La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »)

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La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme ») est un livre de Lénine achevé le 12 mai 1920 et portant initialement le sous-titre suivant : « Essai de causerie populaire sur la stratégie et la tactique marxistes » (sous-titre supprimé dans la plupart des éditions[1],[2]).

Contenu[modifier | modifier le code]

Dans cet essai, Lénine met en cause les positions maximalistes de la Gauche de la Troisième Internationale, des pays qui représentent la plus haute tradition marxiste: les Hollandais, les Allemands, les Anglais et les Italiens. Leurs positions sur la nécessaire prise en compte de l'inféodation à l'Etat des syndicats depuis la guerre et la vacuité désormais de la participation aux élections corrompues en régime de démocratie parlementaire, relève de la plus pure « puérilité » et vaine quête de la pureté du mouvement : et de la virginité des principes, on ne peut pas se priver de ces "tribunes" pour avoir l'oreille des masses qui y participent. Cet essai de Lénine qui reste d'une grande richesse théorique, très honnête dans l'exposition des divergences avec les Gauches de l'I.C., et fraternel (cf. Bulletin communiste n° 34, 18 août 1921 : «Réponse au camarade Gorter», par Trotski, 24 nov. 1920. Lénine, plus fraternel, à la fin d’une discussion avec Gorter, lui avait affirmé : «L’avenir dira qui de nous deux a raison.»).

Mais dans la durée, Lénine - en qualifiant ses opposants de "gauchistes" (terme péjoratif équivalent à enfantillage), oubliant que lorsqu'il n'était pas encore chef d'Etat "prolétarien" Lénine était lui aussi sur ces positions "gauchistes" - va nuire en réalité à tout le mouvement révolutionnaire pour les décennies futures et servir de bréviaire aux partis staliniens. Les réponses à Lénine, notamment de Gorter, ne seront pas vraiment à la hauteur à l'époque (Pannekoek lui reproche des formules idéalistes), c'est véritablement Rosa Luxemburg, qui, par avance, avait répondu à Lénine, notamment avec son ouvrage sur la révolution russe (qui n'était resté hélas qu'à l'état de brouillon).

Lénine ne supporte pas que les communistes de Gauche déclarent que le parlementarisme a fait son temps, et il répond à côté, mais en se tirant une balle dans le pied puisqu'il fait la comparaison avec le... capitalisme:

"Les communistes "de gauche" allemands répondent à cette question avec le plus grand dédain - et la plus grande légèreté - par la négative. Leurs arguments ? Dans la citation reproduite plus haut nous avons vu:

" ... . repousser de la façon la plus décidée tout retour aux formes parlementaires de lutte qui, historiquement et politiquement, ont fait leur temps. . "

Cela est dit en termes prétentieux jusqu'au ridicule, et cela est manifestement faux. "Retour" aux formes parlementaires ! Peut-être qu'en Allemagne la république soviétique existe déjà ? Non, ce me semble. Mais alors comment peut-on parler de "retour" ? N'est-ce pas là une phrase en l'air ?

Les formes parlementaires "historiquement ont fait leur temps". C'est vrai au sens de la propagande. Mais chacun sait que de là à leur disparition dans la pratique, il y a encore très loin. Depuis des dizaines d'années on pouvait dire à bon droit que le capitalisme "historiquement avait fait son temps"; mais' cela ne nous dispense nullement de la nécessité de soutenir une lutte très longue et très opiniâtre sur le terrain du capitalisme. Le parlementarisme a "historiquement fait son temps" au point de vue de l'histoire universelle, autrement dit l'époque du parlementarisme bourgeois est terminée, l'époque de la dictature du prolétariat a commencé. C'est indéniable. Mais à l'échelle de l'histoire universelle, c'est par dizaines d'années que l'on compte. Dix ou vingt ans plus tôt ou plus tard ne comptent pas du point de vue de l'histoire universelle; c'est au point de vue de l'histoire universelle une quantité négligeable qu'il est impossible de mettre en ligne de compte, même par approximation. Mais c'est justement pourquoi, en invoquant, dans une question de politique pratique, l'échelle de l'histoire mondiale, on commet la plus flagrante erreur théorique". (https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/04/g7.htm

Plan de l'ouvrage[modifier | modifier le code]

Relativement court, l'ouvrage se compose de dix chapitres et de cinq annexes :

  1. Dans quel sens peut-on parler de la portée internationale de la Révolution russe ?
  2. Une des conditions essentielle du succès des bolcheviks.
  3. Principales étapes de l'histoire du bolchévisme.
  4. Dans la lutte contre quels ennemis au sein du mouvement ouvrier le bolchévisme s'est-il développé, fortifié, aguerri ?
  5. Le communisme de « gauche » en Allemagne. Dirigeants, parti, classe, masse.
  6. Les révolutionnaires doivent-ils militer dans les syndicats réactionnaires ?
  7. Faut-il participer aux parlements bourgeois ?
  8. Jamais de compromis ?
  9. Le communisme de « gauche » en Angleterre.
  10. Quelques conclusions.
Annexes
  1. La scission des communistes allemands.
  2. Communistes et indépendants en Allemagne.
  3. Turati et Cie en Italie.
  4. Conclusions fausses de prémisses justes.
  5. (sans titre)

Critique[modifier | modifier le code]

Le farouche anti-léniniste Otto Rühle a critiqué avec hargne le contenu de cet livre : « un écrit polémique plein de poison et de bile, agressif, grossier, un tissu de fausses interprétations, de suspicion et de falsifications […] un vrai régal pour tout contre-révolutionnaire […] Quand Hitler interdit en Allemagne en 1933 toute la littérature socialiste et communiste, ce fut le seul écrit dont il maintint la publication. Et il savait ce qu’il faisait[3]. » Otto Rühle, anti-parti primaire, dit à peu près n'importe quoi et il vaut mieux lire les commentaires de Bordiga sur cet écrit polémique où Lénine dérape dans la conservation des institutions traditionnelles comme soi-disant "tribunes" alors qu'elles ne sont plus que des chambres d'enregistrement des volontés de l'Etat bourgeois. Mais dans cet écrit opportuniste de Lénine, il demeure un incontestable souffle révolutionnaire et lucide.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Maladie infantile du communisme, introduction p. 7. La suppression fut opérée dès le vivant de Lénine.
  2. Selon Otto Rühle, ce sous-titre « fut plus tard supprimé parce que le bluff faisait honte. Car s’appuyer sur Marx pour écrire cela, c’était du bluff et rien d’autre. » (Otto Rühle, Lénine combat la Gauche allemande, p. 43).
  3. Otto Rühle, Lénine combat la Gauche allemande, p. 43.

Édition française[modifier | modifier le code]

  • Vladimir Ilitch Lénine, La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »), Éditions du Progrès, Moscou, 1979, 184 p. 

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

L'ouvrage est disponible en ligne :

Le communiste hollandais Herman Gorter a répondu à l’époque à Lénine (mais ce texte a été peu lu à l’époque, n’ayant été ni diffusé ni traduit par l’Internationale) :