois-tu qu’ils verront autre chose d’eux-mêmes et de ceux qui sont à leurs côtés, que les ombres qui vont se peindre vis-à-vis d’eux dans le fond de la caverne ? Que pourraient-ils voir de plus, puisque, Depuis leur naissance, Ils sont contraints de tenir toujours la tête immobile ?

Verront-ils aussi autre chose que les ombres des objets qui passent derrière eux ? Non.

S’ils pouvaient converser ensemble, ne conviendraient-ils pas entre eux de donner aux ombres qu’ils voient les noms des choses mêmes ? Sans contredit.


Et s’il y avait au fond de leur prison un écho qui répétât les paroles des passants, ne s’imagineraient-ils pas entendre parler les ombres mêmes qui passent devant leurs yeux ? Oui.

Enfin, ils ne croiraient pas qu’il y eût autre chose de réel que ces ombres. Sans doute.

Vois maintenant ce qui devra naturellement leur arriver, si on les délivre de leurs fers et qu’on les guérisse de leurs erreurs. Qu’on détache un de ces captifs ; Qu’on le force sur le champ de se lever, de tourner la tête, de marcher et de regarder du côté de la lumière :

- Il ne fera tout cela qu’avec des peines infinies.

La lumière lui blessera les yeux, et l’éblouissement qu’elle lui causera l’empêchera de discerner les objets dont il voyait auparavant les ombres. Que crois-tu qu’il répondit à celui qui lui dirait que jusqu’alors il n’a vu que des fantômes, qu’à présent il a devant les yeux des objets plus réels et plus approchant de la vérité ? Si on lui montre ensuite les choses à meure qu’elles se présenteront, et qu’on l’oblige à force de questions à dire ce que c’est, ne le jettera-t-on pas dans l’embarras, et ne se persuadera-t-il pas que ce qu’il voyait auparavant était plus réel que ce qu’on lui montre ? Sans doute. Et si on le contraignait de regardait le feu, n’aurait-il pas mal aux yeux ? N’en détournerait-il pas ses regards pour les porter sur ces ombres qu’il fixe sans effort ? Ne jugerait-il pas qu’elles ont quelque chose de plus net et de plus distinct que tout ce qu’on lui fait voir ? Assurément.

Si maintenant on l’arrache de la caverne, et qu’on le traîne, par le sentier rude et escarpé, jusqu’à la clarté du soleil, quel supplice pour lui d’être traîné de la sorte. Dans quelle fureur il entrerait ! Et lorsqu’il serait arrivé au grand jour, les yeux tout éblouis de son éclat, pourrait-il rien voir de cette foule d’objet que nous appelons des êtres réels ? Il ne le pourrait pas d’abord.

Il lui faudrait du temps, sans doute, pour s’y accoutumer. Ce qu’il discernerait le plus aisément, ce serait d’abord les ombres, ensuite les images des hommes et des autres objets, peintes dans les eaux ; Enfin, les objets mêmes. De là, il porterait ses regards vers le ciel, dont il soutiendrait plus facilement la vue de nuit à la lueur de la lune et des étoiles, qu’en plein jour à la lumière du soleil. Sans doute. À la fin, il serait en état non seulement de voir l’image du soleil dans les eaux et partout où son image se réfléchit, (Mais de le fixer, de le contempler lui-même à sa véritable place.) Oui.

Après cela, se mettant à raisonner, il en viendra à conclure que c’est le soleil qui fait les saisons et les années, qui gouverne tout dans le monde visible, et qui est en quelque sorte la cause de tout ce qui se voyait dans la caverne. Il est évident qu’il en viendrait par degré jusqu’à faire ces réflexions.

S’il venait alors à se rappeler sa première demeure, l’idée qu’on y a de la sagesse, et ses compagnons d’esclavage, ne se réjouirait-il pas de son changement, et n’aurait-il pas compassion de leur malheur ? Assurément.

Crois-tu qu’il fût encore jaloux des honneurs, des louanges et des récompenses qu’on y donnait à celui qui saisissait le plus promptement les ombres à leur passage, qui se rappelait le plus sûrement celles qui allaient devant, après ou ensemble, et qui par-là était le plus habile à deviner leur apparition ; Ou qu’il portât envie à la condition de ceux qui, dans cette prison, étaient les plus puissants et les plus honorés ? Ne préférait-il pas, comme Achille dans Homère, de passer sa vie au service d’un pauvre laboureur, et de tout souffrir, plutôt que de reprendre son premier état et ses premières illusions ? Je ne doute pas qu’il ne fût disposé à souffrir tout, Plutôt que de vivre de la sorte.

Fais encore attention à ceci. S’il retournait de nouveau dans sa prison pour y reprendre son ancienne place, dans ce passage subit du grand jour à l’obscurité, ne se trouverait-il pas comme un aveugle ? Oui.

Et si, tandis qu’il ne distingue encore rien, et avant que ses yeux soient bien remis, ce qui ne pourrait arriver qu’après un assez longtemps, il lui fallait entrer en dispute avec les autres prisonniers sur ces ombres, n’apprêterai-il point à rire aux autre, qui diraient de lui que, pour être monté là-haut, il a perdu la vue ; Ajoutant que ce serait une folie à eux de vouloir sortir du lieu où ils sont, et que, si quelqu’un s’avisait de vouloir les en tirer et les conduire en haut, il faudrait s’en saisir et le tuer ? Sans contredit.

Eh bien, mon cher Adimante, C’est là précisément l’image de la condition humaine.



L’antre souterrain, c’est ce monde visible ; Le feu qui l’éclaire, c’est la lumière du soleil ; Ce captif qui monte à la région supérieure et qui la contemple, c’est l’âme qui s’élève jusqu’à la sphère intelligible.

Voilà du moins qu’elle est ma pensée, puisque tu veux la savoir. Dieu sait si elle est vraie ; Quant à moi, la chose me paraît telle que je vais dire.

Dans le lieu le plus élevé du monde intellectuel, est l’idée du bien qu’on aperçoit qu’avec beaucoup de peines et d’efforts ; Mais que l’on ne peut connaître, sans conclure qu’elle est la cause première de tout ce qu’il y a de beau et de bon dans l’univers ; Que, dans ce monde visible, elle produit la lumière et l’astre qui y préside ; Que, dans le monde idéal, elle engendre la vérité et l’intelligence ; Qu’il faut par conséquent la connaître, si l’on veut se conduire sagement dans l’administration des affaires, tant publiques que particulières. Je suis de ton avis autant que je puis comprendre ta pensée.

Admets donc aussi, et ne t’étonne plus que ceux qui sont parvenus à cette sublime contemplation dédaignent de prendre part aux affaires humaines, et que leur âme aspirent sans cesse à se fixer dans ce lieu élevé. La chose doit être ainsi, si elle est conforme à la peinture allégorique que j’en ai tracée. Cela doit être.

Est-il surprenant qu’un homme, passant de cette contemplation divine à celle des misérables objets qui nous occupent, soit troublé et paraisse ridicule lorsque, Avant d’être familiarisé avec les ténèbres qui l’environnent, Il est forcé d’entrer en dispute, devant les tribunaux ou ailleurs, sur des ombres et des fantômes de justice, Et d’expliquer la manière dont il les conçoit devant des personnes qui n’ont jamais vu la justice elle-même ? Je ne vois en cela rien de surprenant.

Un homme sensé fera réflexion que la vue peut-être troublée de deux manières et par deux causes opposées, par le passage de la lumière à l’obscurité, ou par celui de l’obscurité à la lumière ; Et, appliquant aux yeux de l’âme ce qui arrive aux yeux du corps, lorsqu’il la verra troublée et embarrassée pour discerner certains objets, au lieu de rire sans raison de son embarras, il examinera s’il lui vient de ce qu’elle descend d’un état plus lumineux, ou si c’est que, passant de l’ignorance à la lumière, elle est éblouie de son trop grand éclat.

Dans le premier cas, il la félicitera de son embarras ; Dans le second, il plaindra son sort ; Ou, s’il veut rire à ses dépens, ses railleries seront moins ridicules que si elles s’adressaient à l’âme qui redescend du séjour de la lumière. Ce que tu dis est très raisonnable.

Or, si tout cela est vrai, il faut en conclure que la science ne s’apprend pas de la manière dont certaines personnes le prétendent. Elles se vantent de pouvoir la faire entrer dans une âme où elle n’est pas, à peu près comme on rendrait la vue à des yeux aveugles. Ils le disent hautement.

Mais le discours présent nous fait voir que chacun a dans son âme la faculté d’apprendre avec un organe destiné à cela ; Que tout le secret consiste à tourner cet organe, avec l’âme toute entière, de la vue de ce qui naît vers la contemplation de ce qui est, jusqu’à ce qu’il puisse fixer ses regards sur ce qu’il y a de plus lumineux dans l’être, c’est-à-dire, selon nous, sur le bien ; De même que, si l’œil n’avait pas de mouvement particulier, il faudrait de nécessité que tout le corps tournât avec lui dans le passage des ténèbres à la lumière ; N’est-ce pas ? Oui.

Dans cette évolution que l’on fait faire à l’âme, tout l’art consiste donc à la tourner de la manière la plus aisée et la plus utile.

Il ne s’agit pas de lui donner la faculté de voir :

- Elle l’a déjà ;

Mais elle regarde dans une mauvaise direction, elle ne regarde point où il faudrait :

- C’est ce qu’il faut corriger.

  PLATON

LA REPUBLIQUE «La Timocratie »


Il est difficile que la Constitution d’un État tel que le nôtre s’altère ; Mais comme tout ce qui naît est soumis à la ruine, ce système de gouvernement, tout excellent qu’il est, ne se maintiendra pas toujours ; Il se dissoudra, et voici comment :

- Il y a non seulement par rapport aux plantes qui naissent dans le sein de la terre, mais encore à l’égard du corps de l’homme et des animaux qui vivent sur sa surface, des retours de fertilité et de stérilité.

Ces retours ont lieu quand chaque espèce termine et recommence sa révolution circulaire, laquelle est plus courte ou plus longue, selon que la vie de chaque espèce et plus longue ou plus courte.

Pour les générations divines, la révolution divine est comprise dans un nombre parfait.

Pour ce qui touche les hommes, il y a un nombre géométrique dont la vertu préside aux bonnes et aux mauvaises générations. Ignorant la vertu de ce nombre, les magistrats feront contracter à contre-temps des mariages d’où naîtront, sous de funestes auspices, des enfants de mauvais naturel.

Leurs pères choisiront, à la vérité, les meilleurs d’entre eux pour les remplacer ; Mais, comme ils seront indignes de leur succéder dans leurs dignités, ils n’y seront pas plutôt élevés, qu’ils commenceront par nous négliger en ne faisant pas de la musique le cas où il convient d’en faire, puis en négligeant pareillement la gymnastique ; D’où il arrivera que l’éducation de nos jeunes gens sera beaucoup moins parfaite.

Le fer venant donc à se mêler avec l’argent, et l’airain avec l’or, il résultera de ce mélange un défaut de convenance, de régularité et d’harmonie :

- Défaut qui, quelque part qu’il se trouve, engendre toujours la guerre et l’inimitié.

Après bien des violences et des luttes, les gens de guerres et les magistrats s’accorderont à faire entre eux le partage des terres et des maisons ; Et ils attacheront comme des esclaves, au soin de leurs terres et de leurs maisons, le reste des citoyens, qu’ils gardaient auparavant comme des hommes libres, comme leurs amis et leurs nourriciers ; Et eux-mêmes, continueront de faire la guerre et de pourvoir à la sûreté commune.

Ces richesses, accumulées dans les coffres de chaque particulier, perdent à la fin la timocratie (La Démocratie ?). Leur premier effet est de pousser chaque citoyen à faire des dépenses de luxe pour lui et pour sa femme, et par conséquent à méconnaître et à éluder la Loi. Ensuite l’exemple des uns excitant les autres, et les portants à les imiter, en peu de temps la contagion devient universelle. Pour soutenir ces dépenses, on se livre de plus en plus à la passion d’amasser ; Or, plus le crédit des richesses augmente, plus celui de la vertu diminue. L’or et la vertu ne sont-ils pas, en effet, comme deux poids mis dans une balance, dont l’un ne peut monter sans que l’autre ne baisse. Oui.

Par conséquent, la vertu et les gens de bien sont moins estimés dans un État, à proportion qu’on y estime davantage les riches et les richesses. Cela est évident.

Mais on recherche ce que l’on estime, et on néglige ce que l’on méprise. Sans doute.


Ainsi, dans la Timocratie, les citoyens, d’ambitieux et d’intrigants qu’ils étaient, finissent par devenir avares et cupides. Tous leurs éloges, toute leur admiration est pour les riches ; Les charges ne sont que pour eux : - C’est assez d’être pauvre pour être méprisé.

Sans contredit.

Alors, on fixe par une loi les conditions exigibles pour participer au pouvoir oligarchique, et ces conditions se résument dans la quotité du revenu. La quotité requise est plus ou moins considérable, selon que le principe oligarchique est plus ou moins en vigueur ; Et il est défendu d’aspirer aux charges à ceux dont le bien ne monte pas au taux marqué. Les riches font passer cette loi par la voie de la force et des armes, ou on l’adopte par la crainte de quelque violence de leur part. N’est-ce pas ainsi que les choses se passent ?

Si, dans le choix du pilote, on avait uniquement égard au cens, et qu’on exclut du gouvernail le pauvre, malgré sa grande expérience, qu’arriverait-il ? Que les vaisseaux seraient très mal gouvernés.


Cet État, par sa nature, n’est point Un ; Mais il renferme nécessairement deux État, l’un composé de riches, l’autre de pauvres, qui habitent le même sol, et qui travaillent sans cesse à se détruire les uns les autres.

  PLATON

LA REPUBLIQUE «Son amour pour la vérité »


La douleur n’est-elle pas le contraire du plaisir ?

N’y at-il pas aussi un état où l’âme n’éprouve ni plaisir ni douleur ? Cet état qui tient le milieu entre ces deux sentiments contraires, ne consiste-t-il pas dans un certain repos où l’âme se trouve à l’égard de l’un et de l’autre ? N’est-ce pas là ta pensée ?

Eh quoi ! Penses-tu qu’un être immortel doive borner ses soins et ses vues à un temps si court, au lieu de l’étendre à l’éternité ? Ne sais-tu donc pas que notre âme est immortelle, et qu’elle ne meurt jamais ? Mais pour bien connaître sa véritable nature, il ne faut pas la considérer, comme nous le faisons, dans l’état de dégradation où la mettent son union avec le corps, et tous les maux qui sont la suite de cette union ; Il vaut mieux la contempler attentivement avec les yeux de l’esprit, telle qu’elle est en elle-même, dégagée de tout ce qui lui est étranger.

Alors on verra qu’elle est effectivement plus belle :

- Et nous connaîtrons plus distinctement la nature de la justice, de l’injustice, et des autres choses dont nous avons parlé.

Mais voici, mon cher Adimante, ce qu’il faut envisager en elle. Quoi ?

« Son amour pour la vérité. »


Or, voilà évidemment, mon cher Adimante, l’épreuve redoutable pour l’humanité !

Voici ce que dit la vierge Lachésis, fille de la nécessité :

- « Âmes passagères, vous allez commencer une nouvelle carrière et entrer dans un corps mortel.

Le génie ne choisira point pour vous : - Vous choisirez chacune le vôtre.

La première que le sort désignera choisira la première, et son choix sera irrévocable. La vertu n’a point de maître ; Elle s’attache à celui qui l’honore, et fuit celui qui la méprise. La faute du choix tombera sur vous.

Dieu en est innocent. »

- « Celle qui choisira la dernière, pourvu qu’elle le fasse avec discernement, et qu’ensuite elle soit conséquente dans sa conduite, peut se promettre une vie heureuse et exempte de maux.

Ainsi donc, que celle qui doit choisir la première se garde de trop de confiance, et que la dernière de désespère point. »


Si donc tu veux m’en croire, convaincus que notre âme est immortelle, et qu’elle est capable de par sa nature de tous les biens comme de tous les maux, nous marcherons toujours par la route céleste, et nous nous attacherons de toutes nos forces à la pratique de la justice et de la sagesse.

Par-là, nous serons en paix avec nous-mêmes et avec les dieux ; Et après avoir remporté sur la terre le prix destiné à la vertu, semblables à des athlètes victorieux qu’on mène en triomphe, nous serons encore couronnés là-bas, et le bonheur nous accompagnera durant ce voyage de mille ans dont nous avons parlé.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]