La Guerre des salamandres

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La Guerre des salamandres
Auteur Karel Čapek
Pays Drapeau de la Tchécoslovaquie Tchécoslovaquie
Genre Roman de science-fiction
Dystopie
Conte philosophique
Version originale
Langue Tchèque
Titre Válka s mloky
Éditeur Fr. Borový
Lieu de parution Prague
Date de parution 1936
Version française
Traducteur Claudia Ancelot
Éditeur Éditeurs français réunis
Lieu de parution Paris
Date de parution 1960
Nombre de pages 292

La Guerre des salamandres[1] (titre original tchèque : Válka s Mloky) est un roman satirique, entre science-fiction et politique-fiction, publié en 1936 par l'écrivain tchèque Karel Čapek, dans le contexte de la montée des périls (en particulier du péril nazi) dans l'Europe centrale de l'immédiat avant-guerre.

Il raconte l'avènement puis la prise de pouvoir totalitaire d'une race d'animaux jusqu'alors inconnus, des salamandres marines géantes, qui sont tout d'abord exploitées par les nations civilisées comme un sous-prolétariat corvéable à merci (comme les robots, terme également inventé par Čapek, qui les a mis en scène dans sa pièce de théâtre R.U.R.). Les salamandres (qui ont appris à parler le langage des hommes) se révoltent et, profitant des armes et des outils fournis par les humains, entreprennent de détruire les continents pour se créer un espace vital (Lebensraum) fait de hauts-fonds et de golfes peu profonds, nécessaires à leur irrésistible ascension démographique.

L'écrivain français Robert Merle a cité ce livre de Čapek comme sa principale source d'inspiration pour son roman Un animal doué de raison publié en 1967[2].

Résumé[modifier | modifier le code]

Le roman est divisé en trois livres successifs et seul le dernier des 26 chapitres traite de la guerre des salamandres proprement dite.

Le principal personnage du livre est évidemment le peuple des salamandres qui évolue vers ce que les humains appellent l'état civilisé (En abandonnant leur innocence initiale modelée sur celle du « bon sauvage » de Rousseau) et acquièrent quasiment tous les travers humains: agressivité, ivrognerie, chauvinisme, nationalisme, racisme, goût des conquêtes guerrières...

Des protagonistes humains récurrents existent néanmoins :

  • Le très humain et très bourru capitaine Van Toch, sorte de double tchéco-hollandais du capitaine Haddock d'Hergé, excellent marin au rude langage, amateur de boissons fortes et de tabac corsé, qui commande un cargo voué au tramping dans les Mers du sud et découvre les salamandres sauvages dans le lagon d'une île perdue au large de Sumatra. Il éprouve une certaine sympathie pour ces animaux terrorisés par les requins et conclut avec eux un marché équitable : couteaux anti-requins contre perles.
  • Le grand industriel G.H. Bondy, un juif praguois à la tête d'un gigantesque consortium commercial, financier et industriel (on peut penser à la firme Skoda). Van Toch, qui le connaît vaguement (ils ont été condisciples à l'école primaire) vient lui présenter sa première récolte de perles et lui propose de s'associer pour développer l'industrie perlière en finançant un navire-aquarium qui permettra de disséminer les salamandres dressées dans tous les archipels où on trouve des huîtres perlières. Après la mort de Van Toch (et l'écroulement du cours des perles pour cause de surproduction) Bondy transforme cette entreprise relativement modeste en une multinationale tentaculaire, exploitant les salamandres pour des travaux sous-marins et portuaires titanesques.
  • M. Povondra : C'est le majordome de M. Bondy. Il a décidé de ne pas éconduire Van Toch et de l'introduire auprès de son patron : ce faisant il est l'innocent instrument de la fatalité et la source involontaire du désastre qui finira par détruire les trois-quarts de l'humanité et des terres émergées. Il collectionne par milliers les coupures de journaux consacrées aux salamandres (y compris dans des langues qu'il ignore), s'interroge constamment sur sa responsabilité dans l'inexorable déclin de l'humanité face aux salamandres conquérantes. Il sert de porte parole à Čapek (sauf dans le tout dernier chapitre où Čapek lui-même se dédouble en narrateur et en auteur et s'interroge sur la meilleure façon de conclure le roman et le destin de la planète).

Livre premier : Andrias Scheuchzeri[modifier | modifier le code]

Les douze premiers chapitres (plus un appendice) qui composent ce premier livre sont une aimable parodie des romans d'aventures sous le soleil des mers du sud ou du Monde perdu de Conan Doyle. On y assiste à la découverte fortuite des salamandres par Van Toch dans un lagon perdu d'Indonésie, qui apprivoise ces animaux terrorisés par les requins, leur apprend à se servir d'un couteau pour se défendre et à récolter les perles. Financé par G.H. Bondy il développe l'exploitation perlière dans tous les archipels isolés du Pacifique, une entreprise d'abord hautement rentable puis victime ensuite d'un écroulement des cours par une classique crise capitaliste de surproduction.

Les chapitres 6 et 7 intitulés Un yacht dans la lagune met en scène avec humour la rencontre des salamandres avec un spécimen très particulier d'êtres humains, les fils et filles dorés sur tranche de l'Oncle Sam. C' est aussi une satire impitoyable de la vanité et du clinquant des milieux cinématographiques d'Hollywood.

Les quatre passagers du yacht Gloria Pickford appartenant à un magnat du cinéma US , une starlette aussi jolie qu'écervelée, le fils du magnat du cinéma, amoureux transi de la starlette, une jeune et riche héritière qui n'a froid ni aux yeux ni ailleurs, et son amant, un bellâtre sportif champion de Baseball, rencontrent les salamandres alors qu'ils jouent aux Robinsons de luxe dans un atoll polynésien. Le bellâtre finira par épouser la starlette et le fils à papa la riche héritière, mais surtout les salamandres se retrouveront sous les feux des médias lorsque le magnat du cinéma produira une comédie musicale sentimentale à souhait assortie d'un ballet aquatique où figurent des centaines de salamandres, et assure ainsi gloire et fortune à la très peu futée starlette.

Ainsi soumises à la médiatisation, montrées dans des cirques et dans des zoos, les salamandres sont aussi l'objet d'étude des biologistes du monde entier. Čapek se livre à de savoureux[non neutre] pastiches du jargon scientifique et met en scène une controverse entre savants de tous poils qui font surtout étalage de leurs préjugés et de la superficialité de leurs recherches. Au final les salamandres marines se voient attribuer le nom savant d'Andrias Scheuchzeri car on redécouvre les écrits d'un savant suisse totalement oublié du XVIIIe siècle, Johannes Jakob Scheuchzer qui a décrit le squelette fossilisé d'une salamandre marine géante... mais l'a pris pour les restes de l'Homo Diluvii Testis, un homme préhistorique témoin du Déluge biblique.

Au cours du chapitre 9 une salamandre pensionnaire du zoo de Londres se révèle capable de parler, de lire le quotidien populaire Daily Mail (son gardien, M. Greggs, le lui a appris pour meubler ses périodes de désœuvrement) et même de faire des pronostics de courses hippiques plus justes que ceux de son mentor. Examinée par des savants, gavée de friandises par les visiteurs, elle finit par mourir d'une occlusion intestinale.

Le livre premier se conclut sur une note plus sombre : après le décès par apoplexie du brave Capitaine Van Toch, le Conseil d'administration du consortium Bondy se réunit pour tenter de liquider l'affaire des salamandres devenue un foyer de pertes. Čapek y présente les aspects les plus cyniques et les plus odieux du capitalisme : exploitation de la salamandre par l'homme (un gros actionnaire se demande gravement si les salamandres sont comestibles et un autre si on peut en faire des travailleurs de force sous-marins), G.H. Bondy dévoile son grand projet : Le Salamander Syndicate, un trust transnational voué à exploiter de toutes les manières possibles la force de travail des salamandres (en particulier pour des travaux maritimes et portuaires pharaoniques) et à faire des profits énormes en fournissant au prix fort les équipements perfectionnés (foreuses, explosifs, tunneliers...) qu'utiliseront ces nouveaux prolétaires.

Le Livre premier est suivi d'un appendice rédigé en langage pseudo savant intitulé La Vie sexuelle des salamandres. On y apprend que leur reproduction n'est pas sexuée mais se fait à travers le milieu ambiant après une sorte de transe collective. Les mâles ont coutume de sortir de l'eau pour danser en cercle une danse primitive les soirs de pleine lune et assument un rôle nettement dominant par rapport aux femelles.

Livre second : Sur les traces de la civilisation[modifier | modifier le code]

Le Livre second adopte un ton nettement différent : il décrit la rapide évolution des salamandres au contact des hommes et du travail que celui-ci leur impose.

Le procédé utilisé par Čapek est le collage de coupures de presse fictives traitant des salamandres et commenté par l'auteur. Čapek prend bien soin d'expliquer qu'il s'agit de la collection de M. Povondra, modeste domestique qui n'a aucune compétence académique ou archivistique et qui collectionne compulsivement tous les articles traitant des salamandres, y compris ceux des journaux chinois, indonésiens ou birmans qu'il est bien entendu incapable de lire (mais qui sont reproduits avec leur typographie chinoise ou birmane). Il prend bien soin d'ajouter, non sans malice, que la collection est incomplète et le point de vue forcément biaisé... par la faute de Madame Povondra qui, en catimini, fait des prélèvements dans les boîtes pour allumer et alimenter la cheminée et la cuisinière, faute de quoi leur modeste logis deviendrait inhabitable.

Ce second chapitre, qui peut sembler quelque peu décousu tant Čapek multiplie les points de vue (journaux occidentaux ou extrême-orientaux, capitalistes ou bolchéviques, presse du cœur ou presse économique et boursière, presse scientifique, religieuse ou sensationnaliste), permet à Čapek de ratisser très large en matière de satire.

Tout y passe : science, religion, sectes, milieux du spectacle (en particulier Hollywod et Broadway) et de la publicité capitalisme, communisme, industrie, organisations caritatives, syndicats ouvriers, Société des Nations (l'ancêtre de l'ONU), chauvinisme et incompétence des gouvernants (l'Angleterre, reine des mers, du commerce mondial et de l'impérialisme colonial est spécialement "bien traitée", mais l'Allemagne nazie, l'Italie fasciste aux ambitions démesurées par rapport à ses moyens réels et la France colonialiste et donneuse de leçons ne sont pas épargnées non plus). Le racisme tient une place de choix dans les cibles de Čapek, tant la question noire aux États-Unis, avec des lynchages répétés de noirs ou de salamandres accusés d'avoir violé des femmes blanches (alors que c'est physiquement impossible) qu'en Allemagne nazie avec les théories racistes de prétendue suprématie de la "race aryenne.

Un long article supposé émaner d'un journal de qualité décrit un marché aux salamandres installé à Singapour, alors possession anglaise (le Gibraltar de l'Extrême-Orient) : très loin de l'exotisme d'un marché aux esclaves africain ou moyen-oriental que l'on trouvait décrit à cette époque dans les récits d'un Henry de Monfreid, il s'agit d'une bourse dotée d'une salle de trading ultramoderne (pour 1936, avec téléphones, télex reliés aux quatre coins du monde, mais sans ordinateurs) où de jeunes traders et coulissiers s'agitent frénétiquement pour acheter et vendre (par lots de 100 ou 1 000 individus) les salamandres réparties en catégories définies par des normes bien précises.

En contrepoint un article d'un reporter globe-trotter (on peut penser à un Albert Londres ou à un Joseph Kessel) relate sur un ton un brin sensationnaliste la contrebande des salamandres sauvages, en dehors des circuits commerciaux du S-trading de la Bourse aux salamandres de Singapour, pratiquée par des forbans sans foi ni loi, armés jusqu'aux dents et peu soucieux du bien-être de leur marchandise, sous le titre Les Boucaniers du XXe siècle.

Des sociétés philanthropiques (ou faudrait - il écrire philosalamandriques ?) se préoccupent d'améliorer le sort des salamandres en les éduquant, la presse évoque la question des salamandres comme on a pu évoquer la question noire aux États-Unis ou en Afrique du Sud, et même si certaines salamandres réussissent remarquablement sur le plan intellectuel (une salamandre des îles Galapagos apprend le tchèque et devient spécialiste d'histoire tchèque sans jamais avoir mis les pattes dans ce pays sans façade maritime tandis qu'à Nice, une salamandre publie, sous pseudonyme humain, un traité scientifique faisant autorité sur la biologie marine), ces efforts restant toutefois de portée très limitée.

Les gouvernements qui exploitent les salamandres (et les enrôlent même comme soldats sous-marins) rechignent à leur donner une éducation gratuite ou une sécurité sociale.

Le commerce des salamandres, impulsé par le Salamander Syndicate de GH Bondy prend un essor fantastique après que ce trust ait fourni à titre d'échantillon gratuit mille salamandres au ministère hollandais des polders et cinq cents aux Grands Travaux de Marseille.

Partout les syndicats ouvriers humains déclenchent des grèves pour protester contre la concurrence déloyale de cette main d'œuvre non rémunérée, mais les organisations patronales leur opposent que le développement fantastique des affaires fournit aussi des opportunités aux travailleurs humains. Des règlements sont parfois votés pour mieux cadrer les domaines respectifs de travail des salamandres et des humains mais ils sont aussitôt tournés par les employeurs. Le Bureau International du Travail de Genève est saisi, mais se révèle inefficace et bureaucratique, comme ce sera le cas par la suite pour la SDN, l'ancêtre de l'ONU. D'une certaine façon cet aspect de la critique de Čapek préfigure les débats autour de la mondialisation économique du début du XXIe siècle.

Des revues scientifiques relatent gravement des expériences pratiquées sur les salamandres (Elles sont d'une insoutenable cruauté -vivisection, arrachage de membres...qui repoussent, exposition à la congélation, à l'hypothermie, aux hautes températures, aux produits chimiques et aux bactéries virulentes) . De telles expériences ont été réellement tentées quelques années plus tard par les sinistres médecins nazis des camps de déportés mais il est douteux que Čapek, qui écrivait en 1936, ait pu en avoir une connaissance directe.

Un savant invente un procédé chimique pour transformer la chair de salamandre, en principe non comestible en un ersatz de viande bovine.

Un leader de la Russie Soviétique nommé Molokov (mot-valise basé sur le mot tchèque Mlok - salamandre - et le ministre soviétique Viatcheslav Molotov) exhorte les salamandres à rejoindre la Russie Soviétique dans sa lutte contre le capitalisme.

Une brève flambée de prospérité accompagne la mise en œuvre de travaux maritimes gigantesques (ponts, tunnels sous-marins, aérodromes-relais en plein Atlantique qui pallient le manque d'autonomie des avions, ports en eaux profondes qui facilitent le développement du commerce mondial).

Le bonheur universel semble à portée de main mais en coulisse tout n'est pas rose et les salamandres commencent à renâcler contre l'exploitation dont elles sont victimes.

Livre troisième: La Guerre des salamandres[modifier | modifier le code]

Le premier incident oppose les salamandres semi sauvages du Pacifique à un équipage de boucaniers sans scrupules qui opèrent en marge du commerce officiel encadré par le Salamander Syndicate et kidnappent les salamandres au cours d'une danse rituelle sur le littoral des îles des Cocos. Armées de fusils anti-requins (disséminés partout par le Salamander Syndicate ) les salamandres prennent le dessus, massacrent les boucaniers et pillent leur cargo.

Cette victoire des salamandres est suivie de représailles menées... par les marines de guerre officielles des puissances occidentales qui liquident des milliers de salamandres sauvages dans tout le Pacifique à titre de représailles.

L'Engagement en Normandie qui fait suite au massacre des îles Cocos est déjà plus sérieux : sur les côtes du Cotentin, les salamandres travaillant aux fortifications militaires de Cherbourg ont pris l'habitude de compléter leurs maigres rations avec des pommes et des œufs chapardés dans les fermes de Basse-Normandie. Les paysans, armés de fusils de chasse montent la garde et tirent sur les voleuses, déclenchant une série d'incidents qui culminent avec la mort de trois adolescents qui ont molesté une salamandre. Le Préfet déclenche une jacquerie en tentant de confisquer les fusils et les autorités envoient un croiseur démodé, le Jules Flambeau, dans l'embouchure de la Sienne où les salamandres le coulent à l'explosif. Les tentatives d'étouffer l'affaire ne sont qu'à demi couronnées de succès. Interpellé à la Chambre des députés, le Président du Conseil doit démissionner. Son successeur s'en tire habilement en offrant aux salamandres de profiter à volonté des surplus viticoles, ce qui calme temporairement la situation car les salamandres, d'abord allergiques au vin blanc, s'y accoutument et copulent avec plus d'entrain tout en devenant moins fertiles.

L'incident sous la Manche (chapitre III) marque un degré de plus dans l'escalade : France et Angleterre ont secrètement armé leurs salamandres et entrepris de construire sous le pas de Calais deux véritables lignes Maginot sous-marines antagonistes. Un incident de frontière oppose les salamandres soldats des deux ennemis héréditaires qui démentent formellement l'existence d'armées de salamandres tout en concluant un traité secret de délimitation de la frontière sous-marine.

Le Chapitre IV est intitulé Der Nordmolch et marque l'entrée en scène de l'Allemagne nazie et des théories de suprématie raciale aryenne qui s'y étaient développées sous le régime hitlérien. Un biologiste allemand croit détecter une race de salamandres spécifiquement nordiques, à la peau plus claire et à l'intelligence supérieure qui serait la race pure et originelle des salamandres et dont le berceau serait à Oeningen, comme en atteste la découverte au XVIIIe siècle du fossile d'Andrias Scheuchzeri par le naturaliste Johannes Jakob Scheuchzer. Autoproclamée berceau de la race salamandrique supérieure, l'Allemagne nazie s'empresse d'ériger à Berlin une Kolossale statue de Scheuchzer dialoguant avec une noble salamandre nordique...et d'entamer une campagne de propagande sur le thème « Il faut plus d'espace vital à nos salamandres nordiques ».

Ceci s'entend, comme de juste, au détriment des salamandres dégénérées à peau bistrée ou noire qui peuplent la Méditerranée et les mers du sud. L'épisode de l'inauguration du monument provoque des mouvements divers dans le concert des nations civilisées et à cette occasion un journaliste et politicien français bien informé (Son nom de plume est le Marquis de Sade et il pourrait être inspiré de Bertrand de Jouvenel) publie un retentissant article nettement anti-Britannique et pro Allemand où il révèle que l'Allemagne possède d'immenses armées de salamandres guerrières armées jusqu'aux dents avec des engins terrifiants permettant de réaliser la destruction de Ia Grande-Bretagne et l'anéantissement des flottes de commerce et de guerre britanniques.

Malgré les rodomontades du Premier Lord de l'Amirauté (que Čapek a choisi de nommer Sir Francis Drake !) et une relance de course aux armements navals, les salamandres militaires allemandes équipées d'armes top secret font une démonstration de force lors de manœuvres navales près de l'île de Rügen en mer Baltique. Sous le regard atterré des attachés militaires occidentaux six kilomètres de littoral sont réduits à néant par les salamandres et leur équipement ultra perfectionné (Par une coïncidence curieuse , le lieu choisi par Čapek est à peu de chose près l'emplacement du centre de Pëenemunde où furent testées nombre d'armes secrètes de l'époque nazie.)

Suivent deux chapitres dans lesquels un philosophe allemand, Wolf Meynert prédit le déclin final de l'humanité et l'avènement de l'ère des salamandres et où un mystérieux propagandiste britannique , peut-être un haut dignitaire de l'église anglicane, publie un manifeste intitulé X met en garde où il exhorte les humains à faire bloc contre les salamandres en dépassant leurs querelles nationalistes.Au cours du chapitre VII un mystérieux tremblement de terre ravage entièrement la Louisiane , et surtout le Delta_du_Mississippi où des milliers de kilomètres carrés de terres se retrouvent transformés en hauts-fonds maritimes fangeux. La ville de New-Iberia est rayée de la carte. Les géologues parlent d'un phénomène naturel, mais on apprend au chapitre suivant qu'il s'agit d'une action terroriste délibérée, un avertissement d'un inquiétant personnage nommé Chief - Salamander dont les messages parviennent par radiodiffusion aux humains , en provenance d'un émetteur inconnu et surpuissant.

Avec le cynisme le plus accompli, le Chief-Salamander fait savoir aux humains qu'il leur faut désormais entrer dans une politique de collaboration avec les salamandres et détruire leur propre monde pour laisser toujours plus de place aux salamandres qui vont détruire méthodiquement les zones littorales pour créer toujours plus d'espaces propres à la vie des salamandres. Il met en garde tout particulièrement le peuple anglais, indique nommément les navires qui vont être détruits et les expédie par le fond corps et biens au jour et à l'heure dites.

Au cours des chapitres VII et IX la flotte de guerre et la flotte de commerce britannique sont détruites à plus de 70%, un bilan quasiment identique à celui des destructions dues aux Uboot allemands durant la Bataille de l'Atlantique. Obstinément l'Angleterre fait face, et tente de fonctionner en autarcie en plantant des pommes de terre sur les greens du terrain de golf royal (de telles reconversions de terrains de sport, dûment médiatisés par les actualités cinématographiques, ont réellement existé en 1940 et 1941 aux heures sombres de la Bataille d'Angleterre). Les salamandres trouent le sous sol calcaire de l'East Anglie et du Kent comme un gruyère, détruisant l'estuaire de la Tamise et le Golfe de la Wash. Au final, même l'obstination de John Bull trouve sa limite et une conférence internationale est convoquée à Vaduz, en altitude et loin des côtes, là où les puissants du monde ont trouvé refuge.

Le Chapitre XII intitulé La conférence de Vaduz est une préfiguration visionnaire de la pitoyable capitulation des grandes démocraties lors des accords de Munich face à Hitler.

Capek, en tant que citoyen tchécoslovaque et ami personnel du Président Masaryk était évidemment conscient des pressions hitlériennes sur son pays (question des Sudètes) et la publication de la Guerre des salamandres contribua sans doute à lui attirer les foudres de la Gestapo (Il mourut avant l'invasion mais les SS se vengèrent sur son frère Josef Capek). Dans le tout dernier chapitre, si les choses n'étaient pas assez claires, il est d'ailleurs précisé que le Chief-salamander n'est pas une salamandre mais un humain, ancien caporal pendant la dernière guerre et nommé Andréas Schultze.

La France, l'Angleterre, le Japon et les autres nations avancées négocient leur propre intégrité territoriale (pour vingt ans seulement, les délégués des salamandres ne veulent pas s'engager sur le long terme) contre l'abandon d'immenses territoires dans les plaines de la Chine littorale et centrale. Les délégués chinois sont quasiment interdits de prise de parole et le Chief - Salamander fait cyniquement monter les enchères par la voix de ses représentants , une équipe d'avocats cornaquée par le célèbre ténor du barreau parisien M° Julien Rosso Castelli (allusion plaisante à l'avocat et militant anti-nazi d'origine Corse Vincent DeMoro-Giafferi, qui monta un contre_procès médiatique pour dénoncer la responsabilité de Göring dans l'incendie du Reichstag). En fin de chapitre, les salamandres annihilent sans pitié Venise et sa région et pour mieux diviser les nations humaines proposent des fabuleuses compensations en or (qui ne leur coûtent quasiment rien car leurs savants ont mis au point un procédé pour extraire le précieux métal de l'eau de mer en quantité illimitée).

Retour chez Mr Povondra, devenu Grand-père, pour l'avant dernier chapitre ; Mr Povondra, qui occupe sa retraite en taquinant le goujon dans la Vlatva continue de suivre dans les journaux la question des salamandres, devenue un fléau mondial. Au cours de sa discussion au coin du feu avec son fils et sa femme, on apprend l'étendue des ravages. Les nations qui avaient choisi, comme le disait Churchill, le déshonneur pour éviter la guerre ont finalement eu la guerre avec le déshonneur. L'estuaire de la Gironde va jusqu'à Bayonne , l'Angleterre est réduite à une peau de chagrin, la mer atteint Dresde en Allemagne. Ailleurs c'est pire encore la moitié de la Chine a été engloutie ainsi que d'énormes portions des côtes africaines et américaines. Toutefois Mr Povondra, qui se sent atrocement coupable (c'est lui qui a ouvert la porte de GH Bondy au Capitaine Van Toch au lieu de l'éconduire) reste optimiste pour son propre pays, sans façade maritime. Lui et son fils s'en vont alors sur le Pont Charles pour pêcher à la ligne... et c'est alors qu'il repère une salamandre nageant dans la rivière. Il en fait un accident vasculaire et son fils le ramène à la maison où, agonisant, il répète « c'est la fin, c'est la fin ».

Le dernier chapitre intitulé l'auteur discute avec lui-même, change encore de point de vue: Čapek, qui s'interroge sur la meilleure façon de conclure le livre, dialogue avec sa voix intérieure (qui lui conseille d'épargner et M.Povondra et le genre humain) . Il lui rétorque que la logique des choses pointe vers l' annihilation de l'espèce humaine. La voix intérieure insiste et lui conseille de faire périr les salamandres par une épidémie causée par un microbe inconnu (la solution retenue par H. G. Wells pour conclure La Guerre des mondes et faire périr les Martiens technologiquement invincibles qui ont conquis la Terre). Čapek rétorque que c'est une ficelle narrative un peu trop grosse.Finalement l'auteur et sa voix intérieure finissent par s'accorder sur le fait que les salamandres , qui ont contracté tous les travers des humains , n'échapperont pas à la division, aux préjugés raciaux et à la guerre civile. Il est possible , voire probable, que les salamandres nordiques, sûres d'elles-mêmes et dominatrices, du Chief-salamander (qui n'est autre qu'Adolf Hitler, Cf Supra) en viennent à une guerre avec les salamandres du Pacifique, représentant une sorte d'immense tiers-monde salamandrien sous la férule du King Salamander qui a choisi pour capitale sacrée des salamandres l'île de Tana Masa, celle-là même où le roman a commencé avec la découverte du Capitaine Van Toch. Cette solution laisse un mince espoir au genre humain, mais Čapek choisit d'arrêter là la narration, se contentant d'évoquer un futur possible.

Thèmes évoqués, portée du livre, diffusions et adaptations[modifier | modifier le code]

Ancré dans la géopolitique de son époque, celle de la course à l'abîme qui précède la Seconde Guerre mondiale et truffé de références aux nations et aux leaders de l'époque, ce roman dystopique n'en aborde pas moins des thèmes universels et intemporels : appât du gain, nationalisme, racisme, capitalisme, exploitation insensée de la nature, société du spectacle, mondialisation économique...

Peu diffusé à l'époque de sa parution et probablement éclipsé par le décès de l'auteur et la tourmente de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), il n'est traduit et publié en français par Claudia Ancelot qu'en 1960 chez les Éditeurs français réunis, avant de connaître en 1969, une réédition en poche, dans la collection de science-fiction de la bibliothèque Marabout, avec une postface de Jacques Bergier, un écrivain parfois controversé, auteur du Le Matin des magiciens, qui fut aussi agent secret et résistant, informant les alliés de l'existence de Pëenemunde et des missiles V2.

Ces diverses circonstances ont pu faire oublier la dimension de conte philosophique (Micromégas de Voltaire, Les Voyages de Gulliver de Swift) de ce roman qui n'a pas atteint le statut de classique d'autres ouvrages dystopiques auxquels on l'a souvent comparé, notamment Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, 1984 et La Ferme des animaux de Georges Orwell, Nous autres du russe Ievgueni Zamiatine[3].

Le roman de Čapek n'a pas été adapté au cinéma, mais l'a été pour la scène et en feuilleton radiophonique, ainsi qu'à la télévision par la BBC.

Son importance et son universalité, qui lui évite d'apparaître trop daté malgré ses racines géopolitiques [4], sont cependant jugées suffisantes pour justifier les rééditions régulières.[5],[6].

En juillet 2018, le roman a été adapté au théâtre dans une mise en scène de Robin Renucci. Actuellement en tournée, le spectacle sera donné à Paris du 17 au 28 octobre.[7]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Karel Čapek, La Guerre des salamandres (traduit par Claudia Ancelot), Verviers, Marabout, , 309 p., préface de Philipe Granier Raymond, postface de Jacques Bergier
  2. Robert Merle, Un animal doué de raison, paris, folio gallimard (poche, N° 55), (ISBN 2070377792)
  3. « Karel Capek : La Guerre des salamandres ou la menace totalitaire »
  4. « La Guerre des salamandres parle au lecteur contemporain », sur Rue89
  5. « La Guerre des salamandres - Editions Cambourakis », sur www.cambourakis.com (consulté en 2016-05-22))
  6. Édition disponible de La Guerre des salamandres : Ibolya Virág / Éditions La Baconnière (ISBN 978-2940431083)
  7. « Compagnie Les Tréteaux de France », sur www.treteauxdefrance.com

Liens externes[modifier | modifier le code]