La Marque jaune

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La Marque jaune
6e album de la série Blake et Mortimer
Fresque reproduisant la couverture de l'album à Bruxelles.
Fresque reproduisant la couverture de l'album à Bruxelles.

Auteur Edgar P. Jacobs
Genre(s) Aventure
Policier
Science-fiction

Personnages principaux Francis Blake
Philip Mortimer
Lieu de l’action Londres (Royaume-Uni)
Époque de l’action Années 1950

Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Langue originale Français
Éditeur Les Éditions du Lombard
Première publication Du au dans Le Journal de Tintin
Nb. de pages 66 planches

Adaptations La Marque jaune (feuilleton radio, années 1950)
La Marque jaune
(jeu vidéo, 1988)
La Marque jaune
(dessin animé, 1997)
Albums de la série Blake et Mortimer

La Marque jaune est la troisième aventure et le sixième album de la série de bande dessinée Blake et Mortimer, scénarisée et dessinée par Edgar P. Jacobs.

Elle est publiée en planches hebdomadaires dans Le Journal de Tintin du au . Elle est ensuite éditée en album en aux Éditions du Lombard, puis rééditée en aux Éditions Blake et Mortimer. L'histoire a été traduite dans près d'une dizaine de langues. Elle a été adaptée en feuilleton radiophonique, en dessin animé et en jeu vidéo, et a fait l'objet de plusieurs projets de films.

Edgar P. Jacobs s'inspire notamment du cinéma expressionniste allemand des années 1920, avec un travail sur le monochrome et les jeux d'ombres lors des séquences de nuit et la présence d'un personnage de savant fou et de sa créature. L'album, considéré comme le plus abouti et le plus emblématique de Jacobs, est devenu une référence dans le monde de la bande dessinée franco-belge.

La bande dessinée raconte l'enquête du capitaine Francis Blake de l'Intelligence Service et de son ami le professeur Philip Mortimer sur la « Marque jaune », un mystérieux criminel ayant commis une série de cambriolages spectaculaires à Londres. La nécessité de retrouver l'individu se fait plus pressante lorsqu'il enlève quatre notables londoniens au nez et à la barbe de la police.

Résumé[modifier | modifier le code]

Dans la nuit pluvieuse londonienne, un mystérieux criminel commet une série de cambriolages spectaculaires signés avec la lettre grecque M entourée d'un cercle à la craie jaune. Cette série culmine par le vol de la Couronne impériale dans la Tour de Londres[1]. Nul ne peut arrêter ce personnage insaisissable surnommé la « Marque jaune ». Le capitaine Francis Blake de l'Intelligence Service (MI5) est alors chargé par le Home Office d'aider l'inspecteur-chef Glenn Kendall de Scotland Yard dans son enquête. Il fait appel à son ami le professeur Philip Mortimer et les deux amis passent la soirée au Centaur Club en compagnie de Leslie Macomber, rédacteur en chef du Daily Mail, de Sir Hugh Calvin, juge, du professeur Raymond Vernay, médecin, et du docteur Jonathan Septimus, psychiatre. Le soir même, Vernay est enlevé par la Marque jaune, et le lendemain, c'est au tour de Macomber. Il ne fait alors aucun doute que Calvin et Septimus sont les prochaines cibles, et ils disparaissent eux aussi malgré la protection de la police.

Mortimer mène l'enquête de son côté et découvre un lien entre les quatre victimes : une affaire remontant à 1922 concernant la publication d'un livre intitulé The Mega Wave (L'Onde Méga) écrit par un mystérieux Dr Wade. Il déniche un exemplaire du livre et apprend toute la vérité en le parcourant. Il se rend aussitôt en taxi à Limehouse Dock où la Marque jaune, qui a donné rendez-vous à Blake dans un entrepôt abandonné, vient de tenter d'assassiner le capitaine. Quand Mortimer arrive sur place, la Marque jaune est en train de s'enfuir et le professeur se lance à sa poursuite. Il arrive finalement à la tanière de l'ennemi public numéro 1 qui n'est autre qu'Olrik contrôlé par le Dr Septimus lui-même.

Capturé, Mortimer se voit révéler toute l'histoire par Septimus : trente ans plus tôt, le psychiatre avait publié The Mega Wave sous le pseudonyme du Dr Wade. Il y expliquait que le corps humain était dirigé par une onde du cerveau — l'onde Méga — qu'il était possible de contrôler. Il se retrouva alors raillé par la communauté scientifique et la presse, Vernay et Macomber en tête. L'éditeur du livre intenta un procès en diffamation contre ces derniers qui remportèrent le procès grâce au juge Calvin, profondément opposé aux thèses du livre. Outré par l'accueil réservé à ses théories et la mort de son éditeur, il partit dans le nord du Soudan comme médecin de garnison pour oublier toute cette affaire. Mais un jour, il rencontra un homme complètement fou errant dans le désert sans savoir que c'était Olrik, le dangereux criminel qui venait d'avoir l'esprit effacé par le cheik Razek[2]. Il pensa que cet homme à la personnalité défaillante était la personne idéale pour mettre en pratique les idées qu'il avait exprimées dans son livre. Revenu à Londres, il construisit, dans un abri anti-aérien sous sa maison, le télécéphaloscope, une machine capable de contrôler l'onde Méga. Olrik, portant un costume approprié, commit bientôt quelques méfaits pour s'entraîner, puis enleva les véritables cibles de la vengeance de Septimus. Ce dernier montre alors à Mortimer quels esclaves dociles Vernay, Macomber et Calvin sont en train de devenir.

Pendant ce temps, les recherches commencent pour retrouver Mortimer et grâce au conducteur du taxi qui le conduisit à Limehouse Dock, Blake et Kendall retrouvent la veste de Mortimer ainsi que le livre qui leur permet de découvrir la vérité. La police envahit la maison de Septimus et s'attaque à la porte blindée dans la cave. Dans le laboratoire souterrain, Mortimer, se souvenant de la phrase magique du cheik Razek, lance « Par Horus demeure » au visage d'Olrik qui se retrouve déstabilisé. Septimus, fou de rage, détruit par inadvertance le poste de contrôle du télécéphaloscope et Olrik, libéré, se retourne contre son maître et le pulvérise avec sa propre machine à foudre. Au moment où Olrik se retourne contre Mortimer, les hommes du Yard font céder la porte, le mettant ainsi en fuite. Les prisonniers sont libérés et la Couronne impériale est retrouvée au moment où débute le jour de Noël.

Lieux et personnages[modifier | modifier le code]

Personnages[modifier | modifier le code]

La Marque jaune met en scène les trois personnages principaux de la série : les deux héros, le capitaine Francis Blake et le professeur Philip Mortimer, et le principal antagoniste, le colonel Olrik. D'autres personnages récurrents de la série font partie de l'histoire dans des rôles très secondaires : Ahmed Nasir — qui fait sa dernière apparition sous la plume de Jacobs — et Mrs Benson — qui fait sa première apparition.

Lieux[modifier | modifier le code]

Tour de Londres où se déroule la première séquence de la bande dessinée.

Toute l'action se déroule à Londres, au Royaume-Uni, notamment dans Central London.

De nombreuses rues de la capitale britannique sont citées : Piccadilly Circus, Shaftesbury Avenue, New Oxford Street, Coptic Street, Great Russell Street, Green Park, Narrow Street (en), Commercial Road (en), Cable Street (en), Holborn Circus (en), Endsleigh Street, Woburn Place (en) et Harley Street[3]. Ainsi que les quartiers de : Paddington, Kennington et Hoxton.

Historique[modifier | modifier le code]

Censure[modifier | modifier le code]

Comme d'autres épisodes de la série, celui-ci est victime à plusieurs reprises de menaces de censure, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Journal de Tintin.

Par exemple, l'auteur lisait hebdomadairement le magazine Illustrated pour sa documentation anglaise. Il voulut en glisser un exemplaire dans ses dessins, peu avant l' « enlèvement » ferroviaire de Septimus[4]. Et il se trouve que par hasard, le numéro paraissant la semaine où fut réalisé ce dessin, annonçait à sa une le départ de la tournée du ballet de Covent Garden, illustré par la photo d'une ballerine assise sur une malle de costumes[5]. Bien que ce dessin ne mesurait sur la planche que 2.5 cm sur 1.5 cm, il fit scandale, au point que la rédaction le fit tramer. C'est ainsi que Jacobs fut traité de « cochon » et qu'à Paris, un directeur de lycée déclara que si un dessin aussi indécent reparaissait dans Le Journal de Tintin, il en interdirait la lecture dans son établissement[6].

Il en fut de même à propos de « l'épouvante et de l'atmosphère morbide qui se dégageaient de cette histoire ». Ainsi, la séquence de l'autocritique de Vernay, Macomber et Calvin a tant choqué, que l'éditeur parisien de Jacobs aurait menacé de mettre un terme à son histoire avant son achèvement[7]. Ce qui explique pourquoi les planches suivantes furent terminées en catastrophes[6].

Hergé aussi s'y est mis, en censurant Jacobs sans l'en avertir son projet de couverture pour le du Journal de Tintin[8], dont il était le directeur artistique. La première version montrait une sombre silhouette monstrueuse surgissant du Palace of Westminster[9] et menaçant Londres, tandis qu'au premier plan, Blake et Mortimer, de face, la regardent du coin de l'oeil, une arme à feu chacun dans la main. L'auteur de Tintin avait jugé cette couverture trop effrayante pour un magazine pour les « jeunes de 7 à 77 ans »[10], ce qui explique que la silhouette fut remplacée par la signature de la Marque jaune. De même, au lieu d'avoir deux armes à feu, celle de Blake a disparu, seul Mortimer en a une. Le problème est que, non seulement il serait plus réaliste que ce soit un militaire qui soit armé, au lieu d'un civil, mais en plus, la suppression du pistolet du capitaine a été maladroitement effectuée. L'auteur en gardera durablement un amer souvenir, comme le montre le dessin dédicacé qu'il réalisa pour les sept ans du journal en 1953, dans lequel il exprime son exaspération[11]. De même qu'il refusera d'y dessiner de nouvelles couvertures quatre ans durant[12],[13],[14].

Analyse[modifier | modifier le code]

Style graphique[modifier | modifier le code]

Dans La Marque jaune, Edgar P. Jacobs dessine pour la première fois des images totalement monochromes — une innovation dans la bande dessinée à l'époque. Il utilise la règle du contraste pour ses récitatifs de couleur : là où les séquences de nuit sont majoritairement bleues, les récitatifs sont bordeaux[15]. Dans la planche 23, Jacobs joue avec la mémoire des couleurs du méchant mais aussi du lecteur. Lorsque la Marque jaune/Olrik pénètre dans le salon de l'appartement de Blake et Mortimer, il se retrouve dans une lumière orangée rappelant l'ambiance de la chambre d'Horus dans Le Mystère de la Grande Pyramide, ce qui participe à la perte de sang froid de l'intrus[16].

L'aspect totalement réaliste des décors est dû au fait que Jacobs travaille à partir de croquis et de photographies contemporaines de l'action. Il a lui-même pris ces photos au cours d'explorations préparatoires poussées de Londres, en 1952[17],[18]. À cette époque, cette ville évoquait encore l'Angleterre traditionnelle, que l'on retrouve dans Blake et Mortimer et qui participe à son charme. Le dessinateur vit ainsi dans les rues des parapluies roulés et des chapeaux melons, ainsi que de « superbes Indiens enturbannés » rappelant « Kipling et les fastes de l'Empire »[6].

Mais il ne s'est pas rendu dans tous les lieux de l'intrigue. Comme Limehouse Dock, qu'il s'est contenté de dessiner à partir d'un volume du Country Life Picture Book of London, ainsi que de photos du port de Bruxelles. Ce qui ne l'a pas empêché de brillamment représenter l'état d'abandon de ces quais, faisant suite à la crise résultant de l'indépendance de l'Inde[12].

Inspirations[modifier | modifier le code]

Sources artistiques[modifier | modifier le code]

Pour cet album, Jacobs s'est beaucoup inspiré du cinéma expressionniste allemand des années 1920. Le personnage du Dr Septimus est proche du savant fou du film Le Crime du docteur Warren de Friedrich Wilhelm Murnau (1920). Tandis que son nom rappelle celui du maléfique Dr Septimus Pretorius dans La Fiancée de Frankenstein de James Whale (1935)[19]. L'usage de l'hypnose par un savant sur son cobaye pour commettre des crimes à sa place évoque le psychiatre dans Le Cabinet du docteur Caligari, de Robert Wiene (1920.) De plus, le « M » — à voir plutôt comme la capitale de la lettre grecque « µ » (mu) que la lettre latine « M » — avec lequel la Marque jaune signe ses forfaits est une référence explicite au film M le maudit de Fritz Lang (1931), dans lequel le tueur est marqué d'un « M » à la craie par la pègre qui le traque. Une case de l'album où l'on voit la marque jaune sur le dos du pardessus de Blake est directement repris d'un plan du film[15],[20].

Au delà de ce cinéma expressionniste allemand, l'auteur a puisé dans d'autres thématiques. Pour représenter les traits du Dr Septimus, il reprend ceux de l'oncle de sa femme, Arthur Vasselio. Concernant la volonté du savant de soumettre l'âme humaine, elle la doit au docteur Patrcik Cory du roman Le Cerveau du nabab, de Curt Siodmak. Sa lecture lui fut soufflée par Jacques Van Melkebeke.

La Marque jaune peut être vue comme le Golem ou le monstre de Frankenstein[16]. Son design est inspiré à la fois du costume du Dr Gogol dans Les Mains d'Orlac de Karl Freund (1935) et de celui de l'homme invisible dans le film homonyme de James Whale (1933)[19].

Sources scientifiques[modifier | modifier le code]

Jacobs étudie les travaux du neurochirurgien britannique Wylie McKissock (en), spécialiste de la lobotomie. Il imagine le design de l'appareil permettant de contrôler le cerveau à partir d'images parues dans le magazine Science et Vie[19]. Il y puise aussi dans les études du professeur Garbedian sur le surhomme, extrapolant les propriétés de l'onde Méga[12].

Plus largement, Edgar P. Jacobs détaille dans ses mémoires[6] le contexte scientifique qui le poussa à s'intéresser au contrôle de l'esprit humain. À cette époque, le chirurgien Watts promouvait la cingulectomie[21] et la leucotomie préfontale[22]. Les docteurs Tow et Hugh Cairns n'ont pas hésité à déclarer que la modification de la personnalité avait largement dépassé le stade de pure hypothèse dans les camps des États totalitaires. Arnold Taylor avec son « Nodel » pouvait suivre la variation de pensées d'une personne sur un écran de TV. Quant à Georges de la Warr, il a tenté de photographier les ondes cérébrales à partir de son appareil. Et il avançait qu'une fois au point, il aurait une portée illimitée, au point qu'il serait possible de photographier de Washington celles émises par le chef d'état de Moscou et vice versa.

De plus, à cette époque, l'emplacement de la plupart des centres nerveux avaient déjà été localisés, envoyant leurs ordres sous forme d'ondes électriques. Mais a-t-on déjà déterminé l'emplacement du générateur central dirigeant toute la vie psychique de l'individu ? A-t-on percé le secret de l'esprit humain ? Celui qui réussirait à forcer cet « ultime refuge de la personnalité » pourrait contrôler l'être humain et s'en servir comme d'un super-robot. C'est face à ce constat que l'auteur a créé l'intrigue de son histoire.

Par la suite, le milieu scientifique a évolué dans ce domaine, la réalité rejoignant parfois la fiction, comme il est toujours spécifié dans les mémoires. Science et Vie annonça en 1956 qu'un ingénieur électronicien du nom de Schafer exposa à la Conférence nationale électronique de Chicago l'éventualité de transformer l'homme en un robot, par le biais d'électrodes judicieusement placées dans le cerveau. Des scientifiques soviétiques mirent au point en 1958 une main bioélectrique mue par les influx du cerveau. Match déclara en 1965 l'usage de l'électricité organique aux USA de l'électricité organique pour la commande de membres artificiels, tel qu'un bras auto-dirigé reproduisant tous les mouvements d'un vrais bras. Enfin, les savants Guillemin et Schelly, qui travaillaient sur les hormones hypothalamiques, révélèrent en 1978 l'existence de neurohormones, qui fit dire à un membre du comité Nobel « qu'ils avaient établi un lien entre l'âme et le corps ».

Afin de s'assurer de la crédibilité de son histoire sur ce sujet, Jacobs s'est adressé auprès d'un jeune spécialiste en neuropsychologie. Mais celui-ci ne semblait pas apprécier sa théorie sur l'onde Mega, ce qui poussa l'auteur à prendre congé de lui. Malgré tout, Jacobs reçut la reconnaissance scientifique de la part de neuropsychiatres de l'université de Liège. En 1977, la doctoresse Levnen et le docteur Bataille lui expliquèrent que le Dr Septimus était l'exemple type du paranoïaque, la page n° 17 de l'album[23] étant pour eux « un extraordinaire raccourci des symptômes de la maladie, constituant un véritable diagnostic cliniquement conforme à la réalité ». Enfin, ils ajoutèrent que les fous de son confrère Hergé ne le sont pas autant que les siens car, moins conformes aux normes psychiatriques. Enfin, les scientifiques le convièrent même à une conférence d'enseignement post-universitaire pour les neurochirurgiens et neurologues, intitulée : Essai d'analyse sémiotique du concept folie dans la bande dessinée d'Hergé et de Jacobs[24].

Erreurs et incohérences[modifier | modifier le code]

Erreurs de chronologie[modifier | modifier le code]

La Marque Jaune est censée se dérouler après Le Mystère De La Grande Pyramide, ainsi que cela est rappelé par l'historique d'Olrik et son comportement face à Blake et Mortimer. La Grande Pyramide, elle-même, est censée se dérouler après Le Secret De L'Espadon, ainsi que cela est rappelé, dans la première page de l'album, lors de la conversation entre Mortimer et Nasir dans l'avion qui les amène au Caire.

Or, à la page 53 de La Marque Jaune, Septimus explique à Mortimer avoir recueilli Olrik amnésique avant la troisième guerre mondiale, donc avant Le Secret De L'Espadon. De plus, il dit l'avoir gardé avec lui pendant toute la guerre, alors qu'Olrik a participé très activement à cette guerre.

Incohérences graphiques[modifier | modifier le code]

L'histoire se déroule au mois de décembre 1953, s'achevant le jour de noël. L'enlèvement de Leslie Macomber se déroule le 7 décembre dans la première édition de l'histoire, comme l'attestent le calendrier présent dans son bureau du Daily Mail, ainsi que la date mentionnée dans lettre qu'il reçoit. Dans la version actuelle, Jacobs décide de changer cette date en 18 décembre, modifiant en conséquent la date mentionnée dans la lettre. Mais il oublie de changer cette affichée sur le calendrier, toujours le 7 décembre[13].

Se documentant beaucoup grâce à Science et Vie, le dessinateur reproduit par exemple une photo parue dans un numéro[25], représentant une voiture radio de la police française, avec un policier communiquant au micro, à côté de son chauffeur. Il l'a si fidèlement reproduite sur une vignette de la planche 34, qu'il a placé le volant à gauche, alors que l'histoire se déroule en Angleterre, où les volants des voitures sont positionnés à droite (à cause de la différence de sens de circulation sur la route)[13].

Contexte historique et culturel[modifier | modifier le code]

Lors de la parution de l'histoire, Scotland Yard occupait encore ses bureaux dans le Norman Shaw Buildings (en), sur Victoria Embankment, bordant la Tamise. Le quartier général du Metropolitan Police Service (police) de Londres se trouvait donc à proximité du Palace of Westminster, symbole de pouvoir et emblème de la ville. Celui qu'on appelait New Scotland Yard, depuis son premier déménagement en 1890 de ses bureaux de Great Scotland Yard (en)[26] (qu'il occupait depuis 1829), déménagera par la suite à deux reprises. Une fois en 1967, sur la Victoria Street (en) et une dernière fois en 2016, revenant sur Victoria Embankment dans le Curtis Green Building, bâtiment plus modeste où il se trouve actuellement.

De manière inattendue, Jacobs et son réalisme ont permis de sauver la vie d'un touriste canadien. Comme en témoigne une émouvante lettre qui lui fut adressée, dans laquelle il explique qu'il a pu composer le numéro d'urgence britannique, le 999, parce qu'il s'en est rappelé suite à la lecture de l'épisode[27]. En effet, dans la case 5 de la planche 112, ce numéro est composé par un employé du Daily Mail pour prévenir la police[6].

L'histoire entame sa publication le 5 août 1953, débutant par le vol de la Couronne impériale. Soit deux mois après le couronnement de la reine Élisabeth II. La cérémonie est mondialement diffusée en direct à la télévision, constituant une première historique. Pour représenter la couronne, le dessinateur n'a à sa disposition qu'une vieille photo en noir et blanc datant de 1911, seul document fiable qu'il ait trouvé[12].

Publications[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

La Marque jaune est publiée dans l'hebdomadaire belge Le Journal de Tintin du (no 31/53) au (no 45/54)[28],[29].

En , les Éditions du Lombard publient l'histoire en album dans la Collection du Lombard[30]. Par la suite, l'album est réédité et réimprimé plus d'une dizaine de fois entre 1959 à 1987 aux Éditions du Lombard en Belgique et aux éditions Dargaud en France[31].

En 1977, l'éditeur Phigi publie l'album en noir et blanc dans un tirage limité à 800 exemplaires[31].

En , les Éditions Blake et Mortimer rééditent l'histoire. Depuis, l'album a été réédité et réimprimé plus d'une dizaine de fois. En , l'éditeur publie La Marque jaune telle que publiée dans Le Journal de Tintin dans un tirage limité à 5 000 exemplaires. L'album possède la couverture refusée par Hergé, et est accompagné d'un cahier de 28 pages comprenant des croquis, dessins, études et storyboards de la main d'Edgar P. Jacobs[32].

En 1987, France Loisirs édite l'album[33].

Traductions[modifier | modifier le code]

L'aventure a été traduite dans plusieurs langues :

Accueil et postérité[modifier | modifier le code]

Critique[modifier | modifier le code]

Pour Claude Le Gallo, « La Marque jaune est le cœur de l'œuvre jacobsienne, le carrefour de son monde »[17]. L'album est le plus abouti et le plus emblématique de l'auteur, avec une couverture devenue mythique[41]. Il se voit considéré par beaucoup comme le meilleur de la série[42]. L'album est devenu une référence dans le monde de la bande dessinée[43].

En 2012, il a été classé à la 4e place du classement des 50 BD essentielles établi par la revue Lire[42],[44].

Sur SensCritique, La Marque jaune est notée 7,7/10 sur une base d'environ 3 400 votes d'internautes[45]. Sur Babelio, l'album obtient une note moyenne de 4/5 basée sur 383 notes[46].

Suite[modifier | modifier le code]

En 2013, Jean Dufaux, Antoine Aubin et Étienne Schréder sortent L'Onde Septimus, un album qui est une suite de La Marque jaune. Ils reprennent l'action quelques mois après la fin de La Marque jaune et font revenir plusieurs personnages déjà présents dans l'album de Jacobs.

Hommages[modifier | modifier le code]

Cet album a inspiré de nombreuses parodies et fait aussi l'objet d'un grand nombre d'hommages ou de clins d'œil de la part d'autres auteurs par la présence de références qui y sont puisées.

En 1974, le magazine Tintin l'Hebdoptimiste réalise un numéro spécial (no 73) sur Le Rayon UDupa dessine Cubitus et la Marque jaune. En 1977, François Rivière et Floc'h insèrent le livre The Mega Wave (L'Onde Méga) du Dr Septimus dans Le Rendez-vous de Sevenoaks[47]. En 1980, Filip Denis dessine Hommage à Jacobs dans le no 2 d'Aïe où il raconte comment il se prenait pour la Marque jaune dans sa jeunesse[48]. En 1996, Gilles Chaillet reprend la séquence de la Tour de Londres au début de La Marque jaune dans son album Vasco : 14 - Sortilèges[49]. En 2000, Eddy Mitchell reprend les éléments de la couverture de La Marque jaune pour l'affiche de sa tournée à travers la France[50]. En 2005, les artistes Georges Oreopoulos et David Vandegeerde de la société Art Mural réalisent une fresque murale d'une centaine de mètres carrés reprenant la couverture de l'album dans le cadre du Parcours BD de la Ville de Bruxelles[51]. En 2007, Philippe Geluck parodie la couverture de l'album pour celle de son 14e album La Marque du Chat[52].

L'album a également été utilisé comme référence pour diverses campagnes publicitaires et promotionnelles. En 1987, Pascal Fournier et Pascal Dubuck réalisent Les Aventures d'Alexandre de la Mareneuve et d'Évry Cédex : 1 - La Marque bleue, un album promotionnel pour le Groupe Accor[53]. Cette même année, la mairie de Montreuil réalise un dépliant, Mystère à Montreuil : Une enquête de Blake et Mortimer, dans lequel Bob de Moor met en scène les deux héros enquêtant sur une mystérieuse marque « M », ce qui les conduit à découvrir le fonctionnement du service propreté de la ville[54].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Radio, télévision et jeu vidéo[modifier | modifier le code]

Dans les années 1950, La Marque jaune est adaptée en feuilleton radiophonique repris par la suite en vinyle, en cassette audio et en CD. Jean Topart et Yves Brainville donnent leur voix à Blake et Mortimer, tandis que Maurice Jacquemont joue le Dr Septimus et Pierre Marteville l'inspecteur-chef Kendall. Cet enregistrement est récompensé du Grand prix de l'Académie Charles-Cros[55],[56],[57].

En 1988, l'histoire est adaptée en jeu vidéo d'action-aventure sur ordinateur (Thomson TO8, Amstrad CPC et Atari ST) par le développeur et éditeur français Cobrasoft. Le jeu est composé de cinq niveaux[58],[59].

En 1997, l'aventure est adaptée en dessin animé par Éric Rondeaux comme épisode de la série d'animation Blake et Mortimer. L'épisode est diffusé le avec Michel Papineschi doublant le professeur Mortimer, Robert Guilmard le capitaine Blake et Mario Santini le colonel Olrik[60].

Projets de films[modifier | modifier le code]

Plusieurs projets d'adaptation au cinéma de La Marque jaune ont été envisagés par différents réalisateurs, mais sans jamais voir le jour.

Dans les années 1980, le réalisateur publicitaire Michel Marin cherche à convaincre Edgar P. Jacobs de donner son autorisation à une adaptation en long-métrage. En , il tourne un pilote de 2 minutes 30 avec Pierre Vernier, Yves Brainville et Michel Vitold dans les rôles de Blake, Mortimer et du Dr Septimus. Le film impressionne Jacobs mais des divergences entre le réalisateur et la productrice mettent fin au projet[61].

En , un deuxième projet d'adaptation est annoncé par le producteur français Charles Gassot. La réalisation est confiée à James Huth tandis que Blake et Mortimer sont incarnés par Rufus Sewell et Hugh Bonneville. Le tournage, au budget de 35 millions d'euros, doit débuter en pour une sortie en [62],[63]. Finalement, le projet semble ne plus être d'actualité lorsque le réalisateur James Huth prend les commandes de Brice de Nice en 2004[64].

En , un troisième projet d'adaptation voit le jour avec l'espagnol Álex de la Iglesia à la réalisation, et Kenneth Branagh, David Thewlis et John Malkovich respectivement dans les rôles de Blake, Mortimer et Olrik[65]. Un an plus tard, en 2009, c'est au tour de Kiefer Sutherland et Hugh Laurie d'être annoncés dans les deux rôles principaux[66],[67]. Mais le réalisateur peine à rassembler les fonds nécessaires à son scénario et en 2013 le projet est définitivement abandonné[68],[69].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vol qui furent précédés, comme l'annonce le numéro du Daily Mail visible planche 4, d'autres crimes : Raid contre la Banque d'Angleterre Vol d'une peinture de Thomas Gainsborough dans la National Gallery Enlèvement de la dague d'Aménopolis III, de la collection Stockmann Dépôt d'une fausse bombe dans le Cabinet Room du 10 Downing Street Disparition du traité secret anglo-iranien du coffre du Foreign and Commonwealth Office
  2. Voir Le Mystère de la Grande Pyramide.
  3. Connue depuis le XIXe siècle pour être la rue des médecins. Septimus enlèvera sept d'entre eux pour assister à son triomphe.
  4. Planche 18
  5. Le numéro du 17 octobre 1953, avec Violetta Elvin en couverture
  6. a, b, c, d et e Edgar P. Jacobs, Un opéra de papier. Les Mémoires de Blake et Mortimer. Chapitre "La Marque jaune", Gallimard, 1981. rééditions augmentées 1982, 1990 et 1996, p. 126 à 135
  7. Annonçant que « ... si l'histoire n'en était pas à six planches de la fin, elle serait stoppée... »
  8. N° 359 - Jeudi 6 Août 1953, 8ème année
  9. S’inspirant de Nosferatu le vampire, film muet allemand réalisé par Friedrich Wilhelm Murnau sorti en 1922, adapté du roman Dracula, de Bram Stoker.
  10. Pour reprendre le slogan du magazine
  11. Un texte analysant ce dessin explique que : « Dans son hommage à son éditeur, Raymond Leblanc, Jacobs s'est croqué enchaîné à sa table à dessin, réprouvé par l'autocensure du journal Tintin - symbolisée par le fantôme de Tintin, allusion non déguisée au projet de couverture du journal refusé par Hergé, alors directeur artistique -, surveillé par Big Ben et les ptérodactyles Olrik, Blake et Mortimer, traqué par un Jacques Martin gentleman espion (le père d'Alix et de Guy Lefranc) et par ses nombreux créanciers, alors que le téléphone sonne, que le temps passe, que le café (Chat Noir, offert par le Timbre Tintin) refroidit et que l'Espadon déchire le ciel... » La représentation de Jacques Martin de cette manière est sans doute une allusion au fait qu'Edgar P. Jacobs, courroucé, l'avait accusé d'avoir plagié son style pour sa bande dessinée Lefranc, au point que ce dernier l'ait provoqué en duel. Il se prépare à forcer une pyramide renfermant ses secrets de fabrication. Plusieurs éléments du dessin - l'Espadon, la pyramide, Big Ben et les ptérodactyles - font respectivement allusion aux histoires : Le Secret de l'Espadon, Le Mystère de la Grande Pyramide, La Marque jaune et L'Énigme de l'Atlantide.
  12. a, b, c et d Véronique Dumas, Daniel Couvreur et al., Les personnages de Blake et Mortimer dans l'histoire : les événements qui ont inspiré l'œuvre d'Edgar P. Jacobs, Paris, Sophia publications, coll. « Historia », (ISBN 979-1-09-095625-4, notice BnF no FRBNF44391205), p. 44 à 55
  13. a, b et c Blake et Mortimer Mythes et conséquences, dBD (Les dossiers de la Bande Dessinée),
  14. « LA COUVERTURE DE LA MARQUE JAUNE CONTESTÉE PAR HERGÉ »
  15. a et b Vincent Bernière, « Blake et Mortimer en 8 étapes », dans Blake et Mortimer face aux grands mystères de l'humanité, Beaux Arts magazine, , 144 p. (ISBN 9791020401854), p. 30.
  16. a et b Pierre Fresnault-Deruelle, « La Marque Jaune : lecture d'une planche d'Edgar-Pierre Jacobs. Entre Fantômas et Nosferatu », Communication et langages, vol. 135, no 1,‎ , p. 4-11 (lire en ligne).
  17. a et b Daniel Van Kerckhove, « La Marque jaune », dans Claude Le Gallo, Le Monde de Edgar P. Jacobs, Bruxelles, Le Lombard, coll. « Nos auteurs » (no 2), , 176 p. (ISBN 2-8036-0481-7, notice BnF no FRBNF39008335).
  18. Il a photographié plusieurs lieux utiles à son histoire, tels que : La future maison de Septimus à Tavistock Square (visible ici) L'entrée de Scotland Yard (à l'époque où elle occupait Norman Shaw Buildings (en) sur Victoria Embankment)
  19. a, b et c Daniel Couvreur, « Aux sources de Blake et Mortimer », dans Blake et Mortimer face aux grands mystères de l'humanité, Beaux Arts magazine, , 144 p. (ISBN 9791020401854), p. 84-85.
  20. Nicolas Lemarignier, « Les mystères de Blake et Mortimer », sur un blog de France Info, (consulté le 31 décembre 2016).
  21. Ablation de la partie antérieure du cingulum
  22. On parle de leucotomie (du grec leukos, blanc et tomê, coupure, section) pour décrire une méthode chirurgicale qui consiste à sectionner certaines fibres nerveuses de la substance blanche du cerveau. Elle se distingue de la lobotomie qui consiste à détruire massivement l’ensemble des fibres reliant un lobe cérébral, souvent le lobe frontal, au reste du cerveau.
  23. Sans doute la planche 15
  24. Agrémentée d'une projection de diapositives tirées de leurs albums. Suscitant un vif intérêt, son texte fut publiée dans Les Feuillets psychiatriques (vol.XI, fasc. 3, 1978).
  25. N° 425, février 1953, page 100, "Pour lutter contre le gang, la police s'est modernisée".
  26. Rue du quartier St. James's reliant Northumberland Avenue et Whitehall, qui abritait des bâtiments médiévaux utilisés pour accueillir les représentants diplomatiques du royaume d'Écosse, voire des souverains écossais eux-mêmes, lors de leurs visites dans la capitale anglaise.
  27. Paul-Benoît Larochelle, vivant à Montéral, lui écrivit : "Monsieur, si je vous écrit aujourd'hui c'est pour vous remercier de m'avoir sauvé la vie même si vous l'avez fait sans vous en rendre compte et voici comment : j'étais dernièrement à Londres où je me suis empoisonné par inadvertance avec du jambon avarié, j'étais dans ma chambre d'hôtel, certain d'y rester, étouffant et me traînant vers le téléphone à quatre pattes, il m'aurait été impossible de trouver le numéro de téléphone de la police dans l'annuaire téléphonique lorsque je me suis rappelé que le numéro de Scotland Yard était 999 et je m'en suis souvenu parce que je l'avais lu dans la "Marque Jaune" alors que Steve appelle Scotland Yard après avoir découvert la disparition de Macomber rédacteur en chef du Daily Mail. Je crois sincèrement que c'est la lecture de la "Marque Jaune" qui m'a à ce moment là sauvé la vie et je vous en remercie. Votre tout dévoué Paul-Benoît Larochelle [...]"
  28. « Composition des numéros du Journal de Tintin en 1953 », sur bdoubliees.com (consulté le 30 décembre 2016).
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]