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La Famille (communauté religieuse)

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La Famille est une communauté religieuse familiale française d'inspiration chrétienne, issue du jansénisme convulsionnaire, créée en 1819.

Elle regroupe huit patronymes qui représentent environ trois mille personnes en 2020, habitant presque toutes dans trois arrondissements de l'est parisien[1].

La communauté est suspectée de dérives sectaires par la Miviludes.

Histoire

Contexte

En 1775, alors que le jansénisme et le mouvement convulsionnaire « agonisent » dans le reste de la France, Claude et François Bonjour avaient été successivement curés de la paroissial de Fareins, à 40 kilomètres au nord de Lyon, un petit village alors devenu le lieu de pratiques convulsionnaires, sur fond de conflits religieux, sociaux et générationnels. Les curés Bonjour administraient à leurs paroissiennes les « secours » violents qui caractérisent l’œuvre, tout en les teintant peu à peu d’une certaine dimension érotique. Ces sévices s’accentuent jusqu’à la crucifixion en 1787 de la paroissienne Étiennette Thomasson, à la suite de laquelle François Bonjour avait été arraché à sa cure, condamné, emprisonné, tandis que son influence sur les paroissiens survivait à son éloignement[2].

En 1791, les frères Bonjour s'installent à Paris rue de Montreuil ; Jean-Pierre Thibout fait leur connaissance et devient leur portier[1]. Des deux maîtresses de François Bonjour, Claudine Dauphin accouche le 18 août 1792 à Paris d'un fils nommé Élie, car considéré à la fois comme le nouvel Élie et le nouveau Paraclet[2].

Le groupe bonjouriste a entre 1791 et 1805 une prophétesse nommée Sœur Élisée. Cette dernière « reçoit en elle l’Esprit-Saint lors d’épisodes de transes, de convulsions, ou encore d’état d’enfance » ; pendant plus de cinq ans, elle « tient des séances régulières dans lesquelles elle articule un discours millénariste et apocalyptique - qui repose sur la croyance en un règne terrestre du Christ pendant mille ans, aux côtés des élus et des saints ressuscités - à un discours fortement subversif et anticlérical. » « Dans l’univers conceptuel bonjouriste, Bonaparte apparait comme l’empereur des derniers temps, le bras armé de Dieu, qui précipite l’apocalypse, annonce le retour des juifs et le règne de mille ans du christ et du Paraclet (l’Esprit saint abrité dans le corps humain d’Elie Bonjour). » Ces discours ésotériques, qui nécessitent une connaissance précise de la Bible pour être compris, ont été recueillis par le secrétaire du groupe bonjouriste et publiés en trente-six volumes[2].

Élie, fils de François Bonjour et Claudine Dauphin, toujours vénéré et considéré comme un prophète par la Famille aujourd'hui, décède en 1866. « La majorité des spécialistes pensent que ce [groupe parisien "convulsionnaire" qui s’est formé notamment autour de deux frères, Claude et François Bonjour] a quasiment disparu au milieu du XIXe, mais les "bonjouristes" perdurent pour devenir la Famille. »[1]

La Famille

En 1819, naît la Famille autour de Jean-Pierre Thibout et son ami François Havet, appelés Papa Jean et Papa Yete par la Famille. « La légende dit que, réunis dans un bistrot de Saint-Maur, chacun a posé une pièce sur la table, une troisième, celle du Saint-Esprit, étant apparue. [...] Les deux hommes décident de marier leurs enfants. Jusqu’à la fin du XIXe, cette communauté religieuse est encore ouverte aux mariages extérieurs, et compte alors une dizaine de noms de famille. »[1] La communauté « La Famille » est créée en 1819 par l'union de huit couples[3][Passage contradictoire].

Installé dans l'est parisien, le groupe se ferme totalement en 1892 en n'admettant plus que des unions consanguines par décision d'Augustin Thibout, un des aînés de la Famille surnommé « mon oncle Auguste » par cette dernière. Composée uniquement de membres des mêmes familles, la communauté subsiste au début du XXIe siècle dans la plus grande discrétion. Un des huit patronymes est en train de s'éteindre lentement car la lignée est uniquement composée de filles[1].

Leur nom de « La Famille » viendrait, selon un membre, du fait que « à force de nous entendre nous saluer en nous disant bonjour mon cousin, bonsoir ma tante, les gens ont pris l’habitude de nous appeler "la Famille" »[3].

Pratiques et croyances religieuses

Selon la journaliste Suzanne Privat qui a fait une enquête sur cette famille clanique publiée en 2021 sous le titre La Famille, histoire d'un secret, l'inspiration religieuse de cette communauté familiale vient des frères Claude et François Bonjour, tous les deux prêtres et initiateurs à partir de 1775 d'une secte néo-janséniste, qui s'installent en 1791 à Paris. Jean-Pierre Thibout, un des fondateurs de La Famille les aurait rencontrés.[réf. nécessaire]

La scène d'union de Jean-Pierre Thibout et son ami François Havet de leurs famille dans un bistrot de Saint-Maur est toujours célébrée chaque premier samedi de janvier à Saint-Maur, au cours d’une fête dite « des haricots. »[1]

« La légende veut que leur prophète, Elie Bonjour, ait laissé l'avant-garde de son "troupeau" rue de Montreuil, à Paris. C'est là qu'à la fin des temps, il est censé venir récupérer ses ouailles. Longtemps, la Famille s'est donc épanouie dans le quartier, avant que ses membres n'essaiment dans les XIe, XIIe ou XXe arrondissements, chassés par la hausse des loyers. »[1]

Critiques

Le 21 juin 2020, Le Parisien publie un article au sujet de la Famille, après s'être entretenu avec une dizaine de membres l'ayant quittée, et sans avoir pu rencontrer d'autres membres qu'il avait sollicités. Cet article met en avant la consanguinité des membres (issus de seulement huit familles) menant à un taux élevé de handicaps, leur isolement du monde, et donne la parole à des anciens membres qui en critiquent le fonctionnement ainsi que la doctrine. La dite doctrine est décrite dans l'article comme étant millénariste et élitiste (les membres de la Famille pensant que la fin du monde est proche, et qu'ils seront les seuls sauvés)[1]. Un article publié dans Le Figaro paru le 7 août 2020 fait état de l'alcoolisme présent au sein de la communauté, des enterrements simples et de quelques abus sexuels cachés par la communauté[4]. Si l'on ne peut pas parler de secte car il n'y a pas de gourou, il existe des dérives sectaires au sein de la communauté[4],[1].

Par ailleurs, les membres en rupture ayant témoigné mettent l'accent sur la solidarité régnant au sein de la communauté, et sur le sentiment d'appartenance épanouissant résultant des rencontres régulières lors des très nombreuses fêtes, catholiques ou propres à la communauté, se déroulant au sein de la maison des Cosseux, à Villiers-sur-Marne, dont chaque famille détient une part[5].

Le mouvement est soupçonné de dérives sectaires par la Miviludes en raison de ce repli sur soi, considéré comme « une menace d'un point de vue psychologique pour les enfants qui en font partie », malgré l'absence de prosélytisme[6].

Ruptures au sein de la Famille

Pardailhan

De 1960 à 1963, 15 familles représentant 80 membres de la communauté, menées par Vincent Thibout, décident de prendre des distances vis à vis de La Famille. Ils rompent donc avec elle, et tentent d'établir un kibboutz à Pardailhan, ce qui est relaté dans un article du Monde datant du 29 décembre 1960[7],[8]. Le projet est un échec[9],[10].

Boissiers

Après son échec à Pardailhan, Vincent Thibout recrée une communauté en 1969 à Boissiers, près de Malrevers qui vit selon le modèle des kibboutz israéliens, ou des premières communautés chrétiennes, toujours avec cette volonté de séparation d'avec la Famille et ses principes[11],[12]. Elle ne se revendique pas de la Famille en qui elle voit « un milieu secret et mystérieux » dont les membres disent être sortis[13] ; un membre de la communauté de Malrevers[pas clair] a siégé au conseil municipal à partir de 2008 ; celui-ci a été condamné à deux mois de prison en 2003 pour des maltraitances physiques envers le cousin des personnes témoignant en 2020, faits qu'il n'a jamais reconnus[14]. Cette communauté possède Interstyl - Les Ateliers de Boissiers, une entreprise spécialisée dans la production de vêtements en maille haut-de-gamme détenue par le chef de la communauté, Joël Fert[11],[15].

Représentations dans la littérature

  • Claude Gutman raconte son séjour d'une nuit au kibboutz de Pardailhan dans son livre autobiographique Un aller retour, y racontant que son père, ayant vécu de jours heureux dans un kibboutz en Israël, décide d'y aller vivre avant de s'en aller au petit matin avec son fils[16].
  • Dans son livre Après le déluge, François Lorris (pseudonyme) raconte son enfance dans la Famille, et dresse un portrait assez peu élogieux de la communauté, y dénonçant un véritable sectarisme, une étroitesse d'esprit et une institutionnalisation de l'ivrognerie[17].

Notes et références

  1. a b c d e f g h et i Nicolas Jacquard, « Dans le secret de «la Famille», une communauté religieuse très discrète en plein Paris », sur Le Parisien, (consulté le 26 juin 2020)
  2. a b et c Nolwenn Briand, « Serge Maury, Une secte janséniste convulsionnaire sous la Révolution française. Les Fareinistes (1783-1805) », Lectures,‎ (ISSN 2116-5289, lire en ligne, consulté le 5 mai 2021)
  3. a et b « La "Famille", une secte au cœur de Paris », sur Paris Match, (consulté le 20 avril 2021)
  4. a et b Etienne Jacob, « «La Famille»: entre idéal religieux et folie mystique, les dossiers obscurs d’une communauté secrète », sur Le Figaro.fr, (consulté le 18 août 2020)
  5. Equipe de Code source, « La Famille : enquête sur une communauté religieuse secrète de l’Est parisien (Partie 2) » [podcast], sur leparisien.fr, (consulté le 18 août 2020)
  6. « Enquête sur "La Famille", communauté parisienne soupçonnée de dérives sectaires », sur www.franceinter.fr, (consulté le 18 août 2020)
  7. « Le kibboutz de Pardailhan | Un article du Monde du 29 décembre 1960 », sur saint-pons-de-thomieres.pagesperso-orange.fr (consulté le 22 avril 2021)
  8. « Histoire du village 1/4 », sur France Culture (consulté le 18 août 2020)
  9. « Le mystérieux kibboutz de Pardailhan - Ép. 2/4 - Dissidences chrétiennes », sur France Culture (consulté le 18 août 2020)
  10. « Du mystérieux kibboutz de Pardailhan à la communauté parisienne - Ép. 3/4 - Dissidences chrétiennes », sur France Culture (consulté le 18 août 2020)
  11. a et b « Haute-Loire. Anciens membres d’une communauté religieuse, ils témoignent de leur calvaire », sur www.leprogres.fr (consulté le 18 août 2020)
  12. « Communauté de Malrevers - Kibboutz de Malrevers », sur Communauté de Malrevers (consulté le 18 août 2020)
  13. Site de la communauté de Malrevers, « Réponse adressée à France Culture en mai 2017 après la diffusion de l'émission "Dissidences chrétiennes, le mystérieux kibboutz de Pardailhan". » (consulté le 1er septembre 2020)
  14. Alexandre Coste, « Haute-Loire. Malrevers: des sévices reprochés au chef d’un groupe religieux », sur www.leprogres.fr, (consulté le 18 août 2020)
  15. Par Nicolas Jacquard et envoyé spécial à Dijon, « A Malrevers, les sombres secrets du kibboutz et de ses enfants sacrifiés », sur leparisien.fr, (consulté le 5 mai 2021)
  16. « Un aller-retour : livre à découvrir sur France Culture », sur France Culture (consulté le 6 avril 2021)
  17. « Premiers romans Les prophètes de Bacchus », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 22 avril 2021)

Bibliographie

Liens externes