La Bataille de la planète des singes

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La Bataille de la planète des singes
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Titre original Battle for the Planet of the Apes
Réalisation J. Lee Thompson
Scénario John William Corrington
Joyce Hooper Corrington
Paul Dehn
Acteurs principaux
Sociétés de production APJAC Productions
20th Century Fox
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre science-fiction
Durée 93 minutes
Sortie 1973

Série

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

La Bataille de la planète des singes (Battle for the Planet of the Apes) est un film américain réalisé par J. Lee Thompson, sorti en 1973. Le scénario est de John William Corrington, Joyce Hooper Corrington et Paul Dehn d'après les personnages créés par Pierre Boulle. Il s'agit de la suite de La Conquête de la planète des singes (1972) et du cinquième film de la franchise La Planète des singes.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Quelque part, en Amérique du Nord en 2670, un vieil orang-outan raconte une histoire. Il débute en affirmant qu’au commencent Dieu créa la bête et homme. Puis des mauvais hommes désobéirent à Dieu et voulurent dominer la Terre. Dieu envoya alors un sauveur né de deux singes venus du futur. Les hommes eurent peur des deux parents singes et les assassinèrent. L’enfant survit et grandit pour libérer ses congénères de l’asservissement humain. Peu après cette victoire, la Terre est ravagée par la guerre la plus féroce que connait l’humanité. Toutes les grandes villes sont alors rasées. César, le sauveur des singes est obligé de quitter la ville où il a mené sa révolte et qui est devenue radioactive. Il conduit donc un groupe d’hommes et de singes rescapés dans une campagne reculée où il fonde une nouvelle civilisation[1].

Un jour, le général gorille Aldo, chef de la sécurité du nouveau village, revient d’une promenade à cheval pour assister à un cours dans la salle de classe. Ses camarades y apprennent par cœur l’un des fondements de leur civilisation : « Un singe ne doit pas tuer un singe ». Aldo n’arrive pas à écrire correctement cette phrase et se venge en détruisant la feuille d’un de ses camarades, le jeune chimpanzé Cornélius fils de César. Abe, le professeur humain tente de l’arrêter en criant « Non ». Or les humains du camp ont l’interdiction de crier « Non » qui est le mot qu’utilisaient autrefois les dresseurs humains. Furieux, Aldo détruit la salle de classe et pourchasse le professeur à travers le village[1].

César intervient pour mettre fin au trouve. Le scientifique orang-outan Virgile, qui a assisté à la scène, lui raconte l’origine du trouble. César ordonne donc à Aldo de retourner en classe mais celui-ci refuse et quitte le village avec ses camarades. MacDonald, le porte-parole des humaines intervient pour se plaindre que les hommes ne sont pas considérés comme les égaux des singes. César, bien qu’il a promis d’être juste, se méfit des hommes. Il pense que seuls les singes sont capables de pacifier à jamais la Terre. MacDonald, qui le frère de l’ancien bras droit du gouverneur de la ville, lui apprend peu après qu’il existe des enregistrements de ses parents Cornélius et Zira dans la salle des archives. César décide alors de monter une expédition pour pouvoir voir ses parents. Il passe avec MacDonald et Virgile à l’armurerie tenue par Mandemus, l’ancien professeur de Virgile. Ils y récupèrent des armes et un compteur Geiger puis partent pour la ville[1].

Après trois jours de marche, ils pénètrent dans les restes de la ville détruite par une bombe nucléaire. Ils trouvent une entrée pour le sous-sol. MacDonald reconnait les lieux et dirige ses compagnons vers la salle des archives. Ils sont alors repérés par un groupe d’hommes qui vivent là. Leur chef est l’ancien inspecteur principal Kolp. Celui-ci s’est emparé du pouvoir après que l’ancien gouverneur ai été tué par la bombe. Infectés par les radiations, lui et ses collaborateurs ont subi des mutations. Grace aux caméras installées dans les sous-sols, Kolp reconnait César et MacDonald et ordonne à ses hommes de les supprimer. Arrivés aux archives, César trouve l’enregistrement de l’interrogatoire de ses parents en 1973. Il y apprend que ceux-ci avaient la connaissance de la révolte des singes et que les gorilles détruiront la planète en 3955. Virgile tente de la rassurer en lui indiquant que l’avenir n’est pas inéluctable. Découvrant la présence des humains infectés, les trois explorateurs s’enfuient ensuite à travers les dédales des couloirs souterrains et quittent la ville. Kolp envoie alors le capitaine de ses troupes à leur trousse pour découvrir d’où ils viennent[1].

De retour dans son village, César convoque une réunion du conseil des singes où il explique ce qu’il a trouvé en ville. Il redoute une guerre avec les humains. Son épouse Lisa intervient en lui disant qu’une paix peut être possible mais César lui explique que ces humains sont mauvais car ils ont dégénéré. Le capitaine des mutants ayant repérer le village, Kolp mobilise ses troupes et quitte la ville qu’il confie à son assistant Mendez[1].

La nuit suivante, le jeune Cornélius quitte sa maison pour rattraper son écureuil domestique. Il tombe alors sur une réunion secrète tenue par les gorilles qui envisagent de prendre le pouvoir. Aldo le découvre et le fait tomber de l’arbre où il les espionner. Lisa entend alors les cris de son fils et sort à son tour suivi d’autres personnes. A son approche les gorilles se dispersent. Gravement blessé, Cornélius est transporté jusqu’à la maison de ses parents[1].

Le lendemain, une sentinelle gorille aperçoit l’armée ennemie et prévient le village. Aldo ordonne donc qu’on enferme les humains dans le corral puis se précipite avec ses hommes à l’armurerie. Malgré l’opposition de Mandemus, il défonce la porte, vide le local et quitte le village avec la cavalerie. Arrivé sur les lieux, Kolp ordonne le bombardement. Cornélius décède peu après. Malgré son chagrin, César quitte sa demeure pour organiser la défense du village. Avec les autres singes, ils montent des barricades qu’ils tentent de défendre puis se replient à l’intérieur du village où ils font les morts. Pénétrant en confiance dans les lieux, les mutants se laissent surprendre et sont rapidement mis hors d’état de nuire. Kolp et quelques hommes parviennent cependant à s’enfuir mais sont finalement abattu pas Aldo et ses gorilles. Ceux-ci reviennent ensuite au village. Aldo profite de la situation pour tenter de prendre le pouvoir. Virgile l’accuse alors d’être le meurtrier de César et d’avoir ainsi briser la règle qui interdit à un singe de tuer un autre singe. Les gorilles se désolidarisent également d’Aldo qui se réfugie dans un arbre pour échapper à la vindicte. César le suit puis entame une lutte qui se termine par une chute mortelle pour le gorille. César ordonne ensuite la libération des humains. MacDonald en profite pour réclamer pour lui et les siens une véritable égalité. César ayant découvert que certains singes ne valent pas mieux que les humains finit par céder et leur accorde les même droits qu’aux singes[1].

Le vieil orang-outan conclue son histoire en affirmant que six cents se sont écouler et que les singes et les humains vivent toujours en paix. Derrière lui se trouve une statue de César qui semble pleurer[1].

Fiche technique[modifier | modifier le code]

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Distribution[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Développement[modifier | modifier le code]

Suite au succès de La Conquête de la planète des singes, le quatrième film de la saga La Planète des singes, le producteur Arthur P. Jacobs entame le développement d'un nouvel épisode. Il débute le projet en sachant que ce sera le dernier film de la série[3],[4],[5],[6]. J. Lee Thompson revient en tant que réalisateur et Paul Dehn retourne au scénario[7],[8],[5]. Ce dernier livre un scénario dès fin juin 1972[9]. L'intention de départ du scénariste est d'écarter le personnage de César du militantisme simiesque qu'il tenait dans le précédent film pour en faire un émissaire de paix doublé d'un père de famille[10]. Le premier scénario qu'il rédige, se déroute en 2004, treize ans après les événements dramatiques du précédent film[10],[4]. Lisa, l'épouse de César donne naissance à son fils avant de mourir, laissant César désemparé. Celui-ci doit ensuite empêcher ses congénères d'exterminer les humains ou de leur couper les cordes vocales pour les priver de l'usage de la parole[10],[11]. L'histoire raconte également que « César est traité comme une divinité » et est identité comme le modèle du grand législateur que les singes vénèrent dans les deux premier films de la saga[10],[9]. Le personnage de MacDonald déjà présent dans la La Conquête de la planète des singes revient dans cette version du scénario comme serviteur personnel de César[10],[9]. César est également conseillé par le chimpanzé pacifiste Pan, le sage orang-outan Zeno et le guerrier gorille Aldo[4]. L'antagoniste du précédent film, le gouverneur Breck est également présent. Il y dirige au tout début de l'histoire les mutants dans leur premier affrontement avec les singes[10]. Un nouveau personnage nommé Nimrod et qui se révèle être l'aïeul de Mendez, le chef des mutants du film Le Secret de la planète des singes envoie un ambassadeur au village pour ordonner aux singes de libérer tous les hommes[10],[9],[11]. César charge Aldo de torturer le messager pour lui soutirer des informations. Celui-ci leur avoue que les mutants détiennent une bombe nucléaire[12]. César décide donc de libérer les hommes[11]. César veut que désormais il n'y a plus de maîtres et d'esclaves sur la planète[12]. Aldo se retourne alors contre lui et l'élimine[11]. Peu après Nimrod lance une attaque nucléaire contre les simiens et détruit leur ville[12],[9]. Aldo contre-attaque ensuite et repousse les mutants qui finissent par se terrer dans les sous-sols de la ville tandis que les singes construisent une nouvelle cité sans hommes[13]. L'orang-outan Zeno devient alors le législateur des singes et désigne la cité des mutants comme « Zone interdite »[11].

Ce scénario se voit très vite contrarié notamment car Jacobs ne l'aime pas[11]. De plus l'acteur Don Murray renonce à reprendre son rôle de Breck. C'est donc Severn Darden, qui avait incarné Kolp, l'inspecteur zélé dans La Conquête de la planète des singes qui revient en tant que chef des mutants[12]. Hari Rhodes est également indisponible pour reprendre son rôle de MacDonald. Un autre acteur afro-américain, Austin Stoker, est alors engagé pour jouer, non pas MacDonald, mais son frère[14]. Peu après le scénariste Paul Dehn est victime d'une maladie et doit quitter le projet avant d'avoir terminer son travail[7],[14]. Les producteurs engagent donc en septembre 1972 les époux John William Corrington et Joyce Hooper Corrington pour finaliser l'histoire. Ils sont alors notamment connus pour le scénario du film Le Survivant (1971)[7],[15],[13],[6],[11]. Ils réduisent le scénario complexe de Dehn à une trame plus simple à la « Caïn et Abel » sur la transgression de la première règle des singes : « Un singe ne doit pas tuer un singe »[8],[16]. Joyce Corrington veut en effet faire redescendre les singes du piédestal où les deux films précédents les à porter[13]. Sur la demande d'Arthur P. Jacobs, ils proposent également une fin plus heureuse, où l'impact de César sur l'histoire de la planète des singes évite la fin cataclysmique du film Le Secret de la planète des singes[17],[5]. Ils donnent également plus d'importance au personnage du fils de César, auquel les jeunes spectateurs peuvent s'identifier[5]. Paul Dehn dont la santé s'est amélioré revient ensuite à l'écriture pour une ultime version du scénario où il rajoute notamment des dialogues plus poétique[8] et modifie la fin pour qu'elle soit ambigüe[17],[5],[6].

Préproduction[modifier | modifier le code]

Le producteur Arthur P. Jacobs engage comme directeur artistique Dale Hennesy, notamment connu pour avoir donné au film Le Voyage fantastique (1966) son esthétisme futuriste[18]. A cause d'un budget minuscule Hennesy est contrait de reprendre les décors intérieurs angulaires de Matt Jefferies de La Conquête de la planète des singes pour les réadapter aux besoins de l'antre souterrain des mutants. Il conçoit sur le terrain de tournage des studios de la Fox, une arche d'entré délabrée et à demi fondue ainsi que le village primitif de César près du site de la cité originelle des primates de La Planète des singes[18]. Les visuels de la cité en ruine sont eux réalisés en peinture sur verre[6].

Roddy McDowall et Natalie Trundy reprennent les rôles de César et Lisa, tandis que Claude Akins se voit confier celui du gorille Aldo[19],[6]. Le jeune fils de Lisa et César, Cornélius est interprété par le jeune cascadeur de 21 ans, Bobby Porter[20]. Pour le rôle de Virgil, les producteurs engagent le chanteur et compositeur Paul William qui est d'ailleurs crédité au générique « pour ses débuts » en tant qu'acteur alors qu'il était déjà apparu dans plusieurs films. Il avait déjà travaillé avec la Fox pour des chansons et des générique d'émissions télévisées[18],[6]. Pour le législateur, J. Lee Thompson et Jacobs approchent Rex Harrison mais celui-ci décline l'offre. Il confie alors le rôle au réalisateur de renom John Huston[21],[5],[6].

Le créateur des masques des premiers films de la saga, John Chambers bien que crédité au générique ne reprend pas la supervision des maquillages[20]. Ce sont les maquilleurs Joe DiBella et Jack Barron qui se chargent de cette tache. Ils avaient précédemment travaillés sur le troisième et quatrième volet de la saga[20]. Pour ce film ils doivent notamment réaliser les masques des personnages des orangs-outans Virgil, Mandemus, le législateur et du gorille Aldo. Ils les conçoivent sur mesure pour que les prothèses soit plus pratiques à porter pour chaque acteurs[18]. Pour les mutants le budget serré impose une approche minimaliste des maquillages. Ils sont simplement parés de quelques cicatrices en latex[20].

Tournage[modifier | modifier le code]

Le tournage commence le pour une durée de quarante-trois jours[22],[4],[6]. Il a lieu principalement au ranch de la Fox situé à Malibu à l'ouest de Los Angeles mais aussi, pour quelques séquences de la ville en ruine, la station d'épuration d'Hyperion à Los Angeles[22],[4],[6]. Pour le film, le directeur de la photographie Richard H. Kline compose des éclairages typiques du cinéma d'horreur lorsqu'il film les maléfiques mutants. Pour cela, il penche ses cadres et utilise le clair-obscur[5].

Le travaille débute très tôt pour les acteurs principaux qui sont récupérés entre 3h30 et 4h du matin par une voiture de la production puis déposé au ranch de la Fox où ils subissent plusieurs heures de maquillage[19]. Généralement, Roddy McDowall passe de la musique classique sur un radio-cassette et profiter de la séance de maquillage pour dormir[19]. McDowall en profite également pour former les autres acteurs, généralement novice du travail avec prothèses[19]. Il leur faut en effet, forcer le trait pour rendre les expressions plus visibles[19].

L'acteur et musicien Paul William durant le tournage est également régulièrement invité dans l'émission The Tonight Show de Johnny Carson[19]. Le 9 février 1973, William doit être présent à l'émission. Mais, le tournage se finit plus tard que prévu. N'ayant pas le temps de se faire démaquiller, l'acteur vient donc sur le plateau de télévision grimé en grand singe pour chanter Rainy Day and Mondays. L'événement fait alors grands bruits dans les médias américains[23].

La bataille finale entre les singes et mutants est une scène difficile à filmer pour le réalisateur J. Lee Thompson[18]. En effet, le budget réduit ne lui permet de n'avoir qu'un bataillon peu impressionnant de mutants composé d'un autocar scolaire, deux camions issu du surplus militaire de la Seconde Guerre mondiale, une jeep et trois voitures d'occasion[18],[6]. Bien que sa réalisation reste efficace elle ne tient pas la comparaison notamment à la scène de chasse à l'homme tournée en 1967 sur le même terrain pour La Planète des singes[18]. Le monteur est en effet contraint d'user de subterfuges pour rendre la scène plus spectaculaire et multiplier les belligérants[5],[6].

Bande originale[modifier | modifier le code]

Leonard Rosenman qui a signé la musique de Le Secret de la planète des singes revient à l'occasion du dernier film de la série produite par Arthur P. Jacobs[24]. Rosenman conserve la tonalité de sa partition précédente. Concernant la longue séquence d'ouverture où l'on voit le général Aldo retournant à cheval au village, le compositeur écrit une marche satirique reflétant l'importance exacerbée que le gorille accorde à sa destinée. La musique de Rosenman est en accord avec ce que doit dégager le film sauf pour la bataille finale. En effet, le compositeur semble indifférent à la nature militaire de ce final[24].

Liste des morceaux[25],[26]
No Titre Durée
1. Main Title[n 1] 3:45
2. Teacher Teacher[n 2] 1:41
3. Caesar Departs[n 3] 0:46
4. March to the Dead City[n 4] 4:09
5. Discovery[n 5] 1:12
6. Mutants Move Out[n 6] 3:48
7. Through the Binoculars[n 7] 1/27
8. Ricky's Theme[n 8] 2:18
9. Ape Harms Ape[n 9] 1:40
10. Mutants March[n 10] 0:44
11. Vigil to Mutants[n 11] 3:06
12. Not a Tree Standing[n 12] 2:21
13. The Battle[n 13] 2:34
14. Fight Like Apes[n 14] 0:58
15. Kolp Gets It[n 15] 0:45
16. Ape Has Killed Ape[n 16] 2:00
17. Only the Dead[n 17] 1:11
34:35

Accueil[modifier | modifier le code]

Accueil critique[modifier | modifier le code]

La bataille qui donne son titre au film ayant plus l'apparence d'une escarmouche où le peu de figurants et le renfort de fumigènes résume le manque de moyen et d'envergure[27],[1],[5]. Le récit du film est vu comme manquant de cohérence avec son prédécesseur : La Conquête de la planète des singes[1],[5]. En effet dans ce dernier, César est l’unique singe parlant alors que dans La Bataille de la planète des singes tous les singes maîtrisent parfaitement le langage[1]. La date de l'action semble d'ailleurs imprécise et diffère selon les supports : 2001, 2004, 2018 et 2020[28].

Le film reçoit principalement des critiques négatives notamment pour son côté superficiel[4]. Roger Ebert du journal Chicago Sun-Times indique que « La Bataille de la planète des singes ressemble au dernier soupir d'un moribond » et qu'il n'est réalisé que pour « arracher quelques dollars de plus aux derniers amateurs de la saga »[29]. Gene Siskel du quotidien Chicago Tribune écrit que le « cinquième et dernier de la série à succès est le pire du lot, un ennui mortel »[30]. Le journaliste du magazine Variety note que ce cinquième film plus qu'une production routinière de la part d'Arthur P. Jacobs et que la « réalisation superficielle de J. Lee Thompson » reflète le manque d'ambition et donne au film son ton lent[31]. Vincent Canby du journal The New York Times estime que le réalisateur J. Lee Thompson « ne gagnera aucune récompense » mais pense cependant que la simplicité du film désamorcera les critiques. Il loue les maquillages des chimpanzés et des orangs-outans et qualifie les dialogues de « brillants et amusants ». Il conclut sa critique en indiquant qu'il « existe des moyens bien pires de perdre du temps »[32]. Tom Shales du quotidien The Washington Post écrit que le film termine mollement la saga en « prolongeant le concept mais en échant encore une fois à étendre l'idée de départ »[33]. David McGillivray du magazine Monthly Film Bulletin indique que « presque chaque ligne du mince scénario des Corrington est la preuve qu'il est difficile de trouver quelques choses de nouveau à dire sur les singes »[34].

Kevin Thomas du Los Angeles Times rédige l'une des rares critiques positives. Il écrit que bien que le lancement de l'action semble artificiel, le film devient rapidement intéressant. Il salut la réalisation de J. Lee Thompson qui met en scène aussi efficacement les scènes de bataille que les moments intimistes[35].

Quant à sa reconnaissance actuelle, sur le site Rotten Tomatoes, le film obtient le score de 36 % pour un total de vingt-huit critiques parues entre 2000 et 2020. La synthèse indique que La Bataille de la planète des singes est dépourvu d’idées brillantes et est « visuellement minable ». Selon le site le film s'empare d'une franchise célèbre et la fait sauter[36].

Box-office[modifier | modifier le code]

La Conquête de la planète des singes est un succès commercial avec 8 845 000 dollars de recettes en Amérique du Nord pour un budget de 1 700 000 dollars/1 800 000 dollars[37],[38],[6]. Le film en revanche n'obtient aucune distinction[39]. En France, le film enregistre 438 000 entrées et se classe en soixante-treizième position du box-office des films sortis 1973 et reste le seul film de science-fiction de l'année. Les succès de 1973 sont majoritairement des comédies[40].

Résultats au box-office par pays
Pays Box-office
(1973)
Classement de l'année
(1973)
Drapeau de la France France 438 000 entrées 73e
Drapeau des États-Unis États-Unis 8 845 000 US$ 26e

Analyse[modifier | modifier le code]

Racisme, peur du nucléaire et fatalisme[modifier | modifier le code]

Le scénariste Paul Dehn concentre La Bataille de la planète des singes comme La Conquête de la planète des singes sur les conflits raciaux. Cependant durant la réécriture du scénario par John et Joyce Corrington, ceux-ci remplacent l'histoire pessimiste par un discours plus optimiste, bien qu'ambigu[13]. Le producteur Arthur P. Jacobs veut en veut en effet reconquérir le public familial en concluant sa saga sur une note d'espoir, avec des hommes et des singes vivant en paix, côte à côte[21],[4]. Le producteur veut un film de science-fiction pour enfant[6]. Le final de Dehn voyait en effet le personnage de Nimrod fonder le culte de la bombe nucléaire qui finirait par détruire la Terre dans le final du film Le Secret de la planète des singes[21]. Le scénario n'apporte cependant rien de nouveau thématiquement à la saga[5]. Il met en effet, à nouveau l'accent sur les deux peurs des États-Unis de l'époque. La première est la grande catastrophe nucléaire qui mettra fin à la civilisation et transformera les humains en mutants comme dans Le Secret de la planète des singes. La seconde est la peur que les descendants d'esclaves s'unissent et se soulèvent contre les oppresseurs blancs comme dans La Conquête de la planète des singes[41]. Enfin, comme dans Les Évadés de la planète des singes, le film contient un message antispéciste. Considéré comme un grand sage parmi les siens, César demande aux chimpanzés, aux gorilles et aux orangs-outans de devenir végétariens[42].

Au scénario final traite finalement assez peu le thème de la peur nucléaire car la politique étrangère du président Richard Nixon semble rendre le monde plus sûr[43]. En 1972, Nixon devient en effet le premier président américain à visiter la Chine communiste. Il signé à Moscou la même année le traité ABM avec l'Union des républiques socialistes soviétiques dans lequel chaque partie accepte de limiter certains types d'armes nucléaires[43]. Alors que Nixon s'efforce de coexister pacifiquement avec le bloc de l'Est, les scénaristes de La Bataille de la planète des singes concluent la saga avec un monde où les humains et les singes vivent en paix et en harmonie[43].

Les critiques interprètent de différentes manières le message du film et son impact sur la série[44]. Les images ambiguës de la fin ont particulièrement été analysées. Le spectateur découvre en effet que, plus de six cents ans après les événements principaux, le narrateur raconte à des enfants singes et humains l’histoire de César devant une statue représentant ce dernier en larmes[44],[21]. Selon certaines interprétations, la statue pleure des larmes de joie parce que les deux espèces vivent enfin en harmonie. Cela donne alors une fin optimiste. Selon d'autres, la statue pleure parce que le conflit racial existe toujours, ce qui implique que l'avenir dystopique du premier film est inévitable[44],[6]. La boucle temporelle est alors bouclée[5].

Même si le film montre que l'équilibre est précaire entre les deux races. César lui-même, hésite légèrement avant d’accorder liberté et confiance aux hommes de son village[1]. Par cet acte, César met un terme au fatalisme présent dans toute la série[1]. Il dévie la marche funeste du destin mis en place par les quatre autres films. Dans Les Évades de la planète des singes, Cornélius raconte comment le gorille Aldo a mené son peuple à la révolte en disant, le premier, « Non » à un être humain. Cependant le retour dans le passé de Cornélius et Zira change l’Histoire. Car c’est finalement leur fils, César, qui mené les singes à la liberté et réconcilié les deux peuples ennemis. De même à la fin, ce n'est plus le Legislateur qui à droit à une statue mais bien César[1]. Le discourt biblique qu'utilise le narrateur orang-outan et le décors évoquant l'Éden semblent confirmer qu'hommes et animaux vivent à présent en harmonie dans un lieu paradisiaque[1]. Le choix de John Huston pour incarner le législateur n'est d'ailleurs pas un hasard. Il a en effet réalisé quelques années plus tôt un long film sur La Bible (1966)[16]. Cependant, un début de bagarre entre une fillette et un enfant singe, symboles d'avenir, peut aussi laisser penser que cet optimisme n'est qu'apparent[5].

Figure du Législateur[modifier | modifier le code]

Le narrateur du film est présenté comme étant le législateur des singes déjà évoqué dans les deux premiers films de la saga : La Planète des singes et Le Secret de la planète des singes[13].

Exploitation[modifier | modifier le code]

Éditions en vidéo[modifier | modifier le code]

Le film sort aux États-Unis d'abord en bobine Super 8 dans les années 1970, puis en VHS seule ou en coffret intégral avec les autres films de la série dans les années 1980[27]. Il sort ensuite en LaserDisc au début des années 1990[45] et en DVD en 2000[46]. L'édition LaserDisc contient une version longue du film avec dix minutes supplémentaires[45].

Le film est compris dans plusieurs intégrales, notamment en dans le coffret avec les quatre films de 1968 à 1972[47], en avril 2006 dans un coffret Tête de singe avec les films de 1968 à 2001 et la série télévisée de 1974[48], en octobre 2010 dans le coffret avec les quatre films de 1968 à 1972[49], en dans le coffret avec les quatre films de 1968 à 1972[50], en décembre 2011 dans un coffret de sept films avec les cinq films de 1968 à 2001 et La Planète des Singes : Les Origines[51], en dans un coffret Tête de César avec les sept autres films[52] et en octobre 2016 dans le coffret L'héritage avec les quatre films de 1968 à 1972[53].

Produits dérivés[modifier | modifier le code]

Dès l'hiver 1968, pour faire suite à la sortie du premier film, des poupées, des jeux de cartes, des masques et des figurines de singes sont commercialisés[54]. En 1973, pour accompagner la sortie du cinquième film, les producteurs sortent en librairie l'adaptation en roman du film par David Gerrold[55]. Quelques années plus tard, de à , Marvel Comics adapte La Bataille de la planète des singes en bande dessinée dans les numéros 22 à 28 de son magazine Planet of the Apes. L'adaptation est réalisée par le scénariste Doug Moench et par plusieurs dessinateurs[56].

Postérité[modifier | modifier le code]

Après avoir produit cinq films pour la saga, le producteur Arthur P. Jacobs cède ses droits au studio Fox puis décède brutalement d'un infarctus du myocarde le 27 juin 1973[17],[4],[5],[6]. Il est alors en train de produire une adaptation musicale du roman picaresque Les Aventures de Huckleberry Finn (1884) de Mark Twain et prévoyait d'adapter le roman de science-fiction Dune (1965) de Frank Herbert[5],[57].

En 2012, dans le film Argo, l'un des personnages regarde La Bataille de la planète des singes à la télévision. Il s'agit d'une des scènes clés de ce film qui évoque la crise des otages américains en Iran et plus précisément le « Subterfuge canadien » (1980)[58].

La Bataille de la planète des singes traite du même sujet que La Planète des singes : L'Affrontement (2014) et La Planète des singes : Suprématie (2017), les deuxième et troisième volets de la seconde série de films de la saga[4],[59]. La fin de L'Affrontement contient par exemple une référence à la fin de La Bataille de la planète des singes. Dans le film de 2017, alors que César succombe à ses blessures après avoir conduit son peuple en sécurité, une larme roule sur sa joue tout comme pour la statue de César lors du final de la saga originale[60]. L'environnement post-apocalyptique de La Bataille, où des mutants partent à l'attaque des héros dans leurs véhicules personnalisés, préfigure aussi le film Mad Max 2 : Le Défi (1981)[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Littéralement « Générique » en français.
  2. Littéralement « Professeur professeur » en français.
  3. Littéralement « Le départ de César » en français.
  4. Littéralement « Marche vers la cité morte » en français.
  5. Littéralement « Découverte » en français.
  6. Littéralement « Les mutants sortent » en français.
  7. Littéralement « À travers les jumelles » en français.
  8. Littéralement « Thème de Ricky » en français.
  9. Littéralement « Un singe nuit à un singe » en français.
  10. Littéralement « Marche des mutants » en français.
  11. Littéralement « Veillée aux mutantss » en français.
  12. Littéralement « Pas un arbre debout » en français.
  13. Littéralement « La bataille » en français.
  14. Littéralement « Combattez comme des singes » en français.
  15. Littéralement « Kolp l'obtient » en français.
  16. Littéralement « Un singe a tué un singe » en français.
  17. Littéralement « Seuls les morts » en français.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n et o Philippe Heurtel, « La Bataille de la Planète des singes », sur philippe.heurtel.info (consulté le 24 février 2021).
  2. « La Bataille de la planète des singes », sur JPBox-office.com (consulté le 3 février 2021).
  3. Gross, Landsman et Russo 2001, p. 203.
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Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jeff Bond et Joe Fordham (trad. de l'anglais), La Planète des singes : Toute l'histoire d'une saga culte, Paris, Huginn & Muninn, , 256 p. (ISBN 978-2-36480-279-7).
  • Jean-Marc Deschamps, Laurent-Xavier Lamory et Pierre Pittiloni, « Dossier La Planète des singes », Dixième planète : le magazine des produits dérivés, no 12,‎ , p. 30-37.
  • (en) Michael Eury, Comics Gone Ape! : The Missing Link to Primates in Comics, Raleigh, TwoMorrows Publishing, , 144 p. (ISBN 978-1-893905-62-7, lire en ligne).
  • (en) Eric Greene, Planet of the Apes as American Myth : Race, Politics, and Popular Culture, Middletown, Wesleyan University Press, , 286 p. (ISBN 978-0-8195-6329-3, lire en ligne).
  • (en) Edward Gross, Larry Landsman et Joe Russo, Planet of the Apes Revisited, New York, Thomas Dunne Books, , 280 p. (ISBN 978-0-31225-239-7, lire en ligne).
  • (en) Rich Handley, Timeline of the Planet of the Apes : The Definitive Chronology, New York, Hasslein Books, (ISBN 978-0-6152-5392-3).
  • (en) John Huss, Planet of the Apes and Philosophy : Great Apes Think Alike, Chicago, Open Court Publishing, , 312 p. (ISBN 978-0-8126-9822-0, lire en ligne).
  • Olivier Rajchman, Première Classics, vol. no 5 : La Planète des singes révèle ses secrets, Paris, Hildegarde, .

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]