La Défense de Paris (groupe sculpté)

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La Défense de Paris
La Défense de Paris @ Parvis @ La Défense @ Paris (34342635104).jpg
La Défense de Paris.
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Quartier de La Défense, Puteaux (France)
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La Défense de Paris est un groupe sculpté de Louis-Ernest Barrias, inauguré le au « carrefour de Courbevoie », renommé de ce fait « rond-point de la Défense » et que les travaux d'aménagement ont définitivement fait disparaître en 1971. Il se trouve sur la commune de Puteaux dans les Hauts-de-Seine, à l'ouest de Paris.

Il honore les victimes militaires et civiles du siège de Paris pendant la guerre franco-allemande de 1870.

Plusieurs fois déplacé, il a jadis donné son nom à l'indicatif téléphonique desservant Courbevoie puis au quartier d'affaires de la Défense, dont il constitue aujourd'hui l'une des œuvres d'art.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

En , les Républicains devenus majoritaires à la Chambre accèdent au pouvoir. Ils souhaitent rompre avec l'ordre moral d'inspiration monarchiste et catholique instauré par le président démissionnaire Patrice de Mac Mahon. Ils entendent aussi rappeler la politique de défense nationale qu'ils ont menée de à , pendant la guerre franco-allemande. De plus, en honorant la défense de Paris ils manifestent leur volonté de réintégrer la capitale dans la communauté nationale et, ainsi, de mettre fin aux divisions nées de la Commune[1].

À cette époque, l'édification de monuments commémoratifs a valeur de symbole. Dès les années 1880, la Troisième République suscite une « statuomanie » sans précédent qui valorise les « petites patries » autant que la grande, avec des œuvres comme « Les Bourgeois de Calais » d'Auguste Rodin ou « Le Triomphe de la République » de Jules Dalou.

Histoire du monument[modifier | modifier le code]

Un concours d'artistes[modifier | modifier le code]

En 1879, pour commémorer la défense héroïque de Paris contre les Prussiens durant la guerre de 1870-1871, la préfecture de la Seine organise un concours visant l'érection d'un monument. Il s'élèvera au « carrefour de Courbevoie » : c'est là que les Gardes nationaux, rassemblés place de l'Étoile dans la nuit du 18 au , sont passés avant d'aller affronter les troupes ennemies à Buzenval. Prolongeant l'avenue de Neuilly, le lieu ferme la majestueuse perspective de l'Arc de triomphe. L'endroit retenu ne doit donc rien au hasard : les combats de 1871 prolongent en quelque sorte l'épopée napoléonienne, dont le prestige suscite toujours la fierté nationale en ce début de Troisième République.

Parmi la centaine d'artistes qui participent au concours, on peut citer Gustave Doré, Auguste Bartholdi, Carrier-Belleuse, Alfred Boucher, Alexandre Falguière et Auguste Rodin.

Les membres du jury retiennent le projet de Louis-Ernest Barrias.

Le rejet du projet de Rodin[modifier | modifier le code]

Intitulé « L'Appel aux armes »[2], le projet de Rodin est rejeté par le jury dès la première sélection[1]. En 1937, selon la volonté du sculpteur, il est placé dans le jardin du musée Rodin. En 1916, le comité néerlandais de la Ligue des pays neutres, qui souhaite élever un monument commémoratif de la défense de Verdun, le choisit comme modèle. Après agrandissement au quadruple réalisé en 1917-1918, le monument est inauguré à Verdun le [3].

Une inauguration mouvementée[modifier | modifier le code]

L'Illustration,
28 juillet 1883.

L'inauguration a lieu le en présence du ministre de l'Intérieur Pierre Waldeck-Rousseau, qui représente le gouvernement - ni Jules Grévy, président de la République, ni Jules Ferry, président du Conseil, ni même Jean Thibaudin, ministre de la Guerre, ne se sont déplacés. Estimée à plus de cent mille personnes, une foule nombreuse s'amasse. Le groupe de Barrias se dresse au centre de la place, sur un socle de granit qui supportait naguère la statue en bronze de Napoléon Ier - cette dernière a coiffé la colonne Vendôme de 1833 à 1863 ; elle se trouve à Courbevoie depuis 1870 (elle fut immergée dans la Seine au début du conflit) et sera transférée aux Invalides en 1911. Une grille en fer qu'orne aux quatre angles une lanterne à gaz entoure le monument[4].

La cérémonie débute à 16 heures par une salve de vingt-et-un coups de canon tirés du mont Valérien. La Garde républicaine joue « La Marseillaise ». Suivent des discours rendant hommage au patriotisme des combattants et à l'héroïsme des Parisiens. L'allocution de Barthélémy Forest, ancien président du Conseil général de la Seine, souligne la participation active des « communes suburbaines dont, pendant cette guerre fatale les courageux habitants vinrent combattre côte à côte avec les citoyens de Paris »[5]. Un défilé militaire clôt la manifestation.

Des partisans de la Commune de Paris troublent l'événement. Pour commémorer les affrontements du entre les Fédérés et l'armée du gouvernement réfugié à Versailles, un drapeau rouge est déployé. Une exclamation fuse : « longue vie à l'amnistie, longue vie à la république sociale ! »[6].

Appellation du lieu[modifier | modifier le code]

L'emplacement choisi pour élever le monument commémoratif s'appelle alors « carrefour de Courbevoie ». Après l'inauguration, il est renommé « rond-point de la Défense » par référence au groupe sculpté.

En 1928, l'administration des PTT juge l'appellation « DÉFense » suffisamment représentative de Courbevoie pour en devenir l'indicatif téléphonique. Ce préfixe subsistera jusqu'en octobre 1963, avant d'être remplacé par sa combinaison chiffrée « 333 ».

Le « rond-point de la Défense » existe toujours en 1958 lorsque est inauguré le CNIT, construit au nord-ouest du site[7]. Il disparaît progressivement de 1965 à 1971, au fur et à mesure des travaux du « quartier d'affaires de la Défense »[8],[9].

Déplacements successifs[modifier | modifier le code]

Le groupe sculpté dans un patio, en 2010.

Avec l'essor du quartier d'affaires, les travaux se succèdent :

De ce fait, le groupe sculpté subit plusieurs déplacements dans les années 1970.

Au début de la décennie 1980, il est démonté puis remisé pour plusieurs années. Le , cent ans après son inauguration, il en connaît une seconde entre la place de la Défense et l'esplanade, à quelques dizaines de mètres à l'est de son emplacement initial[7]. Mais relégué dans un patio situé en contrebas, il échappe aux regards[7].

En , il est transféré sur l'esplanade qui s'étend à l'est, devant le complexe de bureaux Cœur Défense. Situé à mi-chemin de la Grande arche et de la Seine, sur l'« axe de la Défense » qui prolonge la perspective de l'Arc de triomphe, il retrouve presque sa place d'origine et s'offre désormais à la vue du public[7].

Description du monument[modifier | modifier le code]

Coulé en bronze par le fondeur Henri Léon Thiébaut, le groupe sculpté mesure 5,5 mètres de haut et pèse 3,5 tonnes[9]. Ses trois personnages incarnent plusieurs aspects de la « défense de Paris », dont ils résument l'héroïsme :

  • derrière un canon sous lequel repose le blason de Paris, une femme debout coiffée d'une couronne murale, portant l’uniforme de la Garde nationale à la boucle de ceinture ornée des armoiries parisiennes, tient de la main gauche un drapeau dont la hampe affiche, sur ses deux faces, le monogramme « RF ». De la main droite, elle brandit une épée abaissée aujourd'hui disparue (juin 2022). Par sa pose altière, son visage grave et son air déterminé, elle symbolise la capitale qui refuse de capituler ;
  • un garde mobile affaissé sur un sac oblong, dont le dessus montre une déchirure, enfonce les trois premiers doigts de la main droite dans sa cartouchière pour armer un « fusil d'infanterie à tabatière modèle 1867 ». Sa jambe droite tendue qui dépasse laisse voir un pied nu et bandé. Avec son regard amer mais farouche, il honore les soldats qui défendent Paris ;
  • du côté opposé, une fillette assise se blottit dans une mante. Pieds nus, bras croisés, tête inclinée à gauche, elle ferme les yeux. Son attitude et son vêtement rappellent les souffrances de la population civile, qui endure froid et faim durant le terrible siège de Paris par l'armée prussienne.

La femme et l'homme regardent vers le sud-ouest en direction du lieudit « Buzenval », où se déroulèrent les derniers combats en .

Barrias se serait inspiré de l'œuvre d'Amédée Doublemard intutilée « La Défense de la barrière de Clichy » ou « Monument au Maréchal Moncey », érigée place de Clichy à Paris en 1870[10]. En 1882, Antonin Mercié présente au Salon un groupe en bronze d'une composition très proche qui rend hommage aux défenseurs de Belfort. Nommé « Quand même ! », il est inauguré en 1884.

Galerie de photographies[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « La Défense de Paris », sur L'Histoire par l'image.
  2. « La Défense », Musée Rodin.
  3. « Monument la Défense ou l'Appel aux armes – Verdun », sur e-monumen.net.
  4. « Le monument commémoratif de la Défense de Paris », La guerre de 1870, Archives départementales des Hauts-de-Seine.
  5. Ce bref discours est cité in extenso dans le lien externe « La commune de Paris : Aux derniers jours de la Défense de Paris, le rond-point de Courbevoie ».
  6. (en) Karine Varley, Under the Shadow of Defeat. The War of 1870-71 in French Memory, Basingstoke, Palgrave Macmillan, (ISBN 978-0-230-00519-8), p. 142-150.
  7. a b c d e et f Florence Hubin et David Livois, « La statue de La Défense sort de son trou », Le Parisien, .
  8. « Histoire de La Défense », sur Defense-92.fr (consulté le ).
  9. a et b « La statue de la Défense a droit à un nouveau socle », sur Defense-92.fr (consulté le ).
  10. « Monument au maréchal Jeannot de Moncey – 9e arr. », sur e-monumen.net.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Weill (dir.), La Perspective de la Défense dans l'art et l'histoire, Nanterre, Archives départementales des Hauts-de-Seine, , 236 p. (ISBN 2-86092-002-1), chap. 5 (« La statue de la Défense »), p. 123–165 :
    • Véronique Magnol-Malhache, 5.1 « Le rond-point de Courbevoie et ses statues », p. 123–131.
    • Denis Lavalle, 5.2 « Le monument de la Défense et la statuaire du XIXe siècle », p. 132–153.
    • Véronique Magnol-Malhache, 5.3 « La symbolique du drapeau », p. 154–157.
    • Patrick Chamouard, 5.4 « Un après-midi d'été 1883 : l'inauguration de la statue », p. 157–165.
  • Daniel Imbert, « Le monument de la Défense de Paris : 1879-1889 », dans Guénola Groud et Daniel Imbert, ill. Jacques Tardi, Quand Paris dansait avec Marianne (catalogue d'une exposition au Musée du Petit Palais du au ), Paris, Paris Musées, , 299 p. (ISBN 2-7376-2644-7), p. 86–103.
  • Catherine Boulmer, « Groupe sculpté : La Défense de Paris », pour l'Inventaire général du patrimoine culturel, 1993, dans la base Palissy, ministère de la Culture, notice no IM92000594.
  • Janice Best, Les monuments de Paris sous la Troisième République : Contestation et commémoration du passé, Paris, L'Harmattan, coll. « Histoire de Paris », , 282 p. (ISBN 978-2-296-11413-5), chap. 3.2 (« La Défense de Paris 1870–1871 »), p. 95–107.
  • (en) Michael Dorsch, French Sculpture Following the Franco-Prussian War, 1870-1880 : Realist Allegories and the Commemoration of Defeat, Farnham, Ashgate, (réimpr. 2016), 206 p. (ISBN 978-1-4094-0352-4), chap. 4 (« The Soldier's Bandaged Foot: State Sponsorship of the Image of Defeat in the 1879 Concours for the Monument to La Défense de Paris »), p. 107–132.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]