La Fille de madame Angot

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La Fille de Mme Angot
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Livret de La Fille de Madame Angot
Genre Opéra-comique
Nbre d'actes 3
Musique Charles Lecocq
Livret Clairville, Paul Siraudin et Victor Koning
Langue
originale
Français
Création
Fantaisies-Parisiennes, Bruxelles
Drapeau de la Belgique Belgique
Création
française

Folies-Dramatiques, Paris

Versions successives

  • 1878 : salle Ventadour pour un gala de bienfaisance
  • Entre en 1918 au répertoire de l'Opéra-Comique

Personnages

Airs

  • La Chanson politique (Clairette)
  • Les Soldats d'Augereau (Mlle Lange)
  • Elle est tellement innocente (Pomponnet)

La Fille de Mme Angot[1] est un opéra-comique en trois actes de Charles Lecocq, livret de Clairville, Paul Siraudin et Victor Koning, créé au théâtre des Fantaisies-Parisiennes de Bruxelles le , puis à Paris aux Folies-Dramatiques le .

L'action se situe à Paris sous le Directoire et est inspirée du personnage traditionnel de « Madame Angot ». Deux personnages de l'intrigue ont une existence historique : Ange Pitou et Mademoiselle Lange.

Argument[modifier | modifier le code]

Acte I[modifier | modifier le code]

Représentation de la fille de Madame Angot, munie de son panier rempli de sprats, 1879

Clairette, fille de la célèbre Mme Angot et élevée par les Forts et les Dames de la Halle, doit se marier avec Pomponnet, le perruquier qui est amoureux d’elle. Mais Clairette n’est pas insensible au charme d’Ange Pitou, un chansonnier qui a l’habitude d’aller en prison pour les chansons qu’il écrit. Elle vient le rejoindre en cachette et essaie de trouver un moyen pour que le mariage n’ait pas lieu. Arrivent le financier Larivaudière et le policier Louchard. Ces derniers voudraient s’opposer à la divulgation par Ange Pitou de la liaison de Larivaudière avec Mlle Lange, elle-même favorite officielle du Directeur Barras. Larivaudière arrive à monnayer une substitution de nom auprès de Pitou, tout heureux de pouvoir épouser Clairette, maintenant qu’il est riche. Mais les gens de la Halle ne l’entendent pas ainsi : ils veulent écouter la chanson qu'il a écrite sur Barras et Mlle Lange. Clairette, sachant que si elle la chante, elle ira en prison et donc ne se mariera pas avec Pomponnet, entonne le refrain célèbre :

Barras est roi, Lange est sa reine
C’n’était pas la peine (bis)
Non pas la peine, assurément
De changer de gouvernement !

Pomponnet, qui ne veut pas que sa future aille en prison, tente de faire croire qu’il est l’auteur de ladite chanson mais Clairette est arrêtée et conduite en prison, comme elle le voulait.

Acte II[modifier | modifier le code]

Dans le salon de Mlle Lange, Larivaudière raconte l'incident à un auditoire de Merveilleuses. Mlle Lange congédie tout le monde car elle a organisé une réunion secrète de conspiration contre le Régime. En attendant, elle décide d'entendre son perruquier (Pomponnet) venu plaider l'innocence de sa future. Clairette et Ange Pitou sont venus également la voir. En Clairette, Mlle Lange reconnaît une camarade d'enfance, quant à Ange Pitou, ils comprennent rapidement qu'ils sont attirés l'un par l'autre[incompréhensible]. Leur duo est interrompu par Larivaudière et Louchard qui veulent arrêter le véritable auteur de la chanson, mais c'est Pomponnet qui entre avec le texte et qui est arrêté.

Les conspirateurs arrivent, mais la demeure est vite cernée par les soldats du général Augereau. Mlle Lange, avertie de leur arrivée par Clairette, pour donner le change aux soldats improvise un simulacre de bal de noces où les deux futurs sont Clairette et Ange Pitou, très heureux de jouer ce rôle.

Acte III[modifier | modifier le code]

Dans le jardin d'une guinguette de Belleville, Clairette déguisée en poissarde, va ouvrir les yeux à Larivaudière et Pomponnet en tendant un piège à Mlle Lange et Ange Pitou, car elle a compris qu'ils la trompaient ; leur écrivant à tous les deux une lettre et se faisant passer pour l'un auprès de l'autre, elle parvient à les faire venir tous deux à la nuit tombée pour un rendez-vous galant à Belleville. Mais, une fois les deux amoureux surpris au grand jour par tous les gens de la Halle ainsi que Larivaudière et Pomponnet, Clairette commence par se disputer avec Mlle Lange, conspue Ange Pitou mais se réconcilie et accepte finalement la main de Pomponnet ; quant à Ange Pitou, il se résigne à attendre, persuadé que Clairette ne sera pas plus vertueuse que sa légendaire mère !

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Portrait de mademoiselle Raphaël dans La Fille de madame Angot, v. 1870
    Clairette Angot, orpheline
  • Ange Pitou, chansonnier royaliste
  • Mlle Lange, actrice et favorite de Barras
  • Pomponnet, coiffeur
  • Larivaudière, banquier
  • Louchard, agent de police
  • Babet, domestique de Clairette
  • Amarante, Thérèse et Javotte, dames de la Halle
  • Cadet, Guillaume et Buteux, forts de la Halle
  • Trénitz, « incroyable »
  • Mme Herbelin, Mme Delaunay, Mlle Ducoudray, Cydalise et Hersilie, « merveilleuses »

Acteurs[modifier | modifier le code]

Portrait de Pauline Luigini, première actrice incarnant Clairette, 1874
Un des auteurs du livret, Clairville, par Étienne Carjat.
Rôles À Bruxelles À Paris
Ange Pitou Mario Widmer Mendasti
Pomponnet Jolly Philippe Dupin
Larivaudière Charlier/Chambéry Luco
Trénitz Touzé Haymé
Louchard Ernotte Legrain
Cadet Noé Vavasseur
Guillaume Ometz Jeault
Buteux Durieu Heuzey
Clairette Angot Pauline Luigini Paola Marié
Mlle Lange Desclauzas Desclauzas
Amarante Delorme Toudouze
Javotte Bourgeois Julien
Thérèse Soras Minne
Babet Pauline Alieri
Mme Herbelin Carben Marie Dordan
Mlle Ducoudray Malleville Daubigny
Cydalise Savigny Fleury
Hersilie Camille Duvernay

Succès[modifier | modifier le code]

Le directeur du théâtre des Fantaisies-Parisiennes de Bruxelles, Humbert, voulait une nouvelle opérette inédite et donna l'idée d'une intrigue sous le Directoire, mêlant personnages historiques et fictifs[2].

L'opéra est présenté pour la première fois aux Fantaisies-Parisiennes (dit également Alcazar royal) à Bruxelles, le 4 décembre 1872[3].

Dès le début, cet opéra-comique fut un triomphe puisqu'il resta 411 représentations consécutives à l'affiche des Folies-Dramatiques à Paris, et fut tout de suite exploité dans plus de 103 villes de France puis du monde entier.

Critiques[modifier | modifier le code]

Le critique Kurt Gänzl écrit qu'avec Les Cloches de Corneville de Robert Planquette, La fille de Madame Angot est « le produit le plus réussi de la scène musicale de langue française » au cours des trois dernières décennies du XIXe siècle. Il ajoute : « Même des pièces comme HMS Pinafore et Die Fledermaus, largement couronnées de succès... n'ont pas eu la carrière internationale énorme de l'opérette de Lecocq »[3].

Un critique du journal La Comédie écrit de la production originale de Bruxelles : « Cela faisait longtemps que nous n'avions pas vu au théâtre une meilleure pièce, intéressante, parfaitement correcte et croustillante »[4].  Le correspondant à Paris du The Daily Telegraph formule également des observations sur le bien-fondé de la pièce, et a fait remarquer que son énorme succès était « l'hommage le plus éloquent qu'il était possible à la beauté intrinsèque de la musique »[5]. Le Figaro rapporte les « bravos frénétiques » (particulièrement après « C'n'était pas la peine d'changer d'gouvernement ! ») et les nombreux rappels, après un éloge de la musique : « une succession de chansons mémorables, animées... dont l'effet est certain sur l'oreille paresseuse d'un public français ». Le critique a jugé que la pièce de Lecocq approchait mais tombait rarement dans la vulgarité, et contenait des contrastes forts pour adapter les personnages et les situations. Il émet néanmoins des réserves au sujet des chanteurs, masculins en particulier, en ne partageant pas tout à fait l'enthousiasme du public pour les deux grandes dames, même s'il reconnaît à l'une beaucoup d'accent et à l'autre, beaucoup de verve. Ce soir-là, un rideau a flambé au milieu du bal[6].

À Vienne, Eduard Hanslick fait l' éloge de la fraîcheur de la musique et félicite le compositeur d'avoir fait un livret exceptionnel. Il considère Lecocq inférieur à Offenbach en invention et originalité mais supérieure dans la technique musicale[7]. Le monde musical salue le « tableau et le style » de l'œuvre, mais pense que le résultat du style musical est moins élevé que dans Fleur de thé et Les cent vierges[8]. L'Athénée prend un point de vue différent sur ce dernier aspect, considérant cette pièce comme relevant de la vraie tradition de l'opéra comique français, telle qu'elle est pratiquée par Boieldieu, Hérold, Auber et Adam, plutôt que la façon moins raffinée propre à Hervé et Offenbach[9].

Adaptations et reprises[modifier | modifier le code]

La Fille de Madame Angot donné au Royal Princess'Theatre d'Edimbourg (Écosse), le 21 septembre 1885

Cinquante ans après la première de La fille de Madame Angot, la pièce est relancée sans cesse à Paris[10]. Parmi les productions les plus médiatisés, celles au Théâtre de l'Athénée (1888), au Théâtre des Variétés (1889) et au Théâtre de la Gaîté (1898). L'œuvre est finalement entrée dans le répertoire de l'Opéra Comique de la saison 1918-1919, et y est restée jusqu'après la Seconde Guerre mondiale. Une nouvelle production en 1984 est montée à Paris au Théâtre du Châtelet[10].

L'œuvre continue à apparaître de temps en temps dans les banlieues et provinces françaises. Operabase donne des détails d'une production en 2018 à l'Odéon à Marseille[11].

Des traductions de l'œuvre sont parues et dès 1873, la pièce est jouée à l'étranger[12]. L'œuvre est d'abord traduite en anglais, en allemand puis en russe, en espagnol, en italien, en portugais, en suédois, en turc, en polonais, en danois ou en tchèque pour des productions se donnant dans ces pays[3].

Version étrangère[modifier | modifier le code]

Le titre de la version allemande est : Mamsell Angot, die Tochter der Halle.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

Après avoir tiré sur Arthur Rimbaud, Paul Verlaine passa une de ses nuits en prison, avec un ivrogne qui l’empêcha de dormir en chantant des airs de cet opéra. [13]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Elizabeth Amann (2015). Dandysme à l'ère de la Révolution . Chicago et Londres: University of Chicago Press. (ISBN 978-0-226-18725-9).
  • Kurt Gänzl, (2001), L'encyclopédie du théâtre musical, Volume 1, (deuxième éd.). New York: Schirmer Books. (ISBN 978-0-02-865572-7).

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Typographie de la partition : La Fille de Madame Angot[réf. souhaitée].
  2. Une anecdote raconte qu'il serait allé voir Lecocq en lui disant « Je vous apporte la fortune ». Maurice TASSART, pochette de disque.
  3. a b et c Gänzl, op. cit., pp. 644-647
  4. « Nouveautés Lyrical à Bruxelles », Le Monde Musical, 8 février 1873, p. 76
  5. « La fille de Mdme. Angot », The Musical World, 22 mars 1873, p. 184
  6. Bénédict. « Chronique musicale », Le Figaro, 23 février 1873, p. 3
  7. Hanslick, Eduard. "Serious and buffo opera in Vienna", The Musical World, 15 décembre 1877, p. 836
  8. "Charles Lecocq", The Musical World, 10 December 1881, p. 797
  9. "La fille de Madame Angot", The Athenaeum, 24 May 1873, pp. 670–671
  10. a et b Pourvoyeur, Robert. "La fille de Madame Angot", Opérette – Théâtre Musical, Académie Nationale de l'Opérette. Retrieved 28 October 2018
  11. "Performance search", Operabase. 29 octobre 2018
  12. Gänzl et Lamb, op. cit., pp. 335-337
  13. Paul Verlaine, « Mes prisons », Livre,‎ , P.22 (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]