La Chifonnie

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La Chifonnie
Pays d'origine Drapeau de la France France
Genre musical Folk
Années actives 19741983, 1995
Labels Hexagone
Composition du groupe
Anciens membres Hughes de Courson
Laurent Vercambre

La Chifonnie est un groupe de folk des années 1970, originaire de la Drôme (plus précisément du Diois).

Histoire[modifier | modifier le code]

Les origines[modifier | modifier le code]

Fondé en 1974, ce groupe fait figure d’original dans le milieu du folk. Ses quatre musiciens (Hal Collomb, Dianne Holmes Brown et les frères Patrick et Serge Desaunay) ne se contentent pas de jouer du traditionnel français électrifié, ils se mettent en scène sur les places de village et se déplacent d’un bout à l’autre de la France à l’intérieur de leur camion communautaire.

La Chifonnie gravite autour d'Hal Collomb dont il est l'épine dorsale. Né en 1945 à Chamblanc (Côte d'Or) de mère italienne, Hal découvre tout à fait par hasard le folk français. Au festival de Lambesc, en 1970, il se frotte, fasciné, à « l'univers de musique, de provocation et de convivialité de la famille folk ». Sans hésitation, il fait ses valises, et quitte Lyon pour s'installer dans le squat des frères Ben. Hal, qui n'a jamais appris la musique, chante tout le temps, dans la rue, dans les couloirs du métro, au Bourdon, puis fonde avec Daniel Ben Haïm, dit Dany, l’un des frères de Ben, le Grelot Bayou Folk. À l'occasion d'une tournée, Hal découvre, dans la Drôme, un petit coin de paradis, une vieille ferme sans eau courante ni électricité, en pleine campagne, et décide de s'y installer avec sa dulcinée, Dianne Holmes Brown, étudiante anglaise et joueuse d'autoharp. Le Grelot Bayou ne dure qu'un temps, drainant sur son passage une foule de traînards descendant de Paris pour squatter la maison. Hal met un terme au groupe et fonde, en 1974, la Chifonnie.

La Chifonnie se présente avant tout comme une troupe de saltimbanques. Et c’est du côté des marchés villageois, propices à l’animation de rue, qu’il faut la chercher pendant l’été. Youra Marcus, banjoïste old-time (ancien du trio New Ragged Company) rejoint le groupe en 1977 ; laissons place à ses souvenirs : « Nous partions trois mois en tournée, une fois les beaux jours revenus, parcourant les routes à bord de notre camion communautaire. Nous étions constamment les uns sur les autres et je dois dire que ce n'était pas toujours facile à vivre. » Le reste de l'année, les musiciens répètent occasionnellement. Il faut dire que Hal Collomb et Dianne vivent dans la Drôme, que Serge et Patrick Desaunay ont élu domicile dans le Limousin et que Youra vit à ce moment-là en Bretagne ! Peu à peu, le groupe ajoute à son répertoire de chansons traditionnelles francophones, quelques chansons de Brel.

1977 : le premier album[modifier | modifier le code]

Le premier album éponyme de La Chifonnie sort au printemps 1977 chez Hexagone. Youra n'y figure pas, pas plus que sur l'album suivant d'ailleurs, ce qui deviendra un réel sujet de discorde entre Hal — prétextant qu'il ne s'agit là que d'une question de hasard — et le banjoïste. Quoi qu'il en soit, ce disque fort sympathique nous livre un répertoire de chansons traditionnelles d'Anjou, de la Drôme, du Poitou mais aussi du Québec et de Suisse, ainsi que quelques compositions des musiciens. "La Valse des balançoires", composition de Serge, donne le coup d'envoi. Précédée sur la pochette de la mention « 1/2 tarif pour les militaires et les bonnes d'enfant », il reflète d'emblée l'état d'esprit des musiciens. L'air, joué à l'accordéon et au violon, rappelle les manèges de chevaux de bois. Le reste de l'album est plus sérieux. On y trouve de belles chansons interprétées « façon Malicorne ». Les voix respectivement nasillardes et aiguës d’Hal et de Dianne, se rapprochent de celles de Gabriel et de Marie Yacoub. Quant aux arrangements, il n'y a pas de doute ; la touche personnelle d'Hugues de Courson, producteur de Malicorne et de La Chifonnie, et celle du bassiste de Malicorne sont identifiables. Dans tous les cas, les arrangements sont « carrés », « Gironfla », chanson traditionnelle sur la guerre, démarre tranquillement au violon, mais la basse électrique et la batterie de Dino Latorre entrent en jeu, et donnent une connotation très rock à l'ensemble. Avec "Le Vent qui vente la nuit", chanson suisse apprise du vielleux René Zosso, nous entrons dans la magie et la poésie des textes traditionnels français ; chantée a cappella, en chœur, elle est agrémentée d’effets spéciaux (bruits du vent). La Chifonnie interprète en outre des chansons lyriques, qui parlent de belles vivant dans l'attente de leur amant de marin (Mon cher amant, traditionnel du Québec, chanson très douce, accompagnée à la basse par Hugues), ou encore de mariée enlevée par Trois hommes noirs. Dans l'ensemble, les sonorités des instruments traditionnels (vielle, épinette, dulcimer, violon, accordéon) se mêlent harmonieusement aux instruments électriques, qui, de toute manière, ne sont pas omniprésents. Les derboukas et les percussions rythment le tout. Bref, il s'agit d'un premier disque réussi et varié. La tournée de l'été 1977 et les premières tentatives de théâtre de rue fonctionnent, le public accroche. Nos saltimbanques débutent toujours leur show par une parade dans le village, et, suivis des villageois en haleine, installent en deux temps, trois mouvements, leurs décors sur la place principale. Les Aventures d'Aristide Nepomulse Aristobule remportent un franc succès. Hal décide alors d'approfondir cette expérience et de monter une pièce plus importante qui pourrait être jouée en salle. Mais son projet ne fait pas l'unanimité ; Youra et Serge quittent le groupe. Pat, quant à lui, avait déjà amorcé son départ après s'être accroché avec Hal — La Chifonnie avait la caractéristique d'être régulièrement traversée de tempêtes —; « nous étions excessifs aussi bien dans la rigolade que dans l'engueulade », se souvient Hal. Pat participera toutefois au second album du groupe tout en entamant une carrière en duo avec son frère. Patrick Perroton (vielle, flûte, cabrette, clarinette, chant) ancien membre du Claque Galoche, et Dominique Baracco (accordéon, chant) intègrent alors le groupe. Hal avait rencontré Dominique en festival et, frappé par son jeu d'accordéon, l'avait contacté ; Dominique, partagera désormais son temps entre l'armée et la vie de bohème de La Chifonnie. Musicien et conscrit à la fois, comment arrivait-il à gérer la situation ? Nous lui laissons ce mystère ! Patrick apporte de nouvelles sonorités avec sa cabrette auvergnate et sa clarinette, deux instruments qui ne figuraient pas dans la Chifonnie. Autre nouveauté, le violoneux de Malicorne, Laurent Vercambre (violon, violoncelle, guitare, nyckelharpa, chant), et Gérard Lavigne (basse électrique) participent aux prestations scéniques de La Chifonnie. L'année 1978 voit ainsi l'avènement de « la première comédie musicale folk », baptisée Le Saloon infernal. Cette parodie de western ne lasse pas les publics de l'Ardèche et de la Drôme, où la Chifonnie aime tourner. Mise en scène, déguisements et maquillage, sont de rigueur pour les comédiens mais aussi pour les musiciens.

1978 : le second album[modifier | modifier le code]

De ce spectacle est issu un album, intitulé Au-dessus du pont et sorti, comme le précédent, chez Hexagone. Les influences classiques, jazz et traditionnelles s'y côtoient dans un mélange de sonorités variées. L'album bénéficie de la participation de musiciens reconnus du milieu folk. La pochette en dit long puisqu'elle représente des musiciens-marionnettes dans un théâtre de guignol ; au dos, les artistes se maquillent à la manière des clowns. Hal a d'ailleurs abandonné son timbre de voix nasillard, symptomatique du folk, pour le transformer en un timbre clownesque. Et l'on imagine très bien Hal, le conteur, acteur dans l'âme, capable de captiver n'importe quel auditoire, dans son nouveau rôle de chanteur acteur comique. Au-dessus du pont est un disque très vivant, plus vivant que l'album précédent, bien éloigné du folk traditionnel du début des années 1970, extrêmement imagé. On se représente aisément, à son écoute, la Chifonnie-Théâtre en action. Dénotant d'une originalité incontestable, plus personnel que le précédent, il propose des textes contemporains, à la fois émouvants et poétiques, abordant le thème de l'écologie, qui deviendra omniprésent dans le folk après le naufrage de l'Amoco Cadiz en 1979. Dans "Au-dessus du pont", Hal évoque l'histoire d'un pont et de sa rivière, d’amoureux venus s'abreuver à sa source, et... de la disparition de ce chef-d'œuvre de la nature. Heureusement, un enfant fait irruption et décide de le reconstruire. "Le Vieux François", chanson québécoise interprétée sobrement au concertina, à la flûte et au violoncelle (excepté quelques passages rock), nous invite à pénétrer l'intimité d'un couple nostalgique, rêvant de regagner son île natale, « là où y'a pas d'machines » et où la nature est reine. Au-dessus du pont se présente comme un album varié. On y trouve une valse presque musette, "Frana", des polyphonies interprétées a cappella, des danses traditionnelles on ne peut plus électrifiées, proches du rock : "La Mandragore" et "La Togne", offrent un cocktail détonnant de sonorités traditionnelles (vielle, cabrette, violon, concertina) et modernes (basse de Gérard Lavigne, batterie de Jean-François Leroy). Relevons également quelques chansons rigolotes comme "La Bourrée Papillon", chanson occitane uniquement interprétée à la vielle, à l'accordéon et à la cabrette. La métaphore du papillon brûlant ses ailes à la chandelle est employée pour décrire l'amoureux renonçant à sa liberté. "La Valse de l'ivrogne", chanson écossaise adaptée en français, constitue un véritable hymne à la boisson et à l'alcoolique. Dans l'ensemble de l'album, les arrangements sont bien faits, influences classiques, jazz, traditionnelles se côtoient dans un mélange de sonorités variées. Une mention particulière sera attribuée à la clarinette de Patrick Perroton, à la basse de Gérard Lavigne, aux violon et violoncelle de Laurent Vercambre.

1979-1983 : confirmation du succès puis séparation[modifier | modifier le code]

Au festival de Nyon de 1979, le succès est total pour La Chifonnie, invitée au même titre que La Confrérie des Fous en tant qu'ambassadrice du folk français. Alors que le folk hexagonal meurt à petit feu, entraînant sur son passage la disparition de bon nombre de groupes, l'humour et le caractère iconoclaste de ce groupe sont toujours d'actualité. Jacques Vassal écrit d'ailleurs dans Rock and Folk : « La Chifonnie-Théâtre, La Confrérie des Fous : deux expériences sœurs, deux bons coups de balais dans le ron-ron de la scène folk française. » De nouvelles pièces voient le jour respectivement en 1980 et en 1981 : Rendezvous à Ramdam et Le Maître du monde conservent l'esprit de dérision propre au Saloon infernal, dans des créations qui, cela va sans dire, s'avèrent « plus proches du Magic Circus que de la Comédie Française » ! Emmanuel Pariselle (accordéon, flûtes) est venu, entre-temps, remplacer Dominique Baracco, mais pour peu de temps… Dès 1983, La Chifonnie éclate, déchirée, entre autres, par les divergences d'opinion relatives à l'option théâtrale. Hal se souvient : « Nous étions fauchés, venions de perdre un copain dans un accident de voiture et je devenais complètement invivable ! ».

L'après La Chifonnie : projets divers et création de la Compagnie de l'Épouvantail[modifier | modifier le code]

Le temps apaisant les tensions, nos amis se sont remis, progressivement, à travailler ensemble, par petits groupes. Récemment, Marc Robine a fait appel aux anciens de La Chifonnie pour contribuer à son Anthologie de la chanson française. Réunis comme au bon vieux temps, Hal et ses acolytes, Serge et Pat, Laurent Vercambre et d'autres ont rejoué la première pièce qu'ils avaient montée : Les Aventures d'Aristide Nepomulse Aristobule. Aujourd'hui, Hal poursuit sa carrière de comédien de rue au sein de la compagnie qu'il a créée en 1985, la Compagnie de l'Épouvantail, héritière de la Compagnie de La Chifonnie[1].

Musiciens[modifier | modifier le code]

Discographie[modifier | modifier le code]

Albums[modifier | modifier le code]

Contributions[modifier | modifier le code]

  • 1979 Grand bal folk (Hexagone no 883033) : compilation regroupant 16 titres (uniquement instrumentaux) de 4 groupes folk : Malicorne (4 titres), La Bamboche (7 titres), Le Grand Rouge (1 titre) et La Chifonnie (4 titres)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]