La Face cachée du Monde

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La Face cachée du Monde :
du contre-pouvoir aux abus de pouvoir
Image illustrative de l’article La Face cachée du Monde

logo du journal

Auteur Pierre Péan et
Philippe Cohen
Pays France
Genre Livre d'investigation
Éditeur Mille et Une Nuits
Date de parution 2003
Nombre de pages 640
ISBN 2-842-05756-2

La Face cachée du Monde est un livre d'investigation publié en 2003 par les journalistes Pierre Péan et Philippe Cohen et critiquant le fonctionnement du journal français Le Monde, plus particulièrement celui de sa direction tripartite de l'époque, composée de Jean-Marie Colombani, Edwy Plenel et Alain Minc. L'ouvrage lui-même est le résultat de la convergence de deux enquêtes menées à l'origine séparément par chacun des auteurs. Le livre a connu un succès commercial peu commun, atteignant 60 000 exemplaires vendus le premier jour[1] et plus de 200 000 au total[2].

Description du livre[modifier | modifier le code]

  • Le quotidien Le Monde fondé par Hubert Beuve-Méry aurait été, selon les auteurs, la victime d'un détournement. Après avoir conquis la direction du Monde en 1994 et s'être affranchi de tout contrôle réel sur la gestion de l'entreprise, Jean-Marie Colombani, Edwy Plenel et Alain Minc auraient installé le « nouveau » Monde au cœur des réseaux de pouvoir français.
  • Du soutien supposé à Balladur, lors de la campagne électorale pour la présidentielle de 1995, à la « chasse au Messier », en passant par un appui au Processus de Matignon en Corse, lancé par Lionel Jospin[3], et par les campagnes contre les « nouveaux réactionnaires », la direction pourrait à loisir honorer ou discréditer hommes politiques, patrons et intellectuels, selon leurs intérêts propres et leurs choix partisans.
  • Un chapitre, où les auteurs accusent le quotidien de lobbying, connaît un développement médiatique immédiat et important. Pierre Péan et Philippe Cohen affirment que Le Monde aurait adressé aux Nouvelles messageries de la presse parisienne (NMPP), le 1er mars 2001, une facture de 1 million de francs pour prix de son activité de lobbying auprès de l'équipe de Lionel Jospin. Cette accusation est rapidement reprise par le Canard enchaîné, qui publie des extraits en ajoutant d'autres révélations précisant que les avantages perçus par Le Monde auraient été bien supérieurs à cette somme. Le quotidien confirmera avoir reçu 1 million de francs de la part des NMPP, mais « pour prestations réelles, constatées et confirmées »[4].
  • Le livre dénonce les relations entretenues avec Bernard Deleplace, secrétaire général de la FASP, par Edwy Plenel, qui aurait rédigé notes, discours et communiqués de presse de cette organisation syndicale[5].
  • Pierre Péan et Philippe Cohen s'en prennent également au Monde des livres, dont Josyane Savigneau était alors la rédactrice en chef. Ce système de « renvoi d'ascenseurs » aurait systématiquement mis en avant et encensé les ouvrages d'un cercle restreint d'auteurs français[6],[7]. Revenant sur ces accusations, celle-ci reconnaîtra uniquement « avoir trop parlé de Fayard »[8].
  • Usant de son pouvoir d'intimidation, Le Monde aurait insidieusement glissé de son rôle de contre-pouvoir vers l'abus de pouvoir permanent. C'est l'histoire de cette dérive réelle ou supposée que racontent les deux auteurs après deux années d'enquête.

Réception et suites médiatiques[modifier | modifier le code]

Confirmant ces accusations, Alain Rollat, un des anciens proches d'Edwy Plenel, témoignera avoir agi avec celui-ci au niveau de la section syndicale SNJ-CGT et de la Société des rédacteurs afin de favoriser la prise du pouvoir par Jean-Marie Colombani[9], lequel nommera ensuite Edwy Plenel directeur de la rédaction. S'exprimant au sujet des réactions d'Edwy Plenel au livre de Péan et Cohen, il dira : « Plenel est expert en dialectique. Mis en accusation, il accuse à son tour. Mais il porte sa riposte sur le terrain où il est le plus à l’aise, celle de la réflexion affective, pas sur le terrain où il est attaqué, celui des faits objectifs. Sa réaction est celle de l’homme politique confronté à un travail journalistique gênant. Son premier réflexe consiste à essayer de discréditer l’auteur de l’écrit »[10].

Au sein de la rédaction du Monde, Daniel Schneidermann a été l'un des rares journalistes à oser exprimer une réaction critique vis-à-vis du quotidien. Il écrit le 1er mars 2003 dans le supplément télé du quotidien : « L'essentiel, c'est que cette enquête sur la part d'ombre du journal multiplie les faits. Les faits abondants, pour certains apparemment précis, et accablants parfois. »[11] Il poursuivra cette critique dans son ouvrage Le Cauchemar médiatique, où il met en cause la réaction de la direction du quotidien, estimant que celle-ci ne répondait pas aux arguments du livre.

En octobre 2003, il est licencié pour « cause réelle et sérieuse ». Selon la direction, un passage du livre serait « attentatoire à l’entreprise pour laquelle il travaille. » Le journaliste poursuit le quotidien aux prud'hommes de Paris, qui lui donnent gain de cause en mai 2005 (jugement confirmé en appel en mars 2007). Dans sa dernière chronique, il exprime sa surprise et sa déception d’être sanctionné par un journal qui se veut pourtant un modèle de transparence[12],[13].

En décembre 2011, Edwy Plenel s'est directement et publiquement excusé en ces termes auprès de Daniel Schneidermann pour son licenciement survenu huit ans plus tôt : « J'ai fait des erreurs, y compris à ton endroit, au Monde. Les prudhommes ont eu raison de condamner ton licenciement. Un désaccord entre confrères doit se régler autrement que par un licenciement. Il n'y a jamais de gêne à assumer une erreur. J'avais prévu de te le dire, en cadeau de bienvenue[14]. ».

Suites judiciaires[modifier | modifier le code]

  • Au terme d'une procédure de médiation, les auteurs ont accepté de ne procéder à aucun retirage du livre, les dirigeants du Monde acceptant en échange de renoncer à leurs plaintes respectives pour diffamation. De même, aucune suite judiciaire n'a été apportée aux accusations, pour certaines de caractère pénal (comptes truqués, fraudes fiscales...), portées par les auteurs du livre[2],[15],[16].
  • Dans une procédure séparée, les auteurs ont été condamnés pour avoir diffamé la juge Eva Joly dans certains passages du livre[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tirage de « La face cachée du Monde» cinq jours après sa sortie, L'Express, 28 fėvrier 2003.
  2. a et b Le procès contre « la Face cachée du Monde » n'aura pas lieu, Catherine Mallaval et Olivier Costemalle, Libération, 7 juin 2004.
  3. Processus de Matignon, Libération, 20 décembre 2000.
  4. Olivier Costemalle et Catherine Mallaval, « Notre enquête n'est pas affaiblie », Libération, 7 mars 2003
  5. Plenel et la police - L'Express, 20 février 2003
  6. Josyane Savigneau en pleine crise de déontologie, Henri Maler, Acrimed, 2 août 2005
  7. Plenel et la police, L'Express, 20 février 2003
  8. Du côté de chez Josyane, Frédérique Roussel, Libération, 2 octobre 2008
  9. Les coulisses de la conquête du « Monde » http://www.acrimed.org/article1109.html
  10. Alain Rollat, « Plenel est expert en dialectique » Entretien avec Alain Rollat : propos recueillis par Jacques Molénat, Marianne, 10-16 mars 2003
  11. L'onde de choc, L'Express, 6 mars 2003
  12. Une chronique à la mer
  13. Comment Le Monde a vécu la "face cachée du Monde", Daniel Schneidermann, Le Cauchemar médiatique, 2003
  14. Quand Plenel m'a dit : « Ton licenciement a été une erreur », Arrêt sur images, 2005
  15. Le communiqué de la médiation, L'Obs, 11 juin 2004.
  16. Face cachée du Monde : le pourquoi d’une « médiation », Patrick Lemaire, Acrimed.org, 19 Juillet 2004.
  17. Condamnation de Pierre Péan et Philippe Cohen, Les Échos, 8 mars 2007.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]