La Fille de Ryan

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La Fille de Ryan
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Leo McKern dans le film

Titre original Ryan's Daughter
Réalisation David Lean
Scénario Robert Bolt
Musique Maurice Jarre
Acteurs principaux
Sociétés de production Faraway Productions
Pays d’origine Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre mélodrame
Durée 195 minutes
Sortie 1970


Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

La Fille de Ryan ou La Fille d'Irlande (Ryan's Daughter) est un film britannique réalisé par David Lean, sorti en 1970. Le film est librement adapté de Madame Bovary de Gustave Flaubert.

À sa sortie, le film est éreinté par la presse[1]. Le film s'en sortira cependant un peu mieux au box-office, avec 31 millions de dollars de recettes mondiales[2] pour un budget de 13,3 millions[3]. La Fille de Ryan est ainsi l'un des films des plus rentables de 1970. Le film reçoit par ailleurs quatre nominations aux Oscars 1971 et en remporte deux : meilleur acteur dans un second rôle pour John Mills et meilleure photographie.

Synopsis[modifier | modifier le code]

La plage entre Dunmore Head et Slea Head dans la péninsule de Dingle, où furent tournées diverses scènes du film.

Durant la Première Guerre mondiale, les habitants trop nombreux de Kirrary, petit village imaginaire situé dans la péninsule de Dingle, dans le comté de Kerry en Irlande, ne reconnaissent qu'une seule autorité, celle de leur recteur. Rosie Ryan y a grandi dans une condition un peu meilleure. Elle est la fille du propriétaire de la taverne locale, un intermédiaire qui a aidé à la préparation des Pâques sanglantes mais est aussi un indicateur de la RIC, la police de l'occupant.

Nourrie de lectures romanesques et de rêves, elle épouse en août 1917 Charles Shaughnessy, le maître d'école, qui est son aîné de quinze ans mais auquel elle voue un amour ingénu. Son mari est très amoureux mais elle ressent un manque que cette relation ne peut pas combler. En octobre, elle rencontre le jeune major Randolph Doryan, qui, blessé au front, vient prendre le commandement de la garnison anglaise de la région. Elle est immédiatement charmée par le romantisme de ce beau et charismatique cavalier, qui souffre d'un traumatisme de guerre. Leur liaison ne peut pas aboutir mais personne dans le village, ni le mari ni le recteur, ne l'ignore.

Une nuit de janvier 1918, l'IRB préparant la guerre d'indépendance irlandaise organise clandestinement sur les plages du village la récupération de Mauser et de dynamite livrés par le Reich mais l'opération échoue. Aux yeux des villageois comme de son mari, le traitre à l'origine de cet échec ne peut être que Rosie.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Coumeenoole Bay, lieu de tournage du film

Production[modifier | modifier le code]

Genèse et développement[modifier | modifier le code]

Après trois films à succès — Le Pont de la rivière Kwaï (1957), Lawrence d'Arabie (1962) et Le Docteur Jivago (1965) — David Lean obtient un budget important et une liberté artistique pour son film suivant ; la MGM entend ici répéter le succès du Docteur Jivago sorti cinq ans plus tôt[3]. Avec son scénariste Robert Bolt, il s'inspire du roman Madame Bovary de Gustave Flaubert[4].

Distribution des rôles[modifier | modifier le code]

Pour le rôle masculin principal Charles Shaughnessy, Paul Scofield, Anthony Hopkins, Gregory Peck, George C. Scott ou encore Patrick McGoohan sont envisagés. Gregory Peck était très entousiaste pour le rôle, sa grand-mère étant originaire du comté de Kerry (lieu de l'intrigue), mais David Lean n'est pas convaincu car il trouve ce choix trop facile et caricatural[3]. Le rôle reviendra finalement à Robert Mitchum.

Robert Bolt écrit le rôle du Père Collins en pensant à Alec Guinness, fréquent collaborateur de David Lean, pour l'incarner. Cependant, en tant que fervent catholique, l'acteur dresse une longue liste d'objections à propos du personnage. David Lean le confiera finalement à Trevor Howard[3].

Julie Christie a refusé le rôle de Rosy Ryan, alors que Peter O'Toole — qui avait tourné Lawrence d'Arabie (1962) avec David Lean — a refusé les rôles de Michael et Randolph Doryan. Ce dernier rôle a égalemement été proposé à Richard Burton et Richard Harris[3].

Tournage[modifier | modifier le code]

un décor du film, ici en 1986

Le film a été tourné en Irlande, dans le comté de Kerry notamment à Dingle et dans la péninsule de Dingle. Des scènes sont par ailleurs tournées dans le comté de Clare (falaises de Moher). Quelques plans sont tournés en Afrique du Sud, sur la plage de Noordhoek du Cap[5].

Accueil[modifier | modifier le code]

Critique[modifier | modifier le code]

À sa sortie en 1970, le film reçoit des critiques très négatives dans la presse. La célèbre journalise du New Yorker Pauline Kael écrit une critique « assassine »[pas clair] sur le film avec des phrases cinglantes comme « le vide apparaît à chaque image. Mais la publicité a transformé le film en événement artistique et le public américain se laisse prendre au bon goût corrompu de l'élégant mélodrame anglais » ou encore « Le public va-t-il se laisser séduire par les orgasmes de pacotille et l'artisanat superficiel ? »[6]. Une bonne partie de la presse se rangera du côté de cet avis[4]. Roger Ebert du Chicago Sun-Times donne au film la note de 2 étoiles sur 4 et écrit notamment « Les personnages de Lean, bien écrits et bien joués, sont enfin éclipsés par son ampleur excessive »[7]. Vincent Canby de The New York Times décrit le scénario comme « le genre de fiction de club de lecture qui devrait être lu sous un sèche-cheveux, un fait qui ne peut être déguisé par la production élaborée (M. Lean a construit son propre village irlandais flambant neuf pour le film) et le presque style métaphysique »[8]. Dans Chicago Tribune, Gene Siskel écrit quant à lui « un casting médiocre, une direction brutale qui devient comique pendant la grande scène d'amour et des personnages à la tête vide font de La Fille de Ryan de David Lean une déception épique »[9]

Arthur D. Murphy de Variety est quant à lui un peu plus mesuré et partagé et parle d'« énigme brillante : brillante, parce que David Lean a atteint à un degré marqué le but audacieux et évident de la tragédie romantique intime le long du paysage géographique et politique accidenté de l'Irlande de 1916 ; une énigme, car une longueur excessive de peut-être 30 minutes sert à magnifier certaines faiblesses du scénario original de Robert Bolt, pour dissiper l'impact des performances et submerger la photographie et la production exceptionnelles »[10].

Les critiques très négatives marqueront profondément David Lean au moment de la sortie du film. Il se retirera longtemps et mettra 14 ans avant de réaliser un nouveau long métrage, le dernier de sa carrière, La Route des Indes (1984)[11].

Au fil du temps, le film sera peu à peu « réhabilité » par la critique, notamment par la presse française lors de la ressortie en salles du film en 2013[4],[11],[6].

Box-office[modifier | modifier le code]

Selon le site The-Numbers, La Fille de Ryan récolte près de 31 millions de dollars au box-office américain[2]. Malgré des critiques désastreuses, le film serait donc rentable, avec un budget estimé à 15 millions de dollars[12]. En France, le film enregistre 719 088 entrées à sa sortie[12].

Distinctions principales[modifier | modifier le code]

La Fille de Ryan est couronné par deux Oscars en 1971 : meilleure photographie pour Freddie Young et meilleur second rôle pour John Mills. Le film était par ailleurs nommé dans deux autres catégories : meilleure actrice pour Sarah Miles et meilleur son.

John Mills remporte par ailleurs le Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle en 1971. Le film compte par ailleurs deux autres nominations : meilleure actrice dans un film dramatique pour Sarah Miles et Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle pour Trevor Howard. La Fille de Ryan reçoit également 10 nominations aux British Academy Film Awards 1971 mais ne remporte aucun prix. Le film remporte cependant le David di Donatello de la meilleure production étrangère.

Postérité[modifier | modifier le code]

Le film a directement inspiré la chanson L'amour naissant de Mylène Farmer, sur l'album Innamoramento (1999). La chanteuse française a souvent repris l'esthétique des films de David Lean dans ses clips. Il a également inspiré le film Giorgino (en particulier le personnage éponyme qui rappelle beaucoup celui du major Randolph Doryan), réalisé par Laurent Boutonnat, qui a signé la plupart des chansons et des clips de Farmer.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hall, S. and Neale, S. Epics, spectacles, and blockbusters: a Hollywood history (p. 181). Wayne State University Press, Detroit; 2010; (ISBN 978-0-8143-3008-1). Retrieved 25 March 2011.
  2. a et b (en) « Ryan's Daughter, Box Office Information », The Numbers (consulté le )
  3. a b c d et e (en) Trivia sur l’Internet Movie Database
  4. a b et c Noémie Luciani, « "La Fille de Ryan" : le chef-d'œuvre assassiné de David Lean », sur Le Monde, (consulté le )
  5. (en) Locations sur l’Internet Movie Database
  6. a et b « La Fille de Ryan : les amours contrariés de David Lean », sur Challenges, (consulté le )
  7. (en) Roger Ebert, « Ryan's Daughter », sur Chicago Sun-Times,
  8. Canby, Vincent (10 November 1970). "Sarah Miles Stars in Lean's 'Ryan's Daughter'". The New York Times, p.54
  9. Siskel, Gene (20 December 1970). "Lean's 'Ryan's Daughter' Opens at the Michael Todd". Chicago Tribune. Section 5, p. 7.
  10. Murphy, Arthur D. (11 November 1970). "Film Reviews: Ryan's Daughter". Variety. 15.
  11. a et b David Mikanowski, « Le chant du cygne des grands cinéastes – « La Route des Indes » », sur Le Point, (consulté le )
  12. a et b « La Fille de Ryan », sur JP's Box-office (consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]