La Hune

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La Hune est une ancienne librairie-galerie établie en 1949 par Bernard Gheerbrant au 170, boulevard Saint-Germain à Paris, dans le quartier Saint-Germain-des-Prés du 6e arrondissement. Le nom de cette librairie généraliste est aujourd'hui perpétué à une autre adresse par une librairie-galerie consacrée uniquement à la photographie d'art et appartenant à l’éditeur français YellowKorner. Elle est située au 16-18, rue de l’Abbaye, dans le même quartier.

Histoire[modifier | modifier le code]

La première librairie La Hune au 12, rue Monsieur-Le-Prince : 1944-1949[modifier | modifier le code]

Bernard Gheerbrant, Jacqueline Lemunier et Pierre Roustang, trois étudiants en philosophie à l’université de la Sorbonne, ouvrent la librairie La Hune, le 1er juin 1944, au 12, rue Monsieur-le-Prince, à l’angle de la rue Casimir-Delavigne. La librairie est baptisée « La Hune » car, située à l’angle de deux rues, elle évoque une proue de navire[1], et l’escalier intérieur fait penser au mât de hune des voiliers, plus particulièrement à sa plateforme intermédiaire d’où les marins effectuent les manœuvres hautes.

A la Libération, Pierre Roustang « quitte le navire », et Jacqueline Lemunier et Bernard Gheerbrant se marient. En octobre 1945, ils engagent le libraire Jacques Farny afin de les « libérer du quotidien de la vente des livres »[2], ce qui leur permet de « développer les animations culturelles et la galerie »[3].

Parallèlement à la constitution de son fonds de libraire, et plus particulièrement du rayon d’art, Gheerbrant aspire à faire de La Hune un lieu d’évènements littéraires et éditoriaux mais aussi un espace d’exposition. En effet, neuf expositions[4] ont lieu au 12, rue Monsieur-le-Prince, la première étant « Aux Indes avec Lanza del Vasto », une présentation des dessins et aquarelles de Lou Albert-Lasard ayant illustré le Pèlerinage aux sources de Lanza del Vasto. Cette première exposition occupe le premier étage de La Hune pendant un mois à partir du et affirme le dessein de Bernard Gheerbrant de faire de sa librairie un lieu de rencontre des arts plastiques et de la littérature. La manifestation suivante, l’exposition posthume de l’œuvre gravée de Louis Marcoussis, marque par ailleurs les débuts d’une orientation en faveur de l’estampe.

Le local devient rapidement trop étroit et Gheerbrant décide de déménager dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés en 1949. La première Hune du 12, rue Monsieur-le-Prince est restée une librairie, la librairie L’Escalier, notamment acquise en 1953[5] par François Maspero, et aujourd’hui toujours en activité.

La librairie-galerie La Hune au 170, boulevard Saint-Germain : 1949-1975[modifier | modifier le code]

La librairie-galerie La Hune ouvre officiellement les portes de ses nouveaux locaux du 170, boulevard Saint-Germain, le 12 mai 1949. Le bâtiment est situé à l’angle du boulevard Saint-Germain et de la rue Saint-Benoît, presque en face de la brasserie Lipp, et entre le café Les Deux Magots et le Café de Flore. Auparavant occupé par un Bouillon Duval de la fin du XIXème siècle, le local est abandonné depuis la guerre et son affectation comme mess pour les sous-officiers de la garnison de Paris.

Gheerbrant fait appel à son ami Pierre Faucheux (1924-1999), graphiste éditorial renommé, pour les travaux d’architecture et d’aménagement de la nouvelle librairie-galerie. Faucheux, qui avait déjà aidé à l’agencement de la La Hune à son ancienne adresse, conçoit notamment, le logotype de La Hune représentant une ancre schématique ainsi que les vitrines extérieures[6].

La librairie accueille un grand nombre de signatures et de réceptions en l’honneur d’auteurs francophones et américains, et réunit même, à partir de 1957 et pour les cinq premières éditions, le jury du Prix de Mai[7]. Elle est renommée pour ses présentations d’ouvrages, qu’ils soient littéraires ou artistiques, toujours accompagnés d’accrochages d’œuvres graphiques ou d’expositions plus documentaires sur le travail de l’auteur.

La prédominance de la gravure est forte dans la liste des expositions à La Hune, mais cela ne l’a pas empêché de toucher aux domaines les plus variés[8]. Par exemple, on remarque des expositions à caractère historique (les collages de Pablo Picasso, Joan Miró, Man Ray, Max Ernst présentés sous le titre d’Aragon « La Peinture au défi » en 1954), des expositions littéraires et documentaires (« Hommage à James Joyce »[9] en 1949, « Saint-John Perse et la mer » en 1962), des expositions d’art primitif (« Dogons, art du Soudan, tribus dogons » en 1955) ou encore des expositions de photographie (« Boubat, Brassaï, Doisneau, Izis et Facchetti »[10] en 1951).

Dès 1958, La Hune devient également un lieu d’édition d’estampes. En les exposant puis, souvent, en éditant un certain nombre de leurs épreuves, Jacqueline et Bernard Gheerbrant révèle l’œuvre gravée de jeunes artistes, comme Johnny Friedlaender, Zao Wou-Ki ou Virgil Nevjestic, mais aussi d’artistes confirmés, comme le sculpteur Henri-Georges Adam ou le peintre Hans Hartung.

La Hune ferme en juillet 1969, pour des travaux de réaménagement, réalisés par l’atelier parisien Gérard Ifert - Rudolf Meyer, puis rouvre le 16 octobre[11]. Les rayonnages de la librairie prennent alors de plus en plus de place et empiètent sur l’espace de la galerie.

La galerie La Hune au 14, rue de l’Abbaye : 1975-1990[modifier | modifier le code]

En 1975, La Hune se scinde en deux[12]. La librairie se sépare de la galerie, cette dernière s’installant au 14, rue de l’Abbaye, face à la place et l’église Saint-Germain-des-Prés.

Bernard Gheerbrant reste le directeur de la librairie jusqu’en 1981, date à laquelle la librairie La Hune est rachetée par Flammarion. Bernard Gheerbrant continue à la galerie son activité de marchand et d’éditeur d’estampes. Il défend notamment les artistes Fred Deux, Cécile Reims ou encore Bertrand Dorny. La galerie La Hune expose notamment les sculptures peintes d'Axel Cassel en 1984, Alekos Fassianos en 1985, et Philippe Favier en 1988[13] dont elle édite les livres de bibliophilie, les gravures ou les lithographies.

En 1991, Marc Eschenbrenner, qui travaillait déjà avec les Gheerbrant, prend la direction de la galerie et change son nom en Galerie La Hune-Brenner. Fin 2007 la galerie La Hune-Brenner déménage dans le 18e arrondissement, au 3, rue Ravignan[14], mais elle ferme définitivement en 2014.

Postérité[modifier | modifier le code]

La librairie est passée sous la houlette du groupe Madrigall lors du rachat de Flammarion par Gallimard en 2012[15]. Elle déménage en 2012 à l’ancien emplacement de la Galerie La Hune, au 14, rue de l’Abbaye. Le 13 février 2015, la fermeture définitive de l'établissement dans le courant de l'année est annoncée [16]. Elle a lieu le 14 juin 2015[17].

Le groupe Madrigall accepte alors l'offre de l’éditeur français de photographies d’art YellowKorner de racheter le local et le nom de La Hune pour y installer une de ses galeries d’édition, tournée vers la photographie d'art grand public[18]. Le magasin rouvre en novembre de la même année sous le titre « Librairie-galerie La Hune », avec une organisation nouvelle : au rez-de-chaussée se trouvent une galerie YellowKorner et une librairie TeNeues, à l'étage sont présentées des expositions photographiques monographiques et des tirages photographiques originaux[19]. Autrefois généraliste, la librairie est désormais exclusivement consacrée à la photographie d'art.

Les archives de la librairie-galerie La Hune sont conservées par la bibliothèque Kandinsky du Musée national d'Art moderne - Centre Georges-Pompidou[20]. Ce musée a ainsi organisé une exposition en hommage à La Hune[21],_une_librairie-galerie_à_Saint-Germain-des-Prés&mobileaction=toggle_view_mobile du 30 juin au 10 octobre 1988, dans le cadre de la grande rétrospective « Les années 50 ».

Le MNAM-Centre Pompidou a également proposé une présentation de La Hune et de Bernard Gheerbrant au sein du parcours temporaire « Passeurs »[22], dans les salles des collections permanentes, du 14 janvier au 31 août 2016.

Incendie et reconstruction[modifier | modifier le code]

Le 16 novembre 2017, alors que l’établissement accueille l’exposition Un demi-siècle dans l’Himalaya du photographe, écrivain et moine bouddhiste Matthieu Ricard, un violent incendie détruit le rez-de-chaussée et les étages de La Hune, causant sept blessés légers dont un pompier[23].

Un an plus tard, en novembre 2018, la librairie-galerie rouvre ses portes entièrement reconstruite à l’identique sous la surveillance des Bâtiments de France avec une exposition de la photographe allemande Ellen von Unwerth[24].

Expositions à La Hune-YellowKorner[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pascale Bertrand, « Naissance de La Hune à l’orée des années 50 », in Beaux-Arts Magazine, juillet-août 1988, pp.102-105.
  2. Catalogue de vente, Collection Jacqueline et Bernard Gheerbrant, fondateurs de la librairie-galerie La Hune. Estampes, etc., Paris : Calmels Cohen, 2005, p.6.
  3. Bernard Gheerbrant, A La Hune, histoire d'une librairie-galerie à Saint-Germain-des-Prés, 1944-1975, Paris : Adam Biro, 1988, p.22.
  4. « Liste d’expositions à La Hune de décembre 1944 à décembre 1975 » in Bernard Gheerbrant, A La Hune, Paris : Adam Biro, 1988, p. 187.
  5. « SLF : Syndicat de la librairie française - Le SLF rend hommage à François Maspero, fondateur de la librairie la Joie de lire, éditeur et auteur - », sur www.syndicat-librairie.fr
  6. Pierre Faucheux, Ecrire l'espace, Paris : Robert Laffont, 1978, p.128.
  7. Adler 1998, p. 325.
  8. Georges Boudaille, « La Hune », in Cimaise, n°78, 1966, pp.38-50.
  9. Jean-Marc Théolleyre, "James Joyce à Saint-Germain-des-Prés", in Le Monde, 26/10/1949.
  10. "Cinq photographes", in Le Monde, 01/03/1951.
  11. « La Hune, un espace tout neuf » in Chroniques de l’art vivant, n°6, décembre 1969, p.15.
  12. Bernard Gheerbrant, A La Hune, Paris : Adam Biro, 1988, p.184.
  13. La Quinzaine littéraire, n° 506, 1er avril, p. 19.
  14. « Galerie La Hune-Brenner »
  15. « La célèbre librairie parisienne La Hune a fermé définitivement ses portes », sur France 24,
  16. La librairie La Hune baisse définitivement pavillon sur lemonde.fr.
  17. "La célèbre librairie parisienne La Hune a fermé définitivement ses portes", France 24.com, le 15/06/2015.
  18. Lucie Agache, "YellowKorner s'offre La Hune", in Connaissance des Arts, le 22/09/2015.
  19. « Paris : la nouvelle librairie galerie La Hune inaugurée ce lundi », 1er novembre 2015, leparisien.fr.
  20. « Kandinsky Library— Fonds Galerie La Hune (FRM5050-X0031_0000121) », sur archivesetdocumentation.centrepompidou.fr
  21. « Les_Années_50/La_Hune »
  22. « Passeurs (2e partie) - Centre Pompidou », sur www.centrepompidou.fr
  23. Un spectaculaire incendie dans l’ancienne librairie La Hune fait sept blessés légers au cœur de Paris, Le Monde, 16 novembre 2017.
  24. La librairie La Hune renaît de ses cendres à Saint-Germain-des-Prés, Sophie de Santis, Le Figaro, 20 novembre 2018.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Laure Adler, Marguerite Duras, Gallimard,
  • Camille Chevallier, La librairie-galerie La Hune. De la place d'un lieu d'édition et de monstration dans l'histoire des expositions, Paris, Ecole du Louvre (mémoire de recherche en muséologie, sous la direction de Cécilia Hurley-Griener), 2015, 150 p.
  • Bernard Gheerbrant, À la hune, histoire d'une librairie-galerie à Saint-Germain-des-Prés, éditions Adam Biro, centre Georges-Pompidou, Paris, 1988, 200 p. (ISBN 2-85850-450-4)

Liens externes[modifier | modifier le code]